Sabre national de  lutte traditionnelle : La 41ème édition s’ouvre cet après midi au stade régional de Maradi

Sport
Spread the love

Sharing is caring!

 

 

C’est aujourd’hui que s’ouvre dans la capitale du Katsina la 41ème édition du Sabre national de lutte traditionnelle. Contrairement à l’usage, cette édition ne pourra pas se dérouler sur le sable fin de l’arène Kantou Ango en raison des travaux de réhabilitation de cette infrastructure. C’est plutôt la pelouse du stade régional de Maradi  qui a été réaménagée en arène de fortune pour abriter les joutes des quatre vingt gladiateurs des huit régions du pays. C’est la sixième fois que la ville de Maradi  accueille cet événement, après 1976 qui a consacré le sacre de Salma Dan Rani de Dosso en finale devant Kadadé Zambo de Tahoua ;  1983 avec la victoire finale de Kassou Kazouga de Tahoua devant son coéquipier Issoufou Aboubacar; 1993 avec le sabre enlevé par  Badamassi Alassane de Zinder devant Barmou Lalé de Tillabéri ; 2002 avec la victoire de Balla Harouna « Sapana » de Zinder devant Ibrahim Tchiama de Diffa ; et enfin 2012, avec le sacre de Laminou Maidaba d’Agadez devant Yacouba Adamou de Niamey. En rappel, il y a une année de cela, les quatre-vingt lutteurs s’étaient donné rendez-vous à Tillabéri, la capitale du fleuve. Au bord du grand « Djoliba », l’écurie de Dosso a frappé fort en alignant un quatuor  de fer aux deux  demi-finales. Et à l’issue des différentes confrontations, c’est Issaka Issaka qui  remporta son 3ème  sabre en battant en finale son coéquipier Noura Hassane. Il faut dire que chaque année, l’enthousiasme et l’engouement que suscite cet événement ne font que croître, preuve que cette discipline frappée du label de « sport  roi » au Niger  compte des millions d’admirateurs. Mais, il aura fallu beaucoup de temps pour que ce sport, qui tire toute sa popularité des vertus qu’il incarne, soit hissé sur la scène nationale et même internationale. Car, il faut bien le noter, au Niger, la lutte traditionnelle fait partie des valeurs ancestrales les plus profondes. En effet, la plupart des communautés de l’espace nigérien de l’époque pré-coloniale connaissent la pratique ludique de la lutte avec des variantes en fonction des régions.

 

Les rencontres, qui opposaient les jeunes des quartiers et des villages, se déroulaient sur la place publique ou devant la cour du chef, sous la supervision des responsables de la jeunesse (Maï samari), des commerçants jouant le rôle de managers pour les lutteurs. Le calendrier des rencontres est établi suivant les cycles de moissons ou de transhumance. A l’issue des combats, un ‘’roi’’ ou le champion de la région est désigné. Quand la renommée d’un lutteur dépasse les limites de sa contrée, des tournées sont entreprises pour lui rendre visite, le vaincre ou se faire battre dans une atmosphère de joie et de gaieté. Selon le directeur technique national de la Fédération nigérienne des luttes, M. Malam Barka Akoda, auteur d’une étude sur la question, les pouvoirs nationaux issus de l’indépendance dans les années 1960 se sont très peu intéressés au développement des pratiques sportives traditionnelles, les reléguant, comme leurs prédécesseurs, aux oubliettes. Il aura fallu la dernière édition de la semaine de la jeunesse, en 1973, pour que la lutte fasse partie du programme de cette grande manifestation nationale. Il faut dire que la lutte a connu son envol au Niger à partir de 1975, lorsque le gouvernement de l’époque, sous la férule du Conseil Militaire Suprême (CMS), a inséré dans son programme l’organisation successive, dans chaque chef-lieu de département, d’un championnat de lutte traditionnelle. L’objectif recherché par les gouvernants de l’époque était d’abord le renforcement de l’identité et de l’unité nationales et ensuite la cohésion sociale et la mise en place d’infrastructures destinées à la lutte. Pour atteindre ces objectifs, les autorités ont entamé une réforme et la mise en place des instances pouvant prendre, en concert avec le ministère, l’organisation de ces championnats.  C’est ainsi qu’une association des lutteurs vit le jour par ordonnance présidentielle N° 7511/PCMS du 13 mars 1975. Cet acte confirme la vision du régime qui veut que la lutte traditionnelle soit un facteur d’unité nationale et de l’affirmation de l’identité culturelle des Nigériens. Elle est devenue une grande manifestation culturelle et sportive qui mobilise tout le pays : les pouvoirs publics, les lutteurs, les différents animateurs, les journalistes, les techniciens, les spectateurs, les auditeurs, les téléspectateurs, les sponsors. Chacune de ces composantes joue un rôle précis et complémentaire.

 

 

Par Oumarou Moussa, Envoyé spécial(onep)