Excellence Monsieur le Président de la République, Chef de l’État ;
Messieurs les Membres du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie ;
Mesdames et Messieurs les Membres du Gouvernement ;
Excellence Madame DOUMBIA Mariam TANGARA, Ministre de l’Environnement, de l’Assainissement et du Développement Durable de la République du Mali ;
Excellence Monsieur le Commissaire Divisionnaire de Police MAHAMADOU Sana, Ministre de la Sécurité du Burkina Faso ;
Mesdames et Messieurs, en vos titres, fonctions et grades respectifs, tout protocole observé.
C’est pour moi un réel honneur et un immense plaisir de prendre la parole en cette journée solennelle du 3 août 2026, à l’occasion du lancement officiel, par Son Excellence le Général d’Armée Abdourahamane Tiani, Président de la République, Chef de l’État, de la campagne nationale de reboisement.
En cette circonstance particulière, permettez-moi, au nom du Président de la République, Chef de l’État, de vous adresser à toutes et à tous ses salutations fraternelles et ses sincères remerciements pour votre présence massive à cette importante cérémonie consacrée à la plantation et à la restauration de notre patrimoine forestier. La forte mobilisation que nous constatons aujourd’hui témoigne de l’intérêt que notre peuple accorde à la préservation de son environnement et traduit également notre volonté collective de faire de la restauration des terres et de la protection de nos ressources naturelles une véritable priorité nationale. Je voudrais saluer tout particulièrement la présence parmi nous des importantes délégations des États membres de la Confédération de l’Alliance des États du Sahel.
La présence de nos frères et sœurs du Mali et du Burkina Faso, conduits respectivement par Son Excellence Madame DOUMBIA Mariam TANGARA, Ministre de l’Environnement, de l’Assainissement et du Développement Durable de la République du Mali, et Son Excellence Monsieur le Commissaire Divisionnaire de Police MAHAMADOU Sana, Ministre de la Sécurité du Burkina Faso, constitue un témoignage supplémentaire de la solidarité et de la fraternité qui unissent désormais les peuples de notre espace sahélien.
Excellence Monsieur le Président de la République,
Depuis 2024, notre pays a enregistré des avancées significatives dans le domaine du reboisement, de la restauration et de la sécurisation de ses ressources forestières. Ces progrès s’inscrivent pleinement dans la dynamique de refondation engagée sous votre leadership et conformément à votre vision pour notre pays. C’est dans cette perspective qu’a été instituée, par décret N°2024-468/P/CNSP/MHA/E du 31 juillet 2024, la Journée Nationale de l’Arbre, célébrée désormais chaque année le 3 août.
Cette journée constitue un moment privilégié de mobilisation nationale autour de la préservation de notre environnement et de notre biodiversité. Elle vise notamment à promouvoir des comportements favorables à la protection de nos ressources naturelles, à renforcer la lutte contre la désertification et les effets néfastes des changements et variabilités climatiques, mais également à encourager la plantation et l’entretien des arbres, la pratique de la régénération naturelle assistée ainsi que l’information et la sensibilisation de nos populations.
Après la Forêt Classée de Guesselbodi, dans la région de Tillabéri, où nous avons créé en 2024 le « Bois du 26 Juillet », puis la Forêt Classée de Berbékya, dans la région de Zinder, où a été installé en 2025 le « Bois du Héros de Résistance Amadou Dan Bassa », nous sommes aujourd’hui réunis dans la Forêt Classée de Kouroungoussaou. Classée le 8 avril 1952 par arrêté N°2386/SE/F, cette forêt couvre une superficie de 2 300 hectares.
En faisant le choix des domaines forestiers classés de l’État pour la mise en œuvre du Programme Pluriannuel des Bois des Héros de la Résistance, le Gouvernement, à travers notre département ministériel, affirme clairement sa volonté de restaurer ces espaces dans leurs emprises initiales, de préserver leur biodiversité et de leur permettre de générer durablement des services écosystémiques au bénéfice des communautés locales et des populations environnantes.
Excellence Monsieur le Président de la République,
Mesdames et Messieurs,
La Journée Nationale de l’Arbre nous offre également l’occasion de porter un regard lucide sur la situation environnementale de notre pays. Nous devons aujourd’hui reconnaître que les défis auxquels nous sommes confrontés sont considérables et qu’ils exigent de notre part une action urgente, constante et collective.
La dégradation de notre environnement est certes liée aux changements climatiques, mais elle résulte également, et surtout, de facteurs liés aux activités humaines et à certains comportements inappropriés à l’égard de nos ressources naturelles. L’exploitation incontrôlée du bois-énergie constitue, après les défrichements agricoles, l’un des principaux facteurs de déforestation dans notre pays. Les données disponibles sont particulièrement préoccupantes : alors que l’offre durable en bois des formations forestières du Niger était évaluée, en 2013, à environ 2 millions de tonnes par an, les besoins annuels atteignaient 4,9 millions de tonnes, faisant apparaître un déficit de 2,9 millions de tonnes.
