Le type de ruche utilisé par beaucoup d’apiculteurs dans la région de Dosso
À Farey et à Tessa, deux communes rurales du département de Dosso, l’apiculture demeure une activité peu visible, souvent reléguée au second plan, derrière l’agriculture et l’élevage. Pourtant, bien que discrète, cette activité joue un rôle important dans la vie de nombreuses familles. Jeunes et personnes âgées y trouvent une opportunité de renforcer leurs conditions de vie, souvent avec des moyens limités et très rudimentaire avec du matériel.
À cause du contexte sécuritaire, il n’a pas été possible de se rendre directement sur les sites de production. Mais à travers les témoignages recueillis auprès des responsables administratifs et des services de l’environnement, il apparaît clairement que cette filière, encore peu organisée, possède un réel potentiel économique.

Située à environ 66 kilomètres au sud de Dosso, la commune rurale de Farey couvre 45 villages administratifs sur une superficie de 911 km². De son côté, Tessa, située à une cinquantaine de kilomètres au sud-est de la ville, partage les mêmes réalités rurales, marquées par l’agriculture, l’élevage et les activités de survie. Les deux communes sont aujourd’hui placées sous la responsabilité du même administrateur délégué, l’Adjudant-chef Hamani Gabdo, qui suit également l’évolution de cette filière.
Un potentiel économique encore sous-exploité
Selon les chiffres du service départemental de l’environnement de Dosso, l’apiculture mérite aujourd’hui une attention particulière dans les communes rurales de Farey et Tessa. D’après le commandant Massalatchi, directeur départemental de l’environnement de Dosso, la production totale de miel dans les communes de Farey, Tessa et Sambéra a atteint 5 135 litres de miel en 2025. Pour les trois premiers mois de l’année 2026 (de janvier à mars), la production enregistrée s’élève déjà à 766,25 litres pour les communes de Farey et Tessa. En janvier 2026, Farey a produit 740 litres contre 26,25 litres pour Tessa. En février, la production a atteint 721 litres dont 699 litres pour Farey et 22 litres pour Tessa. En mars 2026, 514 litres ont été enregistrés pour les deux communes, dont 508 litres pour Farey et 6 litres pour Tessa. Ces chiffres montrent que Farey est de loin la commune la plus productive, avec plusieurs centaines de litres de miel chaque mois, tandis que Tessa enregistre des volumes plus modestes. Malgré le contexte sécuritaire dans les deux communes, l’activité continue de progresser doucement et suscite de plus en plus d’intérêt.
Une activité complémentaire pour les jeunes et les anciens
Dans ces deux communes, l’apiculture demeure une activité secondaire. Elle s’inscrit le plus souvent en complément de l’élevage ou des travaux champêtres, permettant ainsi aux producteurs de diversifier leurs revenus. Selon l’administrateur délégué des communes rurales de Farey et Tessa, ce sont surtout les hommes âgés et les jeunes qui s’y investissent. Les données des services de l’environnement recensent 32 exploitants à Farey et 20 à Tessa. Même si ces chiffres restent modestes, ils traduisent une présence réelle de l’activité dans plusieurs villages.

D’après lui, cette filière contribue à occuper la jeunesse dans des zones où les opportunités d’emploi sont limitées. Elle permet également de générer des revenus supplémentaires, surtout pendant certaines périodes de l’année où les activités agricoles ralentissent.
Une production encore très artisanale
Sur le terrain, la production du miel se fait encore de manière très traditionnelle. Les apiculteurs s’appuient surtout sur des méthodes héritées des anciens. Selon les explications de l’administrateur délégué l’Adjudant-chef Hamani Gabdo, certains fabriquent eux-mêmes leurs ruches artisanales, d’autres exploitent directement les creux dans les arbres, tandis que d’autres encore explorent même les termitières pour y récolter le miel. « Parmi ces 3 méthodes, les ruches artisanales restent les plus répandues. Mais cette pratique limite beaucoup la production et ne permet pas de valoriser correctement tous les dérivés du miel qui pourraient être vendus et apporter davantage de revenus » a-t-il expliqué. Aussi, l’extraction se fait sans véritable matériel de protection. Faute de combinaisons adaptées, les producteurs utilisent souvent la fumée pour éloigner les abeilles, au risque de se faire piquer et parfois d’altérer la qualité du produit. Selon lui, cette situation freine fortement le développement de l’activité alors que le potentiel est bien réel.

Une fois récolté, le miel est vendu localement sur les marchés ou directement dans les villages, conditionné dans des bouteilles ou des bidons sans présentation particulière. Certains acheteurs viennent aussi de Niamey pour acheter en plus grande quantité. Le petit bidon, considéré comme un demi-litre, se vend entre 1 500 et 2 000 francs CFA selon les localités. Le litre est vendu à 3 000 francs, voire 4 000 francs selon la qualité. Certains producteurs vendent également en bidons de 25 litres. Malgré cela, la filière reste très peu organisée en termes d’association. La majorité des producteurs travaillent seuls, sans structure officielle, sans emballage spécifique et sans véritable identité commerciale.
Vers un miel de Farey et Tessa mieux valorisé
Face à cette situation, les autorités locales souhaitent mieux organiser et mieux valoriser la filière apicole dans les communes rurales de Farey et de Tessa. L’objectif n’est pas seulement d’augmenter la production, mais aussi de permettre aux producteurs de mieux vendre leur miel et de donner une véritable identité au produit local. Pour cela, « un groupement a déjà été mis en place afin de faciliter l’organisation des producteurs et de favoriser l’accès à un éventuel financement. Jusqu’ici, la majorité des apiculteurs travaillent de manière individuelle, sans structure formelle, sans emballage adapté et sans véritable stratégie de commercialisation » a-t-il confié.
L’administrateur délégué affirme que l’ambition est de faire reconnaître ce miel local comme un produit identifié et valorisé. « Je voudrais que cela soit labellisé, qu’il y ait des étiquettes, des emballages et qu’on puisse avoir un vrai miel de Farey ou de Tessa bien présenté », affirme-t-il.
Afin d’augmenter considérablement la production et d’améliorer les méthodes de travail des producteurs, l’administrateur délégué lance un appel aux partenaires pour l’acquisition de ruches modernes comme les ruches kényanes, des machines d’extraction adaptées, des enfumoirs, des combinaisons. Selon les responsables locaux, si ces appuis arrivent, l’apiculture pourrait devenir bien plus qu’une simple activité complémentaire, pour s’imposer comme une véritable filière économique locale, capable de créer de l’emploi, de renforcer les revenus des ménages ruraux et d’offrir de nouvelles perspectives à la jeunesse des deux communes.
Aminatou Seydou Harouna, Envoyée Spéciale



