Le Général d’Armée Abdourahamane Tiani, lors de l’entretien
Monsieur le Président bonsoir, et merci de nous donner l’occasion d’échanger avec vous sur les préoccupations des Nigériens. Avant les grands thèmes que nous allons aborder, M. le Président, permettez-nous de vous demander un mot sur la tournée que vous avez effectuée au mois d’octobre et de novembre derniers à l’intérieur du pays. Quels sont vos constats et quels sentiments vous animent, dans quel état se trouve notre pays, qu’est-ce qu’il faut retenir de la tournée, et quels enseignements avez-vous tirés de cette tournée ?
Aouzou bilahi mina chaitani rajim, bissimilahi rahamani rahim ! Rendons grâce à Allah soubahanahou wata-ala qui nous a une fois de plus permis de nous retrouver et d’échanger sur la vie de la nation. Utilisons cette grâce pour féliciter nos Forces de Défense et de Sécurité, féliciter le peuple résilient ; et à tous nos martyrs prions Allah Soubahanahou Wata-ala qu’il leur accorde sa Rahama ; à nos blessés, qu’il leur accorde un prompt rétablissement. A nous, qu’il a bénis, qu’il nous donne la force et le courage de continuer le combat ; un combat dont nous sommes sûrs, qu’une seule issue s’offre à nous: la victoire In cha Allah.
Pour revenir à la tournée dont vous avez fait mention, effectivement, le 4 octobre 2025, nous avons initié une tournée à l’intérieur du pays. Cette tournée a pour objectif essentiel de voir le degré d’adhésion et de prise de conscience de l’ensemble des Nigériens par rapport aux défis qui nous sont opposés. Cette tournée a commencé par la région de Tillabéri, où nous étions du 4 au 5 octobre, le 4 à Tillabéri ville même, ensuite le 5 à Téra. C’est une tournée qui nous a permis dans cette première phase, de prendre contact avec les Nigériens, de confirmer leurs préoccupations, puisque nous connaissons déjà les principales préoccupations de l’ensemble des Nigériens, de voir physiquement et de visu quels sont les problèmes qui se posent à l’ensemble du peuple nigérien particulièrement dans la région de Tillabéri qui était la première phase. Nous avons conduit des rapports avec l’ensemble des Forces de Défense et de Sécurité, pour leur porter un message de félicitations, mais également un message de sensibilisation, car nous savons ceux à qui nous avons affaire, et nous sommes conscients de la capacité de ceux qui sont en face de nous d’utiliser tous les moyens, même les plus abjects pour nous soumettre. Donc il fallait que les FDS soient sensibilisées, pour faire face à tout type de menace autre que les menaces auxquelles elles sont confrontées, c’est-à-dire la confrontation avec les mercenaires. Nous avons également conduit un entretien à la tribune de Tillabéri, entretien au cours duquel nous avons décliné les quatre axes de notre vision pour notre pays, et nous avons également à travers des audiences, collecté, recensé les préoccupations de la population de Tillabéri. Nous avons fait une feuille de route que nous avons confortée avant de continuer sur Téra le lendemain 5 octobre. Arrivé à Téra, c’est un parcours en temps normal de 2 heures, mais nous avions mis toute une journée. Toute une journée, non seulement par rapport à l’accueil à Téra tout comme à Tillabéri, qui nous a été réservé, et pour lequel nous avons par devoir moral marché pour saluer la population qui était sortie massivement ; mais également l’état de la route Farié-Téra. Je ne dirais pas la route, mais la piste Farié-Téra.
A Tera également, nous avons tenu un rapport pour nous adresser aux Forces de Défense et de Sécurité, les féliciter pour les sacrifices consentis, pour le dévouement avec lequel ils servent leur patrie ; et les encourager avec une prière particulière à nos martyrs et à toutes leurs familles, la grande famille nigérienne. Nous avions effectivement conduit un autre meeting à Tera où nous avions recensé des préoccupations auxquelles nous avions tenu à apporter des réponses immédiates. Ce qui se passe est actuellement visible sur le terrain. Je n’ai pas besoin de revenir là-dessus. Après Tera, nous étions rentrés à Niamey vers 22 heures pour nous préparer pour la deuxième phase de la tournée dans l’ensemble des huit régions. C’est ainsi que le 8 novembre, nous avons quitté pour Dosso où nous avons été, tout le long du parcours, accueillis par des foules immenses. Dosso que nous avons traversé puisque l’objectif est d’aller jusqu’à Gaya en passant par le camp Agali où nous avons tenu un rapport avec les FDS, avant de continuer sur Gaya où nous avons eu un entretien avec la population sortie nombreuse pour nous accueillir et nous écouter. Je ne ferai pas la genèse des déplacements dans les villes parce qu’après Dosso, c’était Tahoua ; et vous avez vu ce que vous avez vu sur l’itinéraire Dosso – Tahoua, le meeting à Tahoua, l’entretien avec les populations, les FDS, deux nuits, avant de continuer sur Agadez, et toujours par voie routière. D’Agadez, nous étions partis à Arlit ; Arlit-Assamaka ; puis retour sur Arlit et nuit surplace, pour continuer le lendemain, 670 kilomètres environ, sur Zinder. Nous avions atteint Zinder vers 1h30 du matin, nous avions trouvé, et sur notre itinéraire de Arlit-Agadez-Aderbissanat-Tanout-Zinder, des foules immenses, des populations mobilisées, à minuit, 1h30 du matin. Nous avions également conduit le rapport avec les FDS de la zone de défense numero 3 de Zinder, suivi de l’entretien avec la population au stade régional Lawandidi Manzo de Zinder. Après, nous avions continué sur Maradi, où l’accueil sur tout notre passage était un accueil des grands jours jusqu’à Maradi ville où nous étions arrivés vers 22 heures. Le lendemain, nous avons tenu un rapport avec les FDS au PC de la zone 6 de Maradi, suivi de la visite à Jiratawa sur un site d’aménagement hydroagricole vu l’importance que nous accordons à l’autosuffisance alimentaire. De Jiratawa, nous étions revenus à l’arène de Maradi qui était pleine, avec environ 10 000 personnes. Mais, à l’extérieur de l’arène, il y avait le triple de ce nombre, ce qui dénote de la forte mobilisation que nous avions observée. Après