vendredi 6 novembre 2026

Le Sahel | Le portail dynamique de l'information au Niger

Niamey39°CPartiellement nuageux↑40° ↓24°

Mme Adama Garba Abdou, Présidente nationale de la Jeune Chambre Internationale(JCI) Niger : « Nous voudrions surtout une fiscalité plus favorable aux jeunes entrepreneurs, afin de faciliter la création et la pérennisation de leurs entreprises »

· ONEP NE
Mme Adama Garba Abdou
Partager vers les réseaux

Titulaire d’un Master en Management Business Administration (MBA), de l’École des Hautes Études Comptables et Financières et d’un autre Master en Genre et Développement de l’Université Abdou Moumouni, Mme Adama Garba Abdou œuvre pour un développement inclusif, durable et l’épanouissement des communautés. Présidente de l’Association des Jeunes Leaders pour un Développement Durable (AJELDD), elle a été élue récemment présidente du bureau national de la Jeune Chambre Internationale (JCI) Niger. Dans cet entretien, Mme Adama Garba Abdou évoque le fonctionnement de la JCI Niger, le programme et la vision du mandat 2027, pour la participation de la jeunesse à la construction du pays.

Mme Adama Garba Abdou, du poste de Vice-Présidente, vous venez de passer à la présidence du bureau de la Jeune Chambre Internationale(JCI) Niger pour le mandat 2027. Peut-on y voir un cheminement logique au sein de cette structure ?

Je viens effectivement d’être élue présidente nationale de la Jeune Chambre Internationale (JCI) Niger. Avant d’être vice-présidente de la JCI Niger, je suis passée par plusieurs postes. J’ai été intronisée membre de la JCI Niger en 2019. Je suis restée pendant 5 ans à différents postes, notamment présidente de la JCI au niveau local à Dosso en 2021, assistante exécutive du président national en 2022, puis conseillère juridique nationale en 2023. J’ai également occupé le poste de vice-présidente nationale en 2024, vice-présidente exécutive nationale en 2025, Deputy présidente nationale en 2026 et j’ai eu la chance d’être élue présidente nationale de la JCI Niger pour le mandat 2027 à l’unanimité par toutes les régions.

C’est donc un cheminement ; avant d’être vice-président ou président, il faudrait passer par d’autres postes.  Quand vous venez en tant que nouveau membre, il faut passer 6 mois d’observation pour connaître les principes, les caractéristiques de l’organisation, les opportunités, la gestion des projets, etc.

Pour ce qui est de la Jeune Chambre Internationale(JCI), il faut rappeler que c’est une organisation de jeunesse, un mouvement mondial créé en 1915 dans le Missouri aux USA et dont les membres faisaient au début des activités communautaires. Au fil du temps, l’organisation a été très structurée.

Au Niger, la JCI était là depuis 1971, avant d’être suspendue comme d’autres structures pendant la période du CMS. La JCI Niger a été reconstituée donc en 1992. C’est une organisation qui regroupe les jeunes de 18 à 40 ans, avec quatre domaines d’opportunités.

Le principal domaine est celui de la formation. Il y a ensuite le domaine communautaire, avec plusieurs activités sociales, de sensibilisation sur la citoyenneté, etc. Le troisième domaine, est celui de l’entrepreneuriat. On pousse beaucoup les jeunes à aller vers l’entrepreneuriat, pour non seulement s’auto-employer, mais également pour employer d’autres jeunes. Enfin, il y a le domaine du business. Puisque la JCI est une organisation présente dans plus de 120 pays, on arrive à tisser des relations avec d’autres entrepreneurs, d’autres jeunes avec lesquels on a des intérêts communs et à tirer profit de cette opportunité.

Quel est votre programme pour le mandat que vous êtes sur le point d’entamer ? Y a-t-il un thème particulier sous lequel vous placez ce mandat ?

