Une vue d’ensemble des jeunes Eco-Héros en formation dans une salle au siège de l’Initiative pour l’Arbre
En ces temps de crises climatiques successives causées par le réchauffement climatique, les Eco-Héros, ces enfants et adolescents réunis dans un cadre d’apprentissage, de réflexion et de pratique, constituent aujourd’hui un levier essentiel du volontariat pour un Niger vert. Ce programme, porté par l’Initiative pour l’Arbre et dont feu Abdoul Razak Tarno, reconnu comme le Grand Ami de l’Abre de son vivant, faisait de sa pérennisation une de ses priorités, révèle aujourd’hui des pépites engagées quotidiennement dans la préservation des sols et de l’environnement. Ces enfants et adolescents multiplient les pépinières et les plantations et, par leurs gestes éco-responsables de tous les jours, transmettent leur amour de la nature à leur entourage.
Ce vendredi 31 juillet en fin d’après-midi, des Eco-Héros, accompagnés de leurs encadreurs, nous accueillent dans l’Oasis feu Abdoul Razak Tarno, implantée au sein de l’école Couronne Nord 1 de Niamey. En un an seulement, ce terrain nu de 600 m2 situé à l’entrée de l’école est devenu un espace agréable à regarder, dans lequel s’épanouissent, entre autres, des arbres fruitiers, des pieds de baobab, de moringa et de henné ainsi que des plants d’arachide plantés en ce début de saison pluvieuse. Il est également pratiqué sur ce site du maraîchage avec, selon les saisons, une variété de produits mise en terre.
Le microclimat créé par l’oasis fait chuter la température de manière substantielle autour et au sein de cet espace grillagé placé sous la surveillance constante du gardien de l’école, M. Abdoul Moumouni Yaou. A chaque fois qu’un sachet plastique vole pour atterrir dans ce petit paradis, une main d’enfant le saisit immédiatement et le place dans une poubelle sécurisée. « C’est un geste éco-responsable qu’on apprend aux Eco-Héros. C’est devenu maintenant un geste automatique chez eux », explique Dr Seyni Bodo Bachirou, enseignant-chercheur à l’Université Boubakar Bâ de Tillabéri et président de l’Initiative pour l’Arbre.

Samir Abdoul Karim Oumarou, treize ans, une branche de manguier en main destinée à l’hydro-bouture, indique avoir appris à planter, à entretenir les arbres et à mettre en place des pépinières. « J’ai appris aussi beaucoup de choses sur le climat et j’ai participé à un panel sur le climat », confie-t-il. Il a saisi l’occasion pour expliquer sa technique infaillible en hydro-bouture. Tout réside, selon lui, dans l’utilisation de l’eau de forage et le choix de la branche qu’il dit être saine et vigoureuse. Le jeune garçon, comme ses amis Eco-Héros, continue de sensibiliser ses pairs et sa famille sur l’importance de planter et d’entretenir des arbres dans les concessions et le long des murs de clôture.
Dr Seyni Bodo Bachirou souligne que l’oasis urbaine feu Tarno est pour lui un miracle, tant sa croissance s’est naturellement accélérée et sa production importante. L’oasis, souligne-t-il, a été mise en place pour honorer la mémoire de ce passionné de l’arbre, de son vivant président de l’Initiative pour l’Arbre de Tillabéri. « C’est aussi pour que tout le bienfait qui découle de cet espace lui soit rétribué auprès d’Allah », poursuit-il. Feu Tarno fut l’un des premiers mentors des enfants et les a formés sur les pépinières, mais aussi sur le recyclage des plastiques en particulier.
L’éducation environnementale : une nécessité pour remonter la pente
Au siège de l’Initiative pour l’Arbre, les enfants sont accueillis pendant les vacances pour suivre des cours sur le climat et sur l’environnement. Ils deviennent ainsi des Eco-Héros et pour qu’ils poursuivent pendant plusieurs années leur formation pratique aux côtés de leurs aînés. Ce programme de mentorat forme les enfants aux enjeux climatiques, à la plantation d’arbres et à la protection de l’environnement. Pour la troisième cohorte du programme, les participants vont apprendre les bases du changement climatique et de l’atmosphère, pratiquer la gestion de pépinières et le compostage, fabriquer des foyers améliorés et développer la prise de parole en public pour mener de futurs plaidoyers.
Le programme de mentorat des enfants Eco-Héros vise à préparer les enfants aux défis climatiques qui seront les leurs, indique Dr Seyni Bodo Bachirou. « Dans un premier temps, il était question de se concentrer sur les enfants de 5 jusqu’à 15 ans, parce qu’on part du principe qu’aujourd’hui, on parle du schéma climatique et de la dégradation de l’environnement … On essaie de rectifier le tir parce que pour changer une communauté, surtout dans le développement durable, il faudrait s’intéresser principalement à investir dans la jeunesse », soutient-il, soulignant au passage la nécessité pour le pays de disposer « de citoyens modèles, des écocitoyens qui seront en mesure de défendre l’environnement du Niger partout où le besoin y est ».

La troisième cohorte des enfants Eco-Héros se déroule simultanément dans les huit régions du Niger. « Aujourd’hui, on est autour de 400 enfants qui sont formés, 400 ambassadeurs climat qui sont en train de faire le bonheur à tout le monde dans leur environnement, dans leurs écoles, dans leurs familles, où ils essaient d’impacter positivement sur les questions environnementales », se réjouit Dr Seyni Bodo Bachirou, fier du chemin tracé par ce programme bénévole de l’Initiative pour l’Abre.
Travailler à pérenniser les acquis
L’adoption du bénévolat pour la mise en œuvre du Programme Eco-Héros facilite grandement sa mise à l’échelle et sa popularité au niveau des enfants et leurs parents. « Nous n’avons pas de difficultés parce que ça part du volontariat, ça part de la motivation des membres de l’Initiative à former les jeunes autour d’eux. Alors, on a commencé avec ce qu’on peut faire de nous-mêmes », affirme Dr Seyni Bodo Bachirou.
Il souhaite par contre l’accompagnement des inspections de l’éducation pour pérenniser le programme. « Il faudrait qu’on travaille main dans la main pour que nous puissions aider, par exemple, l’action gouvernementale, notamment dans le domaine de l’éducation environnementale, à faire en sorte que ces enfants-là puissent renouer avec le système classique que nous connaissons à l’époque. Parce que l’éducation environnementale existait à l’époque, c’est maintenant que ça a disparu », dit-il.
Au-delà des grandes vacances scolaires, le mentorat des enfants se poursuit aussi pendant l’année académique. « Nous mettons en place des jardins scolaires agroécologiques où les enfants sont des ambassadeurs, où on a un ministre de l’environnement, un ministre de l’éducation environnementale et un ministre de l’agriculture qui sont des relais pour nous au sein des écoles pour transmettre le bon message de la protection et de la préservation de l’environnement », relève Dr Seyni Bodo Bachirou. Il invite les parents à adhérer à l’initiative et à faire adhérer leurs enfants afin de rejoindre le rang de l’initiative de plus de 5 300 bénévoles répartis sur l’étendue du territoire national.
Souleymane Yahaya (ONEP)