Cette pression conduit malheureusement à puiser davantage dans notre capital forestier, alors même que notre pays dispose d’importantes potentialités énergétiques alternatives. Il apparaît ainsi particulièrement préoccupant que, malgré l’abondance de nos ressources énergétiques notamment le pétrole, le gaz, le charbon minéral et un ensoleillement quasi permanent, notre bilan énergétique demeure structurellement dominé par la biomasse, à hauteur de 77 %. Cette situation nous interpelle collectivement. Elle nous impose de poursuivre nos efforts en matière de diversification énergétique, de valorisation de nos ressources et de promotion de solutions permettant de réduire progressivement la pression exercée sur nos formations forestières.
Excellence Monsieur le Président de la République,
Mesdames et Messieurs,
La dégradation des terres entraîne des conséquences particulièrement lourdes pour notre économie et pour les conditions de vie de nos populations. Elle réduit, voire compromet, les capacités productives de nos terres agricoles et de nos parcours pastoraux. Elle fragilise les moyens d’existence des populations rurales et contribue à la précarisation de leurs conditions de vie. C’est précisément pour répondre à ces enjeux que le thème retenu pour l’édition 2026 de la Journée Nationale de l’Arbre revêt une importance particulière : « La restauration des bases productives, PILIER DE LA REFONDATION »
Ce thème s’inscrit pleinement dans l’axe 3 du Programme de la Refondation de la République ainsi que dans la lettre de mission adressée à notre département ministériel par le Président de la République, Chef de l’État. La restauration des bases productives ne saurait être considérée comme une simple question environnementale. Elle constitue une nécessité économique, sociale et stratégique. Elle conditionne notre capacité à produire, à nourrir nos populations, à préserver nos ressources, à soutenir les activités rurales et à garantir des perspectives durables aux générations futures.
Pour relever ce défi, nous devons mobiliser des investissements à la hauteur des enjeux, développer des interventions cohérentes et coordonnées et renforcer les synergies entre l’État, les collectivités, les communautés, les partenaires techniques et financiers ainsi que l’ensemble des acteurs concernés. Nous devons également nous convaincre que la lutte contre la désertification et la dégradation des terres n’est ni une charge inutile ni une contrainte pour l’action publique. Elle constitue, au contraire, un investissement stratégique pour le développement économique, la prospérité de nos populations et la consolidation de la paix. Nous devons donc nous fixer des objectifs plus ambitieux en matière de gestion durable des terres et de lutte contre la désertification et créer les conditions nécessaires à la mobilisation de financements conséquents.
Mesdames et Messieurs,
La restauration de nos ressources naturelles doit également s’accompagner d’une véritable valorisation économique. Nous devons développer davantage les chaînes de valeur liées aux produits forestiers non ligneux et aux ressources halieutiques, tout en privilégiant des modes de production et de consommation capables d’en garantir la pérennité. Dans ce cadre, nous devons également travailler à réduire notre dépendance aux importations de poissons en valorisant davantage les ressources en eaux de surface dont dispose notre pays. Il s’agit donc de construire une approche globale dans laquelle la protection de l’environnement devient également un levier de développement, de création de revenus et d’amélioration des conditions de vie de nos populations.
Excellence Monsieur le Président de la République,
Mesdames et Messieurs,
Le 3 août revêt également une dimension historique et mémorielle particulière puisqu’il est consacré à la Journée des Martyrs de la colonisation et de la lutte contre la désertification. C’est dans cet esprit que les huit Bois des Héros de la Résistance qui seront mis en place aujourd’hui porteront chacun le nom d’un martyr. Le site officiel de lancement de la campagne nationale de reboisement par le Président de la République portera, quant à lui, le nom du « Sultan BABARI ».
Le Sultan Babari régna sur le Gobir de 1734 à 1764. Il fut le 349ᵉ Sultan du Gobir. Son règne fut marqué par un courage exceptionnel et par des campagnes qui contribuèrent à consolider la puissance du Gobir. Il repoussa les attaques et les razzias dirigées contre son royaume et mena plusieurs campagnes victorieuses. Sa descendance joua par la suite un rôle important dans l’histoire politique de la région, notamment dans le cadre de la résistance menée depuis Tibiri face aux bouleversements du XIXᵉ siècle. Le Sultan Babari demeure également associé à l’installation et à la fixation des Gobirawa dans les territoires qu’ils occupent aujourd’hui. En donnant son nom à ce bois, l’État entend donc honorer la mémoire d’un chef dont le parcours demeure associé au courage, à la justice et à la résistance. Préserver la mémoire de nos héros, c’est aussi transmettre leur héritage aux générations futures.
