lundi 26 octobre 2026

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Accès à l’énergie et souveraineté énergétique à Maradi : De la lumière dans les foyers, un nouvel élan   pour l’économie grâce au Projet HASKÉ

· ONEP NE
Des panneaux photovoltaïques pour garantir l’alimentation électrique des soins au CSI de Lilli
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A Maradi, l’électricité transforme progressivement le quotidien des populations. Au-delà de l’éclairage des foyers, elle dynamise les activités économiques, facilite le travail des artisans, soutient le développement des petits commerces et contribue à améliorer les conditions d’apprentissage. Mis en œuvre sous l’impulsion du Gouvernement du Niger avec le financement de la Banque Mondiale et la participation de la Société Nigérienne d’Electricité (NIGELEC), le Projet d’Accélération de l’Accès à l’Électricité au Niger (HASKÉ) affiche des résultats concrets. Toutefois, face à des besoins en constante augmentation, aux insuffisances en matériel et aux contraintes de production, l’accès durable à l’électricité demeure un défi majeur.

Un technicien présente les équipements du système solaire du CSI de Lilli à Maradi

Au quartier Zaria à Maradi, le ronronnement des moulins, l’activité des boutiques et les lumières qui éclairent désormais les maisons témoignent d’un changement progressif. Ici, l’électricité est devenue bien plus qu’un service. Elle représente une possibilité de gagner davantage, de travailler dans de meilleures conditions et d’envisager l’avenir avec plus de sérénité. Le changement s’inscrit dans le cadre du Projet HASKÉ, financé par la Banque Mondiale à hauteur de plus de 800 millions de dollars sur la période 2022-2030. Sa première phase, HASKÉ 1 prévoit 317,5 millions de dollars soit 185 milliards de francs CFA pour développer les infrastructures électriques, renforcer les réseaux et promouvoir les solutions énergétiques adaptées aux besoins des populations.

L’enjeu est considérable. En 2020, seulement 19,5 % de la population nigérienne avait accès à l’électricité. En milieu rural, ce taux tombait à 5,3 %. Face à cette nécessité énergétique, le Niger s’est fixé pour objectifs d’atteindre au moins 60 % d’accès en 2030 et 80 % en 2035. HASKÉ constitue ainsi un instrument majeur pour accélérer cette ambition.

La NIGELEC au cœur de l’accélération des raccordements

La Direction régionale compte 11 agences dont trois dans la Ville de Maradi et huit réparties dans les autres départements de la région. Afin de répondre efficacement à la demande, les équipes sont déployées en fonction du nombre de dossiers en instance dans chaque agence. « Notre stratégie repose sur une répartition des équipes selon le volume des demandes en attente. Lorsqu’une agence fait face à un afflux important de dossiers, la Direction régionale renforce ses effectifs pour lui apporter l’appui nécessaire », explique M. Moussa Djibrillou, Directeur régional de la NIGELEC.

En effet, les résultats se lisent dans les chiffres. Selon le Directeur régional de la NIGELEC, le nombre d’abonnés raccordés est de 14 240 de janvier au 6 septembre 2026, contre 3 296 en 2025. Cette progression s’explique notamment par la disponibilité retrouvée de certains équipements et la réorganisation des équipes. « Une fois les équipements nécessaires disponibles, nous avons procédé à une réorganisation de nos équipes afin de réduire progressivement le volume des demandes en instance », a-t-il déclaré.

Le renforcement du réseau accompagne cette dynamique. M. Ali Ibrahim Mounkaila, chef de service technique régional de la NIGELEC rappelle que la région occupe la deuxième place au niveau national en matière de couverture électrique de nombre d’abonnés et de consommation d’énergie. Le réseau comprend environ 798 kilomètres de lignes moyenne tension, 913 kilomètres de lignes basse tension et quelque 507 postes de distribution publique.

Le kit solaire, un allié indispensable contre les coupures de courant à Maradi

Dans le cadre du projet HASKÉ, quatre postes cabines ont été construits entre 2025 et 2026 dans le quartier de Zaria et à Tibiri. D’une puissance totale d’environ 1 360 kVA, ils s’accompagnent de quelque 58 kilomètres de lignes moyenne et basses tensions. Depuis leur mise en service, 3 790 clients ont été raccordés dont 42 meuniers. Neuf localités font également l’objet d’opérations de densification du réseau, tandis que quatre sont concernées par des projets d’hybridation. L’électrification de 91 villages est aussi prévue.

À Zaria, l’électricité fait grandir les petites entreprises

À 48 ans, M. Souleymane Djibo exerce le métier de meunier depuis 28 ans. Marié et père de sept enfants, il a construit sa vie autour de cette activité. Mais, avant son raccordement au réseau de la NIGELEC, le gasoil absorbait une grande partie de ses recettes. « Tout ce que je gagnais partait dans le gasoil. Avec mes trois machines, il m’était très difficile d’économiser », raconte-t-il. Depuis son raccordement, il y a deux mois, les contraintes se sont allégées. « Les choses ont vraiment changé. Pendant les deux derniers mois, je n’ai pas connu de panne nécessitant une réparation et d’ailleurs, je compte installer un quatrième moteur », souligne-t-il.

Selon une cliente trouvée sur place, les prix de prestation ont diminué avec le raccordement à l’électricité. « Il nous propose désormais jusqu’à trois types de services, contre un seul auparavant. Certaines prestations ont baissé de 100 à 50 francs CFA et d’autres de 50 à 25 francs CFA », se réjouit Roumana Laouali.

