La commune urbaine de Dakoro est située à 120 Km au Nord du chef-lieu de la région de Maradi. C’est une commune à vocation essentiellement agro-pastorale où la pression démographique exercée sur les ressources foncières constitue un enjeu majeur. Mais avec l’élaboration du nouveau Plan de Développement Communal (2025-2029) dont la commune s’est dotée, l’autorité communale travaille d’arrache-pied pour répondre aux besoins des populations. Dans cet entretien, l’administrateur délégué de la commune urbaine de Dakoro revient sur les principales actions réalisées depuis l’avènement du CNSP au pouvoir ainsi que les perspectives en matière de développement.
Monsieur l’administrateur délégué, quelles sont les actions phares qui ont été réalisées dans votre entité administrative depuis l’avènement des autorités de la refondation ?
A l’instar de la majorité des communes du Niger, celle de Dakoro a été créée en 2002 à la faveur de la loi sur la décentralisation N° 2002-014 du 11 juin 2002 avec la ville de Dakoro comme chef-lieu de la commune. Pour revenir à votre question, La commune urbaine de Dakoro a conduit plusieurs interventions structurantes, sur fonds propres, sur le plan social, économique, administratif. A titre illustratif, sur le plan social, on peut noter le branchement en eau potable au niveau des écoles primaires de la ville de Dakoro (Zangon Salah, Matsatsaka, Ali Mamadou II et III, Sabon Gari), à celle du village de Dan Mata Sofoua, à la Maison de la Culture, au CSI du quartier Majema et au siège de la commune urbaine ; 7 autres écoles de la ville de Dakoro (Sud I et II, Sabon Gari I et II, Kourmi I et II et au CFM) ont bénéficié chacune de réservoir de 500 Litres ; la réhabilitation de la mini adduction d’eau potable du village de Tigueleguel ; l’éclairage public entièrement réhabilité avec des lampadaires solaires, 10 hangars construits au niveau des écoles Sabon Garin I et II ; 140 tables bancs et des nattes destinées aux écoles primaires ; des Corans affectés aux écoles primaires Franco Arabes ; dotation des écoles primaires en poubelles ; dotation d’une ambulance pour les deux CSI urbains de Dakoro ; réparation du véhicule de la morgue et ceux du parc automobile de la mairie ; et la confection des panneaux de signalisation.
Au plan économique, on peut citer, entre autres réalisations majeures, la réhabilitation du marché à bétail ; la transformation de deux champs thermiques en champs solaires des mini adductions d’eau potable au niveau de deux villages de la commune ; la construction en cours d’un abattoir au village de Intouila. Sur le plan administratif, on peut signaler l’achat d’un véhicule de fonction ; la réhabilitation de la devanture de la Maison de la Culture communément appelée MJC ; la construction du logement du gardien de la mairie ; la réhabilitation de la tribune officielle de Dakoro.
Au plan culturel et sportif, les actions réalisées sont notamment l’organisation de deux Tournois des Grandes Vacances (TGV) dénommés Coupes de l’Administrateur délégué, et l’organisation des soirées culturelles et kermesses pour faire revivre la Maison de la Culture.
La Commune Urbaine de Dakoro est une zone à vocation agro-pastorale par excellence, quelle est la situation de la campagne agricole 2026 ?
La campagne agricole 2026 a démarré dans la commune Urbaine de Dakoro à la fin de la 3è décade du mois d’Avril avec l’enregistrement de la première pluie qui a permis d’effectuer des semis partiels dans un (1) village (Djoura). Malheureusement, ce semis a échoué à la fin de la deuxième décade du mois de mai, néanmoins quelques poches ont résisté.
Les semis partiels ont repris par la suite pendant le mois de juin totalisant 53 villages, mais la situation de la première décade de juillet nous fait ressortir quatre villages dont les semis ont échoué du fait de la sécheresse et les vents de sable, ce qui nous donne à la date du 07 juillet 2026 dans la commune urbaine de Dakoro un nombre de 26 villages sans semis sur un total de 75 villages agricoles, d’après les chiffres du service départemental de l’agriculture. Les cultures sont au stade de levée avancée avec de poches de tallages autour du village de Djoura. La situation phytosanitaire est calme à présent. D’autres semis risquent aussi d’échouer si les conditions pluviométriques ne s’améliorent pas dans les prochains jours. La situation alimentaire est satisfaisante avec une disponibilité moyenne de produits de première nécessité sur les marchés économiquement accessibles aux ménages, néanmoins les stocks paysans sont presque à terme, d’où la nécessité de poursuivre l’opération vente à prix modéré (VCPM) et les appuis aux zones vulnérables avec la distribution gratuite de vivres (DGC), les activités de Haute Intensité de mains d’œuvres (HIMO) mais aussi et surtout l’appui en semence de variétés améliorées et à résistance multiple pour les villages qui n’ont pas encore de semis. D’ores et déjà, 14 tonnes de semences sont en train d’être acheminées pour être distribuées aux villages déficitaires de la campagne agricole 2025.
