M. Abdoulaye Adamou Zangui
Monsieur le Directeur, quel est aujourd’hui l’état des lieux concernant l’accès à l’eau potable et aux services d’assainissement dans la région d’Agadez ? Quels sont les principaux progrès enregistrés et les difficultés auxquelles vous êtes confrontés ?
A l’instar des autres régions du Niger, l’accès à l’eau potable est assuré par les services publics de l’Etat et ses partenaires. Pour ce qui concerne l’Hydraulique Urbaine, c’est la Société des Patrimoines des Eaux du Niger (SPEN), qui a la mission de la gestion, de la maîtrise d’ouvrage et la maîtrise d’œuvre des travaux et d’extension des infrastructures des grands centres urbains. La SPEN a confié, par affermage, la desserte en eau à la Nigérienne des Eaux (NDE). Pour la région, ce sont les centres d’Agadez, Arlit et Ingall qui sont gérés par la NDE qui assurent la desserte en eau. Actuellement, la production de la ville d’Agadez est de 19 500 m3/jour pour un besoin journalier estimé de 25 000 m3/jour, pour Ingall la production est de 546 m3/jour pour un besoin journalier estimé de 500m3/jour et pour Arlit, la production est de 5 200 m3/jour pour un besoin journalier estimé de 12 000 m3/jour. La ville de Tchirozérine est alimentée par le champ de captage de Agharous qui est géré par la SONICHAR. Ces centres sont beaucoup impactés par l’insuffisance de l’énergie électrique qui ramène à la baisse les besoins réels programmés.
Pour ce qui est de l’Hydraulique Rurale, la desserte en eau est assurée par les ouvrages sommaires composés de Mini AEP, des Postes d’Eau Autonomes (PEA) et des Stations de Pompage Pastorales (SPP) et des ouvrages ponctuels composés de Puits Cimentés et de Forages équipés de PMH. Pour ce volet, la région d’Agadez a bénéficié d’une programmation ascendante pour la desserte en eau potable et assainissement à travers le Programme Sectoriel Eau Hygiène et Assainissement (PROSEHA 2016-2030). Selon le dernier rapport sur les indicateurs publiés par le MEH/A en juin 2025, le taux d’accès théorique de la région est de 58,35% et le taux de couverture géographique est passé de 71,14% en 2023 à 71,51% en 2025, soit une augmentation de 0,37% avec la réalisation de 185 EqPEM et un taux de panne de 5.63%.
Les indicateurs d’accès à l’eau potable progressent grâce aux efforts du Gouvernement et de ses partenaires. Cependant, cette progression est freinée par les vagues des migrants internes et externes qui peuplent la région. A ces migrants s’ajoute le flux des dizaines de milliers d’exploitants d’or venus de divers horizons et qui surpeuplent les nombreux sites aurifères qu’abrite la région, perturbant ainsi la programmation.
En ce qui concerne le volet Assainissement, la région bénéficie, avec les appuis de l’Etat et des partenaires, de la réalisation des latrines publiques, des latrines scolaires, de l’entretien et la gestion des ouvrages d’Assainissement, ainsi que la formation et la sensibilisation en matière de l’Assainissement. Le principal indicateur qui n’évolue pas dans la région reste et demeure la défécation à l’air libre. A propos, sur 100 personnes dans la région, 58 défèquent à l’air libre. Ce qui constitue un problème sérieux qui a beaucoup de conséquences sur la santé des populations.
L’approche ATPC a été expérimentée dans la région, des villages ont été certifiés FDAL notamment dans le département d’Ingall. Mais les us et coutumes de la population et les flux des migrants et personnes déplacés qui restent dans des parcelles vides sous des huttes rendent cette approche très difficile à vulgariser.