Même dynamique chez Rabiou Ousmane Amadou, alias « RV », 25 ans, vendeur d’accessoires pour téléphones et prestataire de recharge de batteries. Avant d’obtenir son compteur, il tirait un câble sur près de 500 mètres pour alimenter sa boutique. Pendant la saison de pluie, les courts-circuits et les coupures compromettaient régulièrement son activité. « Maintenant, même lorsqu’il pleut, je suis tranquille », affirme-t-il. Son commerce s’est progressivement développé, passant d’un simple kiosque à une boutique. Il est également devenu relais revendeur de codes Starlink.

Pour le couturier et jeune entrepreneur, Yacouba Oumarou, le raccordement a aussi changé la cadence du travail. « Avant, j’avais des machines à coudre à pédale. Il m’est difficile de confectionner deux à trois complets dans la journée. Maintenant, j’en fais six à huit. Même la qualité du travail n’est plus la même », témoigne-t-il. Grâce à l’électricité, il a ajouté une salle de jeux équipée de PlayStation et a développé la vente de tickets de connexion Internet. Ces deux activités peuvent lui rapporter au minimum 5 000 francs CFA par jour. Ses revenus journaliers issus de la couture, auparavant étaient entre 1 500 et 2 000 francs CFA, peuvent désormais atteindre 6 000 à 7 000 francs CFA.

Des revenus supplémentaires pour les femmes et les artisans

Mme Saoudé Oumarou, habitante du quartier Zaria, mère de 11 enfants et vendeuse de glace et de jus, bénéficie également des retombées de l’électrification. Désormais, elle produit et vend de la glace à domicile, sans parcourir de longues distances. « L’électricité facilite notre activité et nous permet de gagner de l’argent pour subvenir aux besoins de la famille », se réjouit-elle. Ses recettes journalières varient entre 2 000 FCFA en saison des pluies et 5 000 FCFA pendant les fortes chaleurs. Elle confie que l’éclairage contribue aussi au bien-être des enfants qui peuvent jouer le soir en toute tranquillité.

Le forgeron Issaka Bakoye transforme son atelier de métallurgie en une véritable entreprise à Bamo Jigo

À Bamo Jigo, village de plus de 500 ménages situés à 25 kilomètres de Maradi sur la RN1, l’électricité a transformé le quotidien des habitants depuis près de cinq ans. Selon le chef du village, Tassiou Mari, âgé de 65 ans, les habitants n’ont plus besoin de se rendre à moto jusqu’à Maradi pour se procurer de la glace, notamment pendant le mois de Ramadan. Celle-ci est désormais accessible sur place, jusque dans les foyers. Pour Issaka Bakoye, 53 ans, artisan forgeron depuis plus de 30 ans et père de six enfants, l’électrification a également amélioré la productivité de son atelier. Il réalise désormais lui-même des travaux qu’il devait auparavant confier à d’autres artisans. « Une opération qui me prenait cinq minutes par le passé, ne me demande plus qu’une minute », souligne-t-il avant de dire que, ses recettes journalières, autrefois rarement supérieures à 2 000 FCFA, peuvent aujourd’hui atteindre 5 000 FCFA, voire plus.

Électrification des écoles et des centres de santé, et renforcement des services essentiels

Au-delà des activités économiques, le Projet HASKÉ contribue à améliorer les services sociaux de base. Au Collège d’Enseignement Technique (CET) de Maradi 2, le raccordement électrique facilite la formation des 1 134 apprenants dont 483 filles, répartis dans neuf filières et encadrés par 31 agents.

Le directeur du centre, M. Ibrahim Tahirou Abdou Fataou souligne l’importance de l’électricité pour les travaux pratiques en électricité et en soudure. Auparavant dit-il, l’établissement dépendait de groupes électrogènes et de panneaux solaires, souvent contraignants en matière d’entretien et de disponibilité. Le raccordement permet désormais de mieux organiser les séances et d’accroître le temps consacré à la pratique.

L’électrification améliore également au village de Bamo Jigo, les conditions de fonctionnement de la case de santé, autrefois éclairée à la lampe à pétrole ou à la torche. Le chef de village M. Tassiou Mari espère toutefois la mise en place du plateau technique annoncé pour permettre la prise en charge des accouchements par césarienne.

Des défis à relever pour consolider les acquis

Malgré ces progrès, la demande en électricité reste supérieure aux capacités disponibles dans certains secteurs. Le Directeur régional de la NEGELEC de Maradi, M. Moussa Djibrillou évoque notamment une pénurie de compteurs de 3 kW et le vieillissement du parc automobile. Selon M. Ali Ibrahim Mounkaila, chef de service technique régional de la NIGELEC, la sécurisation de l’approvisionnement nécessite aussi de renforcer la production locale. La pointe de consommation régionale atteint environ 68,7 MW contre une capacité de production installée de seulement 2,5 MW à Maradi, où la demande de pointe est estimée à 25,74 MW. Une interruption de la ligne d’interconnexion de 132 kV entre Katsina et Gazaoua, d’une capacité de 80 MW exposerait ainsi la ville à un déficit important.

Ces défis ont été examinés lors de la mission effectuée par la Banque mondiale au Niger du 5 au 9 octobre 2026, notamment dans la perspective de HASKÉ 2. Il faut noter que la prochaine étape consistera à étendre les réseaux, renforcer la production et pérenniser les acquis. Les témoignages recueillis à Maradi illustrent déjà les effets de l’électrification sur les activités économiques, la formation professionnelle et les services de santé. L’enjeu est désormais de transformer ces avancées en un progrès durable au service de la souveraineté énergétique et du développement inclusif au Niger.

Seini Seydou Zakaria,

Envoyé spécial