La plante tribulus terrestris
Dans les vastes étendues sablonneuses du Sahel nigérien, une petite plante rampante s’accroche au sol, souvent piétinée, arrachée et considérée comme une mauvaise herbe. Pourtant, le Tribulus terrestris, de la famille des Zygophyllacées, est aujourd’hui au cœur de recherches scientifiques internationales pour ses propriétés pharmaceutiques exceptionnelles. Connue localement sous les noms de Tsaida en haoussa et Garonfu en zarma, cette plante emblématique des milieux secs est en train de passer du statut d’herbe indésirable à celui de ressource à haute valeur ajoutée pour la pharmacopée et la résilience écologique.
Tribulus terrestris est une plante herbacée qui résiste au climat chaud. Elle s’étale au sol en forme d’étoile avec des tiges grêles et velues. Le Tribulus terrestris porte de petites feuilles composées paripennées et de petites fleurs jaunes à cinq pétales qui ne s’ouvrent qu’au soleil. Sa signature botanique reste son fruit. Une capsule ligneuse à cinq coques, munie d’épines dures, acérées et extrêmement piquantes. Ces épines lui permettent de s’accrocher aux pattes des animaux, aux pneus et aux chaussures, assurant ainsi sa dissémination sur de longues distances.
Au Niger, la plante est omniprésente. On la retrouve dans les régions de Maradi, Zinder, Tahoua, Dosso et Tillabéry, sur les sols sablonneux, les jachères, les bords des champs et les zones dégradées. C’est une plante pionnière. Elle est l’une des premières à coloniser les terres dégradées, jouant un rôle écologique fondamental. Son système racinaire fixe le sol, limite l’érosion éolienne et hydrique et contribue à la restauration des terres. Dans un contexte de dégradation accélérée des terres et de désertification, cette petite plante joue un rôle de protectrice discrète de l’environnement. Malheureusement, à cause de ses fruits qui blessent les pieds nus et les animaux, elle est systématiquement arrachée et brûlée, alors qu’elle constitue un paillage naturel et un fourrage d’appoint en saison sèche.
Une composition chimique exceptionnelle
Si la science s’intéresse au Tribulus terrestris, c’est pour sa composition. Selon Dr Douma Soumana, maître de conférences, enseignant-chercheur à l’Université Abdou Moumouni de Niamey et phytothérapeute, les analyses phytochimiques révèlent que la plante est particulièrement riche en saponines stéroïdiennes, notamment la protodioscine, la dioscine et la tribulosine, des molécules très recherchées. Elle contient également des flavonoïdes, des alcaloïdes, des phytostérols, des tanins et des glycosides. C’est ce cocktail qui explique son large spectre d’activités.
Sur le plan pharmacologique, la plante est connue pour ses propriétés aphrodisiaques et son soutien à la fonction sexuelle, son effet diurétique utile dans les troubles urinaires et la prévention de la lithiase, ainsi que pour ses effets anti-inflammatoires, antioxydants, antimicrobiens et antifongiques.
Plusieurs travaux lui attribuent aussi un potentiel antidiabétique, hypoglycémiant, hypolipémiant et hypocholestérolémiant. Elle serait hépatoprotectrice, cardioprotectrice, antihypertensive et cardiotonique, avec des propriétés neuroprotectrices, antalgiques, antispasmodiques, immunomodulatrices, anthelminthiques, voire anticancéreuses observées en laboratoire.
Posologies et précautions
Pour Dr Douma, le Tribulus terrestris est une véritable pharmacie à ciel ouvert, mais son usage doit rester prudent. « Il intervient dans le traitement de plusieurs troubles », a-t-il souligné.
Pour les troubles sexuels, la baisse de libido, la dysfonction érectile, l’oligospermie et les troubles de la fertilité, il recommande de faire bouillir 1 à 2 cuillères à café de feuilles sèches dans deux verres d’eau pendant 10 minutes, de filtrer et de boire 1 verre (150 à 200 ml) matin et soir pendant 4 à 8 semaines. L’alternative en poudre : ¼ à ½ cuillère à café (1 à 2 g par jour) mélangée à de l’eau ou du lait chaud, sans jamais dépasser 3 g par jour.
Pour la sphère urinaire (brûlures mictionnelles, irritations), il préconise 1 cuillère à café (5 g) dans 2 verres d’eau, 2 tasses par jour. Pour les calculs rénaux, 5 à 10 g dans 2 verres d’eau en 2 prises, pendant 5 à 7 jours maximum. En cas de fièvre, sang dans les urines ou douleur lombaire, il faut consulter immédiatement.
En ce qui concerne l’hypertension et les troubles cardiovasculaires, infuser ¾ à 1 cuillère à café (3 à 5 g) dans 2 verres d’eau, 1 à 2 tasses par jour, tout en surveillant la tension. Le spécialiste est formel, cette infusion ne doit jamais remplacer le traitement de l’insuffisance cardiaque, de l’angine de poitrine ou des troubles du rythme. Il déconseille formellement l’automédication en cas d’hépatite, de cirrhose ou de stéatose importante.
Pour les œdèmes, les flatulences et les coliques, une infusion de ¾ à 1 cuillère à café dans 250 à 300 ml d’eau, 1 à 2 fois par jour après le repas. Pour un usage cutané, une décoction concentrée (2 cuillères à café pour 2 tasses d’eau) à appliquer refroidie sur la peau intacte avec une compresse. Ne jamais mettre la préparation directement dans l’œil.
Bien que bénéfique pour de nombreux utilisateurs, le tribulus terrestris comporte aussi des dangers potentiels. La prise excessive peut entraîner des effets secondaires comme des reflux gastriques, des insomnies, des palpitations. Il est également important de noter que cette plante peut interagir avec certains médicaments et conditions médicales.
Dr Douma insiste sur une précaution majeure : éviter tout usage chez la femme enceinte, allaitante, les personnes ayant des antécédents de calculs biliaires, les enfants de moins de 16 ans, et en cas de troubles menstruels inexpliqués. Ces préparations sont basées sur des usages traditionnels et ne remplacent pas un avis médical. En cas de symptômes graves ou persistants, il faut toujours consulter un professionnel de santé.
De mauvaise herbe à produit essentiel, le tribulus terrestris rappelle qu’au Niger, la solution pousse parfois sous les pieds. Il ne reste plus qu’à apprendre à la protéger pour mieux la transformer. Le tribulus représente une opportunité, aujourd’hui la matière première est importée d’Inde et de Chine pour fabriquer des compléments alors qu’elle pousse spontanément et gratuitement dans les champs. Une filière organisée pourrait offrir des revenus aux femmes qui font la cueillette, aux transformateurs et positionner le Niger sur le marché des ingrédients naturels certifiés bio.
Rahila Tagou (ONEP)
