Feu Boncana Maïga
Décédé le 28 février 2026 à Bamako, l’artiste musicien malien, icône de la musique africaine et Directeur Général de Maestro Sound, Boncana Maïga a été accompagné à sa dernière demeure le 1er mars. Parents, amis, fans du défunt et personnalités maliennes, dont le ministre en charge de la culture, M. Mamou Daffé, l’ancien Premier ministre, M. Ousmane Issoufi Maïga, ont assisté à la cérémonie qui a eu lieu à cette occasion à Bacodjicoroni Golf au domicile de celui qui était appelé avec admiration et respect « Le Maestro ».
Né en 1949 à Gao au Mali, avec une partie de son enfance au Niger, Boncana Issa Maïga, a eu une longue carrière dans la musique comme auteur-compositeur, excellent instrumentiste, saxophoniste, flûtiste, arrangeur de talent. Un parcours honoré à travers le monde, au-delà du Mali. Les uns et les autres saluent l’œuvre d’un grand artisan, ambassadeur du patrimoine culturel national, de la musique afro-cubaine (Salsa).
Il était le Maestro…
Boncana Maïga a commencé sa carrière musicale très jeune avec le «Negro Band de Gao ». Bénéficiaire d’une bourse dans les années 1960, il partit à Cuba, étudie la musique, s’y perfectionne notamment dans la maîtrise de la flûte, du saxophone, de la guitare acoustique. En 1965, il fonde avec sept autres jeunes musiciens maliens le groupe Las Maravillas de Mali (Les Merveilles du Mali) qui aura son premier album en 1970. De retour du pays de Castro, avec sa licence de professeur de musique, après un séjour au Mali, Boncana Maïga s’exila en Côte d’Ivoire dans les années soixante-dix où il mena une grande partie de sa carrière d’artiste, de formateur, de dirigeant de l’orchestre de la Radiotélévision Ivoirienne (RTI). S’agissant de la Côte d’Ivoire, il parlait souvent d’une anecdote en lien avec son surnom Maestro. Dans les années 1980, lors d’une soirée musicale à Yamoussoukro, rappelait-il, le ministre François Barry-Battesti qui remettait de la part d’Houphouet Bogny les cachets aux musiciens, s’est adressé ainsi à Boncana Maïga : « le président m’a dit de remettre ça au Maestro». Mot que le journaliste et animateur Georges Taï Benson déclama devant l’assistance et qui s’incrusta sur Boncana Maiga. Une reconnaissance et une qualification qu’il méritait bien, car Boncana Maiga était non seulement un bon compositeur, célèbre chef d’orchestre, mais aussi grand arrangeur.

Par son génie créatif et son engagement constant, ce passionné de la musique a magistralement marqué de son empreinte la sphère de la musicale régionale, mondiale. Ce que rappelle l’équipe du grand Label indépendant de musiques africaines et afro-latines Syllart Records, dans l’hommage qu’elle lui a rendu : «Boncana Maiga entretient la fusion des musiques afro-cubaines en conservant les liens avec les musiciens cubains et en s’implantant dans les hauts lieux de la salsa comme New York, aux États-Unis. Le groupe Africando co-fondé avec Ibrahima Sylla en 1990 en est l’acmé. Il réunit des artistes sénégalais et des musiciens latinos. À la fois arrangeur et directeur artistique, Boncana Maiga réalisera le premier album Trovador (1993) où est réunie la crème de la musique sénégalaise : Médoune Diallo, Pap Seck et Nicola Menheim. Cette utopie panafricaine qui tisse des liens musicaux avec les Caraïbes produira au total 7 albums : Sabador (1994), Gombo Salsa (1996), Baloba ! (1998), Betece (2000), Martina (2003), Ketukuba (2006), Viva Africando (2013) qui sera la dernière collaboration avec Ibrahima Sylla avant le décès de ce dernier fin 2013 ».
Le film témoignage Africa Mia(2020) ou la Fabuleuse Histoire des Maravillas de Mali réalisé par Richard Minier est un voyage dans le temps (à partir des années 1960) et l’espace (de Bamako à la Havane) qui raconte, fait revivre l’histoire d’un beau métissage musical à travers l’aventure du mythique groupe dont le Maestro était à la sortie du documentaire le seul survivant.
De nombreux artistes africains de renom, notamment Adja SOUMANO, Tata BAMBO, Fousseyni SISSOKO, Aicha Koné, Gadji Céli, Alpha Blondy, Kamaldine (son épouse), Orentchy et Meiway, ont bénéficié du savoir-faire exceptionnel du Maestro à travers des arrangements qui portent sa signature. Il a été récompensé en 1997 par le Kora Award du meilleur arrangeur, domaine où il demeure une référence pour les musiciens du continent. On retrouve également sa marque dans le cinéma avec de belles compositions musicales. Outre la scène musicale, Boncana Maïga s’est illustré dans la promotion culturelle avec l’émission télévisée « Stars Parade », diffusée d’abord sur CFI et ensuite TV5, à travers laquelle est mise en lumière la diversité des musiques africaines.
Des liens forts et particuliers avec le Niger
Le Niger est un autre pays avec lequel le Maestro a des liens forts et particuliers, notamment la langue et la culture zarma-songhaï, les relations familiales et amicales, professionnelles. C’est donc un hommage mérité que les autorités, les amis, ses fans ceux qui ont travaillé avec Boncana Maïga ou qui l’ont connu dans sa jeunesse, ont rendu à celui que beaucoup de nigériens identifient à travers son œuvre « mariatou » (1984), à la sonorité sahélienne singulière, qui a conquis largement le public. «Boncana Maiga interpréta le célèbre ballet «mariatou» de Tillaberi, il a encadré des artistes nigériens tels que Saadou Bori, Moussa Poussi, le groupe Sogha, etc. Il a travaillé aussi avec l’équipe des experts de l’hymne national et de la confédérale pour la réalisation du projet, ce qui lui a valu l’octroi de la nationalité nigérienne», a énuméré le ministre Sidi Mohamed Almahmoud. «Bien que fils du Mali, Boncana Maïga était un citoyen du Sahel et un ami sincère du Niger. Son génie créatif, son élégance légendaire et son dévouement à la promotion de l’identité musicale africaine ont marqué des générations d’artistes et de mélomanes à travers tout le continent», a-t-il ajouté.
Membre du groupe Sogha, Mme Aichatou Ali Soumaila, plus connue sous le nom d’artiste de Aichatou Dan Kwali, actuellement Directrice générale du CCOG, a témoigné au sujet de l’éminent artiste. « J’ai connu Boncana Maiga en 2004 , lorsqu’il a été invité par l’Etat du Niger pour encadrer les artistes qui devraient représenter le pays aux cinquièmes jeux de la francophonie. Après, il a été directeur artistique du groupe Sogha pour l’enregistrement de deux albums», a-t-elle rappelé. Boncana Maiga, a relevé Aichatou Ali Soumaila, tenait toujours à rendre un produit de très bonne qualité, et était aussi un homme affable, ce qui a beaucoup facilité le travail qu’ils ont mené ensemble. Après avoir participé à l’arrangement du nouvel hymne national du Niger «L’honneur de la patrie» il y a quelques années, tout récemment l’artiste a apporté son expertise pour l’enregistrement de la Confédérale, l’hymne de l’AES.
Par son parcours remarquable, Boncana Maïga demeure une fierté nationale dans son pays, pour l’Afrique et une source d’inspiration pour les jeunes générations d’artistes et de créateurs. Repose en paix Maestro !
Souley Moutari (ONEP)