Le mandat 2027 est placé sous le thème de l’entrepreneuriat en réponse aux défis sécuritaires et migratoires. Une vision en découle, c’est la vision R-E-C-I: Rassembler, Elever, Créer, Impacter. L’objectif est donc comment rassembler les jeunes autour de la thématique principale qui est l’entrepreneuriat. Comment surtout leur créer des opportunités entrepreneuriales pérennes ? Comment élever ces jeunes-là ? Et comment impacter les communautés à travers les entreprises que ces jeunes-là auront à créer au cours de ce mandat ? Donc, c’est une vision axée sur l’entrepreneuriat. À travers cette thématique, nous voudrions montrer que quand les jeunes sont occupés, l’idée d’aller vers l’extrémisme violent, le terrorisme, ne peut pas siéger dans leur tête. Ils ne peuvent pas non plus avoir l’idée de quitter le pays. On sait tous aujourd’hui dans quelle nouvelle marche est notre pays. Et c’est avec et pour les jeunes que cette marche est en train d’être faite.

Il faut que les jeunes comprennent qu’ils ont également une responsabilité, qu’ils doivent passer de simples spectateurs à des acteurs concrets dans la nouvelle marche,  dans la consolidation de la paix. Le message est : « restons chez nous, créons des entreprises, cherchons des opportunités ». Les meilleures opportunités sont ici. Voilà un peu la vision qu’on a de ce mandat. Aussi, voudrions-nous surtout à travers ce mandat faire un plaidoyer pour une fiscalité plus favorable aux jeunes entrepreneurs, afin de faciliter la création et la pérennisation de leurs entreprises.

Vous parlez d’opportunités qui existent ici, mais on entend aussi des jeunes qui se plaignent de chômage car ils n’arrivent pas réaliser leurs projets ; qu’est-ce que vous pouvez leur proposer ?

Personnellement, je ne dirais pas qu’il n’y a pas d’opportunités. Les opportunités, sont multiples. L’opportunité, ce n’est pas qu’avoir un gain lucratif, les opportunités se retrouvent dans les formations que nous offrons aux jeunes, dans le développement des capacités intellectuelles, mais également lorsque vous partez servir les communautés. Aujourd’hui, ce que beaucoup de jeunes véhiculent comme message sur les réseaux sociaux, la première opportunité, c’est quitter le pays. Mais nous allons quitter le pays, pour le laisser dans les mains de qui ?  Les opportunités, on les crée à travers le réseau de personnes. Il y a beaucoup d’opportunités aujourd’hui, et plusieurs associations contribuent dans ce sens en faveur des jeunes avec des formations gratuites, des activités, etc.

S’agissant toujours de la jeunesse et des opportunités, au niveau de la Jeune Chambre, collaborez-vous avec tous les jeunes, ou bien il faut nécessairement être membre de la structure pour bénéficier de vos offres ou appuis ?

La JCI Niger est présente dans toutes les régions du Niger, à l’exception de Diffa où, avec la situation sécuritaire, l’organisation n’est pas active, mais le processus de sa relance est en cours.

Nous avons 15 structures locales au Niger. Et les opportunités que nous offrons sont profitables à tous les jeunes, sans exception. Ce n’est pas qu’aux membres de la Jeune Chambre. Nous collaborons, non seulement avec notre premier partenaire qui est l’État du Niger, à travers notre ministère de tutelle, mais nous collaborons également avec le Conseil National de la Jeunesse, et nous collaborons avec les différentes structures de jeunes, partout au Niger.  La JCI Niger est une organisation à but non lucratif qui regroupe des jeunes, mais il faut également noter que ces jeunes ont des profils divers. Certains sont étudiants, certains sont élèves, certains sont entrepreneurs, certains sont dans l’administration. Et il y a des programmes appropriés  pour chacun des profils. Il y a parmi nos organisations membres celles qui sont focus sur l’entrepreneuriat.

Par exemple, il y a JCI Maguina, les bâtisseurs. Ils ne sont que sur la promotion de l’entrepreneuriat chez les jeunes et des femmes au sein de notre pays. Il y a ceux qui sont focalisés sur l’environnement, il y en a qui sont sur le développement des compétences.

