samedi 31 octobre 2026

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Lenteur dans la délivrance des documents administratifs au Niger : Délivrance des actes d’état civil, une attente stressante pour les usagers

· ONEP NE
M. Issiakou Ayouba, directeur régional de l’Etat Civil, des Migrations et des Réfugiés de Tahoua.
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Le régime de l’état civil au Niger est régi par la Loi n° 2019-29 du 1er juillet 2019, qui a remplacé l’ancienne loi de 2007. Cette législation a été profondément restructurée par l’adoption de l’ordonnance n° 2026-21 du 22 avril 2026 qui consacre une évolution clé avec l’intégration des secrétaires généraux des mairies en tant qu’officiers d’état civil délégués ou de plein droit et le déploiement progressif du registre national de l’état civil informatisé. Cependant, se procurer des actes fondamentaux comme l’acte de naissance, l’acte de mariage, l’acte de divorce ou de répudiation, ou l’acte de décès, même avec toutes les pièces constitutives requises fournies, relève encore d’un parcours de combattant, y compris dans des grandes villes telles que Niamey, où des citoyens attendent des semaines voire des mois avant d’être servis.

Dans les directions d’état civil ou dans les différents services administratifs, l’obtention d’un seul document nécessite une patience à toute épreuve et des aller-retours souvent infructueux. Pour la délivrance de l’acte de naissance d’un nouveau-né, entre les dessous de table et les influences relationnelles des parents, amis et connaissances, l’affairisme prend le dessus sur l’éthique au mépris des droits fondamentaux des citoyens.

Le problème ne date pas d’aujourd’hui, mais perdure malgré les dénonciations des citoyens. Abdoul Nasser est un jeune papa qui a eu la joie d’accueillir dans sa famille la naissance d’une fille le 21 septembre 2025, à Niamey. Mais l’enfant a fêté son premier anniversaire sans certificat d’acte de naissance. Il aura fallu toute une année et quelques jours pour que soit établi le simple papier qui atteste essentiellement qu’elle est née à telle date, de tel père et telle mère, dans telle ville. Cet aboutissement, bien que tardif, n’est pas sans ‘’influence’’, admet Abdoul Nasser.

« Dans le CSI Gamkallé comme dans d’autres, il y a des services d’état civil qui sont là pour ça. Après enregistrement de la naissance, ils ont demandé deux mille (2 000) francs CFA pour la délivrance de l’extrait. Mais à la date d’aujourd’hui (17 septembre 2026), rien. Mes aller-retours n’ont rien changé. Ma fille attend cet extrait pour avoir sa carte de prise en charge de santé. À mon dernier passage là-bas, on me parle d’une signature qui manque, je ne sais de qui. Je suis là, j’attends cette signature, peut-être que c’est une signature de Dieu. Vu qu’elle tarde depuis un an », a-t-il fustigé.

Une semaine après ce témoignage, Monsieur Abdoul Nasser Zada nous a annoncé l’aboutissement de la procédure après un an et deux jours d’attente. « Mais, attention ! Pas en suivant la procédure normale. J’ai pu l’avoir grâce à un responsable de la mairie auprès de qui je me suis plaint et qui a compati et déploré cet état de fait. En quelques coups de fil, le dossier est pris en charge. Et j’ai eu enfin ce papier », se réjouit-il.

Bien qu’il ait obtenu l’acte de naissance de sa fille, Abdoul Nasser ne décolère pas. Pour lui, rien ne justifie un tel retard au vu de tout ce qui est mobilisé pour ces services dans la Ville de Niamey. « J’ai fait 1 an 2 jours derrière vous. C’était quoi le problème concrètement ? Vous m’en voyez désolé, mais aucune explication ne pourrait me faire comprendre ça. Une naissance à Niamey, en pleine ville, dans la capitale, avec toutes les commodités qu’il y a pour faciliter la délivrance des documents et pièces d’état civil. J’ai perdu mon énergie, argent, pensant que ça pouvait accélérer les choses. Mais, rien. Sans compter le nombre de fois où j’ai abandonné mon boulot pour aller me pointer devant vos agents. Vraiment, il faut revoir les choses. Dites alors, vous faites quoi dans les bureaux ? La question est légitime. Je n’aimerais pas qu’un autre vive cette situation. On est dans une refondation, donc refondez vos services en conséquence. C’est le moment », a-t-il martelé.

Moderniser et digitaliser le système

« Ce qui fait ce retard, c’est le nombre des naissances au Niger qui est élevé par rapport aux personnels intervenants dans la chaîne de délivrance, l’insuffisance des matériels informatiques, l’indisponibilité des officiers de l’état civil pour l’authentification des actes, un personnel souvent non qualifié également se trouvant à l’état civil. La faiblesse du réseau internet accentue aussi le retard de délivrance », explique Issiakou Ayouba, directeur régional de l’Etat Civil, des Migrations et des Réfugiés de Tahoua.

« L’État est en train de moderniser le système de délivrance par l’informatisation du système », a-t-il mentionné. En effet, en plus de la rupture la pratique selon laquelle seuls le maire et ses adjoints détenaient la qualité d’officiers d’état civil au sein des centres principaux, en intégrant donc les secrétaires généraux de mairie dans la sphère de compétence d’attestation des actes, la perspective de l’informatisation intégrale du système via le nouveau Registre National de l’État Civil (RNEC), contenue également dans la nouvelle ordonnance, apportera de la fluidité dans le traitement des dossiers et la délivrance des actes.

A la date d’adoption en Conseil des ministres de ladite ordonnance, le registre national de l’état civil informatisé était opérationnel dans 102 communes du Niger et les efforts se poursuivaient pour l’informatisation des autres communes restantes. L’ordonnance de 2026 vient « corriger des insuffisances afin de permettre ainsi une meilleure implémentation des registres nationaux de l’état civil et de la population et de garantir une identité juridique fiable et unique à chaque Nigérien intégrant les données biométriques », indiquait le communiqué du Secrétariat général du Gouvernement relatif au Conseil des Ministres du 22 Avril 2026.

Hamissou Yahaya (ONEP)