Sur le site de la carrière de sable d’Aguié
Au cœur de la ville d’Aguié, un carrefour singulier attire chaque jour les exploitants de carrière. Cet espace considéré comme le marché du sable et du gravier de la ville est devenu un point de rencontres pour les acteurs du domaine du bâtiment. Installés sur une partie de l’espace réservé au terrain de sport, ils sont plus d’une cinquantaine d’hommes à exercer la même activité et qui en ont fait leur principale source de revenus: l’extraction et la vente du sable et du gravier.
A l’ombre généreuse des arbres, s’étend un vaste espace où se regroupent plusieurs petits collectifs ou collecteurs. L’endroit évoque l’ambiance chaleureuse d’un marché de village. Les charrettes parquées, tandis que les bœufs broutent de l’herbe de l’autre côté, attendant patiemment d’être chargées. Tout autour, des vendeurs de nourritures profitent du rassemblement humain pour proposer leurs produits. Un peu plus loin, on observe d’énormes dunes de sable et de gravier soigneusement alignées. A certains moments, ceux qui sont appelés à vendre se mettent en mouvement pour aller remplir le chariot puis l’acheminer jusqu’au client.
Cet espace fait office d’endroit de stockage, tout en rapprochant le produit de la clientèle. Une partie du criblage est aussi effectué à ce niveau. Il suffirait de constater l’engouement qu’il suscite pour déduire que le service de ces exploitants avec chariot est fortement sollicité. A la différence de certaines localités rurales où, en cas de besoin, la personne se déplace elle-même ou mobilise des jeunes pour lui chercher les matières, à Aguié, c’est des professionnels qui s’en chargent. Une coordination bien structurée. Certains des exploitants sont issus des villages de la commune d’Aguié ou encore des communes voisines.
Malam Aboubacar Malam Abdou est le délégué des exploitants que nous avons trouvé sur place, en train de charger un chariot. Il nous explique comment ils exécutent les activités et leur forte sollicitation. L’homme précise que leur service couvre toute la commune d’Aguié et les villages environnants. Pour faire une commande, un appel téléphonique suffit. Un chariot chargé de sable est vendu à mille (1 000) Fcfa et celui du gravier à trois mille cinq cents (3 500) Fcfa. Ils fournissent également de l’eau sur les chantiers. Le tonneau est vendu à deux cent cinquante (250) Fcfa.
Dans le domaine, ils ont des concurrents, notamment ceux qui disposent des mini camions bennes. Mais ces derniers sont contournés par certains clients à cause de leurs tarifs considérés un peu plus élevés.
Leur apogée des ventes survient à l’approche de la saison des pluies où la plupart des personnes procèdent au colmatage de leurs maisons. A des périodes pareilles, le délégué souligne qu’un seul exploitant pourrait gagner 10 000 Fcfa par jour et parfois plus.
Pour chaque chariot, ils s’acquittent d’une taxe municipale de cent (100) Fcfa. Mais il y a de cela quelque mois, souligne Malan Aboubacar Malan Abdou, la carrière a été fermée pour des raisons techniques. Ils se débrouillent à présent pour extraire dans les champs. C’est le principal obstacle auquel ils sont confrontés, relève-t-il. Les propriétaires des champs n’acceptant pas qu’ils creusent dans leur terrain.
Ainsi, leur souhait est la réouverture de cette carrière ou l’ouverture d’une autre car, sans elle, des conflits surgissent avec les propriétaires terriens privés.
Dans cette activité, Abdou Langué, de Fambina Garé, dit avoir tout réalisé. L’exerçant depuis son jeune âge et, aujourd’hui, à 42 ans, il continue de porter son espoir sur ce travail. C’est grâce à cette activité qu’il a fondé une famille, construit sa maison. Il ne dispose que d’une charrette et un bœuf. Assisté d’un jeune homme, quotidiennement, ils génèrent un revenu compris entre cinq mille (5 000) et sept mille (7 000) Fcfa. Si la journée est « fructueuse », le revenu va au-delà deS dix mille (10 000) Fcfa.
Bachir Djibo (ONEP)
Envoyé spécial