Maradi, nous étions repartis sur Zinder pour continuer à Diffa. Là également, sur tout l’itinéraire Maradi-Zinder-Gouré et Goudoumaria, où nous avions passé la nuit ; Goudoumaria-Mainé-Diffa, c’était la même mobilisation que nous avions observée. Le peuple nigérien est sorti, et il nous a transmis un message : le peuple nigérien est debout, le peuple nigérien est plus que jamais déterminé à poursuivre le combat de la dignité, le combat de la souveraineté. Nous avons vu un peuple prêt au combat ; un peuple résilient, et pour qui cette résilience n’est que le symptôme de ce qu’il est capable d’accomplir encore. Et par rapport à tout ce que nous avons observé et recensé, nous avons tiré des conclusions. Les conclusions sont celles que je viens de dire : un peuple résilient, déterminé, digne, debout, et prêt pour la lutte. Seule la lutte libère et le peuple nigérien l’a compris. Nous avons appliqué depuis 1958 des stratégies qui nous ont toujours maintenus sous la domination, qu’elle soit politique, stratégique, de défense, alimentaire ou économique. Le peuple nigérien a compris qu’une autre voie est possible. Et, c’est cette voie que nous proposons à l’ensemble des Nigériens. Et nous avons trouvé un peuple qui a accepté cette proposition et qui est déterminé à aller jusqu’au bout. Nous avons, comme je l’ai dit, pris des préoccupations auxquelles nous nous sommes attelés à donner des réponses.
Et en quoi consistaient ces réponses ?
Pour ce qui est de la région de Tillabéri, c’est déjà en cours. Pour ce qui est des autres régions, notamment les grandes préoccupations de la région de Dosso, c’est la mise en œuvre de ce grand projet de complexe pétrochimique, du port sec de Dosso, de l’aéroport de Dosso, dont peut-être certains estiment que ce sont des projets irréalisables. Mais nous, nous sommes sûrs, In cha Allah, ces projets seront réalisés. Et nous prendrons le temps pour qu’au moment où ces projets seront réalisés, que l’intérêt national, l’intérêt du peuple nigérien ne soit pas méconnu. C’est ce qui nous pousse à prendre tout ce temps, je l’ai dit à Dosso, pour réaliser ce que nous avons à réaliser. A Tahoua, les préoccupations sont également les mêmes: l’emploi. Mais en plus de l’emploi, il y a le domaine de la santé, où ils ont souhaité qu’il y ait un hôpital de référence à l’image de Maradi et de Niamey. Nous avions vu la route Tsharnawa-Tahoua, qui est totalement dégradée. C’était également une préoccupation des populations. Ensuite les aménagements hydroagricoles, créateurs d’emplois, et d’autosuffisance alimentaire. Sur ces différents points, certains ont démarré, d’autres sont toujours en étude puisque nous ne voulons pas commettre les mêmes erreurs. Ce sont les mêmes préoccupations que nous avions trouvées à Agadez, l’emploi, la sécurité qui est valable pour toutes les autres régions même si je n’en ai pas parlé ; et les infrastructures puisque nous avions vu la route Tabalak- Mairoua-Abalak, 85 kilomètres. Nous avions vu la route Abalak, en allant vers Tamaya, là également c’était tout un calvaire, où par moment, nous étions contraints de débarquer, de marcher sur des centaines de mètres pour ne pas dire des kilomètres, non seulement pour rendre la politesse à la population qui nous attendait, pour certains depuis 6 heures du matin, pour d’autres depuis 7 heures ou 8 heures, pour nous voir passer vers midi, ou 14 heures, ou plus tard. A Agadez, nous avons également recensé les mêmes préoccupations. Que la population d’Agadez sache que tout ce que nous avons recensé sera, In cha Allah, réalisé. C’est la même chose pour Arlit – Assamaka, où la route Agadez-Arlit est inexistante ; ensuite la route en chantier Arlit -Assamaka ; et Assamaka jusqu’à la position la plus extrême qu’on appelle communément Dune. Nous avons tenu à passer sur toutes ces positions pour nous adresser aux FDS qui accomplissent un travail merveilleux, et qui se sacrifient pour leur pays. A Assamaka, nous avons trouvé une situation terrible. Les élèves de l’école primaire de cette localité, c’est juste un petit exemple, pour l’examen du Certificat de fin d’étude, parcourent une distance de 374 kilomètres, pour rejoindre Ingall et passer leur examen de fin d’études. Le diplôme obtenu, ils arrêtent leur scolarité parce qu’il n’y avait pas de collège à Assamaka. Ils n’avaient pas de tuteurs à Ingall. Alors qu’Arlit, qui se trouve à moins de 200 km avec 120 km de route goudronnée pouvait permettre à ces jeunes nigériens d’aller passer leur examen en toute sécurité sans risque de se perdre dans le désert. Pire, nous avions trouvé 6 classes inoccupées qui pourraient servir de collège aux élèves qui auront réussi à leur certificat d’études primaires. Etant avec la ministre de l’Education nationale, nous lui avons fait part de cette préoccupation. Avant que nous rentrions à Zinder, l’arrêté a été pris, le CEG a été créé, le directeur et tout l’encadrement désignés. C’est pour vous dire qu’il ya des aberrations qu’on ne peut imaginer qu’une fois sur place. Ces mêmes types de préoccupations qui pouvaient avoir la solution immédiate ont été recensées dans toutes les autres régions que nous avions visitées. Pour celles auxquelles nous pouvions apporter des réponses immédiates comme le CEG de Assamaka, les réponses immédiates ont été apportées. Pour les préoccupations qui méritent les analyses profondes, des analyses dont la décision qui sera prise ne laisse place à aucun travers, ces analyses-là sont posées et des décisions seront prises comme je l’ai dit dans l’intérêt général du peuple nigérien. Nous sommes réconfortés de ce que nous avions vu, nous sortons réconfortés de cette tournée, nous sortons réconfortés de l’état d’acceptation de la lutte par le peuple nigérien et ceci nous convainc davantage que nous sommes sur la bonne voie et, In cha Allah nous allons réussir tous ensemble malgré l’adversité sauvage et mesquine. Voilà ce que je tire de cette grande tournée au cours de laquelle nous avions parcouru 4 083 kilomètres en véhicule et à pied comme je l’ai dit. Et nous tirons une conclusion également.
