Fin de la mission du Président de la République à Diffa à travers une conférence de presse relativement au retour des déplacés : «Nous allons principalement compter sur nos forces et nos propres moyens ; ensuite, à titre secondaire, nos partenaires pourraient se mobiliser pour nous aider», a déclaré le Chef de l’Etat

Société
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Au terme de sa visite de travail de trois jours dans la région de Diffa, le président de la République a animé, le samedi 3 juillet dernier à la case de passage présidentielle de Diffa, une conférence de presse. Il s’agit pour le Chef de l’Etat de faire le point de cette visite qui lui a permis d’avoir une évaluation nette du niveau sécuritaire et une claire compréhension des besoins des populations dont certaines sont retournées dans leurs villages tandis que d’autres le seront au fur et à mesure et cela conformément à une planification établie à cet effet. Au contact direct avec les populations du village historique de Baroua, le Président leur a rendu un hommage mérité pour leur capacité de résilience pendant six (6) ans qu’elles ont abandonné leur terroir d’attache. Il s’est particulièrement félicité du fait qu’aucun phénomène de dépravation de mœurs n’ait été observé au sein de ces populations.

Dans ses propos liminaires à cette conférence de presse, le Président de la République a précisé que l’Etat a décidé que toutes les populations déplacées internes retournent dans leurs villages. En plus, l’Etat a décidé et cela de concert avec les autorités nigérianes en particulier avec celles de l’Etat fédéré de Borno que les populations de cet Etat qui sont les plus nombreuses au Niger regagnent également chez elles. C’est la raison pour laquelle le gouverneur de l’Etat de Borno a été invité par le Chef de l’Etat de venir  à Diffa. «Nous avons eu des échanges importants dont la conclusion est qu’il créé toutes les conditions, surtout pour leur accueil matériel, pour le retour des refugiés nigérians qui se sont retrouvés sur notre territoire. J’ai mesuré la volonté du gouverneur que cette fois-ci, le retour va être définitif», a relevé le Chef de l’Etat.

S’agissant des déplacés internes, le président Mohamed Bazoum a souligné que le plan sur lequel l’Etat travaille a plusieurs phases. L’échéance de l’opération de réinstallation de toutes les populations déplacées est le mois décembre 2021. La première phase va concerner 19 villages qui ont tous la caractéristique (en dehors de Baroua et quelques-uns à coté de ce village), d’être situés sur long la RN1. Cette décision est consécutive à une situation sécuritaire déjà favorable. L’opération est loin d’être une petite affaire du point de vue matériel parce qu’il y a au total 300 villages concernés. Les autres villages se situant le long de la Komadougou en l’occurrence une partie de Mainé Soroa, en passant par Chetimari ; Gueskerou ; Toumour ; Bosso, eux seront concernés par les autres phases. Le gouverneur de la région de Diffa est déjà instruit pour faire la planification. «Notre intention est que ces populations retournent chez elles. Et nous allons nous organiser de façon à assurer cela à double point de vue : de la prise en charge de la sécurité de façon conséquente pour que les populations restent et que les mêmes causes ne produisent pas les mêmes effets, et du point de vue de l’assistance à laquelle elles ont droit en pareille circonstance. Nous allons principalement compter sur nos forces et nos propres moyens. Ensuite, à titre secondaire, nos partenaires pourraient se mobiliser pour nous aider. Je profite de cette occasion pour leur lancer cet appel. Mais nous ne ferons pas reposer notre stratégie sur le comportement de nos partenaires, sur leur bienveillance parce que sinon, nous ne tiendrons pas notre agenda. C’est dans la mesure seulement où les moyens qu’il faut doivent provenir de nous-mêmes que nous serons maitres de notre agenda. Nous allons donc débloquer les ressources qu’il faut pour assurer le transport des populations», a précisé le Chef de l’Etat.

En ce qui concerne la prise en charge d’urgence, l’Etat se fera le devoir d’assurer aux populations de vivres strictement humanitaires dans un premier temps. Par ailleurs, pour que les populations restent, il va falloir leur délivrer un certain nombre de services tels que la disponibilité de l’eau, l’assainissement ; la santé et l’éducation en plus de leur protection. Ce sont là les quatre besoins majeurs qu’il faut assurer. «Nous travaillerons dans le cadre de différents projets qui sont en cours et d’autres que nous pourrions susciter pour assurer le relèvement de la zone. Pour ce faire, nous allons aussi procéder aux investissements nécessaires pour qu’il ait un minimum à assurer aux populations. Cependant, la garantie de leur avenir va surtout reposer sur les conditions que nous allons créer et qui leur permettent de se livrer à leurs activités économiques. Nous avons la chance d’être dans une région qui n’est pas dénuée de potentialités. Il y a la rivière de la Komadougou d’un côté et le Lac Tchad de l’autre côté. Les populations préfèrent les cultures de spéculation qui rapportent des ressources financières immédiatement. Elles cultivent en général le poivron et en particulier des cultures vivrières notamment le maïs, le riz, en plus des cultures pluviales», a expliqué le président Bazoum.

Une lecture claire de l’espace dans lequel Boko Haram évolue

Sur le plan militaire, les Forces de Défense et de Sécurité disposent d’un bon rapport de force favorable. Il a été attesté par l’issue des derniers combats que les forces armées ont eus contre l’ennemi. Un rapport de force favorable ne veut pas dire qu’il faut baisser la garde. «Ce n’est pas quelque chose qui est acquis définitivement parce que l’ennemi se réorganise ; il a beaucoup de capacités à cet égard. Nous resterons très vigilants. Ce que j’ai constaté, c’est qu’il y a eu une élongation de l’espace sur lequel l’ennemi peut intervenir. J’ai observé ses derniers mois qu’il y a eu beaucoup d’activités du côté de Mainé Soroa ; à Diffa. Les terroristes ont occupé Gaydam dans l’Etat de Yobé et plus à l’Ouest leur front a avancé jusqu’au Sud de Mainé Soroa», a relevé le président Bazoum. Ce qui, ajoute-t-il, dénote qu’ils ont élargi leur espace d’opération. Par le passé, les opérations de Boko Haram sont localisées géographiquement sur les iles dans le lac Tchad et la forêt de Sambissa jusqu’à l’Etat de l’Adamawa, précisément à Chibock. «Evidemment, les terroristes n’ont pas vocation à rester dans leur sanctuaire. Leur objectif est d’avancer. Ce qu’ils ont pu faire en effet. Cela pourrait s’expliquer par le relâchement des mesures qui ont été prises pour les empêcher de prendre la ville de Mainé Soroa et celle de Diffa», a reconnu le Chef de l’Etat, tout en promettant des nouvelles instructions pour qu’un certain nombre de villages se trouvant dans le canton de Chetimari soient sous l’autorité de façon nette. «Des opérations conjointes seront entreprises avec les autorités nigérianes pour que des deux côtés les villages soient vidés de la présence relative des éléments de Boko Haram», a annoncé le Chef de l’Etat.

Par rapport à la reconstruction des infrastructures des secteurs sociaux de base du village de Baroua qui ont été littéralement anéanties par les terroristes, le Président de la République a assuré que le forage sera réhabilité ; le centre de santé intégré sera reconstruit par un projet financé par la Banque Mondiale et l’école connaitra la construction des classes neuves. Cela est valable pour toutes les populations déplacées. Les chiffres des déplacés internes sont estimés à plus de 100.000 personnes, tandis que les réfugiés nigérians sont estimés à plus de 130.000 personnes.

Hassane Daouda, Envoyé Spécial(onep)