Adjudant-chef Sani Maida
La rédaction de l’ONEP reçoit l’administrateur délégué de la commune rurale de Bandé, l’Adjudant-chef Sani Adamou en fonction depuis le 6 août 2024. Il est revenu sur les dynamiques de développement d’une localité agricole en pleine transformation grâce surtout à une jeunesse qui jadis était plus tournée vers l’exode dans les pays voisins.
Monsieur l’administrateur, présentez-nous la commune rurale de Bandé et quelles sont les principales activités économiques de la population ?
La commune rurale de Bandé, qui a pour chef-lieu Bandé, est située à 20 kilomètres de la ville de Magaria chef-lieu du département de même nom, dans la région de Zinder. Elle est limitée au sud par la commune urbaine de Magaria, Dan Tiao. A l’Est par les communes rurales de Dungass et Wacha. À l’Ouest par les communes rurales de Yaouri et Kwaya et au Nord par les communes rurales de Dogo et Yaouri. La commune rurale de Bandé a une superficie de 836 000 Km² et la superficie cultivable représente 96%, soit 20 256 hectares.
Selon les résultats définitifs du recensement de 2012, la commune compte une population de 114 242 habitants, composée de 56.020 hommes et 58 222 femmes. La densité est de 136 hbts/Km². Elle couvre un vaste territoire réparti en 66 villages administratifs, 33 tribus et 166 hameaux, organisés en huit secteurs. La croissance démographique est estimée à 6 % par an.
Notre spécificité, c’est l’agriculture, 96 % des terres sont cultivables, une opportunité dont les habitants tirent progressivement avantage. L’agriculture pluviale domine : mil, sorgho, niébé, sésame, haricot, arachide.
On parle de l’introduction des nouvelles spéculations ces dernières années ; parlez-nous en Monsieur l’administrateur.
En effet, oui. La culture de contre-saison, notamment la pastèque et le riz, est en train de prendre une dimension importante dans la vie de cette commune. Spécifiquement la culture de la pastèque a profondément changé notre économie. Je peux vous dire que la dernière campagne a été exceptionnelle. A titre illustratif, certains producteurs ont gagné 1 à 2 millions francs CFA, et l’un d’eux a même atteint plus de 30 millions. Des acheteurs viennent de partout : Maradi, Agadez, Niamey, attirés par la qualité de la production et le coût relativement bas.
Les gens ont compris vraiment l’importance de travailler la terre, en l’occurrence le chef de canton de Bandé. C’est quelqu’un avec qui on a fait beaucoup de sensibilisation pour que les gens comprennent que la culture de contre-saison, est vraiment productive. Les 12 mois que j’ai passés ici, j’ai constaté que les gens ont vraiment eu des millions en culture surtout des pastèques, la saison écoulée, on a eu la chance que la récolte a coïncidé avec le mois de Ramadan. Et comme je l’ai dit, les acheteurs venaient de partout pour s’en procurer. Si on fait les statistiques, la saison passée, la commune de Bandé est la première en termes de production de pastèque. Dans l’année, il y a ceux qui font deux à trois récoltes.
Pour la culture hors saison, je dois reconnaître que le chef de canton de Bandé est devenu une référence d’engagement qui, à chaque instant, donne l’exemple sur lui-même. Parce que, sur les 7 jours de la semaine, il ne consacre que deux jours à la maison, donc au palais : le jeudi et le mardi, le jour du marché. Tout le reste du temps, il est au champ et les populations suivent son exemple. Il ne rate aucune occasion pour faire de la sensibilisation et dire aux gens qu’il vaut mieux utiliser la terre que d’aller en exode. Parce qu’ici, la majorité des jeunes partent en exode en Algérie, surtout en Libye. Maintenant, les gens ont compris que s’ils utilisaient cette saison de culture de contre-saison là, ce qu’ils vont gagner est mieux que d’aller en exode. Donc vraiment, quand je suis venu ici en tant qu’administrateur délégué, j’ai trouvé le chef de canton en train de sensibiliser ses administrés pour qu’ils puissent travailler la terre.
Vous savez, la terre est vraiment fertile, la pluviométrie a été très importante particulièrement l’année passée. En plus Bandé dispose de beaucoup de mares et des bas-fonds surtout dans la partie Est de la commune.
Qu’est-ce qui explique ce succès de la culture de contre-saison et la diversification des cultures?
