Commandant Tsahirou Ali
Situé dans la région de Maradi, le département de Guidan Roumdji, couvre une superficie de 4.929 km², avec une population estimée à 523 717 habitants selon le Recensement général de la population de 2012, et à environ 778 401 habitants en 2023. Sur le plan administratif, le département compte cinq communes, dont deux communes urbaines, à savoir Guidan Roumdji et Tibiri Gobir, et trois communes rurales : Chadakori, Guidan Sori et Saé Saboua. Dans cet entretien, le Conmandant de Forces Armées Nigériennes (FAN), Tsahirou Ali, Préfet du département de Guidan Roumdji depuis août 2023, évoque les spécificités de cette entité administrative, l’exploitation des ressources naturelles, les rapports entre agriculteurs et éleveurs, les perspectives pour la campagne agricole en cours, la question sécuritaire, les appuis de l’État aux populations, etc.
M. le préfet, quelles sont les principales spécificités du département de Guidan Roumdji ?
Le département de Guidan Roumdji se caractérise principalement par son importante vocation agro-sylvo-pastorale, sa position géographique stratégique et le poids considérable des activités rurales dans l’économie locale.
La première caractéristique est sa forte vocation agricole. L’agriculture pluviale occupe une place centrale dans les moyens d’existence des populations. Les principales spéculations sont notamment le mil, le sorgho, le niébé et l’arachide. Elles constituent à la fois des sources essentielles de revenus et la base de l’alimentation des ménages.
A cette activité agricole s’ajoute l’élevage portant notamment sur les bovins, les ovins et les caprins, avec également la présence de camelins dans certaines zones. La complémentarité entre agriculture et élevage est une réalité importante du département. Elle implique cependant une gestion rigoureuse des ressources naturelles, notamment des terres, des pâturages, des points d’eau et des couloirs de passage du bétail.
Sa position géographique constitue par ailleurs un atout majeur. Situé dans la région de Maradi, à proximité du Nigeria, le département bénéficie historiquement de réseaux d’échanges commerciaux qui contribuent au dynamisme de l’économie locale. Les marchés jouent ainsi un rôle important dans la circulation des produits agricoles, du bétail et des biens de consommation.
Il faut également souligner l’importance de l’organisation sociale et culturelle, notamment le rôle des communautés, des chefferies traditionnelles et des mécanismes locaux de gouvernance dans la prévention et le règlement des différends.
Enfin, l’accroissement démographique et l’extension des superficies cultivées exercent une pression croissante sur les terres et les espaces pastoraux. En résumé, la spécificité de Guidan Roumdji réside dans la combinaison d’une agriculture familiale dominante, d’un élevage significatif, d’une forte ruralité, d’un potentiel commercial lié à la proximité du Nigeria, mais également d’une vulnérabilité climatique et d’une pression croissante sur les ressources naturelles.
M. le préfet, quelles sont les perspectives pour la campagne agricole 2026 dans le département de Guidan Roumdji ?
À ce stade de la campagne, les perspectives agricoles pour 2026 dans le département de Guidan Roumdji apparaissent globalement encourageantes, même si elles restent tributaires de la régularité des précipitations jusqu’à la fin de la saison.
Au regard des observations effectuées sur le terrain et des informations recueillies auprès des services techniques de l’Agriculture et de l’Élevage, l’évolution des principales cultures est, à ce stade (debut septembre 2026), satisfaisante.
Le mil et l’arachide ont déjà atteint, dans plusieurs zones, le stade de maturité. Dans certaines localités, les premières récoltes ont même commencé, notamment pour l’arachide. Dans l’ensemble, l’espoir d’une bonne campagne est donc permis, particulièrement pour le mil, l’arachide et le niébé, dont les perspectives apparaissent satisfaisantes.
Pour le sorgho, le maïs et les autres spéculations encore en phase de développement, l’atteinte de la maturité dépendra essentiellement du maintien de conditions pluviométriques favorables au cours des prochaines semaines.
La situation est aussi relativement satisfaisante en matière de disponibilité des denrées alimentaires sur les marchés, à des prix qui apparaissent relativement modérés par rapport à certaines années antérieures, au cours desquelles les périodes de soudure avaient été particulièrement difficiles pour les ménages vulnérables.
Sur le plan pastoral, la situation est également relativement favorable. Les aires de pâturage et les couloirs de passage disposent actuellement de ressources fourragères permettant de répondre aux besoins du cheptel. Plusieurs mares sont par ailleurs suffisamment remplies pour assurer l’abreuvement des animaux, ce qui contribue à réduire la pression sur les points d’eau aménagés. Il convient également de saluer les efforts consentis par l’État en matière de vaccination du cheptel.