En termes de progrès, nous pouvons nous réjouir de : la bonne poursuite des activités de la desserte en eau potable et assainissement dans toute la région par l’Etat et ses partenaires ; l’adoption des nouvelles stratégies adéquates par le MEHA devant permettre le changement de comportement pour la bonne gestion des ouvrages d’alimentation en eau et l’appropriation des ouvrages d’assainissement ; l’engagement des autorités à garantir la souveraineté sur la gestion des ressources en eau avec des solutions durables à certains problèmes comme l’amélioration de la desserte en eau de la ville d’Agadez et d’Arlit, la réalisation d’une centrale hybride afin de garantir l’autosuffisance énergétique, le suivi de la qualité de l’eau à Ingall et le projet de prise en compte de la desserte en eau de Tchirozérine par la NDE ; l’amélioration de la gouvernance locale de l’eau à travers la mise en œuvre du PANGIRE pour une gestion rationnelle des ressources en eau dans le sous bassin du Kori Telwa.
Pour les difficultés, comme vous le savez, la région d’Agadez représente 52,7% du territoire national, essentiellement couverte par le désert du Ténéré où la réalisation des ouvrages demeure difficile ; les massifs montagneux de l’Aïr et du Djado où les captages sont aléatoires dans la zone de socle, rendant difficile la desserte en eau par les forages (Cas de Iférouane et de Timia où ce sont les puits cimentés dans les vallées qui alimentent ces localités). Il y a aussi la mauvaise qualité des eaux dans certaines zones marquées par les fluorures et la grande profondeur des ouvrages dans le département d’Aderbissinat et Ingall où le forage peut atteindre 600 mètres.
D’autre part, la région constitue une zone pastorale par excellence, il faut toujours faire recours aux cadres réglementaires pour établir des accords sociaux entre les communautés d’un terroir d’attache afin de prévenir les risques des conflits qui sont fréquents dans ces zones pour la réalisation des points d’eau pastoraux.
La réalisation des forages privés connaît un essor dans plusieurs localités. Quel est le rôle de votre direction dans l’autorisation, le suivi et le contrôle de ces ouvrages ? Quelles sont dispositions prises pour garantir la qualité de l’eau destinée à la consommation humaine ?
La réalisation des ouvrages privés, notamment les forages, est réglementée par l’ordonnance portant code de l’eau au Niger en son article 76 suivant les dispositions du titre VII (article 44). Toutefois, les articles 72 et 73 précisent que le promoteur doit s’assurer de la qualité de l’eau avant de la livrer à la population.
La direction régionale s’assure de la conformité du site devant abriter l’ouvrage à travers une enquête hydrogéologique et sociale assortie d’un rapport élaboré et soumis au gouverneur pour motiver l’autorisation selon le régime de prélèvement et la nature des impacts. Les services techniques déconcentrés sont appelés au suivi contrôle de la réalisation de l’ouvrage jusqu’à l’obtention du débit autorisé.
Les dispositions sont prises pour imposer à chaque promoteur d’effectuer les analyses physico chimiques et même bactériologiques des eaux avant la mise en service et la consommation de l’eau. Les ouvrages positifs sont aussi désinfectés et traités par des produits comme l’hypochlorite afin de s’assurer de la qualité de l’eau à la réalisation et aussi un suivi de manière périodique pendant l’usage est recommandé.
Il arrive pour certains forages de rencontrer des taux très élevés en chlorures, en nitrates et surtout en fluorures dépassant les normes OMS. Dans ces cas, la DRHA exige des opérations de développement, des vidanges et des reprises d’analyse jusqu’à s’assurer de la normalisation de la qualité de l’eau pour la consommation.
Quels sont les principaux partenaires ainsi que les projets et programmes qui interviennent dans les domaines de l’hydraulique et de l’assainissement dans la région ?
La Direction Régionale de l’Hydraulique et de l’Assainissement d’Agadez entretient une collaboration étroite avec plusieurs partenaires techniques et financiers dont les interventions contribuent de manière significative à l’amélioration de l’accès des populations à l’eau potable, à l’assainissement et à une meilleure gestion des ressources en eau.
Parmi ces partenaires figurent en premier lieu les agences du système des Nations Unies, notamment l’UNICEF, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et le Programme alimentaire mondial (PAM). Leurs interventions se traduisent par la réalisation d’ouvrages d’alimentation en eau potable et d’assainissement dans les communautés, les établissements scolaires, les centres de santé et les lieux publics. Ces partenaires accompagnent également les autorités dans la prise en compte des besoins des migrants, des réfugiés et des personnes déplacées internes, notamment à travers la mise en œuvre des activités relevant du secteur WASH.
