Un an après son aménagement, le site de Guesselbodi se regénère ...
La 3ème édition de la Journée Nationale de l’Arbre (JNA) est placée sous le thème « La restauration des bases productives, pilier de la refondation ». La singularité de cette édition réside dans le fait qu’elle consacre une rupture d’avec le reboisement symbolique pour faire place à l’ingénierie écologique, à la sécurisation du patrimoine forestier et à la responsabilisation des communautés. Les services de la Gestion Durable des Terres et des Forêts tirent les leçons des deux premières Journées Nationale de l’Arbre et alertent sur l’abattage du bois vert qui asphyxie la capitale Niamey.
Le 31 juillet 2024, un décret a suffi pour changer 49 ans d’habitude. La Fête de l’Arbre devient Journée Nationale de l’Arbre. Pour le Colonel Assoumane Mamane, Directeur de la Gestion Durable des Terres et des Forêts (DGDT/F), ce n’est pas qu’un changement de nom. L’année 2024 marque l’ancrage de la politique forestière à la vision de la refondation. L’ambition est désormais triple : adopter des comportements écocitoyens, lutter contre la désertification et renforcer la résilience climatique via la plantation, l’entretien d’arbres et surtout la Régénération Naturelle Assistée, une technique simple qui fait parler d’elle au-delà de nos frontières.

Selon ce spécialiste, la Journée Nationale de l’Arbre, au-delà de la symbolique qu’elle incarne, est porteuse d’un véritable changement de paradigme, aussi bien dans son approche et sa philosophie de mise en œuvre, que dans la nature des activités qui sont conduites à cette occasion.
Innovations majeures portées par la JNA
La Journée Nationale de l’Arbre est porteuse de plusieurs innovations. La première grande innovation tient en un choix stratégique : délocaliser la cérémonie officielle dans les forêts classées disséminées dans notre pays. Pendant des décennies, ces réservoirs de biodiversité ont été grignotés par l’agriculture, les lotissements illégaux et la coupe du bois vert. « Le premier devoir de l’État en matière de lutte contre la désertification, c’est d’abord de protéger son patrimoine naturel. A cet effet, les JNA sont désormais organisées au niveau des forêts classées », explique Colonel Assoumane Mamane.
Les JNA constituent également l’occasion de conduire des investissements structurants au niveau des forêts classées : récupération des terres dégradées sur des superficies moyennes annuelles de 50 ha, plantations de ligneux et ensemencement d’herbacées, clôture grillagée des sites, réalisation de forages à système d’exhaure photovoltaïque pour une disponibilité permanente de l’eau afin de garantir l’arrosage des plants en période sèche. « Il s’agit d’un vaste programme de réhabilitation de nos forêts classées », a-t-il précisé.
Les JNA consacrent aussi la promotion des espèces locales dans l’optique de préserver celles qui sont en voie de disparition, de conserver la biodiversité floristique et faunique et d’accompagner l’économie locale à travers la valorisation des produits forestiers non ligneux.
Une autre innovation portée par la JNA consiste en une plus grande responsabilisation des jeunes dans la lutte contre la désertification. « A ce titre, depuis 2024, le camp des jeunes est valorisé par la JNA, avec à la clé la promotion de jeunes écocitoyens sur les différents sites de lancement, en vue de participer aux opérations de plantation avant et après la cérémonie officielle et de suivre les séances d’éducation environnementale et d’écocitoyenneté. En ce qui concerne le site officiel de lancement, les jeunes viendront de toutes les régions de notre pays et des pays membres de l’AES. Ce qui constitue une occasion supplémentaire de confraternité et de cohésion sociale », dixit le Colonel Assoumane Mamane.
Ainsi, la JNA est mise à profit pour consolider la solidarité avec les peuples de l’AES, avec la tenue d’un segment ministériel des ministres en charge de l’Environnement de la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES), dans le cadre de l’harmonisation et de la convergence des politiques et stratégies dans leurs domaines de compétence.