Excellence Monsieur le Président de la République,
Mesdames et Messieurs,
La lutte contre la désertification possède également, dans cette région de Maradi, une profondeur historique particulière. C’est ici, du 21 au 28 mai 1984, que s’est tenu le grand Débat National sur la Lutte contre la Désertification, rencontre historique qui a donné naissance à ce qui est communément appelé « l’Engagement de Maradi ».
Bien avant l’adoption, en 1992, des conventions des Nations Unies issues du processus de Rio, notre pays avait donc déjà pris conscience de l’urgence de la lutte contre la désertification et s’était engagé résolument dans cette voie. Depuis lors, le Niger a enregistré des résultats importants dans le domaine de la restauration de ses bases productives. La région de Maradi constitue notamment un exemple remarquable à travers l’adoption de la Régénération Naturelle Assistée. Les résultats enregistrés sont particulièrement encourageants.
La pratique a permis de réduire le nombre de semis qui était auparavant de trois à cinq, pour le ramener à un ou deux, entraînant ainsi une réduction des pertes de semences pour les ménages. Elle a également contribué à l’amélioration des rendements en grains du mil, qui peuvent passer, dans les meilleurs cas, de 165 kg/ha pour une RNA de moins de trois ans à 310 kg/ha pour une RNA de six ans et plus.
La RNA favorise également une meilleure disponibilité du fourrage et du bois pour les ménages, avec une production pouvant atteindre 30 à 45 kg de matière fraîche de fourrage aérien par jour. Elle contribue par ailleurs à l’augmentation des revenus des ménages, pouvant atteindre 70 000 FCFA ou davantage par an, grâce à la vente des produits et sous-produits issus de la régénération naturelle assistée. Enfin, elle participe à la satisfaction des besoins des ménages en bois-énergie et en bois de service. Ces résultats démontrent qu’il est possible de restaurer nos terres tout en améliorant les conditions de vie de nos populations.
Mesdames et Messieurs,
Fort de ces enseignements et des orientations claires du Programme de la Refondation de la République, nous devons poursuivre et amplifier cette dynamique. Je voudrais donc inviter chaque Nigérienne et chaque Nigérien à prendre sa part dans le combat contre la désertification et ses conséquences sur notre économie, notre environnement et notre avenir collectif. La protection de notre patrimoine naturel n’est pas uniquement l’affaire de l’État. Elle est l’affaire de chacun d’entre nous.
Excellence Monsieur le Président de la République,
Comme lors des précédentes éditions de la Journée Nationale de l’Arbre, 15 650 plants d’espèces locales à haute valeur socio-économique et écologique seront plantés sur ce site. Pour cette édition, le néré a été retenu comme « arbre de l’année ». Cette espèce, fortement appréciée et appropriée par les communautés locales, occupait autrefois une place importante dans les mécanismes de transmission des biens et des héritages. Le néré est principalement présent dans la partie méridionale des régions de Zinder, Maradi, Dosso et Tillabéri.
Afin de garantir les meilleures conditions de réussite et de pérennisation des plantations, le site, d’une superficie de 50 hectares, bénéficie d’aménagements appropriés. Il est notamment équipé : – d’une clôture grillagée ;
– d’un système d’irrigation d’appoint constitué d’un Poste d’Eau Autonome d’une capacité de production journalière de 70 mètres cubes ;
– de deux forages, d’une profondeur respective de 103 et 139 mètres ;
– d’un réservoir en acier inoxydable d’une capacité de 30 mètres cubes ;
– d’un champ solaire de 10 500 watts-crête ;
– de dix bassins de stockage d’une capacité de 5 mètres cubes chacun ;
– d’une rampe équipée de deux robinets ;
– de deux bornes-fontaines ;
– ainsi que de systèmes appropriés d’éclairage et de gardiennage.
Ces infrastructures traduisent notre volonté non seulement de planter, mais surtout de faire vivre les arbres plantés et de garantir leur développement dans la durée.
Excellence Monsieur le Président de la République,
Mesdames et Messieurs,
La réussite d’une politique de reboisement ne se mesure pas uniquement au nombre d’arbres plantés. Elle se mesure surtout à leur capacité à survivre, à grandir et à produire durablement des bénéfices pour les populations. À cet égard, permettez-moi de présenter brièvement les résultats obtenus sur les sites des deux précédentes éditions de la Journée Nationale de l’Arbre.
Le Bois du 26 Juillet, d’une superficie de 50 hectares, implanté dans la Forêt Classée de Guesselbodi à l’occasion de la première édition, a fait l’objet d’une évaluation en mai 2026. Cette évaluation a fait ressortir un taux de réussite de 96 % des plants et une production de biomasse de 720 kg de matière sèche par hectare.
