La protection de l’environnement mobilise de plus en plus la jeunesse nigérienne. Face aux effets du changement climatique, de nombreux jeunes s’engagent dans des initiatives concrètes : création de jardins pour la biodiversité et l’alimentation locale, recyclage des déchets, lutte contre la désertification et restauration des écosystèmes.
Le Cabinet d’accompagnement pour un développement durable, économique et social (CADES Niger), dirigé par M. Moussa Abdel Nour, se distingue dans la gestion et la valorisation des déchets. Il montre que le plastique peut être transformé en produits utiles et durables. « CADES Niger conseille sur la gestion et la transformation des déchets et crée des emplois verts pour les jeunes et les femmes, notamment les groupements actifs dans la salubrité », explique le directeur général.
L’entreprise transforme aussi la matière organique sèche – coques d’arachide, balles de riz, feuilles séchées – en charbon écologique, surnommé « charbon magique ». La matière organique humide, comme les épluchures et les restes alimentaires, sont transformés en compost liquide pour fertiliser les sols. CADES Niger forme également les groupements de femmes et accompagne les communes dans l’élaboration de plans de gestion et la mise en place d’unités de tri.
Tous les équipements sont conçus localement. « Nous sommes de jeunes associés, soudeurs et techniciens. Nous avons fabriqué nos propres machines pour travailler sans dépendre de l’extérieur et pour créer des emplois pour la jeunesse », précise M. Abdel Nour.
Pour fabriquer leurs pavés et autres produits, ils utilisent la machine ci-contre. Elle malaxe et presse directement la matière dans le moule, ce qui supprime le travail manuel pénible. Le projet a démarré en 2018 lorsque l’équipe a mis au point son propre procédé avec des artisans locaux. Au début, faute de machines, le malaxage se faisait à la main, dans des conditions peu sûres et exposant les opérateurs à la chaleur. Aujourd’hui, le procédé est mécanisé et plus sûr. Les huiles de vidange, auparavant polluantes, alimentent la production.
Les produits obtenus sont solides et résistants. « Nous utilisons du plastique dur mélangé à du sable ou du ciment pour les pavés. C’est jusqu’à dix fois plus résistant que le béton classique. Cela ne fond pas en dessous de 100°C », assure le promoteur.
L’entreprise fabrique des pavés, des lavabos, des sièges de WC et divers supports en plastique recyclé et des douches complètes à partir de déchets plastiques.
La demande est réelle. Des groupements de femmes collaborent avec CADES Niger pour se former à la gestion et à la valorisation des déchets. L’entreprise a signé des partenariats avec plusieurs associations actives dans la salubrité afin de renforcer les capacités locales, notamment dans la production de charbon écologique. Les prix des différentes fabrications restent accessibles : elles varient de 7 000 FCFA à 15 000 FCFA.
Malgré leur engagement, ces jeunes font face à plusieurs contraintes. « Sans moyens, il est difficile d’acheter des machines et des moules. Nous devons souvent exercer d’autres activités pour autofinancer le projet. Trouver un site adapté est aussi compliqué, car l’activité ne peut pas se faire en centre-ville », indique M. Abdel Nour.
L’entreprise attend un appui plus marqué de l’État et du secteur privé. « Nous souhaitons des subventions pour la collecte et la transformation des déchets. Les grandes entreprises devraient aussi confier leurs déchets à des structures spécialisées. Sans contrats réguliers, il est difficile de pérenniser l’activité ».
La gestion des déchets représente un gisement d’emplois encore sous-exploité. Pour le directeur de CADES Niger, l’Etat doit mettre un regard structurant sur le secteur afin d’en encadrer le développement et libérer le potentiel économique pour le pays. « Il n’y a pas de déchet qu’on ne puisse pas transformer. Si l’État soutient l’agrobusiness, il doit aussi soutenir la gestion des déchets. Les deux secteurs sont complémentaires : les déchets organiques deviennent du compost pour l’agriculture, et les plastiques sont recyclés en matériaux de construction » a-t-il dit avec assurance.
Rahila Tagou (ONEP)





