Un an après la célébration de la deuxième édition de la Journée Nationale de l’Arbre organisée sous le thème « Planter et entretenir des arbres, un combat patriotique », le site du Bois des Héros de la Résistance « Abdal Rahim Tagama Ben Mohamed Al Baqri », à Inebizguine, dans la commune urbaine d’Agadez, affiche des résultats satisfaisants. Pour apprécier l’évolution de ce site, une mission de suivi-évaluation s’y est rendue le 9 juillet 2026. Selon ses conclusions, le site enregistre un taux de survie des plants de 84,12 %, ce qui confirme l’efficacité des aménagements réalisés, tout en mettant en lumière les défis à relever pour en assurer la pérennité.
À l’occasion de la deuxième édition de la Journée nationale de l’Arbre, le Niger avait lancé une vaste campagne nationale de reboisement destinée à restaurer le couvert végétal, lutter contre la désertification et renforcer l’engagement citoyen en faveur de la protection de l’environnement.
Dans la région d’Agadez, cette initiative a pris une dimension à la fois environnementale, historique et patriotique avec l’aménagement du Bois des Héros de la Résistance sur le site d’Inebizguine. D’une superficie de 50 hectares, ce domaine de l’État porte le nom de Son Altesse Abdal Rahim Tagama Ben Mohamed Al Baqri, Sultan de l’Aïr de 1907 à 1917 et figure emblématique de la résistance à la pénétration coloniale. En associant la restauration des terres dégradées à la mémoire de ce grand résistant, les pouvoirs publics entendent rappeler que la protection de l’environnement constitue aujourd’hui une autre manière de défendre la patrie.

Avant la campagne de plantation, des travaux de restauration des terres ont été réalisés afin d’améliorer la rétention des eaux de pluie. Au total, 15 650 demi-lunes sylvo-pastorales ont été aménagées sur l’ensemble du site. Ces ouvrages antiérosifs favorisent la rétention et l’infiltration des eaux de ruissellement, créant de facto les conditions propices au développement des jeunes plants dans un environnement marqué par une forte aridité.
En complément de ces aménagements, un ensemencement de 3 000 kg d’espèces herbacées locales, notamment Panicum turgidum, Alysicarpus ovalifolius et Cenchrus biflorus, a été réalisé afin de stabiliser les sols et de produire du fourrage au profit du cheptel. La campagne de reboisement a ensuite permis la mise en terre de 15 650 plants forestiers adaptés aux conditions écologiques de la région. Il s’agit notamment de 2 000 plants d’Accacia Nilotica, 650 plants de Balanites Aegyptiaca, 5 000 plants d’Acacia senegal, 1 510 plants d’Acacia raddiana, 6 000 plants d’Acacia seyal, 465 plants de Zisiphus mauritania et 25 plants d’Adansonia dgitata.
Les résultats obtenus suite à la mission d’évaluation du 9 juillet sont particulièrement encourageants. Les membres de la mission ont dénombré 13 165 plants vivants, soit un taux de survie de 84,12 %. Pour les techniciens de l’environnement, cette performance constitue un excellent résultat compte tenu des conditions climatiques particulièrement difficiles qui prévalent dans la région d’Agadez. Elle traduit la qualité des travaux réalisés ainsi que l’efficacité des demi-lunes sylvo-pastorales, qui ont permis de capter et de conserver les premières eaux de pluie indispensables à la reprise des plants.
L’évaluation révèle également une évolution favorable du couvert herbacé. Les mesures effectuées font ressortir une production de 13,77 tonnes de matière sèche, représentant un rendement de 275,40 kg par hectare, signe d’une régénération progressive de la végétation sur le site restauré.
Malgré ces résultats prometteurs, la mission de suivi-évaluation a identifié plusieurs contraintes susceptibles de compromettre les acquis. Le site ne dispose toujours pas d’une clôture grillagée pour assurer sa protection contre les intrusions et la divagation des animaux. Il est par ailleurs dépourvu de système d’adduction d’eau pour l’arrosage d’appoint des jeunes plants dont plusieurs présentent des signes de stress hydrique malgré leur adaptation au milieu sahélien. La commission relève aussi que le gardiennage demeure insuffisant, le site de 50 hectares n’étant surveillé que par un seul agent. Les observations de la mission montrent néanmoins que certaines espèces herbacées spontanées, notamment Aristida mutabilis et Panicum turgidum, contribuent à maintenir l’humidité du sol autour des plants, favorisant ainsi leur survie.

Au regard de ces constats, les évaluateurs ont formulé des recommandations demandant d’abord à la Direction régionale de l’Environnement et de la Lutte contre la Désertification de procéder au regarnissage des espaces où les plants ont disparu, dès le début de la saison des pluies et de renforcer le suivi régulier des plantations. Ils ont également invité l’État et les partenaires techniques et financiers à soutenir la réalisation d’une clôture grillagée, la mise en place d’une source d’approvisionnement en eau et le renforcement du dispositif de gardiennage.
À Inebizguine, le Bois des Héros de la Résistance « Abdal Rahim Tagama Ben Mohamed Al Baqri » illustre le fait que la lutte contre la désertification peut produire des résultats tangibles lorsqu’elle s’appuie sur des techniques adaptées, un suivi rigoureux et une forte mobilisation des acteurs institutionnels et communautaires.
Ali Maman, ONEP Agadez
