Bien qu’elle soit en baisse, l’exploitation des ressources naturelles forestières reste une activité qui procure des revenus aux populations rurales qui trouvent ainsi de quoi subvenir à certains de leurs besoins. C’est le cas dans le Boboye, où les femmes s’adonnent à la transformation et à la commercialisation des feuilles de palmier doum.
Tous les jeudis, le marché de Birni N’Gaouré impose sa loi. Dans le brouhaha, chacun cherche sa place et pose son étal. Sous un grand neem, des femmes, toutes vêtues de pagnes aux couleurs vives, discutent autour de plusieurs fagots de feuilles de palmier doum séchées. À côté d’elles, des charrettes à deux roues, chargées du même produit ainsi que des objets du quotidien qu’elles utilisent lors de leurs déplacements sont posés à même le sol. Dans un coin, l’une d’entre elles s’occupe de leur monture pendant que les autres étalent leurs marchandises. Fati, âgée d’une quarantaine d’année, porte sur son corps le poids des années et des longues journées. Elle attend patiemment de vendre ses fagots de feuilles de palmier doum pour retourner chez elle. La commercialisation des feuilles de doum séchées est sa principale source de revenus.
Dans ses mains frêles, elle serre un billet froissé de 500 FCFA et une pièce de 100 FCFA, une somme qui représente le prix d’un fagot de feuilles de palmier doum. Selon ses explications, elle cueille les feuilles de palmier doum encore vertes, puis les fait sécher avant de les mettre en vente au marché. « Nous nous rendons en brousse tous les jours pour cueillir des feuilles de palmier doum que nous séchons avec soin au soleil avant de les emballer pour la vente », a précisé Mme Fati.
Ce travail, à la fois pénible et risqué, n’est pas rémunéré à sa juste valeur. Malgré tant d’efforts, de courage et de sacrifices, la maison tient à peine debout, dit-t-elle. « En essayant d’enlever les feuilles, nous nous coupons les mains. En plus des longues marches que nous faisons à l’aller et au retour, et de la fatigue, nous rentrons souvent à la maison avec des blessures », se plaint-t-elle. Chaque jeudi, la quadragénaire et d’autres femmes se rendent au marché de Birni N’Gaouré pour vendre leurs marchandises. Elles espèrent en tirer le meilleur prix possible. En principe, le fagot est vendu à 1 000 FCFA, mais souvent, elles sont contraintes de le céder à 600 FCFA, faute de clients ou à cause des fluctuations des prix.
La transformation des feuilles de palmier doum
La transformation des feuilles de palmier doum est un travail artisanal que les femmes rurales réalisent avec précision. Incontournables dans cette activité, elles rendent ces feuilles utiles à la communauté en les transformant en divers articles. En effet, elles achètent au marché la matière première constituée de feuilles séchées, avant de procéder à la confection de nattes, de chapeaux pour se protéger du soleil, de cordes utilisées dans la construction des hangars ainsi que d’autres objets destinés aux populations rurales et urbaines.
Haoua Hassane, la trentaine révolue, est une ménagère originaire du village de Donou Dibi. Le jour du marché de Birni N’Gaouré, elle se fait conduire en charrette à traction bovine pour acheter des fagots de feuilles de palmier doum à raison de 700F à 800F CFA l’unité. Pour le transport, elle débourse pour chaque fagot la somme de 100 FCFA. « Ce sont les enfants qui nous transportent dans leurs charrettes. Nous payons à la fois notre transport et celui des fagots », a-t-elle précisé. Une fois à la maison, elle s’attelle à l’assouplissement des feuilles avant de les tresser en cordes qu’elle revend ensuite au marché à bas prix.
Avec un fagot de feuilles de doum, Mme Haoua Hassane peut confectionner jusqu’à 40 cordes. Elles sont vendues à 100 FCFA les 3. « Nous faisons ce travail pour ne pas rester à ne rien faire, sinon nous ne gagnons presque rien », a-t-elle confié. Ces femmes sont, pour la plupart, des mères au foyer dont les conjoints sont partis en exode. Avec le peu qu’elles gagnent, elles assurent difficilement les charges du ménage. « Après la vente de nos marchandises, nous achetons des denrées alimentaires pour nourrir nos enfants », dit-elle.
La vente des feuilles de palmier doum génère certes des revenus, mais ne permet pas une réelle autonomie financière. Les femmes rurales se battent chaque jour pour être autonomes. Mais, pour y parvenir, elles ont besoin d’accompagnement. C’est le cri de cœur de Haoua Hassane. « Si une meilleure activité se présente, nous n’hésiterons pas à l’accepter ou à l’apprendre, car celle-ci est très pénible et ne nous rapporte pas grand-chose », dit-elle, déterminée.
Fatiyatou Inoussa (ONEP)
Envoyée spéciale