Pour revenir sur la défense et la sécurité, M. le Président, nous avons incontestablement vécu une certaine accalmie avant les événements survenus à l’aéroport international de Niamey dans la nuit du 28 au 29 janvier 2026. S’agit-il d’un acte isolé ou bien d’un acte annonciateur d’une résurgence du terrorisme qui va cibler nos principaux sites stratégiques, y compris Niamey ? M. le Président, que s’est-il réellement passé, et quel enseignement devons-nous tirer ?
Comme je l’ai dit précédemment, nous tirons une conclusion de cette tournée sur le plan sécuritaire. Les chants des oiseaux de mauvais augure qui répandent sur toutes les zones que le Niger est un pays rouge, le Niger est un pays à feu et à sang, ne sont mensonges et désinformation. Nous avions parcouru 4 083 kilomètres de l’est à l’ouest de notre pays, du sud au nord de notre pays, sans que le moindre incident ne soit enregistré. Ceci est la preuve que le peuple est debout et que les Forces de Défense et de Sécurité sont prêtes. Elles l’étaient déjà parce qu’elles avaient pris conscience que la lutte incombe à elles et non à quelques forces étrangères. Voilà les conclusions que nous tirons de cette tournée.
Pour faire la transition vers votre question relativement à la situation sécuritaire, je crois que ce que j’ai dit vous donne une idée. Nous ne sommes pas naïfs. Nous savons que l’adversité sauvage est en face de nous. L’attaque de l’aéroport international Diori Hamani et de la base aérienne 101 n’est pas en dehors d’un processus que les forces néocoloniales, particulièrement les forces françaises à travers tous leurs démembrements, les forces spéciales, les services et les forces de façon générale sous la direction d’Emmanuel Macron, mènent contre notre pays. Ce n’est un secret pour personne : notre arrivée a créé une situation d’inimité ouverte entre Macron et nous. Et malheureusement, il a pu entraîner dans cette haine viscérale certains pays européens pour lesquels nous sommes amenés à nous poser des questions.
Sont-ils aveugles ? Sont-ils sourds ? N’ont-ils pas observé ce que la France a fait depuis 1850 pour certains, 1880-1898, jusqu’à date pour d’autres sur nos territoires ? L’attaque de l’aéroport est inscrite dans un agenda de déstabilisation maladive. Macron a pris un engagement qu’avant son départ, il fera tout pour renverser le régime nigérien qui a osé choisir la voie de l’indépendance, de la souveraineté, de la bonne gouvernance, de l’autosuffisance à travers un développement des bases de production pour une souveraineté économique, la voie courageuse des réformes sociales que nous avions initiées. Il ne fallait pas que nous réussissions et c’est le combat que Emmanuel Macron et ses sbires nous livrent, malheureusement avec l’accompagnement de certains chefs d’État de notre sous-region et d’ailleurs.
Nous avons suivi les préparatifs de l’attaque de l’aéroport depuis avril 2025. Du 26 au 28 avril, nous l’avions suivi, et j’ai eu à le dire, mais malheureusement, certains Nigériens ne retiennent pas ce que nous disons ici pour sonner l’alerte. Nous le faisons parce que nous savons que c’est ensemble que nous pouvons remporter ce combat. Du 26 au 28 avril, à travers les services français (quand je dis les services, c’est la DGSE, ce sont les forces spéciales), avaient inondé les mercenaires de la rive droite du Gourma, dans la zone Liptako-Gourma, en armement, en moyens financiers et en tous types d’équipements militaires pour nous déstabiliser. Il n’y a pas que le Niger; le Mali et le Burkina Faso étaient aussi dans le viseur. Si vous avez suivi, c’est dans l’euphorie de la réception de ces moyens: armements, matériels roulants, moyens financiers et de toute nature, que la tentative d’incursion de Namaro avait eu lieu.
