La commune urbaine de Mayahi est située à 84 km de Maradi, chef-lieu de la région. Son économie repose principalement sur l’agriculture et le commerce. Le département est confronté à plusieurs difficultés qui constituent des freins au développement local. Dans cet entretien, l’administrateur délégué de la commune urbaine de Mayayi et de la commune rurale de Sarkin-Haoussa, M. Oumarou Nayoussa, revient sur les principales actions menées depuis son arrivée à la tête de ces deux collectivités ainsi que sur les défis auxquels elles sont confrontées et les perspectives de leur développement.
Monsieur l’administrateur délégué, depuis votre prise de fonction, quelles sont les principales activités qui ont été menées pour accompagner le développement communal, notamment dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’hydraulique et de l’environnement ?
En ce qui concerne l’éducation, à notre arrivée au niveau de la commune urbaine de Mayahi, nous avons pu doter l’Inspection de l’enseignement primaire d’un moyen roulant, notamment un véhicule. Nous avons également construit deux latrines au niveau de l’école Mayahi Est ainsi qu’un bureau au niveau d’une école de Mayahi. Nous avons aussi effectué des tournées de prise de contact avec les populations. À cette occasion, nous avons constaté que certaines écoles ne disposaient pas de points d’eau. Nous avons donc procédé à des branchements dans plusieurs établissements scolaires. Nous avons également répondu à de nombreuses doléances exprimées par les écoles, notamment en réparant des portes, des fenêtres et des tables-bancs endommagées. Nous apportons également notre soutien aux COGES. Je ne peux pas citer toutes les réalisations, car elles sont nombreuses. Dans le domaine de la santé, nous avons effectué des visites dans les CSI et les cases de santé des différents villages. Nous avons constaté que certains centres rencontraient des difficultés à fonctionner la nuit en raison du manque d’éclairage. Nous avons donc doté plusieurs cases de santé et CSI en lampadaires, afin de leur permettre d’assurer leurs activités dans de bonnes conditions, même pendant la nuit.
Au niveau de la commune de Sarkin-Haoussa, nous avons également constaté que des motos traversaient librement l’enceinte du CSI. Nous avons donc pris l’engagement de clôturer le centre de santé et de le doter d’une ambulance. Ces engagements ont été réalisés. Par ailleurs, presque tous les centres de santé des deux communes disposent aujourd’hui de points d’eau. Nous avions également constaté des difficultés liées au paiement des factures d’eau auprès des délégataires dans certains villages. Ce problème a pu être résolu.
S’agissant de l’hydraulique, c’est dans le domaine de l’accès à l’eau potable que nous avons réalisé le plus d’actions. Dès notre arrivée, nous avons identifié les systèmes d’adduction d’eau qui rencontraient des difficultés ou qui étaient à l’arrêt. En collaboration avec le directeur départemental de l’Hydraulique, nous avons recensé les sites où les groupes électrogènes, les systèmes de pompage ou les installations solaires étaient défectueux. Nous avons ensuite procédé aux réparations et aux dépannages nécessaires. À l’heure où je vous parle, nous n’avons plus de panne majeure dans les deux communes.
En ce qui concerne l’environnement, nous avons formé plusieurs jeunes, notamment ceux du village de Kotaré, sur la Régénération naturelle assistée (RNA). Nous avons retenu un site de dix hectares que nous allons aménager et financer sur les fonds propres de la commune. Nous avons également mis en place un comité et sensibilisé les populations sur les techniques de protection et de régénération des plantes. Nous leur avons notamment appris la pratique de la RNA dans leurs champs.
Le contexte général du pays est marqué par l’insécurité. Qu’est-ce qui est fait dans les deux communes pour sensibiliser les populations face à cette situation ?
À ce niveau, lorsqu’il nous a été demandé d’informer et de sensibiliser les populations sur la situation sécuritaire, nous avons pris l’engagement de parcourir les différents villages avec les représentants locaux. Nous avons ainsi effectué des tournées dans les villages et réuni les chefs de village afin de les informer sur la situation sécuritaire de notre pays. Dans ces localités, nous avons également mis en place des comités de vigilance chargés de contribuer à la sécurité des villages. Après leur mise en place, nous avons pris des dispositions pour que ces comités soient formés, notamment avec l’appui du commissariat de police. Dans les villages, en présence du commissaire ou de ses éléments, des représentants de la mairie et de la chefferie traditionnelle, nous organisons des assemblées générales sous l’autorité du chef de village. Nous expliquons à la population le contexte sécuritaire et mettons en place un comité chargé de surveiller les différents mouvements au sein de la localité. Dès qu’un membre observe quelque chose d’anormal, il nous contacte immédiatement, ou bien il informe le chef de canton, le commissaire de police ou un agent de la mairie.
À part cela, nous sensibilisons la population à prendre certaines précautions, notamment à fermer chaque soir les mosquées et les écoles coraniques. Des individus malintentionnés peuvent parfois profiter de cette situation pour s’y introduire pendant la nuit et tenter d’influencer ou de détourner les jeunes. Partout où nous nous rendons, nous transmettons le même message de sensibilisation. Un système de communication a également été mis en place afin de permettre aux différents membres des comités de vigilance de chaque village de rester en contact et de partager rapidement les informations. En cas de problème dans un village, les informations peuvent ainsi être rapidement transmises et permettre d’identifier ou de suivre les déplacements d’une personne suspecte, quel que soit le village dans lequel elle se rend. Voilà les principales dispositions que nous mettons en œuvre dans les deux communes.