La Direction régionale bénéficie également de l’appui de plusieurs projets et programmes de développement, parmi lesquels le PISEN, le PIDUREM et le PGIEO-NN. Ces initiatives interviennent aussi bien dans le renforcement de l’accès à l’eau potable que dans le suivi, la connaissance et la gestion durable des ressources en eau.
Dans le domaine de l’hydraulique pastorale, les projets ProDAF et PRAPS IIs apportent également une contribution importante. Leurs interventions portent essentiellement sur la réalisation et la réhabilitation des puits cimentés pastoraux ainsi que des Stations de pompage pastorales (SPP).
À ces partenaires s’ajoutent plusieurs organisations non gouvernementales nationales et internationales, notamment Samaritan’s Purse, INTERSOS, ONG Tidène et ONG GOAL, qui accompagnent les efforts de l’État à travers la mise en œuvre de projets WASH.
Enfin, il convient de souligner la contribution du Groupe SOS qui, dans le cadre de sa responsabilité sociétale, finance la réalisation de nombreuses infrastructures hydrauliques au profit des populations des différentes communes de la région.
Grâce à cette diversité de partenaires et à la complémentarité de leurs interventions, la région d’Agadez poursuit progressivement ses efforts pour améliorer durablement l’accès à l’eau potable, renforcer les services d’assainissement et assurer une gestion plus rationnelle et plus durable de ses ressources hydriques.
Monsieur le Directeur, quelles sont les perspectives et les priorités de la DRHA pour les prochaines années ?
Les perspectives de la Direction régionale de l’Hydraulique et de l’Assainissement s’inscrivent dans une vision de développement durable visant à renforcer l’accès des populations à l’eau potable, à améliorer les services d’assainissement et à assurer une gestion rationnelle des ressources en eau. Pour les trois prochaines années, une programmation ascendante, élaborée en concertation avec les collectivités territoriales et les partenaires, a été priorisée afin de répondre aux besoins les plus pressants de la région.
Dans le secteur de l’hydraulique, plusieurs investissements structurants sont ainsi programmés. Il est prévu la réalisation de dix (10) Mini-Adductions d’Eau Potable (Mini-AEP), de six (06) Mini-AEP multi-villages, de quinze (15) Postes d’Eau Autonomes (PEA), de dix-huit (18) Stations de Pompage Pastorales (SPP) ainsi que de dix (10) Postes de Contrôle Piézométrique (PCP) et de quarante (40) piézomètres, destinés à renforcer la connaissance et le suivi des ressources en eau souterraine.
La Direction entend également consolider la gouvernance locale de l’eau à travers la mise en place et la formation de 90 Associations des Usagers de l’Eau (AUE) dans les neuf communes du sous-bassin du kori Telwa. Cette démarche sera complétée par la création et le renforcement des capacités de neuf Comités Locaux de l’Eau (CLE), appelés à jouer un rôle essentiel dans la gestion concertée et durable des ressources hydriques.
Sur le plan technique, la modernisation du système de suivi des ressources en eau constitue également une priorité. À cet effet, il est prévu l’installation d’équipements Data Logger pour le suivi piézométrique des nappes souterraines ainsi que d’équipements hydrométriques destinés au suivi des écoulements dans le sous-bassin du Kori Telwa.
Le volet assainissement occupe également une place importante dans cette programmation. Les actions prévues portent sur la construction de douze (12) blocs de latrines dans les formations sanitaires, de soixante (60) blocs de latrines dans les établissements scolaires et de cinquante-quatre (54) blocs de latrines dans les lieux publics.
Au-delà des infrastructures, notre ambition est de renforcer durablement la résilience des communautés face aux défis liés à l’eau et à l’assainissement. Cela passe par une meilleure implication des collectivités territoriales, une participation accrue des populations à la gestion des ouvrages, un renforcement de la gouvernance locale de l’eau et la poursuite du partenariat avec les partenaires techniques et financiers.
Notre objectif est clair : faire en sorte que chaque investissement réalisé produise un impact durable au bénéfice des populations, tout en garantissant une gestion responsable et pérenne des ressources en eau dans une région aussi vaste et stratégique que celle d’Agadez.
Propos recueillis par
Ali Maman ONEP-Agadez
