Les pluies redonnent espoir aux producteurs de Tillabéri pour la campagne agricole 2026
Il est 7h30 et le soleil bienveillant caresse la commune urbaine de Tillabéri de ses doux rayons en cette matinée de fin du mois de juillet 2026. Au-dessus du fleuve Niger, la lueur de l’aube perce déjà un ciel chargé de nuages, annonciateur d’un début d’hivernage porteur d’espoir. Une légère brise caresse les berges, tandis que les premières pirogues quittaient silencieusement la rive. Les pêcheurs prennent le large, comme chaque matin, dans un rituel immuable où le courage précède toujours l’espérance. C’est la ville qui se réveille progressivement, prête à jouer sa partition quotidienne dans un Niger désormais fier et souverain qui impose le respect.
Dans la ville, les motocyclettes et les tricycles, communément appelés adeydeyta, sillonnent les principales artères, les boutiques lèvent leurs rideaux et les vendeurs de thé accueillent leurs premiers clients. Au marché central, le brouhaha s’installe peu à peu. Les commerçants exsposent leurs marchandises avec soin sur les étals.
Au détour d’une allée, un vendeur interpelle les passants à haute voix par la formule populaire en langue Zarma, qui annonce par la technique ancestrale de la criée les soldes aux clients potentiels : « Wantare, wantare ! Hé wa kakadey fala ba garaou, zama garaou yandjé no agaté ! ». Cette technique qui attire à chaque fois des foules, permet aux clients de se procurer des articles et autres produits, de grande consommation ou non, selon les moyens de chacun. C’est aussi un moment de promotion, de la cohésion sociale à travers son système de marchandage qui réunit autour d’un même objectif les différentes classes socioprofessionnelles de la ville de Tillabéri.
Sur les étals, le riz local, les légumes fraîchement récoltés, les céréales, les épices et les poissons issus du fleuve témoignent d’une activité économique qui continue de battre son plein, malgré les difficultés vécues au quotidien.
À quelques kilomètres du centre urbain, les champs s’étendent à perte de vue. Les premières pluies ont reverdi les terres et ravivé l’espoir des producteurs. Ici, chaque campagne agricole représente un nouveau défi, où l’effort humain se conjugue avec la confiance en Dieu. Mais cette année, les auspices sont bons : tout concourt à une bonne récolte à la fin de la campagne agricole.
Debout au milieu de son champ, une houe en main, Daouda Abdourahmane s’affaire autour de ses plants de céréales qu’il laboure méticuleusement en compagnie de ses deux enfants. Sous un soleil encore clément, chaque membre de la famille contribue aux travaux champêtres. Leurs gestes précis répétés au fil des saisons traduisent la transmission d’un savoir-faire entre générations.
Ce quinquagénaire a toujours été cultivateur. Pour lui, la terre n’a jamais menti car, grâce à cette activité, il assure la subsistance à une famille de onze personnes. Malgré les contraintes, il refuse de céder au découragement. « Alhamdoulilah, dès qu’un laboureur travaille et voit ses plantations derrière lui, il confie le reste à Dieu », confie-t-il sans interrompre son activité.
Son regard se pose ensuite sur les jeunes pousses qui couvrent sa parcelle. Derrière cette apparente sérénité se cache pourtant une réalité plus complexe : les rendements agricoles qui connaissent des difficultés et le contexte sécuritaire qui impose parfois aux cultivateurs de réduire le temps passé dans leurs champs. Pourtant, chaque matin, Daouda est dans son champ. Abandonner la terre reviendrait pour lui à renoncer à l’avenir de sa famille. « Nous n’avons pas d’autres choix, le travail champêtre est notre héritage, nous ne pouvons pas le laisser », a-t-il dit.
L’histoire de Daouda Abdourahmane est loin d’être un cas isolé. Dans la commune urbaine de Tillabéri, nombreux sont ceux qui, malgré les épreuves, continuent d’exercer leurs activités avec dignité. Pêcheurs, commerçants, artisans ou agriculteurs partagent la même conviction que le travail demeure l’un des meilleurs remparts contre l’adversité. Le témoignage de Daouda et le quotidien des autres symbolisent une résilience qui se vit à travers le labeur des cultivateurs, dans les filets des pêcheurs, dans les étals des commerçantes et dans le regard de celles et ceux qui refusent de laisser les difficultés définir leur avenir commun et saper leur cohésion.
La résilience comme mode de vie
Au marché central, l’activité reprend progressivement son rythme habituel. Derrière leurs étals, les commerçants accueillent les clients avec le même enthousiasme qu’auparavant. Pour beaucoup d’entre eux, commercer, au-delà de la simple recherche de gains, est un métier qui permet de nourrir leurs familles, assurer la scolarisation des enfants et préserver l’équilibre des foyers.
Parmi ces acteurs du quotidien figure Zeynabou Hassoumi, venue du village de Garié. Installée derrière son étal, elle propose plusieurs produits maraîchers, notamment des courges, des tomates et des oignons selon les saisons. « Alhamdoulilah, c’est de cette activité que nous vivons. Chaque saison apporte ses produits. Grâce à Dieu, nous arrivons à subvenir aux besoins de nos familles », confie-t-elle, souriante. Cette commerçante estime également que son activité connaît une évolution encourageante ces dernières années. Cette dynamique nourrit son optimisme et renforce sa volonté de poursuivre son commerce à un moment où la souveraineté alimentaire devient de plus en plus une réalité au Niger.
Zeynabou incarne ces nombreuses femmes qui, par leur courage et leur persévérance, contribuent chaque jour à la vitalité économique de Tillabéri et au renforcement de la résilience des communautés.
Dans les quartiers, la solidarité demeure un pilier essentiel de cette capacité à tenir face aux difficultés. Selon le représentant du chef de quartier de Kabia, M. Amadou Biga, la cohésion sociale constitue une véritable force pour les habitants. « Malgré l’insécurité et les épreuves que nous traversons, les populations continuent à vaquer à leurs occupations quotidiennes. Dieu merci, la vie continue. Les gens cultivent, commercent et travaillent avec courage, parce qu’ils savent que c’est le seul moyen de faire vivre leurs familles », a-t-il témoigné.
Il indique que cette résilience repose aussi sur une tradition de dialogue et de règlement pacifique des différends. Lorsqu’un conflit oppose les populations, surtout en cette période où les agriculteurs et les éleveurs, de fois, n’arrivent pas à se comprendre, les responsables coutumiers privilégient la concertation afin de préserver l’entente entre les communautés. « Nous réunissons les deux parties auprès du chef de quartier. Chacun s’exprime librement et nous recherchons une solution juste. Celui qui est en tort reconnaît son erreur et s’engage à ne plus la reproduire. C’est ainsi que nous préservons le vivre-ensemble », explique-t-il.