Malgré ces perspectives favorables, plusieurs facteurs pourraient affecter les résultats de la campagne. Mais, nous pouvons rester optimistes, tout en maintenant une veille étroite sur la pluviométrie, l’état phytosanitaire des cultures, la situation pastorale et les mouvements du bétail, afin d’anticiper tout facteur susceptible de compromettre les acquis de la campagne.
La rareté des terres cultivables et la pression démographique que vous avez évoquée tantôt, sont souvent une source de tensions entre agriculteurs eux-mêmes et entre agriculteurs et éleveurs. Comment cette situation est-elle vécue dans le département et quelles sont les mesures prises pour y faire face ?
La question de la disponibilité des terres cultivables et de la dégradation des ressources naturelles constitue effectivement une préoccupation importante dans le département de Guidan Roumdji. La croissance démographique, l’extension des superficies cultivées, la pression exercée sur les espaces pastoraux et les effets des changements climatiques contribuent à accentuer la pression sur ressources naturelles, notamment la terre, l’eau et les pâturages. Dans certaines localités, cette situation peut être à l’origine de tensions entre agriculteurs et éleveurs.
Toutefois, il est important de souligner que la cohabitation entre agriculteurs et éleveurs demeure globalement pacifique dans plusieurs localités du département. Les difficultés surviennent principalement lorsque les couloirs de passage du bétail, les aires de pâturage ou les points d’eau ne sont pas suffisamment respectés, ou lorsque des dégâts champêtres sont constatés.
Face à cette situation, l’administration départementale, en collaboration avec les services techniques, les collectivités territoriales, les organisations de producteurs, les chefs traditionnels et les leaders communautaires, œuvre au renforcement du dialogue, de la concertation et de la prévention des conflits.
Une attention particulière est également accordée à la sécurisation des espaces pastoraux, à la matérialisation et à la préservation des couloirs de passage, ainsi qu’à la sensibilisation des populations au respect des textes régissant l’utilisation des ressources naturelles.
Il faut surtout souligner que, dans le cadre de la mise en œuvre du Code rural, nous disposons d’organes opérationnels aux niveaux départemental, communal et villageois chargés de traiter les conflits et de veiller au respect des dispositions réglementaires relatives à l’accès, à l’utilisation et au partage des ressources naturelles entre les différents usagers du milieu rural. Il s’agit notamment des Commissions foncières, dont le Préfet assure la présidence au niveau départemental.
Par ailleurs, des actions de restauration des terres dégradées, de récupération des terres, de lutte contre l’érosion et de promotion de pratiques agricoles et pastorales durables sont progressivement mises en œuvre avec l’appui des services compétents et des partenaires. Notre objectif est clair : faire de la terre non pas une source de division, mais une ressource partagée, sécurisée et gérée de manière concertée.
Comment se caractérise actuellement la situation sécuritaire dans le département ?
La situation sécuritaire demeure, dans l’ensemble du département, globalement calme et sous contrôle, à l’exception de certaines zones frontalières avec le Nigeria où des attaques sporadiques perpétrées par des groupes de bandits armés, de vols de bétail viennent, par moments, perturber la quiétude des communautés riveraines.
Cette situation a des répercussions importantes sur la vie socioéconomique des populations. Elle peut notamment entraîner la suspension ou la faible fréquentation de certains marchés hebdomadaires, sans toutefois affecter l’ensemble des marchés de la zone. Or, ces marchés jouent un rôle essentiel dans les échanges commerciaux entre les populations nigériennes et leurs voisins nigérians. La situation affecte également la libre circulation des personnes et des biens de part et d’autre de la frontière.
Au-delà des pertes économiques, certaines attaques occasionnent malheureusement des pertes en vies humaines et endeuillent les familles. La peur des représailles constitue également un obstacle à la collaboration entre les populations et les services de sécurité. Certaines victimes ou certains témoins peuvent hésiter à signaler des faits ou à fournir des informations, par crainte de représailles contre eux-mêmes ou leurs familles.
Face à cette situation, plusieurs mesures ont été prises afin de réduire significativement le phénomène de banditisme armé le long de la frontière avec le Nigeria. Il convient notamment de relever la mise en œuvre du dispositif militaire national Yarda, qui assure des patrouilles régulières le long de la bande frontalière et contribue au renforcement de la présence sécuritaire dans les zones exposées.