Vous vous rappelez la correction que ces éléments-là ont reçue. Suite à cette correction que nous leur avons infligée, et surtout à l’initiative, (parce que je l’ai dit, c’est l’euphorie de la réception de ce matériel mis en place par la France qui a poussé ces mercenaires-là à s’aventurer), ils ont été recadrés. Certains ont été relevés de leur commandement parce qu’ils (les français) leur avaient donné des consignes fermes. Le signal, c’est aux Français de donner le signal de l’attaque. Donc, nous suivons au jour le jour jusqu’au 15 juillet 2025 où cinq agents français s’étaient réunis à côté de Yablé, à une quarantaine de kilomètres de Namaro, je crois . C’est un site aurifère. Renseignez-vous auprès des orpailleurs, vous saurez de quoi je parle. Donc, du 15 au 19 juillet, ils s’étaient réunis. Au cours de cette réunion, il était décidé d’attaquer l’aéroport international Diori Hamani.
Ce n’était pas l’EIGS, ce n’était pas le JNIM, c’était un conglomérat de mercenaires que les Français ont financé et nous connaissons le montant du financement. Ce conglomérat dont la réunion de cadrage avait eu lieu du 15 au 19 juillet 2025 à Yablé avait reçu pour mission d’attaquer fin décembre 2025. Il faut suivre ce que font les services français pour comprendre leur psychologie, leur mentalité. Vous vous rappelez à travers certains laquais, notamment le site N’Gade, malheureusement un site que les services français animent mais qui communiquent les éléments à ce malfrat pour les porter à la connaissance des Nigériens et du monde entier. Il faut que les Nigériens le sachent. Ils avaient, si vous vous rappelez, lui et un certain Barou Chekaraou, mis sur leur site que le général Tiani s’est affolé. Il a convoqué une réunion parce qu’il a appris que l’aéroport sera attaqué. Mais c’était des projets qui ont été développés à Yablé du 15 au 19 juillet. Ce ne sont pas des chimères. Ce qu’ils disent, c’est réellement leur intention. Nous, Nigériens, nous avons eu l’occasion ou les occasions multiples de savoir que ces gens disent par anticipation, ce qu’ils ont déjà ordonné de faire. Ce sont les dispositions que nous prenons qui font que ces gens sont obligés de reporter.
Mais aucun dispositif n’est parfait. Qu’on me cite une seule capitale au monde qui n’a pas fait l’objet d’attaques terroristes ou d’attaques de grands bandits. De mars 2013 à novembre 2024, la France a enregistré 53 attaques terroristes. De ces 53 attaques terroristes, 80% sont conduites à Paris, la capitale de la France. Donc, aucun dispositif n’est parfait. Ils sont prompts à dire que nous sommes des incapables. Mais si nous sommes des incapables, c’est d’eux que nous avons hérité cette incapacité. Et justement, c’est cette incapacité que nous voulons écarter de notre vision. C’est cette incapacité que nous voulons amener le peuple nigérien à comprendre que ce n’est pas la bonne voie. Que Dieu nous préserve de la voie des incapables.
Vous vous rappelez l’attaque du Bataclan, celle du site de Charlie Hebdo, et celle du stade de France où le président français était au stade quand des attaques simultanées ont été conduites à Paris. Sept attaques la même nuit. C’est 91 victimes en moins de 30 minutes. Donc, ces gens qui crient à notre incapacité, peut-être qu’elle est héréditaire chez eux. Et quand je dis héréditaire, pas nigérienne, elle est française.
C’est pour vous dire, en parlant sérieusement, qu’aucun dispositif n’est hermétique. Aucun dispositif n’est infaillible. Nous apprenons, nous Nigériens, de nos failles et nous les corrigeons. Nous avions appris et ça grâce à notre formation à anticiper. Parce que, dans chaque opération, nous avons appris à prévoir l’imprévu. Mais nous ne sommes pas naïfs et c’est pourquoi chaque fois que nous concevons une opération, il y a un taux d’attrition que nous calculons. Rien n’est facile, rien n’est parfait. L’attaque de l’aéroport international Diori Hamani, je l’ai dit le 29 janvier 2026, a bénéficié de la collaboration des pays que j’ai cités et particulièrement des présidents de ces pays. C’est une attaque qui a regroupé 10 motos des mercenaires de GSIM ou JNIM, 10 motos plus un véhicule de l’EIGS et 20 motos du mouvement Boko Haram, ISWAP qui a élu domicile dans la zone de Sokoto, Katsina, Kébi, Zamfara et que nous avions en son temps alerté les autorités nigérianes.
Ce sont ces groupes qui ont été recensés par les pays que j’avais cités parce que si vous participez financièrement, pour nous, vous participez en connaissance et vous ne pouvez pas vous offusquer quand on sort pour citer vos noms. L’attaque a coûté aux sponsors 300 millions dont 200 millions pour les préparatifs et 100 millions pour revendiquer. Parce que si vous l’avez constaté, et c’est ce que j’ai dit, suivez toujours ces gens, vous comprendrez, quand vous recevez une pierre, d’où vient la pierre. Aucun groupe n’était disposé à revendiquer l’attaque. Contrairement aux habitudes, c’est près de 72 heures après, que l’EIGS l’a revendiquée. Mais nous, nous savons aller au-delà des lignes, parce que nous avons les moyens d’aller au-delà des lignes. Pour que l’EIGS revendique, il a bénéficié de 100 millions cash de francs CFA. C’est en ce temps qu’il est parti revendiquer. Et, même cette revendication au forceps a été motivée par mon intervention le 29 janvier 2026 à la base aérienne 101. Il fallait démentir une évidence et il fallait trouver le bouc émissaire à coût de centaines de millions. Et ce bouc émissaire a été l’EIGS. Je maintiens, je persiste, et les Nigériens doivent s’en convaincre. Chaque fois que nous sortons pour dire quelque chose, nous ne le faisons pas sur un coup de tête. Nous ne le faisons pas par haine, même si la haine est la conséquence de notre sortie pour dénoncer. Nous le disons parce que nous avons des éléments qui prouvent que ce que nous disons est vérifiable. Nous avons les écrits, nous avons les acteurs et nous avons les moyens mis à la disposition de ces mercenaires.
