Des produits agricoles en abondance sur le marché
À 25 km au nord-est de Mayahi, dans la commune rurale d’El Allassane Maïreyrey, le vendredi n’est pas un jour comme les autres. C’est le jour du marché hebdomadaire, un rendez-vous social et économique où se rencontrent agriculteurs, éleveurs, commerçants et consommateurs. Chaque vendredi, le marché de Maïreyrey s’anime au rythme des échanges, des marchandages et des retrouvailles.
En cette matinée du vendredi 3 juillet 2026, la place du marché était déjà bondée avec un beau monde donnant à l’endroit une ambiance particulièrement vivante. Une effervescence qui illustre toute la vitalité des marchés ruraux du Niger. Dans les différentes allées, les voix des vendeurs se mêlaient à celles des clients.
Les produits vivriers au cœur des échanges
Entreposés un peu partout, des sacs et des tas de maïs, de sorgho, de mil, d’arachide, de niébé et d’autres produits agricoles étalés sur de bâches témoignent de la diversité des denrées disponibles et de l’importance du commerce dans la vie quotidienne des populations. Malan Abdi Idi, un vendeur de céréales est la première personne à nous recevoir. Devant sa boutique, il a exposé, sur une bâche, du sorgho, du mil, du haricot et de l’arachide. Il vit à Maïreyrey, mais s’approvisionne à Mayahi pour ensuite revendre ses produits sur le marché du village.

Malan Abdi souligne que le sac de mil de 100 kg lui coûte 26 000 F CFA à l’achat, et il le revend à 28 000 F CFA. La tasse est vendue à 700 F CFA. Le sac de sorgho est acheté à 17 500 F CFA et revendu à 18 500 F CFA, tandis que la tasse coûte 500 F CFA. Une autre variété de sorgho est vendue à 19 000 F CFA le sac et à 550 F CFA la tasse. Quant au maïs, le sac est vendu à 18 500 F CFA et la tasse à 500 F CFA. Le sac de niébé coûte 32 000 F CFA et la tasse à 800 F CFA. La tasse d’arachide se vend à 2 000 F CFA et le sac à 80 000 F CFA.
Selon Malan Abdi Idi, le coût du transport, jugé élevé, est leur principal souci. « Lorsque le prix de l’essence grimpe, le prix du transport le suit. Le sac qu’on nous transportait à 500 F CFA autrefois est aujourd’hui transporté à 1 000 F CFA et celui qui était transporté à 1 000 F CFA est passé à 2 000 F CFA. Cela nous oblige à augmenter un peu les prix pour compenser le manque à gagner », explique-t-il. Malgré cette difficulté, Malan Abdi Idi se réjouit de son activité qui lui permet de subvenir à ses besoins et ceux de ses quatre femmes et une quarantaine d’enfants.

À l’intérieur du marché, dans le coin Est, nous avons rencontré Abdoul Hamid El Hadj Ali, originaire du village de Tassa, dans la commune d’Issawane. Il est vendeur de son de blé et de coques de haricot. Le sac de son est vendu à 11 250 F CFA et celui de la coque de haricot entre 9 500 et 10 000 F CFA. Ses marchandises proviennent d’Issawane et des villages environnants. Il se déplace de marché en marché pour écouler ses produits. « Après le marché de Maïreyrey, nous allons à Guidan Gajéré le mardi, à Issawane le mercredi et à Tassa le dimanche », précise-t-il.