Pour Amadou Biga, cette solidarité de proximité fondée sur l’écoute et le respect mutuel permet aux habitants de rester unis face aux épreuves. Il reste convaincu que l’espoir demeure présent au sein de la population qui continue de regarder l’avenir avec confiance.
Au-delà des efforts matériels, les habitants de Tillabéri puisent également leur force dans leurs convictions et leurs valeurs sociales. Dans les lieux de culte comme dans les espaces communautaires, la solidarité et l’espérance occupent une place importante dans la vie quotidienne.
À la Grande Mosquée de Tillabéri, l’imam Cheick Salou Seyni appelle régulièrement les fidèles à garder confiance face aux épreuves que traverse le pays. Il invite la population à rester unie, solidaire et attachée aux valeurs de paix et de fraternité. « En tant que musulmans, nous devons garder la foi, placer notre confiance en Allah et rester debout face aux épreuves. C’est dans l’unité, la solidarité et la confiance en Dieu que nous surmonterons ces difficultés », rappelle-t-il.
Cette capacité de résistance se manifeste également au sein de la jeunesse. Dans les ateliers, les commerces, les exploitations agricoles ou encore les services, de nombreux jeunes font le choix de s’investir dans la vie économique et sociale de leur commune. En dépit des contraintes, ils continuent de croire en leur territoire et souhaitent contribuer à son développement.
Une jeunesse engagée
À travers son engagement, le président du Conseil régional de la jeunesse de Tillabéri, M. Ouseyni Daouda Abdou, incarne cette jeunesse qui refuse de céder à la peur. Pour lui, rester dans la région et poursuivre les activités quotidiennes constitue un acte de responsabilité et d’attachement à la terre natale. Selon lui, les périodes de crise sont justement celles où la communauté a le plus besoin de l’implication de ses filles et de ses fils. « Notre présence sur le terrain est un acte de résistance civique », a-t-il affirmé.

Pour ce responsable de la jeunesse, la paix durable ne peut être construite uniquement par les réponses sécuritaires. Elle nécessite également des efforts dans l’éducation, la cohésion sociale, la participation citoyenne et l’engagement des jeunes. Il appelle ainsi cette frange importante de la population à rejeter le découragement et à transformer les difficultés en opportunités. Il demeure convaincu que l’avenir de Tillabéri dépendra de la capacité de sa jeunesse à porter des initiatives positives, à préserver l’unité et à œuvrer pour le bien commun.
Du côté des acteurs de la société civile, le même message revient ; l’unité et l’engagement collectif restent les fondements de la résilience des populations. Pour Hama Oumarou, les forces vives de la région sont restées mobilisées depuis plusieurs années pour accompagner les efforts en faveur de la paix et de la sécurité. « Je tiens à saluer les sacrifices consentis par les Forces de défense et de sécurité ainsi que par les populations, tout en formulant mes vœux d’un retour durable de la paix et de la sécurité dans notre espace AES », déclare-t-il.
Des nuits paisibles, annonciatrices d’un lendemain meilleur
Lorsque le soleil décline lentement sur Tillabéri, les marchés ferment progressivement leurs portes et les derniers pêcheurs regagnent les habitations. Les cultivateurs rentrent des champs, fatigués mais satisfaits d’avoir accompli une nouvelle journée de travail. Dans les concessions, les familles se retrouvent autour du repas du soir, déjà tournées vers les tâches du lendemain. Car ici, chaque soir en famille annonce une nouvelle pleine d’espoir. Avant même les premières lueurs du jour, les pirogues reprendront le chemin du fleuve, les cultivateurs rejoindront leurs parcelles, les commerçants rouvriront leurs étals et les artisans regagneront leurs ateliers, défiant ainsi ceux qui, égarés comme jamais, tentent désespérément d’installer la psychose et le découragement dans les cœurs des paisibles habitants.

Tout ceci resume que Tillabéri est une ville où la résilience n’est pas seulement un discours, mais une réalité quotidienne. Elle se manifeste dans le travail des producteurs, la détermination des commerçantes, la solidarité des quartiers, la foi des populations et l’engagement d’une jeunesse qui refuse d’abandonner son avenir. Face aux défis, les habitants continuent d’avancer avec courage, convaincus que l’espoir demeure la meilleure réponse à l’adversité.
Adamou I. Nazirou
ONEP-Tillabéri
