Adjudant-Chef Ibrahim Issa
Monsieur l’Administrateur Délégué, présentez-nous d’abord brièvement la commune rurale de Youri, sa situation géographique, sa population et ses principales caractéristiques socio-économiques
La Commune Rurale de Youri est située sur la rive droite du fleuve Niger, au sein du département de Kollo (Région de Tillabéri). Elle couvre une superficie de 335 km², soit environ 5,5 % de la superficie du département. Nous bénéficions d’une position géographique hautement stratégique : notre chef-lieu se trouve à seulement 32 km de Niamey, la capitale, à 75 km de Kollo et à 150 km de Tillabéri. La commune est bordée au nord par le 5ᵉ arrondissement de Niamey, au sud par la commune urbaine de Say, à l’est par le fleuve Niger et à l’ouest par Bitinkodji et Guéladjo.
Sur le plan administratif, la commune regroupe 25 villages administratifs et 2 quartiers. D’après les données du RGPH, notre population est estimée à 47 972 habitants (dont 50,18 % d’hommes et 49,82 % de femmes). C’est une population extrêmement jeune et dynamique : les moins de 15 ans représentent 49,60 % des habitants et la population active (15-60 ans) constitue 46,54 %.
Sur le plan socio-économique, la population vit principalement de l’agriculture de subsistance et maraîchère, de l’élevage, de la pêche, de la pisciculture, de l’artisanat et du commerce local. Nous partageons également avec les communes voisines (Say, Guéladjo, Bitinkodji) des ressources naturelles stratégiques telles que des couloirs de transhumance, des enclaves pastorales, des mares semi-permanentes et des forêts.
Quelles sont les spécificités qui distinguent la commune de Youri des autres communes de la région ?
La première spécificité forte de la commune rurale de Youri réside dans sa composition socioculturelle, marquée par une très importante communauté Peulh. La majorité de cette population s’exprime exclusivement en fulfulde, même si une partie maîtrise également le Zarma. Cette pluralité linguistique exige de la municipalité une attention toute particulière en matière d’inclusion : lors des assemblées communautaires ou des jours de grand marché, nous faisons fréquemment appel à des interprètes locaux pour garantir une communication fluide afin que chaque citoyen se sente pleinement écouté. La deuxième spécificité est notre vocation agro-pastorale et notre potentiel d’innovation. Youri est historiquement un grand bassin de production de Moringa (communément appelé ‘’l’Or vert’’ du Niger et de manioc. Mais aujourd’hui, nous nous distinguons en devenant un pôle pionnier dans la culture du miel (apiculture) dans le département de Kollo.
Enfin, notre proximité immédiate avec la capitale Niamey (32 km) fait de Youri un poumon vert d’approvisionnement maraîcher et un carrefour d’échanges privilégié, tout en maintenant un ancrage communautaire et spirituel très fort autour des valeurs de paix, de citoyenneté et de refondation.
Depuis votre prise de fonction, quelles sont les principales actions que vous avez engagées pour améliorer les conditions de vie des populations de la commune et quels résultats tangibles pouvez-vous aujourd’hui mettre en avant ?
À mon arrivée, ma priorité a été de restaurer et de renforcer la cohésion sociale, car aucun développement durable n’est possible sans paix ni unité. Nous avons fait de la jeunesse et du sport des leviers d’unité en initiant la toute première édition de la « Coupe de l’Administrateur Délégué de Youri », un tournoi de football qui a rassemblé 13 équipes issues de nos villages sur le terrain de Léléhi Maman Gnalli. Dans la même lancée, nous avons instauré la Journée de l’Excellence académique. Nous avons également placé la prévention et la résolution des conflits entre agriculteurs et éleveurs au cœur de nos actions. Cela nous a conduits à engager une politique de dialogue direct à travers des rencontres périodiques réunissant les 25 chefs de village, les chefs de campement (rougas) et les chefs de canton, comme lors de notre grande réunion de sensibilisation à Kahé.
