Au Niger, les travaux manuels, ces petits métiers qui s’apprennent dès le bas-âge, contribuent efficacement à l’épanouissement des jeunes. Ces activités, bien que manuelles, sollicitent un effort intellectuel afin de façonner des objets innovants et de qualité pour conquérir un marché très concurrentiel dans les grandes villes du pays. A Niamey, la confection du tamis s’adapte et fait partie des rares métiers traditionnels à avoir encore des adeptes de plus en plus jeunes.
Vers midi, un lundi paisible à Niamey, un groupe d’une dizaine de jeunes est réuni aux abords du grand marché. Sous l’ombre des arbres où ils s’affairaient, le bruit assourdissant des marteaux qui s’abattaient avec vigueur sur la tôle des tonneaux vide de récupération : tout cet effort a pour unique but de fabriquer les meilleurs tamis du marché en vue de les écouler le plus rapidement possible.
Pour aboutir au résultat escompté, le jeune artisan doit d’abord choisir avec minutie sa matière première, à savoir la tôle de récupération, et quelques rares fois des contre-plaqués. Il faudra ensuite se procurer les meilleurs rouleaux de grillage, les agrafes et les pointes. Après cette étape, l’artisan passe à la confection des tamis dont l’étape la plus importante consiste à découper la tôle et la redresser avec soin. Cette étape est déterminante pour le type de tamis qu’il voudra fabriquer. S’en suivra la fixation du grillage ou du nylon au cadre circulaire à l’aide de pointes en acier ou d’agrafes.
Youssouf Abou Zeid est un confectionneur de tamis depuis 2003. « Depuis l’enfance, nous quittions le village pour venir vendre en ville. Un jour, nous avons tenté l’expérience de la confection des tamis. Nous avons essayé avec des petites boites qu’on a payées pour en fabriquer nous-mêmes. Une fois l’expérience acquise, on a commencé à vendre. Vraiment, Dieu merci, j’arrive à satisfaire mes besoins. Je me suis marié grâce à ce métier », explique-t-il.
On distingue plusieurs variétés de tamis, rapporte Youssouf Abou zeid. Il y a ceux à base de contre-plaqué et ceux à base de tôle. La différence dépend du choix du client. Il y’a des gens qui préfèrent le tamis en planche pour sa légèreté, et d’autres optent pour la tôle pour sa durabilité. « Le prix de tamis varie en fonction de la taille, il y’a même des tout petits pour filtrer le thé et qui coutent 50 FCFA. Les prix de vente vont généralement de 2 000F à 3 000 FCFA.
Youssouf Abou Zeid explique qu’il s’approvisionne en matière première chez les recycleurs de ferrailles à Katako. Quelques rares fois, il se rend sur les chantiers pour récupérer ce qui peut encore lui servir, moyennant une compensation financière. Il ya des jours où la clientèle ne se déplace pas. Le jeune artisan autodidacte et ses amis parcourent alors les artères de la ville ou les quartiers périphériques pour toucher les clients potentiels.
Un autre artisan de tamis dénommé Hamza, confirme le rôle clé que joue le marché Katako dans leur approvisionnement. « J’achète la tôle coupée souvent à 50 FCFA, et la planche à 500f par mesure ; tout dépend du choix du client. En ce qui est de la clientèle, on remercie Dieu ! On arrive à trouver notre compte », se réjouit-t-il.
Moussa est un jeune détaillant des tamis. « Je me ravitaille auprès des vendeurs de tamis, et je fais le tour de la ville pour la revente. Je les prends à un prix réduit pour revendre à mon prix », a-t-il dit. « On paye en gros avec le vendeur puis on envoie au village pour revendre à 200fcfa. On peut nous vendre en gros à 150fcfa et on revend a 300fcfa, ce business est vraiment bénéfique », s’est confiée une cliente venue se ravitailler.
Rabi I. Guero (ONEP)
