La vallée du Goulbin Kaba est un vaste domaine protégé à cheval entre quatre communes relavant des deux cantons du département de Mayahi, en l’occurrence le canton de Kanambakaché avec une commune, et celui de Mayahi avec trois communes dont la commune urbaine de Mayahi, celle de Atantané et de Serkin Haoussa. Elle traverse le département de Mayahi sur une distance de 70 Km et couvre une superficie de 31 500 ha dont un 1/3 pour la partie agricole et les 2/ 3 réservés à la production sylvicole. Cette étendue forestière est malheureusement confrontée à un sérieux problème environnemental à travers l’envahissement de son emprise par le sida cordifolia ainsi que les actions anthropiques, réduisant d’année en année cet espace extrêmement important pour la régénération de la diversité biologique et l’équilibre écologique de la zone.

Empiètement et grignotage silencieux de son emprise pour les besoins agricoles, la construction des habitations et le surpâturage par ci et par là, tel est le visage défiguré qu’offre la vallée de Goulbin Kaba aux visiteurs. En effet, l’apparition de la plante envahissante est la conséquence directe du parcours répétitif des animaux. La vallée de Goulbin Kaba est dominée par le très utile palmier doum. En dehors de cette espèce protégée, on y trouve la présence clairsemée d’autres arbres et arbustes tels que balanites, faidherbia albida communément appelé gao, calotropis procera aegyptiaca qui rendent compte de la fertilité de la vallée de Goulbin kaba. En plus, en cette saison de pluie, on aperçoit par endroits la verdure du tapis herbacé et la présence des petits ruminants pâturant allègrement dans les rayons des habitations à cheval entre la ville de Mayahi et le village de Kotaré, sur la route de Maradi.
Selon le directeur départemental de l’environnement et de la lutte contre la désertification de Mayahi, le Commandant Illa Ango, la vallée de Goulbin Kaba est confrontée à un extrême problème de dégradation lié à l’envahissement accéléré du sida cordifolia, cette espèce qui n’apparait pas fortuitement. Sa présence s’explique par le taux de charge des animaux qui entraine de facto la détérioration des parcours dont le corolaire est la disparition progressive des espèces appétées par les animaux au profit de celles non-appétées.
Des actions nécessaires concrètes de sauvegarde
Face à la problématique environnementale de cette importante ressource forestière, l’Etat et ses partenaires ont agi et continuent d’agir sur le terrain pour inverser la tendance. C’est ainsi que des partenaires ont décidé d’intervenir pour lutter efficacement contre le sida cordifolia. Il s’agit, entre autres, du Programme Alimentaire Mondial, l’ONG Taimakon Manoma et avec le projet PISEN.
D’après le commandant Illa Ango, plusieurs sites d’intervention sont visibles sur l’emprise du Goulbi. En 2026, il est prévu le traitement de trois sites d’une superficie de 98 ha chacun. Le travail consiste à éliminer cette plante envahissante en labourant la terre pour ensuite y semer d’autres espèces de valeurs, explique le directeur départemental de l’environnement. Et le site va être protégé, parce que la loi portant le régime forestier au Niger et son décret d’application font obligation à tous les partenaires qui restaurent toute terre, qu’elle soit agricole ou pastorale, de la doter d’un plan d’aménagement, a précisé le responsable. En outre, l’application desdites dispositions permet la durabilité des actions sur le terrain. Les sites réalisés et ceux qui sont en cours de réalisation obéissent à la même procédure. Et, le plan d’aménagement qui en sera issu va déterminer les règles, les ressources à exploiter ainsi que les modalités d’exploitation de ces différentes ressources.