Ils ne méritent pas une autre qualification que celle des mercenaires et leurs sponsors ne méritent pas une autre qualification que celle des sponsors du terrorisme. Au cours de cette attaque qui a été conduite dans la nuit du 28 au 29 janvier 2026 à la base aérienne 101, ensuite à l’aéroport international Diori Hamani, ils ont mitraillé également des avions qu’ils avaient trouvés sur le tarmac. Nous avions parlé de trois avions, j’ai vu les gens se précipiter pour parler de la compagnie ivoirienne. En fait, le troisième avion est un avion tchadien qui est venu rapatrier la dépouille d’une citoyenne tchadienne décédée. Malheureusement, c’est cet avion-là qui a été criblé de balles comme les deux avions de Asky. Il ne s’agissait même pas de l’avion d’Air Côte d’Ivoire et nous n’avons jamais parlé d’Air Côte d’Ivoire qui a reçu tout un impact de balles perdues.
Donc je le confirme ici que cette attaque de la base aérienne et de l’aéroport international est une action commanditée par les sponsors du terrorisme que j’avais cités et je persiste et signe parce que nous avons les acteurs. Ce n’est pas un seul acteur, nous avons les moyens, nous avons les rencontres en amont qui ont eu lieu avec les acteurs que j’ai cités. L’attaque a été vaillamment repoussée, mais, comme je l’ai dit, la faille est inhérente à tout dispositif, qu’il soit nigérien ou d’autres pays. La faille a permis que cette attaque ait lieu mais je crois que la réponse appropriée a également réconforté l’ensemble des Nigériens que les Forces de Défense et de Sécurité sont prêtes à relever tout défi.
Les attaques ne vont pas s’arrêter, nous avons la dernière orientation qu’Emmanuel Macron a donnée, je la garde pour les services qui travaillent de pied ferme pour y faire face. Cette attaque devait être le déclenchement comme au Mali suite à l’attaque en septembre 2024 de l’aéroport de Bamako. Ils avaient également dans le sillage de cette attaque, mais avec un délai un peu plus long, le mois de janvier 2025, planifié des attaques simultanées qu’ils avaient continué à préciser pour les conduire dans la nuit du 1er au 2 juillet 2025. C’est le même principe avec cette attaque simultanée conduite au Mali qui a été retenu ici. L’attaque de l’aéroport international Dori Hamani devait être suivie, si elle avait réussi, de sept autres attaques qui ont été planifiées par les forces françaises et les services spéciaux français. Quand je dis services spéciaux français, vous savez de qui je parle, c’est la DGSE et leurs agents qui sont à Cotonou, au Bénin et en Côte d’Ivoire également.
Donc ils avaient prévu sept attaques simultanées qui devaient concerner Tamou, Say, Torodi, Tera, Bankilare, Ouallam, Banibangou et Ayerou. Ces attaques devaient être la suite de l’attaque de l’aéroport international Dori Hamani de Niamey. C’est le châtiment réservé aux mercenaires et la leçon donnée à leurs sponsors qui a fait interrompre cet élan, cet assaut qui était planifié. Vous avez suivi, deux jours après, ils ont tenté une incursion à Makalondi, là également, parce que l’objectif des mercenaires et de leurs sponsors particulièrement, était de détruire tout ce que nous avons comme capacités aériennes. C’était ça leur objectif. A partir de ça, ça allait être un boulevard parce que les Forces de Défense et de Sécurité n’auront plus de moyens aériens pour soutenir par le feu, par le renseignement, les Forces de Défense et de Sécurité qui sont déployées sur l’ensemble de notre territoire ou qui étaient en opération au moment de l’attaque. Donc la planification des attaques successives à l’issue de l’attaque du 28 au 29 janvier 2026 était une œuvre des forces spéciales et des services français, mais nous le savons avec, bien sûr, la bénédiction de leur mentor Emmanuel Macron et de ces laquais africains que j’ai cités, ouest africains. Donc voilà sommairement le calendrier réservé au Niger. Et quand vous dites est-ce les prémices à d’autres attaques, nous ne nous sommes jamais fait d’illusion parce que nous savons que c’est deux volontés qui se confrontent. Et nous sommes convaincus, In Shaa’Allah, la volonté du triomphe, la volonté de la victoire est du côté du Niger, du côté de la Confédération des États du Sahel.
Nous ne pouvons, même démagogique, dire aux Nigériens qu’il n’y aura pas d’attaque. Je sais ce que je sais. Je sais les ordres qu’Emmanuel Macron a donnés. Je sais le déploiement qui a été fait. Je sais l’investissement fait. Et je sais la soumission, pour ne pas dire la servilité de certains laquais ouest africains à abonder dans cette volonté de leur seigneur. Parce que, pour eux, Dieu n’existe pas. Allah subhanahu wa ta’ala est là et il est juge.
Pour notre part, nous sommes convaincus que nous ferons face de façon victorieuse avec la détermination qui nous caractérise à opposer une résistance à toute tentative et à anticiper également, à travers les moyens qui sont les nôtres, de toute organisation dont l’objectif sera de troubler la quiétude des Nigériens. Il faut que les Nigériens soient convaincus que l’attaque du 29 janvier est une attaque sponsorisée. Mais, c’est une attaque qui n’a pas atteint son objectif. Nous l’avons vu pour la première fois, les terroristes sont sortis 12 heures pour faire une revendication. Mieux, les terroristes ont pour la première fois conduit une manœuvre, c’est là où ça nous fait rire, avec un canevas comportant des mentions ‘’Jour J plus 1’’, ‘’jour J plus 2’’; ‘’20h30, nous étions derrière l’aéroport international’’; etc. Il y a 5 points avec une trentaine de sous-points dans leur canevas.
