Le ministre de la Justice, présidant la cérémonie d’installation officielle du comité d’experts
Le ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Garde des Sceaux, Chargé des Relations avec les Institutions, M. Alio Daouda, a procédé, le mercredi 4 février 2026 à son cabinet, à l’installation officielle du Comité d’experts chargé de documenter les plaintes et contentieux opposant l’État du Niger au groupe Orano. Cette initiative marque une nouvelle étape dans la riposte juridique engagée par les autorités nigériennes autour de l’exploitation de l’uranium.
Dans son discours, le ministre Alio Daouda a rappelé que, depuis l’avènement du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) le 26 juillet 2023, le Niger fait face à une hostilité persistante de certains pays et sociétés étrangères, notamment la France, en lien avec la volonté des autorités de reprendre le contrôle souverain des ressources naturelles du pays. Il a indiqué que la décision des plus hautes autorités, sous la conduite éclairée du Président de la République, le Général d’Armée Abdourahamane Tiani, de nationaliser l’exploitation des ressources minières a donné lieu à plusieurs procédures engagées par Orano contre l’État du Niger devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI).
M. Alio Daouda a aussi rappelé que l’exploitation de l’uranium au Niger a entraîné de lourdes conséquences environnementales, sanitaires et économiques. Il a également évoqué la pollution des sites miniers par Orano, la mauvaise gestion des déchets issus de ses exploitations et les risques durables que cela cause pour la santé des populations riveraines. La récente découverte d’une quantité d’uranate dans la zone de Madaouéla a été mentionnée comme un élément préoccupant nécessitant des investigations approfondies. Face à cette situation, dit-il, l’État du Niger a décidé d’engager, à son tour, des procédures judiciaires contre Orano. C’est dans ce cadre qu’a été pris l’arrêté n°0353/MJ/DH/GS/CRI/SG du 31 décembre 2025 portant création, composition et missions du comité d’experts.
Ce comité multisectoriel est chargé de recueillir et analyser les violations présumées en matière d’environnement, de santé, de fiscalité et d’économie, de collecter des données factuelles et chiffrées, d’évaluer les impacts sociaux et environnementaux, et d’élaborer des argumentaires juridiques destinés à soutenir la position du Niger devant les juridictions nationales et internationales. « Le choix porté sur vous pour faire partie de ce comité n’est pas le fruit du hasard. Il répond à un besoin d’établissement des faits appuyés par des données incontestables pour prouver à la face du monde et à nos détracteurs en particulier, que si victimes il y a, ce sont bien le Niger et son peuple, soumis à une exploitation éhontée et à une mort programmée du fait d’une exploitation des ressources qui ne s’est guère embarrassée de l’être humain, de ses aspirations et du respect des règles du droit international qui leur impose des obligations bien encadrées », a lancé le ministre à l’endroit des membres du comité.

Selon les données évoquées par M. Alio Daouda, la répartition des bénéfices issus de l’exploitation de l’uranium entre 1971 et 2024 aurait été largement défavorable au Niger, avec 86% au profit d’Orano contre 9,2% pour l’État nigérien. Une situation qui, a-t-il estimé, justifie la nécessité de quantifier les manques à gagner et de rechercher réparation des préjudices subis. « Il vous revient dans le cadre de la mission du comité, d’œuvrer à la quantification de tous les manques à gagner, à la production des données renseignant sur les conséquences sociales, économiques et environnementales de cette exploitation sauvage et à l’élaboration d’argumentaires qui serviront de bases solides à la défense du Niger devant les instances juridictionnelles et arbitrales, et même de fondement à nos actions car nous ne pouvons rester inactifs si nous voulons faire valoir nos droits contre Orano et ce, partout où besoin sera », a-t-il élucidé.
En installant le comité, le ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Garde des Sceaux, Chargé des Relations avec les Institutions a indiqué aux membres du comité que le travail attendu se doit d’être rigoureux, méthodique et fondé sur des preuves solides, afin de défendre efficacement les intérêts du Niger et de son peuple.
Adamou I. Nazirou (ONEP)