Du «Bois du 26 juillet» à Barbarkia
Revenant sur la première édition de la JNA, le Colonel Assoumane Mamane a présenté le « Bois du 26 Juillet » comme site modèle. En effet, outre l’utilisation des espèces locales ligneuses et herbacées adaptées aux conditions édapho-climatiques du site concernant les plantations et l’ensemencement, le «Bois du 26 Juillet» a bénéficié d’une clôture grillagée, d’un système d’irrigation d’appoint, d’un système de gardiennage et de vidéosurveillance. En plus, tenant compte de la disponibilité de l’eau du fait de l’existence d’un forage, il a été admis la pratique d’une agriculture maraîchère permettant aux gardiens de subvenir non seulement à leurs besoins d’autoconsommation mais aussi de se procurer des revenus à travers la commercialisation d’un éventuel excédent de production.
Ce modèle a été présenté à la COP16 à Riyad et a suscité un intérêt international. D’où la nécessité de mise à l’échelle, concrétisée par la 2è édition à Zinder, dans la forêt classée de Barbarkia.
« On peut donc affirmer, et à juste titre, que les deux premières éditions ont permis de redonner une place centrale à l’arbre dans les politiques publiques et dans les préoccupations des citoyens. Elles ont favorisé une forte mobilisation des autorités, des collectivités territoriales, des organisations de la société civile, des jeunes, des femmes et des partenaires techniques et financiers autour des actions de restauration des terres dégradées », a déclaré le directeur de la Gestion Durable des Terres et des Forêts.

Au-delà des campagnes de plantation d’arbres, ces éditions ont montré que la réussite des plantations est fortement liée à leur protection, à leur entretien et à leur appropriation par les communautés. Les sites officiels des éditions 2024 et 2025 ont enregistré des résultats significatifs avec des taux de réussite des plantations respectifs de 97 % pour le site de Guesselbodi dans la région de Tillabéri et 96% pour le site de Barbekia dans la région de Zinder. Elles ont également renforcé le rôle régalien de l’État dans la gestion des forêts classées qui relèvent du domaine public de l’État et qui font face, depuis des décennies, à des pressions de tout genre, menaçant leur superficie et leur rôle de réservoir de biodiversité.
Le thème de cette troisième édition, « La restauration des bases productives, pilier de la refondation » traduit, selon notre interlocuteur, la volonté de faire de la restauration des ressources naturelles un levier de développement économique, de sécurité alimentaire et de résilience.
La problématique du bois vert à Niamey
Sur la lancinante question, le Colonel Assoumane Mamane s’est dit préoccupé, s’inquiétant du fait que « l’abattage du bois vert prend aujourd’hui une ampleur sans précédent, devenant de ce fait une préoccupation majeure ». La région de Niamey concentre une importante demande en bois-énergie, entretenue par une croissance démographique rapide et une forte urbanisation.
Se référant au schéma d’approvisionnement de la ville de Niamey et de ses environs, il a indiqué que près de 254 647 tonnes de bois et 3 265 tonnes de charbon de bois sont produites et transportées chaque année vers Niamey. Plus de 1,42 million de tonnes de bois-énergie sont consommées par les populations rurales.
Cette demande exerce une pression considérable sur les formations forestières situées dans un rayon de plusieurs dizaines, voire de centaines de kilomètres autour de la capitale. Les forêts naturelles, les parcs agroforestiers et les plantations sont progressivement dégradés par des coupes souvent illégales ou non maîtrisées.
« Si rien n’est fait, cette pression continuera d’accélérer la disparition du couvert végétal, la dégradation des sols et la perte de la biodiversité », a-t-il alerté.
Actions réalisées et en cours pour réduire la consommation du bois vert à Niamey
Pour inverser la tendance à la consommation abusive du bois-énergie, le DGDT/F a affirmé que l’État, avec l’appui de ses partenaires, met en œuvre plusieurs actions complémentaires.
Il s’agit notamment du renforcement de la surveillance forestière par les services des Eaux et Forêts, de la lutte contre les exploitations illégales, des campagnes annuelles de reboisement, de la promotion de la Régénération Naturelle Assistée, de l’aménagement des forêts naturelles et de la sensibilisation des populations sur les conséquences de la coupe du bois vert.
Parallèlement, des efforts sont déployés pour promouvoir les foyers améliorés, le gaz domestique, le biogaz et d’autres sources d’énergie propres afin de réduire progressivement la dépendance au bois-énergie.