Depuis quand les terroristes s’encombrent avec des points et des sous-points ? Et ils sont partis même jusqu’à faire un nota Bene: ‘’Nous ne sommes pas venus pour l’uranium’’!!!. Mais qui leur a dit que l’uranium est à la base aérienne ?!!! C’est pour vous dire que les Nigériens apprennent à lire, à lire entre les lignes et à comprendre. Nous avons certes les moyens de lire entre les lignes. Mais, en plus des moyens, nous avons également l’expérience, quand même, ça me fait 41 ans de service militaire au profit de mon pays. Même si c’est une leçon que je retiens chaque mois, multiplié 12 par 41, vous aurez le nombre de leçons et des leçons militaires que j’ai retenues pour vous dire que nous savons ce que nous faisons et nous ferons face à toutes les velleités.
Monsieur le Président, dans la même lancée, et de façon plus générale, d’abord quelle appréciation avez-vous de la situation sécuritaire du pays, aussi bien en termes de perception que d’effectivité ? Ensuite, qu’en est-il à ce jour de la montée en puissance de nos FDS en termes d’effectifs, d’acquisition de matériel, de formation et de capacité autonome d’action sur le terrain et quelles sont les perspectives à envisager ?
Pour ce qui est de la situation sécuritaire dans notre pays, nous ne jugeons ou nous ne décidons pas par perception. Nous sommes pragmatiques. Nous nous basons sur des faits et les faits, je viens de vous les citer.
La réponse réservée à la tentative d’incursion à la base aérienne 101 et à l’aéroport international Diori Hamani de Niamey est une preuve supplémentaire de l’état de professionnalisme de nos Forces de Défense et de Sécurité qui ont, en moins de 20 minutes, je le dis et je le répète, repris le contrôle et qui ont, en moins de 20 minutes, engagé les mercenaires et les ont détruits dans la profondeur. C’est ce qui s’est passé et c’est ce qui fait ce narratif de 1h30 de combat, 2h30 de combat. Bien sûr, c’est 1h30 de combat, mais dans quelles dispositions ? Ça également, il faut le dire parce que beaucoup le connaissent.
Quand vous êtes l’objet d’une attaque, il y a une réaction. Cette réaction est conduite par un élément destiné. Nous concevons, nous planifions et nous conduisons. C’est ça la différence. Les FDS n’agissent pas par à peu près. Tout est planifié. Quand je vous dis jusqu’au taux d’attrition, c’est les pertes en vie humaine quand on prépare une opération. Nous déterminons à travers des calculs bien précis le taux d’attrition en fonction de la menace, des moyens que la menace utilise, en fonction de la doctrine de la menace.
Donc la réponse à l’attaque de la base 101 est une preuve supplémentaire du degré de professionnalisme de nos Forces de Défense et de Sécurité, du degré de formation de nos Forces de Défense et de Sécurité, du degré de réactivité ou de réaction militaire de nos Forces de Défense et de Sécurité, des moyens appropriés dont disposent nos Forces de Défense et de Sécurité. Ce sont tous ces moyens et le professionnalisme qui leur ont permis non seulement de reprendre le contrôle en rétablissant l’intégralité de la base 101 et de l’aéroport international Diori Hamani de Niamey, mais de poursuivre l’ennemi en le détruisant dans la profondeur.
Renseignez-vous auprès des populations qui sont à 40, 50, 100 kilomètres autour de Niamey ce qu’elles ont vu, ce qu’elles ont suivi. C’est un combat qui a continué jusqu’au lendemain. Donc c’est ce qui fait que les gens pensent que c’est un combat qui a duré deux heures de temps au sein même de l’aéroport.
Nous sommes convaincus, et j’espère que les Nigériens sont convaincus de la montée en puissance de nos Forces de Défense et de Sécurité, des moyens dont disposent nos Forces de Défense et de Sécurité. Je l’ai dit, l’attaque devait donner suite à une série d’autres attaques, mais ceci n’a pas été exécuté pour ce que l’ennemi a constaté, pour ce que le sponsor ou les sponsors ont constaté.
Donc les Forces de Défense et de Sécurité sont plus que jamais prêtes à défendre l’intégrité de notre territoire, surtout qu’elles sont convaincues, et nous l’avons remarqué, à travers la mobilisation de la population autour de Niamey pour accompagner les Forces de Défense et de Sécurité le jour J pour parler le langage des sponsors, des mercenaires et le jour J plus 1, plus 2 jusqu’à aujourd’hui également où nous continuons, en plus de ceux que nous avons neutralisés, à interpeller les collaborateurs, les complices, en plus de ceux qui ont été capturés sur le terrain de combat. Voilà ce que je peux vous dire sans rentrer dans les détails puisque ces sont ces détails là que l’adversaire utilise contre nous et qu’il projette ou en tout cas revoit sa planification. Les Forces de Défense sont prêtes. La montée en puissance n’est pas une vue de l’esprit, n’est pas de la démagogie. Ceux qui s’y étaient frottés ont compris, ce n’est pas qu’ils se sont fait piquer, ils se sont fait transpercer.
En décembre dernier, le Président Assimi Goïta, alors Président de la Confédération, avait dit que l’AES est prête pour une guerre de haute intensité. Pouvez-vous nous dire, monsieur le Président, à quel niveau de préparation sommes-nous ? Est-ce à dire que l’ordonnance portant Mobilisation Générale participe de cette idée ?
