Dans un environnement marqué par la désinformation, les manipulations informationnelles, l’influence des plateformes numériques et l’essor de l’intelligence artificielle, il est essentiel que les pays membres de l’AES développent des capacités pour comprendre, protéger et maîtriser leur espace informationnel. Entre contenus haineux, campagnes coordonnées d’influence, usurpations numériques et contenus générés artificiellement, l’Alliance des États du Sahel fait face à d’importants défis dans sa marche pour la souveraineté.
Ainsi, pour apporter une réponse concrète à cette nouvelle donne dans l’espace médiatique et informationnel, les trois organes en charge de la régulation de la communication de l’AES tiennent à Niamey, du 17 au 18 septembre 2026, une conférence constitutive de la plateforme des régulateurs des médias et de la communication des États membres de l’AES. La cérémonie s’est déroulée en présence de M. Wendingoudi Louis Modeste Ouédraogo, président du Conseil supérieur de la communication du Burkina Faso, de M. Gaoussou Coulibaly, président de la Haute autorité de la communication du Mali et du président de l’Observatoire National de la Communication du Niger, M. Ibrahim Manzo Diallo, hôte de la rencontre.
Face à cette réalité, le secrétaire général du ministère de la Communication et des Nouvelles Technologies de l’information, M. Mashoul Abdoul Nasser, a reconnu que la souveraineté informationnelle constitue désormais une dimension essentielle de la souveraineté des États. Elle doit être comprise comme la capacité des pays à connaître et maîtriser leur environnement informationnel, à protéger leurs populations contre les manipulations et à développer leurs propres capacités humaines, technologiques et institutionnelles. Le secrétaire général a ajouté que cette plateforme ne doit pas être une structure supplémentaire sans portée opérationnelle, mais doit devenir un véritable instrument de coopération, d’expertise et d’action collective.

M. Mashoul Abdoul Nasser a surtout rappelé que dans ces trois États confrontés à des enjeux sécuritaires et sociaux particulièrement complexes, ces phénomènes peuvent avoir des conséquences importantes sur la cohésion sociale, la confiance dans les institutions et la stabilité. Il a insisté sur le fait que cette plateforme devra notamment permettre aux régulateurs de partager leurs expériences, de mutualiser leurs compétences, d’échanger rapidement sur les menaces informationnelles et de développer des réponses communes.
Par ailleurs, il les a exhortés à la mise en place d’un mécanisme commun de veille et d’alerte informationnelle, à renforcer la coopération en matière de vérification des faits et à développer des programmes conjoints de formation. Il a de plus attiré l’attention des régulateurs sur la formation afin qu’ils soient capables de comprendre les mécanismes de diffusion des contenus, les algorithmes, les nouvelles formes de manipulation et les outils d’intelligence artificielle. Il a également conseillé que les journalistes soient davantage formés à la vérification des faits, au traitement des sujets sensibles et à l’utilisation responsable des technologies numériques.
Le président de l’Observatoire National de la Communication du Niger, M. Ibrahim Manzo Diallo, a quant à lui souligné que la régulation doit évoluer au rythme de ces transformations, avec une exigence constante : celle de protéger les citoyens et garantir un espace de communication libre, pluraliste et responsable qui doit appréhender l’ensemble des circuits de l’information, dans le respect des missions et des compétences de chaque institution. Le président de l’ONC a aussi expliqué que la souveraineté informationnelle prend, dans ce contexte, une importance majeure, car elle repose sur la capacité à comprendre l’environnement numérique, à produire une information crédible, à développer des expertises et à protéger les populations contre les manipulations. M. Ibrahim Manzo Diallo a soutenu que la régulation doit s’exercer dans le respect de la liberté d’expression, du droit à l’information et de la vie privée. La confiance du public, a-t-il insisté, se construit par la rigueur des faits, la transparence des méthodes et l’impartialité des décisions.
Hamissou Yahaya (ONEP)
