Monsieur le Président de l’Assemblée générale,
Monsieur le Secrétaire général,
Excellences,
Mesdames et Messieurs les Chefs d’État et de Gouvernement,
Mesdames et Messieurs les Chefs de délégation,
Mesdames et Messieurs,
Je prends la parole devant cette auguste Assemblée au nom de Son Excellence le Général d’Armée Abdourahamane TIANI, Président de la République du Niger, Chef de l’État, pour vous transmettre le message de paix du peuple nigérien souverain, un peuple attaché à sa dignité et à la coopération entre les nations.
Monsieur le Président,
Je vous prie de bien vouloir recevoir les félicitations du Niger à l’occasion de votre élection à la présidence de cette 81ème session de l’Assemblée générale, ainsi que nos remerciements à votre prédécesseur, Son Excellence Madame Annalena Baerbock, et à Monsieur António Guterres, Secrétaire général de notre Organisation, dont le second mandat s’achèvera le 31 décembre prochain.
Monsieur le Président,
Le thème de cette session, « Restaurer la confiance, gérer la transformation : des Nations Unies qui œuvrent pour tous », cadre parfaitement avec les préoccupations des peuples qui aspirent à la paix et au progrès alors que les bombes et autres engins de destruction massive provoquent sans cesse la mort et la désolation dans toutes les contrées de notre planète.
Comment restaurer la confiance et gérer la transformation dans le monde afin que les Nations Unies apportent effectivement la paix et le bonheur à tous les peuples ?
Je rappelle que notre précédente session nous appelait à agir « mieux ensemble ». Ce message demeure juste. Mais il nous impose un devoir de bilan, à mesurer ce qui a été accompli et reconnaître ce qui ne l’a pas été. Car la confiance ne se construit pas par l’accumulation des promesses, mais par leur mise en œuvre effective au bénéfice des peuples.
Excellences, Mesdames et Messieurs,
La confiance ne se décrète pas. Elle se construit. Elle se mérite. Et elle exige la vérité et la justice.
Comment restaurer la confiance quand, pendant des décennies, on a entretenu, par la propagande, l’idée d’une Afrique pauvre, condamnée à survivre grâce à l’assistance d’une prétendue générosité internationale, alors que ses richesses sont volées et/ou séquestrées au bénéfice d’autres agendas ?
Comment restaurer cette confiance quand les institutions internationales, censées nous protéger, sont devenues les instruments d’un ordre mondial où certains peuples comptent et d’autres survivent, et où le droit international est à géométrie variable ?
Que dire des crimes commis en Libye, en Irak, en Palestine, en Iran, au Liban, à Cuba, au Venezuela, au Sahel, au nom de valeurs prétendument universelles et qui restent impunis, tandis que des nations souveraines sont menacées de sanctions pour avoir simplement voulu décider de leur destin ?
Le Niger suit avec une profonde préoccupation la situation tragique qui prévaut en Palestine, particulièrement à Gaza, où les civils paient un prix humain insupportable. Nous appelons à la protection effective des populations civiles, à l’accès humanitaire sans entrave et à la recherche d’une paix juste et durable. Le Niger réaffirme son soutien à une solution à deux États, permettant à l’État de Palestine et à l’État d’Israël de vivre côte à côte dans la paix, la sécurité et la dignité.
Comment restaurer la confiance quand, 81 ans après San Francisco, l’Afrique, forte de 1,4 milliard d’habitants et de 54 États, ne dispose toujours d’aucun siège permanent au Conseil de sécurité ?
Par ma voix, le Niger réaffirme son attachement au Consensus d’Ezulwini et demande que cette anomalie historique cesse d’être un sujet de débats stériles, pour devenir enfin l’objet d’une décision concrète.
Excellences, Mesdames et Messieurs,
Notre Sahel est en guerre de libération contre une conspiration visant sa recolonisation !
Ce qui se passe au Sahel n’est ni une simple rébellion armée, ni une guerre de religion, ni une fatalité issue de nos propres faiblesses. Ce que d’aucuns appellent «terrorisme» dans notre région est une ingénierie cynique de recolonisation, habillée des oripeaux de l’extrémisme, mais dont la motivation réelle se trouve ailleurs : dans la convoitise de nos ressources.
L’uranium du Niger, l’or du Mali et du Burkina Faso, le lithium, le gaz, le pétrole et tant d’autres richesses continuent de faire saliver les anciennes puissances coloniales.