Je voudrais saluer la résilience remarquable des populations frontalières. Malgré les menaces persistantes, les communautés continuent de vivre et d’exercer leurs activités agricoles et pastorales. Dans plusieurs localités, les communautés ont également mis en place des mécanismes de veille et d’alerte précoce, qui contribuent à renforcer la vigilance communautaire et à soutenir les efforts des Forces de Défense et de Sécurité sur le terrain. Un élément particulièrement rassurant demeure le fait qu’aucune portion du territoire national concernée n’est actuellement sous le contrôle des groupes de bandits armés.
Grâce au renforcement du dispositif sécuritaire mis en œuvre par l’État, notamment à travers l’intensification des patrouilles et l’accroissement de la présence des Forces de Défense et de Sécurité dans les zones frontalières, une amélioration sensible de la situation sécuritaire est observée. Depuis ma prise de fonction jusqu’à ce jour, les observations effectuées sur le terrain font ressortir une baisse significative du nombre d’attaques enregistrées dans les zones concernées.
Toutefois, la situation demeure fragile et appelle au maintien de la vigilance, à la consolidation du dispositif sécuritaire et au renforcement de la coopération entre les FDS et les communautés, afin de prévenir toute résurgence du phénomène et de préserver durablement la paix et la stabilité dans les zones frontalières.
Quelles sont les initiatives mises en œuvre par l’État pour aider les populations à exploiter et à valoriser les potentialités dont dispose le département, notamment dans le domaine agro-sylvo-pastoral ?
Le département de Guidan Roumdji dispose d’importantes potentialités agricoles, pastorales, forestières et hydrauliques. La valorisation de ces ressources constitue donc un enjeu majeur pour renforcer la souveraineté alimentaire, améliorer les revenus des ménages et créer davantage d’opportunités économiques pour les jeunes et les femmes.
À travers différents programmes et projets, l’État, avec l’appui de ses partenaires, intervient sur plusieurs maillons de la chaîne agro-sylvo-pastorale.
La récupération des terres agricoles et pastorales constitue une priorité. Des interventions ont notamment permis de restaurer des terres dégradées, de lutter contre l’érosion et de renforcer les capacités productives des sols.
Dans la commune de Guidan Sori, par exemple, le site de restauration de terres de Dan Zeina a permis de traiter près de 44,94 hectares d’aire de pâturage, avec la plantation de plusieurs milliers de plants ainsi que la mise en place d’un comité de gestion et de surveillance.
L’État accorde également une attention particulière à la mobilisation des ressources en eau, à l’aménagement des terres, à la fourniture de semences et d’intrants ainsi qu’au développement de la petite irrigation. Ces orientations permettent d’améliorer les rendements, de diversifier les productions et de réduire progressivement la dépendance exclusive à la pluviométrie.
Pour la valorisation des ressources naturelles et le développement de l’agroforesterie, des efforts de récupération des terres sont accompagnés d’actions de protection de l’environnement, notamment la plantation d’arbres, la régénération naturelle assistée, la lutte contre l’érosion et la restauration des terres dégradées.
Concernant l’élevage qui représente une richesse importante pour les populations de Guidan Roumdji, les interventions portent notamment sur l’amélioration du cheptel, l’embouche, l’alimentation du bétail et le développement des chaînes de valeur animales, etc.
La valorisation du secteur de l’élevage passe également par l’amélioration des infrastructures commerciales et pastorales. Le marché à bétail de Guidan Roumdji a ainsi bénéficié d’interventions visant à améliorer les conditions de commercialisation des animaux.
Pour ce qui est de l’appui aux populations vulnérables, une attention particulière est accordée aux ménages, notamment aux femmes. Des interventions ont permis, par exemple, de soutenir la reconstitution du cheptel au profit de femmes à travers la mise à disposition de petits ruminants, dont la chèvre rousse de Maradi.
Pour Guidan Roumdji, l’enjeu est désormais d’aller au-delà de la simple augmentation de la production. Il s’agit de valoriser l’ensemble de la chaîne agro-sylvo-pastorale : restaurer les terres, produire davantage, transformer localement, mieux commercialiser et créer de la valeur ajoutée.
En définitive, l’ambition est de faire du potentiel agro-sylvo-pastoral de Guidan Roumdji un véritable levier de souveraineté alimentaire, de développement économique local et de résilience des communautés.
Réalisée par Souley Moutari (ONEP), Envoyé Spécial