Grâce à cet encadrement et au balisage des couloirs de passage, les tensions entre agriculteurs et éleveurs ont chuté de manière drastique. Nous avons également créé un Champ-École communal, conçu comme un centre d’expérimentation, de formation et de démonstration des techniques agricoles modernes. Nous avons lancé la filière apicole, à travers le projet « Miel de Youri », en soutenant la formation et l’équipement des apiculteurs. Grâce à l’appui de nos partenaires et à la détermination des habitants, la commune compte aujourd’hui 4 à 5 sites ou grappes de production de miel opérationnels. L’objectif immédiat est de faire du « Miel de Youri » un produit phare, capable d’être commercialisé dans les autres régions du pays.
Nous avons également œuvré au désenclavement, à la sécurisation et au rapatriement du marché hebdomadaire de Youri, qui s’installait auparavant hors des limites de notre territoire, sur le territoire de Say. Nous avons mené tout le plaidoyer et effectué le travail nécessaire pour ramener le marché de Youri sur le territoire propre de la commune. Nous l’avons assaini et sécurisé, avec l’appui des Forces de défense et de sécurité (FDS), de la Gendarmerie et de la patrouille départementale. Le marché a également été doté d’une antenne de réseau mobile afin de mettre fin au déficit de communication. Sur le plan environnemental, nous avons procédé au traitement et à la fixation de 40 hectares de dunes à Doga, à l’aide de matériaux locaux. Nous avons également procédé à la plantation de plus de 13 000 plants dans le cadre du projet PIDACC/BN et à la production de 11 000 plants dans notre pépinière communale. Sur le plan social, nous avons organisé la vente à prix modéré de vivres, notamment 7 tonnes de sucre, 30 tonnes de céréales et 50 tonnes de riz. Nous avons également procédé à la distribution gratuite de 50 tonnes de vivres aux ménages sinistrés par les inondations. Par ailleurs, 100 jeunes ont été formés en maraîchage et ont bénéficié de kits agricoles et d’élevage.
Quelles sont les principales activités économiques développées dans la commune ?
L’économie de Youri repose sur cinq piliers majeurs. L’agriculture maraîchère et vivrière constitue le premier pilier. La culture sous pluie, notamment le mil et le sorgho, est complétée par une intense activité maraîchère le long du fleuve Niger. Le moringa et le manioc constituent nos cultures phares, auxquels s’ajoute l’arboriculture horticole, notamment sur les sites de Léléhi, Mansaré, Boura et Kahé. L’apiculture et la production de miel constituent notre grande innovation économique, actuellement en pleine expansion, avec cinq grappes apicoles réparties dans la commune. À cela s’ajoutent l’élevage et le pastoralisme, qui occupent une place importante dans l’économie locale. En termes d’échanges commerciaux, nous disposons d’un réseau de marchés hebdomadaires très dynamiques, notamment le marché de Guessel, le dimanche, le marché de Diakindi, le lundi, le marché de Damari, le jeudi, ainsi que le grand marché hebdomadaire de Youri, récemment réorganisé.
Enfin, l’artisanat local et les produits halieutiques contribuent également à la dynamique économique de la commune. Ils comprennent notamment la poterie, la fabrication de lits en bois, la vannerie, la forge, la fabrication de cages à volailles et de bijoux traditionnels. La pêche et la pisciculture pratiquées le long du fleuve Niger apportent également une valeur ajoutée significative à l’économie locale.
Quelles sont vos principales priorités pour le développement de la commune de Youri et dites-nous comment assurez-vous la communication et la coordination entre les villages de la commune ?
Nos priorités se déclinent en trois axes majeurs. Il y a d’abord la souveraineté alimentaire et la valorisation économique à travers le développement et la transformation locale du Moringa, la stabilisation de la chaîne de production du « Miel de Youri » pour son exportation, et étendre les périmètres irrigués. Nous avons le renforcement des services sociaux de base et de l’environnement par la lutte contre la désertification (fixation des dunes), la sécurisation des bandes réversibles du fleuve contre les inondations et l’amélioration à l’accès aux soins et à l’éducation. Enfin, la cohésion et la sécurité communautaire qui se fait par la consolidation de la culture de paix et le soutien aux efforts des Forces de Défense et de Sécurité (FDS).