Monsieur l’administrateur, dans les communes de Mayahi et de Sarkin-Haoussa, on a constaté un véritable engouement des femmes pour les activités génératrices de revenus. Quel accompagnement la mairie apporte-t-elle à ces unités de production ?
Dans le département de Mayayi, il manquait beaucoup d’activités génératrices de revenus. Mais grâce aux différents groupements, nous avons aujourd’hui des femmes et des jeunes qui s’investissent pleinement dans les activités collectives. À notre niveau, nous les accompagnons. Nous avons identifié l’ensemble des groupements qui existent dans les deux communes et nous assurons leur suivi. Nous suivons également les formations dont ils bénéficient ainsi que les différents appuis qui leur sont accordés. Nous leur apportons des conseils et suivons leurs activités sur le terrain. Lorsqu’un groupement exprime un besoin, il adresse une demande d’appui à la mairie. Celle-ci examine les possibilités d’accompagnement et intervient dans la limite de ses moyens. Ces groupements constituent un véritable atout, d’abord pour leurs membres, ensuite pour leurs familles et, enfin, pour l’ensemble de la communauté. Grâce à ces initiatives, nous contribuons progressivement à réduire le chômage qui constitue un véritable fléau dans notre département.
Quels sont les principaux défis liés au développement des deux communes et comment comptez-vous y faire face ?
Les défis sont énormes. Le premier défi au niveau du département est celui de l’exode, qui constitue une préoccupation majeure, notamment pour la jeunesse. Les jeunes manquent d’opportunités et se sentent souvent obligés de partir à la recherche de meilleures conditions de vie. Nous cherchons à limiter ce phénomène à travers des actions de sensibilisation et, surtout, en encourageant les jeunes à s’investir dans les activités locales. Mais ce qui nous manque principalement, ce sont les moyens. Les jeunes, tout comme les personnes âgées, veulent travailler. Cependant, lorsque vous n’avez pas les moyens de réaliser un forage dans votre champ, il devient difficile d’augmenter la production. Le manque de moyens constitue donc l’un des principaux obstacles au développement des activités économiques.
En ce qui concerne la culture du souchet et de l’arachide, ce sont les deux principales cultures commerciales pratiquées dans les deux communes. L’agriculture demeure la principale activité de nos populations. L’arachide et le souchet permettent à de nombreuses familles de subvenir à leurs besoins. Toutefois, ces cultures nécessitent des investissements importants, notamment pour l’achat d’engrais. Malheureusement, les producteurs travaillent parfois à perte, car les charges de production sont souvent supérieures aux revenus tirés de leurs récoltes. L’accès aux engrais demeure donc un défi majeur. Cette année, l’État a tout de même consenti un effort important en mettant des engrais à la disposition des communes. J’ai appris récemment que la mairie devrait bénéficier de 40 tonnes. Cependant, ces engrais arrivent parfois tardivement, ce qui constitue un problème supplémentaire pour les producteurs.
Par ailleurs, nous souhaitons davantage accompagner les diplômés des Centres de Formation aux Métiers (CFM). Ces jeunes ont appris des métiers qu’ils peuvent exercer de manière autonome, mais ce qui leur manque, c’est souvent le capital de départ nécessaire pour lancer leurs activités. La commune fait déjà un effort en accompagnant chaque année une dizaine de jeunes dans le démarrage de leurs activités. Mais la jeunesse nigérienne est très nombreuse et la mairie, à elle seule, ne peut pas répondre aux besoins de tous. Nous souhaitons donc que l’État puisse recruter davantage de jeunes afin de réduire le chômage des diplômés et leur permettre de mettre leurs compétences au service de la communauté, plutôt que de laisser leurs diplômes sans débouchés.
Quel message souhaitez-vous adresser aux populations et aux partenaires pour renforcer le développement social des communautés ?
Nous lançons un appel aux partenaires afin qu’ils viennent davantage nous accompagner. Vous avez constaté et entendu les efforts que nous sommes en train de fournir. Nous travaillons d’arrache-pied pour répondre aux besoins des populations. La mairie fait tout son possible, mais elle ne peut ni tout faire ni tout financer. Nous demandons donc aux partenaires de nous accompagner davantage dans le développement socio-économique de nos communes. Quant à la population, nous lui demandons de préserver et de bien gérer les réalisations mises à sa disposition. Il faut éviter toute tentative de détournement, de dégradation ou de mauvaise exécution des travaux.
La population doit également se mobiliser et prendre des initiatives. Nous sommes prêts à l’accompagner dans ses efforts. Même les partenaires qui nous soutiennent privilégient généralement les personnes et les communautés qui sont déjà engagées dans des initiatives de développement. Lorsqu’on reste les bras croisés à attendre sans rien entreprendre, il est difficile de parvenir à un développement durable. Les ressources que les partenaires mettent à notre disposition proviennent souvent d’autres pays et sont destinées à nous accompagner dans notre développement. Nous devons donc en faire un usage responsable et veiller à leur bonne gestion.
Je demande ainsi à toute la population de se mettre au travail et de développer davantage les activités de transformation des produits agroalimentaires. C’est une véritable opportunité pour créer de la richesse, générer des emplois et améliorer les conditions de vie de nos populations.
Interview réalisée par Assad Hamadou (ONEP), Envoyé spécial