Abdoul Hamid évoque luui aussi des difficultés liées aux coûts du transport, ce qui réduit en grande partie sa marge de bénéfice. D’Issawane au marché de Maïreyrey, le transport du sac lui coûte 500 F CFA. Le litre du carburant coûte 800 F CFA voire 900 F CFA dans les villages les plus reculés. Malgré tout, ce vendeur d’aliments pour bétail indique qu’il arrive à gagner sa vie à travers cette activité. Toutefois, il invite les autorités à trouver une solution à la hausse du prix de l’essence dans les villages.
Issa Ibrahim, du village de May Lallé Mazadou, est vendeur de céréales depuis une cinquantaine d’années. Il explique que les prix des céréales varient selon les réalités du marché. Certains vendeurs augmentent un peu et d’autres diminuent. De marché en marché, il poursuit son activité à Maïreyrey, à Guidan Gajéré, à Issawane et enfin au marché de Tankari. Mais son activité n’est pas sans difficultés car il y a toujours ceux qui achètent à crédit, mais qui rechignent à payer ou ne reviennent jamais. « Comme les gens se connaissent, d’autres prennent une ou deux tasses et ont du mal à payer. D’autres disent qu’ils vont faire la monnaie, mais ne reviennent jamais. Nos fournisseurs aussi nous demandent de les payer alors qu’on n’a même pas encore vendu », avance-t-il.
Malgré ces difficultés, Issa Ibrahim confie que son activité lui a permis de réaliser plusieurs projets. Grâce à son métier, il a fondé son foyer, acheté des animaux, des charrettes et d’autres biens. Il constate toutefois une baisse importante des prix des produits vivriers. « L’année d’avant, on avait l’habitude de vendre une tasse de mil ou de maïs à 1 500 F CFA. L’année passée, le prix a encore chuté et cette année, ce n’est pas cher, mais il n’y a pas d’argent et donc pas de bénéfice. Nous passons parfois toute la journée sans vendre », déplore-t-il. Mais, Issa apprécie particulièrement la décision des autorités d’interdire l’exportation de certains produits vivriers, estimant que cette mesure permet à la population d’avoir accès aux denrées à des prix plus abordables.
Le marché à bétail de Maïreyrey
Un peu plus loin, à l’extrémité Sud, dans un enclos, c’est un autre décor et une autre ambiance au marché à bétail. Chèvres, moutons, vaches et taurillons sont exposés à l’appréciation des potentiels acheteurs, venus nombreux, déambulant autour des bêtes. Entre vendeurs, acheteurs, intermédiaires et percepteurs, les transactions se déroulent au milieu des bêlements, des meuglements et des discussions. Ce vendredi matin, le marché battait son plein dans le brouhaha habituel. Acheteur ou vendeur, chacun marchandait avec tact, dans l’espoir de repartir avec son animal ou de réaliser un bénéfice.
C’est dans cette ambiance que nous avons rencontré Yahaya Oumarou, un revendeur de chèvres qui habite à Maïreyrey. Montrant du doigt une chèvre, il propose de nous la vendre à 33 000 F CFA. « Parmi mes chèvres, les moins chères coûtent 16 000 à 17 000 F CFA et les plus chères sont entre 33 000 et 40 000 F CFA. Nous achetons souvent le bétail à Mai Lallé Babba », souligne-t-il. Par rapport aux années précédentes, il indique que les prix ont monté. Il rappelle que, récemment, à l’occasion de la fête de Tabaski, les prix étaient beaucoup plus à la portée des acheteurs, mais qu’ils ont, depuis lors, augmenté. Cette hausse, dit-il, est liée aux réalités du marché et aux déplacements des éleveurs à la recherche de revenus.
Un peu plus loin, nous avons rencontré Hamissou Oumarou en plein marchandage avec un client. Il vient chaque vendredi de Kiassara Guidan Gabasse pour vendre du bétail. Fort de 50 années d’expérience dans cette activité d’intermédiaire qu’il considère comme un héritage, Hamissou Oumarou précise que le bétail provient généralement de Guidan Ango, Guidan Gajéré et Issawane. Contrairement à certains vendeurs, il estime que les prix ont légèrement baissé. « Il y a des chèvres de 50 000 F CFA, des moutons de 90 000, voire 100 000 F CFA. Quelqu’un vient d’acheter ce petit mouton à 36 000 F CFA », explique-t-il.

Sa principale difficulté reste le risque lié au bétail volé car, dit-il, parfois, on peut vendre un animal volé, ce qui peut conduire en prison alors que le revendeur ne le sait même pas. « Il n’y a même pas de robinet à l’intérieur du marché, il faut acheter de l’eau pour abreuver le bétail et pour nous-mêmes. Je viens de dépenser 1 500 F CFA pour l’eau », déplore-t-il.
Avant d’accéder au marché à bétail, le vendeur doit payer 100 F CFA en guise de taxe d’entrée. Une fois qu’un animal lui est confié, l’intermédiaire veille sur celui-ci, le revend et perçoit une redevance de 250 F CFA et 1 500 F CFA selon l’animal vendu. Hamissou Oumarou affirme également que les vendeurs doivent payer une taxe municipale de 200 F CFA après la vente.