On veut nous faire croire que nous sommes incapables de nous gouverner, de produire, de penser et de nous défendre. On veut nous convaincre que nous n’avons ni science, ni intelligence, ni souveraineté pour bâtir quelque chose de précieux par et pour nous-mêmes et qu’en conséquence nous devrions accepter la tutelle de la France d’Emmanuel Macron et de ses alliés ; une France qui agit bien souvent par l’entremise de proxys locaux, de réseaux et de complicités.
On a instillé depuis des siècles l’autodépréciation, la peur et la résignation. On continue à vouloir mettre en conflit permanent des communautés qui, depuis des temps immémoriaux vivent en harmonie dans un même espace et qui ont créé des mécanismes pacifiques de règlement des différends, la plaisanterie par cousinage notamment.
Cette entreprise perfide de déstabilisation du Sahel central, conduite par la France avec la complicité active de l’Ukraine, est désormais documentée. Cette entreprise criminelle est démasquée dès lors que les élites militaires et politico-médiatiques qui la justifient au nom des intérêts de leurs propres pays ont, elles-mêmes, levé le voile.
Je le dis avec solennité du haut de cette tribune : le Sahel voit. Le Sahel entend. Le Sahel retient et le Sahel comprend. Notre Sahel est déterminé à défendre sa liberté, ses ressources et sa dignité, quel qu’en soit le prix.
Un peuple qui a décidé d’être libre ne peut être recolonisé ni par la peur, ni par la ruse, ni même par la violence sauvage.
L’AES, aboutissement d’un long combat historique de nos peuples face à la colonisation et au néocolonialisme, est désormais un processus irréversible vers la souveraineté de nos pays.
Il faut bien s’en convaincre, le siècle que nous vivons marque la fin des vieilles hégémonies et le réveil des forces jusqu’ici assujetties.
L’AES est pour l’Afrique, ses diasporas historique et contemporaine, ce que la lumière est pour l’obscurité. Elle est pour cette communauté humaine présente aux quatre coins du monde, un foyer d’espoir et de dignité.
Je le dis devant le monde, afin que le monde comprenne. L’AES est la résultante d’un mouvement qui vient du fond des âges, c’est un changement profond, durable, irrépressible et irréversible qui, éboutant les griffes acérées de l’impérialisme, abolissant la traite des Noirs et l’esclavage, renversant le colonialisme et le néocolonialisme, emporte les peuples d’Afrique vers l’indépendance, la souveraineté et la liberté.
J’affirme que notre Refondation n’est dirigée contre personne. Elle traduit notre volonté de compter sur nous-mêmes, d’avoir le contrôle total de nos ressources ainsi que la responsabilité de nos choix et de nos alliances.
Notre Organisation doit entendre cette vérité : la souveraineté de nos États n’est pas négociable. Nos ressources appartiennent à nos peuples. Notre avenir ne se décidera plus ailleurs.
Mesdames et Messieurs,
C’est le lieu de saluer le courage de nos Forces de défense et de sécurité et de rendre hommage à tous nos martyrs civils et militaires qui ont perdu la vie dans la lutte pour notre liberté pleine et entière. Je m’incline devant leur mémoire. Que leurs âmes reposent en paix.
Je voudrais également saluer la mémoire de feu le Général Sadio Camara, Ministre de la Défense nationale du Mali, dont le sacrifice restera à jamais associé à l’histoire de la Confédération des États du Sahel. Puisse Allah lui accorder le Paradis Firdaws. Amîne.
Excellences, Mesdames et Messieurs,
Nous demeurons ouverts à toute coopération sécuritaire tenant compte de nos intérêts stratégiques, de l’intérêt réciproque et du respect de notre souveraineté. Avec le Burkina Faso et le Mali, le Niger développe, au sein de la Confédération des États du Sahel, une coopération axée sur la défense et la sécurité, la diplomatie et le développement, répondant à une exigence de solidarité entre peuples confrontés à des défis communs.
Le 16 septembre 2023, à Bamako, le Niger, le Mali et le Burkina Faso ont signé la Charte du Liptako-Gourma, donnant naissance à l’Alliance des États du Sahel.
Le 6 juillet 2024, à Niamey, nos trois Chefs d’État, le Président Assimi Goïta du Mali, le Président Ibrahim Traoré du Burkina Faso et le Président Abdourahamane Tiani du Niger, ont franchi une étape historique en créant la Confédération des États du Sahel.
