Il y a 40 ans, le 21 février 1986, le Niger perdait un de ses illustres fils en la personne de Ibrahim Issa, auteur des Grandes Eaux Noires le premier Livre de Littérature Nigérienne en Français paru en 1959. Mais selon les archives, le manuscrit de l’ouvrage était prêt dès 1952 au moment où l’auteur n’était qu’un jeune homme de 23 ans, puisqu’il est né en 1929 à Woro, actuellement dans le département de Gouré. Ibrahim Issa s’illustra également comme journaliste car il occupa entre 1961 et 1963 le poste Directeur de l’information et de la presse et Directeur de publication des journaux d’Etat, le Quotidien Le Temps du Niger et l’hebdomadaire Le Niger.
Concernant son parcours, Ibrahim Issa a fréquenté l’école primaire de Gouré de 1935 à 1940, puis l’école régionale de Zinder de 1940 à 1943 où il obtient son certificat d’études primaires indigènes. Il part ensuite à l’école primaire supérieure à Niamey de 1943 à 1947 d’où il sort avec son diplôme. En 1948, Ibrahim Issa entre dans la fonction publique pour le compte du Ministère des Postes et Télécommunications. En 1959, il séjourna en France pour une formation à la Société de Radiodiffusion de la France d’Outre-Mer (Sorafom). C’est pendant cette période que le jeune stagiaire fait la connaissance d’un des pères de la Négritude, Léon Gontran Damas. Après cette formation Ibrahim Issa est rentré au Niger et occupa la fonction de chef de la cellule des programmes radio à Zinder, avant de répartir au Centre supérieur de journalisme de l’université de Strasbourg d’où il sortit avec son diplôme. Ce qui lui valut en 1961, quand il revint au Niger, sa nomination au poste de directeur de l’information et de la presse et Directeur de publication des journaux d’Etat, le Quotidien Le Temps du Niger et l’hebdomadaire Le Niger. Ibrahim Issa s’illustra ainsi dans le journalisme à travers les colonnes de la presse nationale dans les titres «Le Temps du Niger», «Le Niger». Des publications qui sont les ancêtres des journaux d’Etat créés plus tard, notamment Le Sahel (1974), Sahel Hebdo qui deviendra Sahel Dimanche édités aujourd’hui par l’ONEP.
Les problèmes vécus au Niger par Ibrahim Issa, les arrestations et emprisonnements en 1963 puis grâce présidentielle en 1967, une autre arrestation en octobre 1975 en même temps que Djibo Bakary, et libération en Avril 1978, tous ces obstacles n’ont pas émoussé sa passion pour l’écriture ni amené l’écrivain à déposer la plume.
Son œuvre telle que la résume Jean-Dominique Pénel dans les précieuses informations contenues dans l’Introduction à la réédition des GRANDES EAUX NOIRES, est composée d’articles et poèmes parus dans des journaux et revues dont Trait d’Union (1955) ; Niger Information(1956-57) ; dans Le Niger entre 1971 et 1974 ; Le Niger, Sahel Hebdo, Sahel Dimanche et Kazel.
Quant aux livres, c’est à dire l’œuvre littéraire, elle comprend Grandes Eaux Noires (122 pages), paru en 1959, à Paris, aux éditions du Scorpion dans la collection Alternance. Cet ouvrage est considéré comme le premier livre de littérature nigérienne en français, car, avant 1959, il n’existait pas de texte littéraire nigérien en français, publié sous forme d’œuvre autonome. On trouvait certes, ici ou là, des contes, nouvelles, poèmes, pièces de théâtre dans les journaux de l’époque, mais aucun texte édité sous forme de livre.
Tel qu’il est résumé le thème de GRANDES EAUX NOIRES «nous introduit dans la question majeure des rapports entre Blancs et Noirs : une année avant l’indépendance du Niger, dans le grand mouvement des décolonisations, Ibrahim Issa, par le biais d’une fiction située, voici plus de vingt siècles, réfléchit sur l’unité de la nature humaine et sur la tolérance, signe du respect auquel chaque être a droit».
Il y a ensuite, parmi les livres de l’écrivain, La vie et ses facéties (118 pages), recueil de poèmes publiés à Niamey à l’Imprimerie Nationale du Niger en 1979 ; Nous de la coloniale (125 pages) paru aux éditions La Pensée Universelle en 1982. Ibrahim Issa a rédigé également la préface du livre de Diallo Amadou Hassane, A l’ombre des anciens, et celle de Caprices du destin de Mahamadou Halilou Sabbo (Imprimerie nationale du Niger, Niamey, 1981).
Après sa libération, en 1978, suite à sa dernière incarcération, Ibrahim Issa avait repris son poste de Directeur pour le Niger à la Texaco où il a pris sa retraite en 1984. Malgré la maladie, il avait tenu jusqu’à son décès à l’âge de 57 ans, le 21 février 1986, à Niamey. Ibrahim Issa a laissé un héritage sur le plan social avec une descendance qui continue à lui rendre hommage, mais aussi dans le monde littéraire qu’il a marqué par sa plume à travers des articles, livres publiés et des documents manuscrits inédits, dont un roman intitulé Docteur Diallo.
Dans l’article publié à l’occasion de son décès, le journal Le Sahel a rappelé les propos de l’écrivain dans l’interview qu’il a accordée à Sahel Dimanche en janvier 1986 peu de temps avant son décès et titrée « Est-ce un à Dieu ? » Il disait en effet « se préparer pour un long voyage, le plus long qu’on puisse effectuer ». Ce qui semblait une allusion à sa mort imminente, car, depuis quelque temps, il (Ibrahim Issa) était sous contrôle médical dans les cliniques d’Abidjan et Niamey où un de ses médecins lui avait dit qu’il lui reste très peu de temps à vivre. Et le journal de citer ces mots déchirants d’Ibrahim Issa : «Quand on a des enfants à bas âge, une famille, des responsabilisés, des œuvres qui ne sont pas terminées ; ah oui, c’est vraiment embêtant de savoir qu’on disparaîtra ».
Que l’âme de l’homme de lettres et du citoyen attaché à sa patrie repose en paix, Amine.
Souley Moutari (ONEP)
