mardi 3 novembre 2026

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Site maraîcher et foyer féminin de la maison d’arrêt de Mayahi : Faciliter l’insertion sociale post-carcérale des détenus

· ONEP NE
Le site maraîcher de la maison d’arrêt de Mayahi
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A l’image des lieux de détention de Daikaina et Birni N’Gaouré, la maison d’arrêt de Mayahi dispose aussi d’un site maraîcher où les pensionnaires cultivent une panoplie de produits alimentaires. D’une superficie de 2 ha, le site est un véritable champ école pour les détenus qui travaillent d’arrache-pied pour produire ce qu’ils consomment, mais aussi vendre le reste de la production. Ce faisant, au-delà de la privation de liberté, cet établissement pénitentiaire facilite la réinsertion sociale post-carcérale des détenus à travers l’apprentissage des métiers agricoles pour les pensionnaires hommes. Quant aux femmes, elles apprennent des métiers dans le foyer féminin.

Le site maraîcher a été aménagé en 2023 avec l’installation d’un système d’irrigation. Niché sur un terrain plat et sablonneux. Situé à la sortie de la ville de Mayahi au Nord-Ouest, l’espace agricole fait parler de lui dans la zone en raison de ses performances productives. Il est clôturé avec du grillage et dispose de deux châteaux d’eau construits en 2023 et en 2026 sur financement du Royaume Uni à travers le Programme de renforcement du système pénitentiaire du Niger. En plus, le site comporte aussi 14 bassins d’eau, dont deux pour la pisciculture, et d’une compostière.

La mise en œuvre de ce site maraicher vise essentiellement à améliorer les conditions de vie des détenus en leur offrant un environnement plus sain et stimulant grâce à une occupation quotidienne. Le site permet aussi de réduire les coûts de nourriture avec la production des légumes et autres produits consommés directement dans la prison, former les détenus aux pratiques maraichères et à la gestion d’un site de production agricole dans une logique d’autonomie et de responsabilité.

Il est 9h30mn ce vendredi 3 juillet 2026, certains visiteurs de la maison d’arrêt sont déjà en route, tandis que d’autres attendent qu’on leur appelle celui ou celle à qui ils sont venus rendre visite. Dans la cour de la maison d’arrêt, deux petites basses-cours sont érigées à l’extrémité du mur. Ici, on expérimente l’élevage des poules de race en attendant l’acquisition d’un terrain pour installer une véritable ferme avicole

Des habits pour enfants confectionnés par des détenues

Le sous-lieutenant Pascal Jules assure l’intérim du régisseur. Son arrivée à la maison d’arrêt ne peut jamais passer inaperçue parce que les éléments à la guérite ont l’obligation de lui rendre le salut militaire. Habillé en civil, son bracelet d’officier reste visible à la main. Il accepte volontiers de nous faire visiter le site maraîcher. Derrière la maison d’arrêt, s’étend un vaste domaine verdoyant. C’est le site maraîcher. Ce dernier est exploité toute l’année. En saison des pluies, les spéculations cultivées sont, entre autres, l’arachide, le maïs et le manioc tandis qu’en saison sèche l’accent est mis sur la tomate, le poivron, le piment vert, l’aubergine, la carotte et la pomme de terre.

Le régisseur par intérim souligne que les semences sont acquises avec l’appui des partenaires comme Taimakon Manoma, le programme des Nations Unies pour le développement ainsi que d’autres projets et ONG. Les avantages de ce site maraîcher pour l’établissement pénitentiaire sont nombreux. Il s’agit, entre autres, de réduire les dépenses liées à l’approvisionnement alimentaire en produisant une partie des aliments consommés, renforcer l’autonomie financière de l’établissement pénitentiaire à travers la vente des produits excédentaires sur le marché local et réduire les risques de violence et de tensions en occupant les détenus dans une activité productive.

Entretien et organisation du site maraîcher

Pour une gestion rationnelle et efficace, le site maraîcher est structuré en plusieurs parties et cela, selon les spéculations produites pendant la saison. En cette période pluviale, le site est scindé en trois grandes parties dont une première est dédiée à la production de l’arachide, la seconde au maïs et la troisième au manioc. L’entretien du site est assuré par les détenus repartis en quatre groupes, à savoir les encadreurs qui sont permanents sur le site, le groupe chargé de l’arrosage des plants, le troisième est constitué exclusivement de personnes pour la récolte et enfin le groupe des apprenants composés essentiellement des mineurs et jeunes majeurs dont l’âge est compris entre moins de 18 et 25 ans. Chaque détenu qui travaille sur le site est doté d’un kit de protection comme les bottes de chaussures, gants, vêtements contre le froid, des combinaisons lors de l’utilisation des pesticides sur le site. En outre, une fois la récolte effectuée ainsi que l’écoulement des produits, les ressources générées servent, d’une part, à continuer l’exploitation du site et, d’autre part, à gratifier les détenus en fonction de leur dévouement, leur participation aux activités sur le site maraîcher.

Selon le sous-lieutenant Pascal Jules, le site a généré pour la campagne 2026 un montant de 1 685 000. La somme de 1 023 000 FCFA a été distribuée aux détenus. C’est ainsi que les encadreurs/vendeurs ont bénéficié chacun d’un montant de 70 000 FCFA ; le groupe restreint des détenus permanents dans le jardin s’est retrouvé chacun avec un montant de 145 000 FCFA. Ces gratifications visent surtout à encourager les détenus à persévérer dans la perspective de préparer leur insertion dans la vie post-carcérale. A travers ces activités maraichères, ces détenus rompent avec l’oisiveté, l’assistanat et mangent mieux. C’est dire que le site maraicher participe activement à une autre dimension éminemment importante des droits de l’homme, celle de l’humanisation des milieux carcéraux. Pour chaque campagne, les ressources sont estimées à 2 millions de FCFA.

Outre le site maraîcher, le foyer féminin de la maison d’arrêt de Mayahi est aussi un lieu d’apprentissage pour les femmes détenues. Celles-ci apprennent la couture, le tricotage et la fabrication des savons liquides. Un échantillon d’habits pour enfants et quelques savons liquides réalisés par les femmes détenues est visible dans le magasin. En termes de perspective, la maison d’arrêt de Mayahi multiplie les initiatives pour l’acquisition d’un terrain de 10 ha afin de pratiquer à grande échelle l’agriculture, l’aviculture, la pisciculture ainsi que la production laitière.

Hassane Daouda, (ONEP)

Envoyé spécial