Pour que les potentialités se traduisent par un développement socioéconomique réel, la commune doit surmonter les défis de la sécurisation foncière et des vulnérabilités climatiques.
La pression démographique sur les ressources foncières constitue l’un des facteurs de conflits entre agriculteurs et éleveurs, quel est l’état de la question dans votre entité administrative ?
Dans la commune urbaine, le foncier est d’une importance considérable au vu des enjeux qui y sont liés. La majorité des terres est ainsi soumise à une exploitation agricole continue avec la disparation quasi complète du système de la jachère du fait d’une forte croissance démographique. La crise foncière qui s’annonce se poursuivra par le morcellement de plus en plus avéré des terres et une forte pression anthropozoïque qui accélère le processus de baisse de fertilité des sols ; la dégradation du couvert végétal arboré, élément essentiel de protection des terres ; la réduction du potentiel naturel auquel les populations sont inféodées et d’où elles tirent l’essentiel de leur alimentation ; une remontée significative du front agricole, menaçant ainsi la vallée de la Tarka. Ce qui nous permet d’affirmer que les conflits fonciers peuvent survenir souvent entre agriculteurs et éleveurs. Pour y remédier, au Niger, la résolution des conflits fonciers entre agriculteurs et éleveurs suit une procédure définie par le code rural. Ce processus privilégie la médiation locale avant tout recours judiciaire, en s’appuyant sur les commissions foncières.
Quelles sont les principales articulations de votre Plan de développement communal (PDC) ?
Au Niger, pour donner corps à une décentralisation intégrale du pouvoir devant accompagner l’enracinement du développement à la base, plusieurs lois ont été votées permettant de doter les communes d’organes chargés de les administrer et de faire la promotion de leur développement local à travers cet outil précieux de planification qu’est le plan de développement communal (PDC). La commune urbaine de Dakoro ne peut pas déroger à la règle. C’est ainsi que, lorsque nous avons pris fonction, nous avons trouvé un PDC 2015-2019, nous nous sommes attelés à la replanification de cet outil indispensable qui nous a permis d’avoir notre PDC 2025-2029. En effet, l’objectif global du PDC a été défini pour solutionner les maux qui assaillent la population afin de rendre meilleures leurs conditions de vie à travers les 3 axes prioritaires ainsi libellés : le renforcement de la gouvernance locale, amélioration de la participation citoyenne et de l’inclusion sociale à travers la protection des personnes vulnérables et la promotion de la femme et des jeunes ; l’amélioration de l’accès de la population aux services sociaux de base et de qualité à travers une éducation de qualité, une couverture sanitaire de la population et la couverture des besoins théoriques en eau potable et le renforcement de l’hygiène et de l’assainissement ; et enfin l’amélioration de la croissance économique et de l’emploi à travers la production agricole et la sécurité alimentaire, la productivité pastorale, la productivité sylvicole et halieutique, le renforcement de la résilience de la population face aux changements climatiques, l’amélioration des échanges commerciaux, de la production animale, du transport et de la communication.
Les sources de financement de notre commune sont encadrées par le code général des collectivités territoriales (CGCT). Elles sont regroupées en quatre grandes catégories : les recettes fiscales (impôts locaux et taxes), les recettes non fiscales produits des domaines et des services, les transferts de l’Etat (dotation et fonds de péréquation) et les ressources extérieures (emprunts, subventions et aide aux développements).
La position géographique de la commune urbaine de Dakoro l’expose à plusieurs défis en matière de développement comme l’accès à l’eau potable par exemple, comment comptez-vous transformer ces défis en opportunités ?
Transformer les défis de l’eau dans la commune urbaine de Dakoro exige de consolider les infrastructures urbaines récentes, d’étendre la couverture géographique et de protéger les nappes souterraines. Pour garantir un accès pérenne, plusieurs axes stratégiques, techniques, et communautaires sont mis en œuvre de façon graduelle : le renforcement et l’extension des infrastructures ; la gestion et l’entretien des ouvrages ; l’exploitation des eaux souterraines ; l’assainissement et la protection des ressources.
Au regard des potentialités socio-économiques dont regorge la commune urbaine de Dakoro, quelles peuvent être vos perspectives en matière de développement ?
Les perspectives de développement de la commune urbaine de Dakoro reposent sur la valorisation de sa position stratégique au Nord de la région de Maradi. Elles s’articulent autour de la modernisation de l’élevage pastorale, de l’essor du commerce transfrontalier, l’urbanisation, et de l’agro pastoralisme, dynamisées par l’amélioration récente des infrastructures routières et le développement des opportunités nationales. Pour que ces potentialités se traduisent par un développement socioéconomique réel, la commune doit surmonter les défis structurels suivants : la sécurisation foncière et les vulnérabilités climatiques (changement climatique, inondation, catastrophes naturelles).
Hassane Daouda
Envoyé spécial