Par ailleurs, l’exploitation de chaque site dans l’emprise du Goulbin Kaba profite exclusivement à la population elle-même et aux générations futures dans une perspective de développement durable. Pour ce faire, le service technique veille scrupuleusement pour que le processus de restauration soit une réalité à long terme. En plus, la vallée de Goulbin Kaba est une forêt protégée où les actions de restauration ne nécessitent pas un processus de déclassement. Ainsi, le processus de mise en valeur d’une forêt protégée comme celle-là est beaucoup plus souple selon les mots du directeur départemental de l’environnement de Mayahi. « Mais on ne peut pas modifier la vocation de la forêt protégée qui est essentiellement pastorale. Tout ce que nous allons faire, c’est d’aller dans le sens d’améliorer la productivité pastorale, la productivité de la forêt au profit de l’élevage », détaille le commandant Illa Anga.
Le palmier doum : une espèce menacée dans la vallée de Goulbin Kaba
Le palmier doum est l’espèce d’arbre phare dans la vallée de Goulbin Kaba. Les contraintes naturelles et anthropiques auxquelles cette espèce est confrontée sont le vieillissement de certains sujets, les vents violents et les tempêtes récurrentes, les habitations dans l’emprise de la vallée, la coupe abusive du bois de palmier doum, utilisé dans la construction des maisons en banco et la cueillette systématique des fruits immatures par les jeunes. A ces problèmes vient s’ajouter la multiplication des sujets mâles. Ce constat est issu d’un inventaire réalisé par un ancien projet dont les conclusions ont révélé que la vallée de Goulbin Kaba comporte une proportion importante de palmiers doum mâles. Il fallait de ce fait procéder à une régénération naturelle assistée ou faire des semis directs. Cependant, le départemental de l’environnement estime que l’équation est à l’heure actuelle difficile à résoudre, expliquant qu’on ne peut pas identifier le sujet mâle du sujet femelle. Au stade actuel, le service technique promeut la régénération naturelle de l’espèce. L’identification des sujets mâles et femelles à bas âge constitue une véritable problématique adressée aux institutions de recherche. Une fois que la réponse est trouvée, a dit le Commandant Illa Ango, elle permettra d’aider les techniciens et les producteurs de pratiquer la régénération naturelle assistée à travers une sélection proportionnelle.

A côté de ce problème, il existe un autre phénomène qui inquiète plus d’un technicien. C’est l’exploitation immature des fruits du palmier doum. C’est le cas de cette jeune fille que nous avons trouvée dans la vallée de Goulbin Kaba, à quelques encablures de la ville de Mayahi, âgée d’environ 11 ans, sur le palmier doum et cueillant allègrement les fruits immatures. A la vue du Commandant, le groupe s’est dispersé, laissant la jeune fille accrochée au tronc d’arbre. « Vous êtes témoins oculaires de l’exploitation immature des fruits du palmier doum. Or, ces fruits sont censés assurer le renouvellement de l’espèce. Malheureusement, il y a une surexploitation de ces fruits avant leur maturité», a relevé le Commandant Illa Ango.
La vallée contribue à l’économie locale
La multiplication des sujets du palmier doum dans cette vallée constitue une aubaine pour les populations locales. En effet, l’exploitation des feuilles du palmier doum à travers le comptoir dédié à la vente contribue à l’économie locale. Le comptoir est composé d’un certain nombre de villages qui sont aux alentours du Goulbi et qui exploitent la ressource. En amont, le service technique de l’environnement sensibilise les exploitants sur le fait qu’il faut éviter l’usage des dabas ou des haches dans la coupe des feuilles afin de préserver la souche. « Une fois que les exploitants coupent les feuilles destinées à la vente, il existe un lieu unique à Maradi où les vendeurs se retrouvent pour l’écoulement des produits bruts ou transformés en nattes. Sur place, il y a un comité au niveau du comptoir qui suit le processus de vente. Chaque vendeur est tenu de verser un montant forfaitaire au comité chargé d’assurer la protection et même quelques actions de développement au sein du Goulbi avec l’appui du service de l’environnement. Sur le montant collecté par le comité du comptoir, 10% est rétrocédé aux communes concernées. Outre l’exploitation des feuilles du palmier doum, le Goulbin Kaba est également propice au développement des activités maraichères et piscicoles. C’est ainsi qu’avec le Programme Alimentaire Mondial, des périmètres irrigués ont été installés dans le département de Mayahi avec une adduction d’eau à travers la réalisation d’un forage. L’idée, a expliqué le Commandant Illa Ango, c’est d’accompagner la population dans la quête de la sécurité alimentaire.
Selon le Chef de canton de Mayahi, Dr Gado Sabo Issa, il est cultivé dans le Goulbin Kaba toute une gamme de produits maraîchers tels que la salade, l’oignon, la tomate, la carotte et beaucoup d’autres produits qui entrent dans l’alimentation de la communauté. Mieux, pour joindre l’utile à l’agréable, puisqu’il y a de l’eau, le PAM a jugé utile d’accompagner la population en initiant des étangs de pisciculture pour l’élevage du silure. L’expérience des cultures maraichères et de la pisciculture est concluante sur ce périmètre irrigué de Guidan Tawaye qui totalise 5 ha, exploité par 344 ménages issus de plusieurs villages de la commune urbaine de Mayahi. Ce périmètre irrigué participe aussi à la lutte contre l’insécurité alimentaire et nutritionnelle en fournissant aux communautés une diversité de produits maraîchers et piscicoles pendant la période sèche.
Hassane Daouda, (ONEP)
Envoyé spécial





