Les femmes de l’Union décortiquent l’arachide puis ...
Courage, persévérance, détermination, voilà le triptyque qui définit clairement les femmes membres de l’union des groupements « So Da Yarda » de Tibiri, cette association regroupant 13 groupements féminins. Depuis plus d’une décennie, ayant compris que l’union fait la force et que l’oisiveté est mère de tous les vices, consciente qu’elles doivent participer à l’animation de la vie économique de leur communauté et aux efforts de développement collectif, les femmes de Tibiri n’ont pas cessé d’adhérer à cette union. Plus les années passent, plus l’engouement des femmes se crée. Et aujourd’hui, elles sont 390 membres de cette union. Patiemment, elles accomplissent un travail lucratif de transformation d’arachide dont l’abondance de la production n’est plus à démontrer dans cette zone agricole de Tibiri, dans la région de Dosso.
Le mardi 31 mars 2026, peu après la prière, dans une ferme clôturée, étaient réunies, sous un grand acacia, une vingtaine de femmes majoritairement jeunes, les unes assises sur des nattes, les autres débout, en même temps certaines étaient affairées à traiter l’arachide destinée à la transformation en divers sous-produits. Elles étaient toutes affairées lorsque nous étions arrivés sur les lieux. Chacune exécutant une tâche quelconque. Qui pour décortiquer, qui pour passer au tri, qui pour cuire la pâte obtenue après le passage au moulin. La transformation d’arachide est une activité plus ou moins laborieuse avec plusieurs étapes. Car il faut d’abord décortiquer l’arachide si elle ne l’est pas pour enlever les coques, puis trier pour séparer les bonnes graines des mauvaises avant de procéder à la grillade. Cette étape est l’une des plus difficiles à exécuter car il faut faire tourner sans arrêt le four contenant l’arachide sur un brasier pendant 30 à 50 minutes afin de la déshydrater pour la mettre dans les conditions optimales de rendement. Deux femmes sont chargées de cette tâche, l’une tournant le four à l’aide d’une manivelle pour éviter que l’arachide crame ou brûle. Et l’autre est chargée de raviver, à la main, le feu de bois ou même de tiges de mil pour maintenir la chaleur constante. Il s’agit d’un travail laborieux. C’est primordial de griller pour peu qu’elles veuillent avoir un produit fin de qualité, affirme Aichatou, tenant la manivelle du four, assise sur une brique et portant son enfant au dos.

A quelques mètres de là, sous le même arbre, d’autres femmes de So Da Yarda, réunies sur des nattes propres, écrasaient soigneusement l’arachide grillée avec de petits cailloux bien taillés pour la séparer de sa peau et avant de passer au vannage. Elles expliquent que l’arachide débarrassée de sa peau donne plus d’huile et plus facilement, et son tourteau a un meilleur goût. Que produisent ces femmes ? Les sous-produits d’arachide de l’union des groupements So Da Yarda sont nombreux. Outre la traditionnelle huile de bonne qualité et la pâte d’arachide ou Digadigué d’une excellente qualité très aromatique et le tourteau qu’on connait, ces braves dames fabriquent également des biscuits d’arachide délicieux, du nougat fondant d’arachide, de l’arachide sucrée et salée très croustillante. Avec le dérivé, elles produisent également du sel à lécher pour les animaux très apprécié par les petits et gros ruminants. C’est une denrée qui donne de l’appétit aux animaux et leur permet de boire abondamment, expliquent ces femmes battantes.
Malgré la pénibilité de cette tâche, les femmes l’exécutent de manière traditionnelle, manuellement, dans la mesure où l’union ne dispose pas d’équipements modernes, contrairement à certaines organisations dans d’autres localités qui en disposent. Mais pour elles, le premier des moyens, c’est leur volonté, leur abnégation, leur engagement à ne pas abandonner leur activité qui leur garantit une certaine autonomie financière, une résilience.
Grâce à leur activité et pour s’assurer la disponibilité de la matière première, l’Union dispose d’un champ dans lequel elle produise essentiellement de l’arachide. Mais l’approvisionnement se fait aussi à travers l’achat sur les marchés locaux et même à partir des pays voisins, notamment le Nigeria. Qui parle de résilience, parle justement de difficultés à surmonter. Ces productrices estiment que le travail est non seulement une source de fatigue mais il réduit aussi leur capacité de production. Le litre d’huile d’arachide est vendu à 1500F CFA, tandis que le kilogramme de pâte d’arachide est cédé à 1250 FCFA. Quant aux autres produits, leur prix est fonction de la quantité. Cependant, les femmes de l’union des groupements So Da Yarda déplorent un manque de débouchés sûrs et une quasi absence de soutien de la part de l’Etat ou de ses partenaires.
Zabeirou Moussa,
Envoyé Spécial
