Stockage des matières premières servant à la préparation des produits
À Mayahi, le groupement féminin ‘’Hadin Kan Yan Mata’’ est un véritable point de départ vers l’autonomie. Les formations offertes sont nombreuses dont la couture, le tricotage, la broderie, la fabrication de savons solides et liquides, la préparation d’encens et de parfums, la pâtisserie et les produits cosmétiques, ainsi que l’éducation à la vie associative. Dans cette école, une quarantaine de jeunes filles et femmes, pour la plupart déscolarisées ou non scolarisées, apprennent un métier tout en préparant leur insertion économique et sociale.
Mercredi 1er juillet 2026 ; au sein de la direction départementale de la Population, de l’Action sociale et de la Solidarité nationale de Mayahi, et à l’abri des regards, des jeunes filles et femmes sont assises sur des nattes ou des tabourets. Le bruit des machines à coudre et les causeries des jeunes apprenantes remplissent la direction. Mais chacune de ces filles était entièrement concentrée sur la tâche qui lui a été confiée. Dans une ambiance de travail conviviale et harmonieuse, les membres du groupement ‘’Hadin Kan Yan Mata’’ travaillent avec une détermination remarquable dans l’espoir de construire leur autonomie et de préparer un avenir meilleur grâce à l’apprentissage d’un métier.
Créé en 2025, le groupement est directement rattaché au ministère en charge de la Population. La majorité des bénéficiaires sont âgées de 14 à 25 ans, réparties dans plusieurs filières. Le foyer poursuit ses activités grâce à l’engagement de ses responsables et la volonté des jeunes filles d’apprendre davantage.
Une organisation exemplaire au service de la formation
La chargée de la coordination à la DDP/AS/SN de Mayahi, Mme Harouna Nana Aïchatou, explique que l’organisation du foyer repose sur une planification rigoureuse. Les apprenantes sont réparties en plusieurs groupes selon la filière qu’elles ont choisies dès leur arrivée. Une fois les compétences de base acquises, elles peuvent être orientées vers une autre spécialité afin d’élargir leur savoir-faire. Mais, la formation ne se limite pas à l’apprentissage technique. Une à deux fois par semaine, des causeries éducatives sont organisées pour renforcer les compétences sociales des jeunes filles. « Ce n’est pas facile de changer un comportement du jour au lendemain, mais on peut transformer certaines attitudes, apprendre à vivre en communauté, promouvoir la cohésion sociale, gérer un budget ou encore développer l’esprit associatif », explique Mme Nana.
Selon elle, l’objectif est de faire de ces jeunes filles et femmes des acteurs économiques autonomes, capables de lutter contre la pauvreté, de prévenir le mariage des enfants et de contribuer à l’éducation de leurs futurs enfants. Les séances d’apprentissage durent quatre heures par jour, sous la supervision de deux monitrices. « Je veille à la discipline. Nous échangeons beaucoup avec les monitrices pour améliorer le fonctionnement du groupement », souligne Mme Nana.

Le groupement dispose également d’un fonds de crédit permettant aux membres d’emprunter de petites sommes remboursables sans intérêt dans un délai raisonnable. Cette solidarité interne constitue un véritable filet de sécurité pour plusieurs jeunes confrontées à des difficultés économiques. Par ailleurs, une cellule d’écoute consacrée aux violences basées sur le genre est installée dans les locaux afin d’accompagner et de protéger les femmes. Pour Mme Nana Aichatou, l’autonomie financière passe aussi par la protection des droits et de la dignité des jeunes filles.
L’une des deux monitrices, Mme Rachida Abdou a affirmé que Hadin Kan Yan Mata œuvre exclusivement pour le bien-être des femmes en leur permettant d’apprendre un métier utile et générateur de revenus. « Nous formons les jeunes sur la fabrication de nombreux produits utiles à la société nigérienne. Notre objectif est de faire en sorte que chaque femme puisse subvenir à ses besoins », souligne-t-elle. Elle rappelle qu’au départ, elle dispensait cette formation grâce à un contrat de cinq mois, financé par une ONG. À la fin du projet, Rachida a choisi de poursuivre bénévolement son engagement afin de ne pas abandonner les jeunes filles qui avaient déjà commencé leur apprentissage. « Les femmes aiment ce travail et elles apprennent réellement », témoigne-t-elle.
D’après la présidente du groupement, Mme Rakia Salé, tout se passe à merveille car les membres arrivent à subvenir à leurs besoins grâce aux revenus de cette activité précisant que les produits fabriqués sont déjà bien connus dans toute la ville de Mayahi. Les jeunes filles écoulent leurs produits dans trois marchés du département et la ville de Mayahi. Draps brodés, vêtements pour bébés, savons, encens, parfums et couches hygiéniques sont régulièrement commandés par les clients, preuve de la qualité des produits fabriqués au sein du foyer.
S’agissant des prix, les ensembles en laine pour bébés sont vendus entre 7 000 et 8 000 FCFA, les draps de 2 000 à 20 000 FCFA selon la qualité, les parfums à 500 FCFA et l’encens à 2 500 FCFA. « Au début, les filles ne savaient même pas mettre un fil dans une aiguille, mais aujourd’hui, grâce à ce groupement et aux conseils de Hajia Nana, elles ont appris et elles veulent prendre leur destin en main. Les filles maîtrisent leur travail au point où lorsqu’il y a des commandes, les produits sont vite confectionnés et déposés avant même la date de réception », explique Mme Rakia Salé.
Quant à la trésorière, Mme Nafissa Abdoul Aziz, elle a affirmé que le modèle économique repose sur une gestion transparente, ajoutant que toutes les recettes issues des ventes sont versées dans la caisse du groupement. À la fin du mois, les comptes sont établis et les bénéfices sont répartis en trois parts. Une destinée aux monitrices, une autre aux jeunes filles ayant réalisé les produits, et la dernière alimente la caisse pour l’achat de matières premières. « Les gens achètent et ça fait notre affaire », a déclaré fièrement Mme Nafissa Abdoul Aziz.
Âgée de 15 ans, Mouchetayida Oumarou confie qu’elle ne savait rien faire avant d’intégrer le groupement. « J’apprends la couture, le tricotage et la confection de bonnets. Je veux gagner ma vie sans tendre la main à quelqu’un », a-t-elle indiqué. Même satisfaction chez Farida Harouna, âgée de 16 ans. « Je sais désormais réaliser des modèles et faire des assemblages. La pédagogie est excellente et je continuerai à apprendre d’autres spécialités », a-t-elle souligné. Agée de 20 ans, Assamaou Elhj Harouna a débuté sa formation en 2026. Elle a commencé par la couture et fabrique déjà une dizaine de tampons hygiéniques traditionnels par jour. Ce tampon, selon elle, a une durée d’utilisation de trois mois et est vendu à 250 FCFA l’unité.
Le manque de matériel : principal défi à relever
Malgré les résultats encourageants, les membres du groupement font face à un souci: l’insuffisance des équipements. Les pannes répétitives des machines à coudre ralentissent la production et compliquent le respect des délais de livraison. « Nos jeunes sont courageuses et veulent travailler, mais le manque de matériel freine notre évolution. Nous n’avons que trois machines. Et lorsqu’une tombe en panne, toute la production est perturbée », déplore Rakia Salé, tout en appelant à une aide des autorités et des ONG. À travers cet appel, les femmes de Hadin Kan Yan Mata espèrent obtenir un soutien supplémentaire afin de répondre à une demande de plus en plus importante et de poursuivre leur combat pour l’autonomisation des jeunes filles de Mayahi.
Assad Hamadou (ONEP)
Envoyé spécial