Deux ans plus tard, la structure institutionnelle de cette Confédération est pratiquement complète : une force unifiée de cinq mille hommes mène la lutte coordonnée contre les mercenaires qui sévissent sur nos trois territoires ; une Banque confédérale d’investissement et de développement finance nos projet et programmes par nos propres moyens ; un passeport confédéral biométrique est en circulation depuis le 29 janvier 2026 ; une chaîne de télévision, une agence de presse et une radio communes portent notre voix.
Plus récemment, du 26 au 29 août 2026, les premières sessions du Parlement confédéral se sont tenues à Niamey, parachevant ainsi notre architecture institutionnelle.
Excellences, Mesdames et Messieurs,
Le Niger est un pays de paix. Il n’a jamais porté la guerre et ne la portera à l’encontre d’un autre pays ; mais il est déterminé à se défendre et à contrôler ses ressources naturelles.
Nous avons fait le choix d’une transformation fondée sur la responsabilité nationale, la valorisation de nos ressources, le renforcement de nos institutions et l’amélioration concrète des conditions de vie de notre peuple.
Depuis le 26 juillet 2023, le Niger poursuit sa marche inexorable vers la reconquête totale de sa souveraineté, sous la conduite du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP) et de son Président, Son Excellence le Général d’Armée Abdourahamane TIANI, Président de la République, Chef de l’État. Cette mutation rompt radicalement avec les politiques imposées de l’extérieur et déconnectées des besoins réels des populations ; elle est ancrée dans les valeurs sociales du peuple nigérien.
Conscient des défis auxquels il est confronté, le Gouvernement a choisi de mobiliser les ressources nécessaires pour financer l’agriculture et les secteurs sociaux de base, à travers les fonds issus des contributions volontaires des Nigériennes et des Nigériens, en plus des revenus tirés de l’exploitation de nos ressources minières et pétrolières, revenus qui échappaient auparavant au contrôle de l’État.
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs,
Il y a quelques jours, dans la nuit du 28 au 29 août 2026, après deux précédentes tentatives infructueuses d’attaques contre l’Aéroport International Diori Hamani de Niamey, une troisième tentative de déstabilisation, pilotée par des forces obscurantistes et colonialistes, a visé nos institutions. Comme les précédentes, elle a échoué, grâce à la loyauté de nos Forces armées. Elle a échoué grâce à la solidarité de nos alliés et au refus catégorique du peuple nigérien de revenir à l’assujettissement.
Le Niger en ressort uni et déterminé.
Les investigations nécessaires sont en cours, afin d’établir les circonstances, les responsabilités et les soutiens internes et externes liés à cette tentative. À l’issue de cette procédure, le Niger se réserve le droit, conformément à la Charte des Nations Unies et au droit international, de recourir aux mécanismes compétents pour défendre sa souveraineté.
À ce sujet, nous demandons que toute préoccupation d’un État membre relative à sa sécurité soit examinée avec diligence et impartialité, sans traitement différencié. La crédibilité de notre Organisation dépend aussi de sa capacité à faire entendre les voix de tous ses États membres.
Le Niger ne cherche l’affrontement avec aucun pays. Il ouvre les bras à tous les partenaires qui souhaitent construire une relation nouvelle, fondée sur l’égalité, la réciprocité et l’intérêt mutuel.
Excellences, Mesdames et Messieurs,
Pendant plus d’un demi-siècle, l’uranium du Niger a éclairé les villes d’Europe, tandis que les nôtres restaient dans l’obscurité. Cette injustice a désormais pris fin. En juin 2025, l’État du Niger a repris le contrôle de la Société des Mines de l’Aïr. Nos ressources sont désormais gérées par nous et pour nous, et le Niger entend commercialiser son uranium sur le marché international, en toute transparence et dans le strict respect de ses obligations de non-prolifération des armes nucléaires.
Dans le même esprit, notre pays est devenu, en 2024, exportateur de pétrole brut grâce à l’oléoduc reliant AGADEM à la côte atlantique, le plus long du continent africain, faisant du Niger l’une des économies à la croissance la plus rapide du continent en 2025. Ces revenus vont à la sécurité, à l’agriculture, à l’électrification, à l’eau, à l’éducation et à la santé de nos concitoyens.
Et le Fonds de Solidarité pour la Sauvegarde de la Patrie, alimenté par les contributions volontaires de millions de Nigériens, dit tout d’un peuple qui a compris que la souveraineté a un prix, et qu’il est prêt à le payer.
Excellences, Mesdames et Messieurs,
Après trois années de rupture avec l’ordre ancien, les progrès observés sur le terrain sont remarquables. Notre économie a enregistré une croissance de 7 % en 2025, portée surtout par le pétrole et l’agriculture. L’inflation, qui avait atteint 9,1% en 2024, est retombée à -4,7%, grâce notamment à une production agricole exceptionnelle et à une réduction ciblée des tarifs des carburants et du prix du ciment.