Pour la communication et la coordination inter-villages, nous avons mis en place un cadre permanent de concertation incluant les 25 chefs de village, les rougas, les leaders religieux (oulémas) et les représentants des organisations de jeunes et de femmes. Nous organisons régulièrement des rencontres itinérantes dans les villages (comme à Kahé ou Léléhi).
La question des infrastructures est essentielle au développement ; pouvez-vous nous dire quelles sont les principales infrastructures existantes et celles qui restent à renforcer pour mieux exploiter les potentialités de la commune ?
Nous disposons de 3 marchés hebdomadaires fonctionnels, d’un Champ-École communal créé par arrêté N°037/2025 du 20 novembre. Un site d’une superficie d’un 1 hectare pour servir aux expérimentations, aux productions et aux formations agro-sylvo pastorales, de 4 sites apicoles aménagés, d’une pépinière communale, de réseaux de mares semi-permanentes, d’un abattoir réorganisé. S’agissant des infrastructures à renforcer ou à réaliser, il est urgent de recharger et d’aménager les voies latéritiques reliant nos villages entre eux et avec les grands axes (vers Kollo et Niamey) pour faciliter l’évacuation des produits agricoles (Moringa, lait, miel, légumes) et l’aménagement de la piste reliant la RN25 au chef-lieu de la mairie. Nous avons besoin d’équipements solaires pour le pompage d’eau maraîchère et d’ouvrages de protection (digues) le long du fleuve Niger contre les crues. Nous avons besoin des unités de transformation et conditionnement pour sécher et conditionner le Moringa et empaqueter le miel aux normes commerciales. S’agissant des infrastructures sociales, la dotation d’une ambulance au CSI Youri, l’extension des Centres de Santé Intégrés (CSI) et la construction de classes en matériaux définitifs restent des chantiers prioritaires.
Monsieur l’Administrateur Délégué, quelles sont aujourd’hui les principales difficultés auxquelles vous êtes confronté dans l’exercice de vos fonctions ?
Les difficultés sont réelles mais pas insurmontables. En effet, la forte spécificité de la communauté peulh s’exprimant uniquement en fulfulde exige une médiation constante pour s’assurer que l’action publique soit comprise de tous sans exclusion. On note également en termes de difficultés la pression sécuritaire régionale même si la situation est sous contrôle dans notre commune grâce aux patrouilles des FDS. Le niveau de recouvrement des recettes fiscales locales reste modeste face à l’immensité des besoins de nos 25 villages ; les chocs climatiques récurrents et l’insuffisance de moyen roulant.
Quelles sont vos projets pour les mois à venir, et quels changements concrets espérez-vous impulser dans la commune ?
En termes de projet à court termes nous comptons finaliser le conditionnement et la labellisation du miel produit sur nos sites actuels pour le propulser sur les marchés de Niamey et de la région ; pérenniser des initiatives de cohésion ; intensifier la fixation des dunes à Doga et protéger les champs par des haies vives à Léléhi ; réhabilitation de la radio communautaire de Marhaba de kahé ; construction d’un magasin d’intrant de 200 tonnes. Pour les projets à long terme, nous prévoyons, la création d’un marché de bétail moderne ; l’électrification et équipement solaire des périmètres maraîchers ; l’extension de l’abattoir, au niveau du marché. Je souhaite qu’à court et moyen termes, la Commune Rurale de Youri devienne un modèle de commune résiliente, pacifiée et autosuffisante, où les communautés agriculteurs et éleveurs vivent en parfaite harmonie, et où notre jeunesse trouve dans l’agri business locale la fierté de bâtir la Refondation de notre nation.
Propos recueillis par
Fatiyatou Inoussa (ONEP)
