Une vue du site ‘‘Aboulhassane Boubacar’’
Situé à 32 km de Birni N’Gaouré, chef- lieu du département de Boboye, le site Aboulhassane Boubacar était autrefois menacé par l’abandon et la dégradation, faisant craindre aux populations la disparition d’un espace vital pour l’équilibre écologique et la biodiversité. Aujourd’hui, grâce aux efforts conjoints du Service départemental de l’Environnement, à l’engagement communautaire et au soutien du projet PRECIS, ce site de 50 hectares retrouve progressivement ses fonctions écologiques et sociales.
La densité végétale est désormais estimée à 304 plants par hectare, soit un taux de couverture de 97,24 %. Les plants présentent une vitalité remarquable : pousses apicales de 15 cm, feuillage vert profond et système racinaire bien développé, signe d’une parfaite acclimatation sur le site restauré.
Sur le site, la croissance et la régénération des plants sont visibles. En effet, en moins d’un an, les jeunes plants ont montré une croissance équilibrée : +45 cm de hauteur, 2,5 cm de diamètre et un enracinement atteignant 80 cm. Outre les plants introduits, une régénération naturelle est observée, renforçant la dynamique écologique. Le taux de réussite des plantations est évalué à 91,37 %, un résultat qui témoigne de la pertinence des techniques utilisées et de l’implication des communautés.
Malgré ces avancées, plusieurs contraintes freinent la réussite du projet. L’absence d’arrosage régulier, l’insuffisance d’entretien et une surveillance encore inefficace constituent des obstacles majeurs. Les aléas climatiques aggravent la situation. L’arrêt précoce des pluies en septembre, combiné à des températures élevées, fragilise les jeunes plants dont le système racinaire n’a pas eu le temps de se développer pleinement.
A cela s’ajoutent les pressions humaines : pâturage intensif, prélèvement de bois de chauffe et menaces liées à l’urbanisation. Ces pratiques mettent en péril les efforts de restauration et exigent des mesures correctives urgentes.
Mesures correctives et rôle du projet PRECIS
Sous l’impulsion du lieutenant-colonel Youssou Moussa, directeur départemental de l’Environnement de Boboye, plusieurs solutions techniques et organisationnelles sont proposées : Clôture du site pour limiter les intrusions animales et humaines ; l’installation de forages afin d’assurer un arrosage régulier et durable ; recrutement d’un gardien permanent, pris en charge par le comité villageois de gestion.
Le projet PRECIS a joué un rôle déterminant; il a immensément investi dans la réalisation des ouvrages, l’ensemencement et la plantation du site, tout en assurant le recrutement et la prise en charge du gardien. Cet appui a permis de renforcer la surveillance et de garantir la pérennité des efforts de restauration.
Appui institutionnel et innovations locales
Le directeur départemental insiste sur la nécessité d’un appui institutionnel accru : dotation d’une moto pour le suivi régulier, achat de semences herbacées par les partenaires auprès du comité de gestion afin de renforcer leur capacité. Par ailleurs, des initiatives locales innovantes émergent, telles que la transformation en compost du Sida cordifolia arraché du site, qui contribue à améliorer la fertilité des sols et à réduire la concurrence végétale. Par ailleurs, la participation communautaire et la sensibilisation constituent la voie sûre pour la réussite du projet. Cette dernière repose sur une forte participation communautaire. Les populations riveraines ont mis à disposition un terrain communautaire, participé à la confection des ouvrages et à la plantation. Un comité de gestion inclusif, composé de femmes, jeunes et représentants des différentes couches socio-professionnelles, a été mis en place pour assurer le suivi.
Des assemblées villageoises ont permis de sensibiliser et de former les membres du comité qui ont même bénéficié d’un voyage d’étude pour s’inspirer des bonnes pratiques d’ailleurs. Cette démarche renforce l’appropriation du projet par les communautés et garantit sa pérennité.
Premiers impacts socio-économiques
Bien que les plantations soient récentes, les bénéfices commencent déjà à se manifester. La biodiversité végétale s’enrichit grâce aux semences herbacées introduites, tandis que la petite faune retrouve progressivement son habitat naturel. A moyen terme, les populations pourront tirer profit de la vente de semences herbacées, du bois de chauffe, des fruits, de l’ombrage et de la régulation climatique locale.
Le site de la Journée Nationale de l’Arbre édition 2025 du Héros Abboulhassane Boubacar devient ainsi un symbole d’espoir et un modèle de restauration écologique, démontrant que la mobilisation communautaire, l’appui institutionnel et le soutien des projets comme PRECIS peuvent transformer un espace menacé en un patrimoine écologique durable.
Abdoul Moumouni Mahamane
ONEP Dosso