Vous avez bien dit le Général d’armée Assimi Goïta a dit que nous sommes prêts. Notre montée en puissance, je l’ai dit, n’est pas une vue de l’esprit. Quand le Président de la Confédération en exercice dit que nous sommes prêts, c’est que nous sommes prêts. Nous n’avons pas attendu le jour du 23 décembre 2025 pour dire que nous sommes prêts.
Nous nous sommes préparés pour être prêts au moment où le Président Assimi Goïta a fait cette déclaration. Et la stabilité que vous observez, malgré l’acharnement, c’est parce que vous, vous ne savez pas ce que personnellement je sais, ce que le Président Assimi Goïta sait, ce que le Président Ibrahim Traoré sait de l’acharnement des sponsors de ces mercenaires, des desseins macabres de ces sponsors. Pour nous, le défi n’est pas les mercenaires. Le défi, ce sont les sponsors de ces mercenaires. Et nous sommes conscients que les mercenaires bénéficient de soutiens matériel, financier, en armement, en renseignement, de très grande technologie de la part de ces sponsors-là. Je vous le détaillerai, Insha Allah.
Donc, ce n’est pas à partir du jour où le Président Assimi Goïta a fait cette assertion que nous allons nous préparer pour monter en puissance. C’est un constat qui a conduit à la présentation de la force unifiée qui est l’expression justement de cette montée en puissance dont l’effectif a été revu à 6 000 hommes au lieu de 5 000 initialement prévus. C’est conscients de la capacité de nuisance de ces sponsors-là que nous avons réaménagé notre dispositif sécuritaire commun et que nous avons réadapté également l’organisation de notre force unifiée pour qu’elle puisse faire face à toute menace au profit des peuples du Sahel.
Donc c’est un constat visible sur le terrain. Rappelez-vous de la vaine tentative de l’étouffement de Bamako. Souvenez-vous des chapelets d’actions contre le Burkina. Souvenez-vous de l’attaque de l’aéroport international Diori Hamani de Niamey qui devait être suivi, comme je l’ai dit, à l’instar de celle du 1er juillet 2025 au Mali, de sept autres attaques sur notre territoire dans l’objectif ultime est de montrer que nous sommes des incapables et que les ‘’putschistes’’ ne peuvent pas diriger ces pays.
Les conclusions, nous les laissons à l’adversaire, mais notre montée en puissance n’est pas comparable à la force en attente de la CEDAO que nous attendons depuis 1990 et, 36 ans après, elle est toujours en attente. Et nous, en moins de deux ans, nous avons accompli cette prouesse de mettre en place une force qui va certainement combler les lacunes, réajuster mais, en fin de compte, qui va ramener la paix, nous en sommes convaincus, Insha Allah, sur l’ensemble de notre espace. Donc la montée en puissance n’est pas une vue de l’esprit, c’est une réalité dans le Sahel, particulièrement au sein de la Confédération.
Sur l’ordonnance portant Mobilisation Générale, nous sommes des professionnels, nous savons les défis auxquels nous faisons face et nous savons l’ampleur des défis, puisque nous savons ce que beaucoup de Nigériens ne savent pas, et c’est ça la différence. Donc nous savons l’ampleur des défis, la détermination des sponsors à nous mettre à genoux, quitte à nous éliminer physiquement, et ça je pèse mes mots.
Donc, face à ça, nous savons que les jours à venir seront particulièrement difficiles. Non pas parce que nos Forces de Défense et de Sécurité ne sont pas adaptées, ne sont pas puissantes, ne sont pas professionnelles, ne sont pas dotées. Le temps que j’ai dit, ce sera difficile parce que nous connaissons l’agenda de l’autre. La Mobilisation Générale s’inscrit dans ce sens. L’ordonnance du 26 décembre 2025, la 42, c’est une disposition légale qui est prévue par la loi numéro 2002-30 du 31 décembre 2002, portant l’organisation de la défense nationale et l’article 43 de la Charte de la Refondation. C’est de là que cette mobilisation nationale tire son essence.
La Mobilisation Générale est l’aptitude, pour faire cours, du peuple nigérien. Je prends l’exemple du peuple nigérien avec toutes ses composantes, les Forces de Défense et de Sécurité, les institutions, le gouvernement, toutes les structures, les ministères, les grandes entreprises, la société civile, les citoyens lambda s’approprient cette capacité de basculer d’un temps de paix à un temps de guerre. La Mobilisation Générale c’est cette capacité de basculer en structure organisée, chacun sachant ce qu’il doit faire en fonction de sa qualification, en fonction de ses compétences et en fonction de son aptitude à prendre une posture de guerre quand il est nécessaire et quand c’est décrété. La Mobilisation Générale repose sur un certain nombre de piliers qui sont d’abord les dispositions générales que j’ai citées et à travers l’organisation également de cette mobilisation, à travers la préparation de cette mobilisation, à travers la conduite pour parler en termes militaires de cette mobilisation et, pour parler en termes civils, la mise en œuvre de cette mobilisation. Il faut également prévoir des dispositions pénales qui renforcent l’efficacité de cette mobilisation.
Nous sommes à moins de 10 jours du mois de carême, du jeûne de ramadan. Pour prendre un exemple terre à terre, vous n’attendez pas le premier jour pour commencer à assurer votre réserve de sucre. Vous n’attendez pas le premier jour pour assurer votre réserve de mil pour faire la bouillie. Vous n’attendez pas le premier jour pour faire tout le stock alimentaire nécessaire à la ménagère. Vous vous préparez pour un objectif bien précis, pour que les 29 ou 30 jours de jeûne se passent avec moins de difficultés. C’est ça la mobilisation générale.