Une affirmation contestée par le percepteur des taxes de la mairie, Nazifi Halilou. Celui-ci précise que c’est le propriétaire ou celui qui vend le bétail qui doit payer le reçu. Toutefois, certains intermédiaires tentent d’échapper au paiement. « Ils pensent qu’ils sont très malins. Ils vendent le bétail pendant que le propriétaire est absent. Ils nous disent ensuite d’attendre son arrivée. Après qu’on se soit tourné vers quelqu’un d’autre, ils nous disent que le propriétaire est venu, mais qu’il ne leur a rien donné et qu’ils ne vont pas non plus payer la taxe. Nous sommes confrontés à ce genre de soucis », explique le percepteur.
Nazifi Halilou indique qu’il exerce cette fonction depuis trois mois. Sur chaque tranche de 10 000 F CFA, il perçoit 1 000 F CFA, soit 10 % de la recette. Il estime cependant que cette part est insuffisante et souhaite qu’elle soit portée à 20 %. « Avec 20 %, on peut s’en sortir. Travailler, c’est très bien. Ce n’était pas mon rêve de devenir percepteur, mais tant qu’on gagne sa vie, on ne peut que remercier le bon Dieu », dit-il.
Sous un arbre, un jeune revendeur de taurillons, Laouali Tsayabou, originaire du village de Tchaké, âgé de 21 ans, est en pleine négociation avec un acheteur. Cela fait six ans qu’il exerce cette activité. « Je vends de jeunes taureaux. Ici, j’ai des taureaux de 100 000 à 150 000 F CFA », explique-t-il. Laouali Tsayabou achète ces jeunes taureaux à Guidan Ango, puis se rend à Maïreyrey avant de poursuivre vers le marché de Tchaké. Les animaux sont transportés de marché en marché au prix de 750 F CFA par tête.

Son activité comporte toutefois des risques. Il lui arrive d’acheter des taureaux malades sans le savoir. Certains meurent en cours de route. D’autres sont trop affamés ou fatigués et nécessitent d’être transportés en charrette ou parfois égorgés. « Nous allons jusqu’aux marchés d’Oursena, Guidan Ango et Tchaké pour acheter. Malgré les difficultés, Dieu merci, on arrive à subvenir à nos besoins. Grâce à cette activité, je me suis marié, j’ai même construit et j’arrive à subvenir à mes besoins », affirme-t-il.
Saleh Maazou est revendeur de vaches et de taureaux avec une expérience de 40 ans. Il achète ses bovins au marché d’Aderbissanat et paie 2 000 F CFA par tête pour les conduire à pied jusqu’à Issawane. Après le marché d’Issawane, il paie encore 2 000 F CFA pour les acheminer jusqu’à Maïreyrey, puis 1 000 F CFA pour les conduire à Tchaké, ensuite à Atchi Lahiya, et ainsi de suite. « Contrairement aux autres, nous, on ne les met pas dans les voitures. Nous avons des jeunes qui les suivent à pied de marché en marché », explique-t-il.
Sur les différents marchés, Saleh Maazou achète souvent ses bovins à 220 000 F CFA et les revend autour de 230 000 F CFA. C’est grâce aux bénéfices réalisés qu’il parvient à subvenir à ses besoins. Néanmoins, il souligne que sa plus grande difficulté survient lorsque la vente devient difficile. « On vend parfois moins cher qu’au prix d’achat. On perd 10 000 F CFA, parfois 15 000 F CFA. Ce sont les réalités du marché, on ne peut pas toujours faire des bénéfices », conclut-il.

Entre produits vivriers, bétail, marchandages et déplacements de marché en marché, commerçants et éleveurs tentent de tirer leur subsistance d’une activité soumise aux fluctuations des prix, au coût du transport et aux réalités du pouvoir d’achat. Malgré les difficultés, tous continuent de faire vivre ce rendez-vous hebdomadaire, devenu au fil des années un important espace d’échanges économiques et sociaux.
Assad Hamadou (ONEP),
Envoyé spécial