 Pour le mandat 2027, on vient avec d’autres innovations. Nous avons des programmes axés sur les jeunes qu’on appelle le programme Ten Outslanding Young Persons (TOYP), qui consiste à identifier les dix meilleurs jeunes au Niger. C’est un programme qui sera lancé juste après la rentrée de l’année en janvier, et les jeunes de toutes les contrées du Niger peuvent soumettre leurs candidatures qui seront évaluées par un comité indépendant pour la sélection des meilleures idées dans tous les domaines.

 Il y a aussi un autre programme qui sera lancé, le concours Creative Young Entrepreneurs (CYE). Là aussi, ce sont dix jeunes qui seront identifiés et récompensés lors d’une cérémonie, où leurs profils seront dévoilés ainsi que leurs activités et impacts au sein des communautés.

Le CYE est spécifiquement pour les entrepreneurs, parce que notre mandat veut pousser les jeunes à créer plus d’initiatives. Il s’agit de célébrer les dix meilleurs entrepreneurs ou les meilleures startups.

Le principal défi auquel sont confrontés les jeunes est celui de l’employabilité ; quelle contribution apporte la JCI à la jeunesse nigérienne dans son ensemble pour son émergence, sa participation au développement du pays ?

Effectivement, le principal défi de la jeunesse aujourd’hui est celui de l’employabilité. Et ce défi, il faut le rappeler, résulte également des conséquences des curricula dans les écoles. Le plus souvent, la formation donnée ne cadre pas parfaitement avec les besoins du marché de l’emploi. C’est la raison de ce défi de l’employabilité que nous rencontrons en tant que jeunes.

Au niveau de la Jeune Chambre Internationale, pour pallier cette situation, comme je l’ai dit, on a aujourd’hui une centaine de nos aînés, les sénateurs, qui sont des personnes ayant dépassé les 40 ans d’âge pour être membres de plein droit de la JCI. Pour les garder, pour tous les efforts qu’ils font à l’organisation, on leur accorde le titre de sénateur, un titre à vie. Pour revenir à cette question de l’employabilité, ces sénateurs sont des entrepreneurs qui ont de l’expertise avérée et qui continuent à former, à mentorer, et à participer à l’insertion socio-professionnelle des jeunes. Grâce à eux, nous arrivons à placer les jeunes et à leur trouver des emplois, c’est l’un des points forts de notre organisation. C’est ce que nous allons continuer à faire pour ce qui est du mandat 2027. Mais à part ces entrepreneurs que nous avons au sein de la JCI Niger, il y a également des partenaires avec lesquels nous collaborons.  Avec les partenariats, nous arrivons à offrir des stages pré-embauche aux jeunes. C’est une dynamique que nous allons continuer à sauvegarder pour ce qui est du mandat à venir.

En tant que femme à la présidence de la JCI Niger, quelle initiative comptez-vous mettre en œuvre à travers vos activités pour l’épanouissement de vos sœurs nigériennes ?

 Je suis femme, je suis présidente de la JCI pour le mandat 2027 ; mais ce qu’il faut noter, c’est que je ne suis pas la première femme présidente de cette organisation. Je viens de succéder à une femme qui, elle aussi, a succédé à une autre femme. Je pense que le leadership féminin est une réalité à la JCI Niger. Le cadre de l’organisation impulse la dynamique du leadership féminin. Les femmes comme les hommes ont une place de choix, une place privilégiée au sein de nos instances.

Pour ce qui est des femmes et des jeunes filles, ce qu’on pourrait leur apporter dans ce mandat, c’est surtout le renforcement des capacités. On sait que les femmes ont cette intelligence et cet amour de faire, il faut juste les pousser un peu pour qu’elles puissent vraiment montrer, faire et sortir le génie créatif qui est en elles. C’est ce que nous allons également accompagner à travers les jeunes filles et femmes que nous sélectionnons.

 Les femmes, comme les hommes, tant qu’ils peuvent faire, nous leur donnons cette opportunité d’aller de l’avant. C’est ce que nous allons essayer de faire avec d’autres jeunes que nous allons identifier dans le cadre de la mise en œuvre de notre programme pour 2027.

Interview réalisée par Souley Moutari (ONEP)