Le Programme Grande Irrigation, initié par le Président de la République et doté de 526,7 milliards de francs CFA, vise à aménager 21 200 hectares de nouveaux périmètres irrigués. Les résultats enregistrés à ce niveau sont très satisfaisants car, pour la première fois depuis des décennies, notre pays n’a pas connu de pénurie alimentaire ni fait appel à l’aide étrangère. À travers ce programme, nous comptons réduire de moitié nos importations de céréales d’ici la fin de 2027, insha’Allah.
S’agissant de la santé, nous avons réduit de 50 % les coûts des prestations dans les formations sanitaires publiques. Certaines prestations sont gratuites, notamment les accouchements, la prise en charge des enfants de 0 à 5 ans et la dialyse. Le taux d’accouchements assistés est passé de 36 % en 2022 à 42,5 % en 2025, et celui des consultations prénatales de 32,7 % à 38,2 %.
L’éducation est gratuite et obligatoire pour tous les enfants dans les écoles publiques. Par ailleurs, une réduction de 20 % des frais de scolarité dans les établissements privés a été décidée en juillet 2025. Ces orientations, contenues dans le Programme de la Refondation de la République (PRR) 2025-2029, constituent le cadre de référence pour l’ensemble des interventions de l’État en faveur de la transformation structurelle de notre économie.
Ces résultats sont très encourageants, malgré l’ampleur des défis, car ils sont les nôtres et obtenus avec nos propres moyens.
Excellences, Mesdames et Messieurs,
Il y a trois ans, certains prédisaient l’effondrement du Niger sous le poids des sanctions et de l’isolement. Aujourd’hui, le Niger est debout. Il est debout parce que son peuple a refusé de plier l’échine. Il est debout parce qu’il a trouvé, au sein de la Confédération des États du Sahel, une famille dans toute la signification africaine du terme. Il est debout parce que la République Algérienne Démocratique et Populaire, pays frère et voisin, a choisi de l’accompagner par un investissement substantiel dans l’exploitation de ses ressources naturelles et par un soutien constant à son système de défense. Avec l’Algérie, nous entretenons également une coopération dynamique dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’énergie, de l’hydraulique et de l’agriculture. À cela, il faut ajouter de grands projets structurants comme le gazoduc tripartite et la route transsaharienne. Le Niger est surtout debout parce qu’il a repris possession de son sol, de son sous-sol et de sa parole.
Monsieur le Président,
Notre pays est aussi debout parce qu’il prend la parole au sein de notre organisation commune, l’ONU, et compte parmi ses membres des pays avec lesquels nous avons une coopération fructueuse fondée sur le respect mutuel. Permettez-moi de dire que le Togo, la Türkiye, le Royaume du Maroc, la Fédération de Russie et la République Populaire de Chine font partie de nos amis.
Au nom du Président de la République, j’aimerais leur témoigner toute notre gratitude.
Monsieur le Président, Excellences, Mesdames et Messieurs,
Le Niger demeure fidèle aux valeurs inscrites dans sa devise – « Fraternité, Travail, Progrès » – et à celle de notre Confédération – «Un espace, un peuple, un destin». La sécurité, le développement et la dignité de nos peuples ne peuvent être envisagés séparément. Nous croyons en des relations internationales fondées sur la coopération, la dignité, la souveraineté et le respect mutuel. Notre conviction est qu’aucun pays, aussi puissant soit-il, ne peut s’arroger le titre de gendarme du monde.
Pour conclure, le Niger respecte le choix des autres et ne demande à personne de partager les siens ; il demande à chacun de les respecter. Il entend exercer pleinement sa souveraineté sur ses ressources naturelles, et n’acceptera plus jamais aucune restriction imposée de l’extérieur à son droit souverain de choisir librement ses partenaires. Ce droit est inaliénable ; il ne se négocie pas.
Nous proclamons que la confiance renaîtra lorsque chaque nation, grande ou petite, sera traitée avec la même considération ; lorsque le droit à l’égalité souveraine, à l’intégrité territoriale, au libre choix des partenariats et à la non-ingérence sera respecté. C’est à cette condition que la confiance sera restaurée, que la transformation sera juste et que les Nations Unies apporteront réellement des résultats pour tous.
Vive la coopération internationale,
Vive la Confédération des États du Sahel,
Vive la République du Niger.
Je vous remercie de votre aimable attention.
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