Le Bois Amadou Dan Bassa, également d’une superficie de 50 hectares et implanté dans la Forêt Classée de Berbékya à l’occasion de la deuxième édition, a été évalué en juin 2026. Il présente un taux de survie de 95 % et une production de biomasse de 760 kg de matière sèche par hectare. Ces résultats constituent une source d’encouragement. Ils démontrent que lorsque les plantations sont correctement conçues, protégées, entretenues et suivies, les efforts consentis peuvent produire des résultats durables.
Excellence Monsieur le Président de la République,
Permettez-moi également, en cette circonstance solennelle, de saluer votre décision historique d’autoriser le recrutement de 1 000 nouveaux agents des Eaux et Forêts, à la suite de la requête formulée par notre département. Cette décision constitue, pour notre ministère et pour l’ensemble de la famille des forestiers, un acte d’une haute portée patriotique, environnementale et sociale. Elle vient donner un nouvel élan à notre institution.
En renforçant de manière aussi significative nos effectifs, vous donnez aux services des Eaux et Forêts, mais également à l’ensemble des acteurs engagés dans la protection de notre territoire, les moyens humains nécessaires pour répondre aux défis environnementaux et sécuritaires auxquels notre pays est confronté. Au-delà de sa dimension environnementale, cette décision constitue également une réponse concrète aux enjeux d’insertion professionnelle et de création d’emplois pour notre jeunesse. Elle traduit ainsi une vision qui associe protection de l’environnement, engagement citoyen, sécurité et opportunités professionnelles.
En ce jour mémorable, l’ensemble de la corporation des forestiers tient à vous exprimer solennellement sa très haute considération, sa profonde reconnaissance et sa gratitude.
Excellence Monsieur le Président de la République,
Mesdames et Messieurs,
Au terme de cette allocution, permettez-moi d’adresser mes sincères remerciements à l’ensemble de nos partenaires techniques et financiers pour leur accompagnement en faveur de la protection de l’environnement et de la lutte contre le dérèglement climatique.
Les défis auxquels nous sommes confrontés dépassent nos frontières nationales. Ils sont à la fois régionaux, continentaux et planétaires. Ils exigent donc une mobilisation collective et une solidarité renforcée. Je voudrais également féliciter chaleureusement les récipiendaires du Concours National de Lutte contre la Désertification, organisé par le Comité National d’Organisation de la deuxième édition de la Journée Nationale de l’Arbre.
J’adresse également mes sincères remerciements à toutes les personnes physiques et morales qui ont contribué, de près ou de loin, à la réussite de cette édition. Je tiens à saluer particulièrement le Contrôleur Général de Police Mamane Issoufou, Gouverneur de la Région de Maradi, pour les efforts soutenus qu’il a consentis et pour la qualité du travail accompli afin de relever les nombreux défis organisationnels, matériels et techniques liés à cet événement.
Mes remerciements vont également au Président-Directeur Général du Groupe SOS, qui a réalisé et offert gracieusement le Poste d’Eau Autonome ainsi que ses accessoires au profit de ce bois. Je remercie enfin les experts qui ont animé les conférences consacrées au thème central de cette Journée Nationale de l’Arbre, ainsi que l’ensemble des artistes qui ont contribué, par leurs talents, à l’animation de la nuit écologique et des différentes soirées culturelles.
Excellence Monsieur le Président de la République,
Mesdames et Messieurs,
La restauration de nos terres, la protection de nos forêts et la préservation de notre biodiversité constituent aujourd’hui des impératifs majeurs pour notre pays. Mais elles constituent également une formidable opportunité de construire un Niger plus résilient, plus productif et plus prospère.
– Planter un arbre, c’est restaurer une terre.
– Planter un arbre, c’est protéger une famille.
– Planter un arbre, c’est préserver notre économie.
– Planter un arbre, c’est préparer l’avenir de nos enfants.
Et surtout, planter un arbre et l’entretenir, c’est poser un acte concret en faveur de la souveraineté environnementale de notre pays. En cette journée historique, je voudrais donc inviter chaque Nigérienne et chaque Nigérien, chaque communauté, chaque institution, chaque organisation et chaque acteur de notre société à faire de la plantation et de l’entretien des arbres un engagement permanent. Que chaque arbre planté aujourd’hui devienne le symbole de notre volonté collective de restaurer nos bases productives et de bâtir un Niger plus vert. Qu’Allah, le Tout-Miséricordieux, nous accorde un hivernage fécond, dans la cohésion sociale, la paix et la solidarité.
Pour l’honneur de la Patrie, Enfants des Rives du Niger aux Confins du Ténéré, Plantons au moins un arbre et entretenons-le, Pour un Niger Vert, résilient et prospère.
Vive le Niger !
Vive la Confédération des États du Sahel !
Je vous remercie pour votre aimable attention.