C’est d’abord les terres qui sont très fertiles. Ensuite, grâce à la sensibilisation menée par la mairie et le chef de canton, les populations ont compris l’intérêt d’exploiter leurs terres plutôt que de partir ou laisser les jeunes partir en exode. Les producteurs utilisent désormais des motopompes pour irriguer les bas-fonds car les nappes sont peu profondes. Cette organisation leur permet de produire toute l’année. Aujourd’hui, la pastèque est devenue une source majeure de revenus des populations, en plus d’autres produits à valeur marchande qui sont également cultivés.
Quel est l’impact de ce développement agricole sur la population locale ?
L’impact le plus visible, c’est l’abandon progressif de l’exode saisonnier. Beaucoup de jeunes restent désormais dans leurs villages pour travailler la terre après la saison pluvieuse au lieu d’aller en Libye, en Algérie ou vers le Nigéria. La culture de contre-saison leur offre des revenus stables. La cohésion sociale s’est renforcée, notamment entre agriculteurs et éleveurs grâce à des forums de concertation que nous avons organisés pour éviter des conflits.
En matière de sécurité, que peut-on retenir M. l’administrateur délégué pour la commune de Bandé ?
Très bien. Depuis mon arrivée, aucun cas de vol à main armée n’a été enregistré. Il existe bien quelques cas isolés liés à l’intrusion des transhumants venant du Nigeria dans les champs agricoles. Mais les problèmes sont toujours rapidement maîtrisés. Bandé est une commune globalement calme.
Alors en matière de gouvernance financière, quels progrès avez-vous réalisés ?
La mobilisation des ressources est un point important dans la vie d’une commune. Quand nous sommes arrivés, nous avons essayé et réussi à améliorer le recouvrement fiscal, notamment sur les marchés et les taxes municipales. Cela nous a permis de doubler, voire tripler les recettes de la commune. Nous avons stabilisé les finances sans accumuler d’arriérés. Mieux, nous avons renforcé l’administration locale avec le recrutement de personnels, la régularisation du paiement de salaire, le renforcement de la police municipale. A la date où je vous parle, nous n’avons aucun arriéré de salaire, en tout cas pour la période où nous sommes arrivés. Nous avons, certes, trouvé plusieurs mois d’arriérés de salaire hérités de l’ancienne administration. La gestion de ce cas fera l’objet d’un travail ultérieur. Mais il faut souligner que des efforts nécessaires doivent être déployés pour lutter contre l’incivisme fiscal et généraliser la couverture des marchés ruraux.
Qu’en est-il du conflit entre éleveurs-agriculteurs et la gestion des ressources ?
Pour prévenir et réduire les conflits entre éleveurs et agriculteurs, la mairie a multiplié les forums de sensibilisation et les sorties de terrain. Ces actions visent à codifier les pratiques de transhumance, améliorer la cohabitation et préserver les terres cultivables. Le chef de canton joue un rôle moteur dans ces initiatives, donnant l’exemple d’un engagement permanent auprès des populations.
Quels sont les défis auxquels fait face la commune de Bandé actuellement ?
Très intéressant ! L’état des routes constitue pour nous un frein majeur à la commercialisation de tous les produits agricoles dont j’ai fait cas. Il faut savoir que la production se fait partout dans la commune et c’est surtout dans les villages qui sont éloignés de la voie principale. En plus, Bandé est une zone de vallées. Qui dit de vallées dit existence de l’eau de surface. Il y a également le fait que les inondations rendent certaines voies impraticables et compliquent l’acheminement des récoltes vers les grands centres. Donc, le premier défi reste l’état des routes. Pendant la saison des pluies, certaines deviennent impraticables. Avec des partenaires comme le PRODAF et l’appui d’ONG telles que CRS et CARE, plusieurs projets de réhabilitation sont en cours. Nous devons aussi poursuivre la sensibilisation fiscale car l’incivisme demeure un obstacle à tout projet d’investissement.
En définitive, il faut dire que la commune rurale de Bandé a un potentiel immense. Nos terres sont fertiles et notre jeunesse est dynamique. Si nous continuons à investir dans l’agriculture et les infrastructures, la commune pourra devenir un pôle économique rural important.
Notre ambition est de faire de la terre fertile de Bandé, une source de richesse capable de retenir nos jeunes et d’améliorer durablement les conditions de vie de nos populations.
En tant qu’administrateur, ma mission, c’est de consolider les gains obtenus, sécuriser davantage la commune, maintenir la tendance à la hausse des recettes locales, améliorer les infrastructures routières et accompagner la diversification agricole pour faire de Bandé un espace où la terre retient désormais les jeunes. La réussite de la culture de contre-saison, et particulièrement de la pastèque, montre qu’avec un minimum d’investissements et une gouvernance active, la ruralité peut redevenir source de prospérité.
Rabiou Dogo, ONEP Zinder