Cependant, la réussite de ces actions repose aussi sur un changement durable des comportements des producteurs, des commerçants et des consommateurs.
Les zones les plus touchées par l’abattage systématique du bois vert dans la région de Niamey
Interpellé sur l’ampleur du phénomène autour de Niamey, le Colonel Assoumane Mamane a précisé que les zones périphériques de Niamey sont les plus touchées, notamment les formations forestières situées dans les départements voisins de Kollo, Say, Kouré, Torodi et d’autres localités accessibles par les principaux axes routiers. « Avec l’épuisement progressif des ressources proches de la capitale, les exploitants se déportent vers des zones de plus en plus éloignées : zone de Marigouna Bella, Gaya, zone de Damana et plateau de Mangueizé. Cela élargit progressivement le front de dégradation des ressources forestières », a-t-il deploré.
Causes et impacts de l’abattage du bois vert
Les services de la DGDT/F ont identifié plusieurs facteurs qui expliquent cette situation. Le premier est la forte dépendance des ménages au bois-énergie qui demeure la principale source d’énergie de cuisson. En effet, en milieu rural, la consommation de bois-énergie est de 8 stères par ménage contre 7 stères en milieu urbain par ménage. À cela s’ajoutent la pauvreté des populations rurales qui trouvent dans la vente du bois une source de revenus, la croissance rapide de la population, l’extension des terres agricoles au détriment des espaces forestiers, la faible disponibilité d’énergies alternatives accessibles, ainsi que le non-respect des textes réglementaires. Dans certains cas, l’insuffisance des moyens de contrôle favorise également les exploitations illicites. Et les conséquences sont nombreuses.

Sur le plan environnemental, il a fait savoir que l’abattage du bois vert entraîne la disparition progressive du couvert végétal, la perte de biodiversité, l’érosion des sols, l’ensablement des terres agricoles et des cours d’eau, ainsi qu’une diminution de la fertilité des sols.
Il réduit également la capacité des écosystèmes à stocker le carbone. Ce qui contribue à aggraver les effets des changements climatiques.
Sur le plan socio-économique, cette dégradation compromet les moyens d’existence des populations rurales, réduit les productions agricoles et pastorales et accroît la vulnérabilité des communautés face aux sécheresses.
Lien avec l’insécurité énergétique des ménages à Niamey et les alternatives
« Le lien est direct » et réside dans le fait que plus les ressources forestières diminuent, plus le bois devient rare et coûteux. Les ménages sont alors contraints de parcourir de longues distances pour s’approvisionner ou de consacrer une part croissante de leurs revenus à l’achat de bois ou de charbon.
Cette situation accentue la précarité énergétique tout en alimentant un cercle vicieux : la raréfaction du bois entraîne une exploitation toujours plus intensive des ressources restantes, quelle qu’en soit leur nature. A cet effet, le bois vert n’est pas épargné en dépit des mesures coercitives qui sont appliquées.
Assurer la sécurité énergétique des ménages passe donc nécessairement par la protection des ressources forestières et la diversification des sources d’énergie.
Pour réduire la pression, il a préconisé la généralisation des foyers améliorés qui permettent d’économiser jusqu’à la moitié du bois consommé, la promotion du gaz domestique grâce à des politiques d’accessibilité, le développement du biogaz en milieu rural, l’utilisation des résidus agricoles transformés en combustibles, ainsi que le recours progressif aux énergies solaires pour certains usages domestiques. Et en parallèle, la restauration des terres, la promotion des plantations villageoises, l’encouragement des pratiques d’agroforesterie et de la Régénération Naturelle Assistée, afin de reconstituer durablement le capital forestier.
En définitive, la lutte contre l’abattage du bois vert n’est pas uniquement une responsabilité de l’État. C’est un devoir collectif qui implique les collectivités territoriales, les communautés, les producteurs, les commerçants et chaque citoyen. «Préserver nos arbres, c’est protéger nos terres, notre agriculture, notre climat et l’avenir des générations futures. La restauration des bases productives est un investissement essentiel pour construire un Niger plus résilient, plus prospère et plus durable », a conclu le Colonel Assoumane Mamane.
Rahila Tagou (ONEP)