C’est pour que l’ensemble des citoyens, non seulement de façon collective mais aussi de façon individuelle, aient le réflexe approprié pour passer d’un temps de paix à un temps de guerre. Les Nigériens connaissent ce temps de défi, je ne dirais pas de guerre, depuis plus de 30 ans. Je crois que si nous avions fait ça, c’est pour que nous soyons encore plus performants à ce que les autres n’ont pas pensé à le faire, pour des raisons que je ne citerai pas.
Mais nous, nous sommes conscients que les sponsors et nous, c’est deux volontés: la volonté de nous soumettre et notre volonté de nous libérer et de rester maîtres de notre destin. C’est ça la différence. Nous avons repris la liberté d’action. Nous devons garder cette liberté d’action pour notre dignité, notre souveraineté et pour notre prospérité. Voilà ce que je peux dire de la Mobilisation Générale, des missions de sensibilisation sont conduites et je crois que d’autres détails peuvent être apportés.
Monsieur le Président, cela fait presque trois ans que vous présidez aux destinées du Niger avec l’avènement au pouvoir du CNSP le 26 juillet 2023. Est-ce que vous comprenez les attentes pressantes des Nigériens pour une nette amélioration de leurs conditions de vie en rupture d’avec ce qu’ils ont connu par le passé ? En effet, les Nigériens se disent maintenant que nous disposons de notre pays et de ses immenses ressources naturelles ils doivent constater un changement positif de leur vie quotidienne. Quelle appréciation avez-vous des revendications qui se font jour ces dernières semaines relativement au paiement des salaires, la cherté de la vie et l’absence de liquidité financière suffisante à Niamey et dans le circuit financier national, formel ?
Merci, je me surprends à entendre ce chapelet de questions, mais il faut peut-être apporter beaucoup de corrections. D’abord, nous n’avons pas trois ans, nous avons deux ans six mois. Un an, c’est un an, six mois c’est la moitié d’un an. Nous avons deux ans six mois et si on vient à la Charte de la refondation, allez-y voir le 26 mars 2025, n’est-ce pas ? Vous aurez ce que nous avons au pouvoir. L’un dans l’autre, vous avez dit trois ans, le Niger est une république depuis quand? Le 18 décembre 1958. Le Niger est indépendant entre parenthèses depuis quand? Le 3 août 1960.
Tous ceux qui nous font ces reproches là étaient où pendant ces 65 ans ? Je prends juste à partir du 3 août 1960. Pendant ces 65 ans, ils étaient où ? Nous, nous connaissons le Niger, nous connaissons l’histoire du Niger, qu’elle soit l’histoire au temps du néolithique ou l’histoire plus récente de la colonisation française ou l’histoire encore plus récente de l’occupation française après le 3 août 1960. Parce que nous avons vécu sous l’occupation française après le 3 août 1960. D’autres détails vous prouveront ce que j’ai dit présentement. Suivez juste la chronologie des explications que je donnerai au fur et à mesure. Nous sommes dans un processus de réappropriation de nos ressources. C’est ça que certains ne comprennent pas. Quand je les entends dire où passe l’argent de l’uranium, où passe l’argent du pétrole, où passe l’argent de l’or ? Mais quand nous étions arrivés le 26 juillet 2023, combien de grammes d’or nous avons trouvés au trésor national comme appartenant à l’Etat nigérien, donc appartenant à l’ensemble des Nigériens ? Zéro. Quels étaient les bénéfices de la vente de l’uranium au profit des Nigériens ? Rien. Au pire, les Nigériens ont hérité du cancer, de la pollution de leurs ressources hydriques et des nappes souterraines. Les Nigériens ont bénéficié de la pollution de l’environnement.
Donc, c’est un processus qui a duré plus de 70 ans que nous nous sommes évertués à défaire après l’avoir combattu avec l’arme intellectuelle, l’arme de la raison, l’arme du pragmatisme et l’arme de la dignité. C’est dans ce combat que nous sommes. On parle du pétrole, mais que rapporte le pétrole aux Nigériens ? Tout s’inscrit dans ce combat et c’est ce que nous faisons et c’est ce que nous n’avons cessé d’annoncer aux Nigériens. Il faut qu’ils comprennent que nous ne sommes pas à 100% maîtres de nos ressources naturelles ou autres. Un peuple qui n’est même pas libre, qui n’est même pas maître de son destin, donc le combat le plus pragmatique est de lui faire comprendre qu’il est désormais maître de son destin, qu’il est maître de ses ressources. Vous croyez que c’est un combat qu’on peut mener en deux ans, trois ans ? Vous croyez que ceux qui ont bénéficié de toute cette manne vont rester les bras croisés ? Jetez un coup d’œil à ce qui se passe en France. Vous comprendrez, c’est vrai qu’ils ont réussi à convaincre des Nigériens, et pas des moindres, que notre uranium a moins de valeur que de l’argile, que l’apport des oignons ou de quelques feuilles de gabou ont plus de devises à procurer au Niger.
Mais nous ne sommes pas naïfs, nous savons que ça là, c’est un narratif pour convaincre les Nigériens de l’inutilité de son uranium. Mais allez-y voir, l’effet qu’a produit le fait d’avoir arrêté ce pillage systématique de notre uranium, dans la politique d’Emmanuel Macron. Je le comprends en partie, et c’est pourquoi je compatis à ce qu’il endure. Mais il aurait été plus sage d’accepter que l’uranium, depuis le 26 juillet 2023, est la propriété du Niger, et que l’uranium est définitivement la propriété des Nigériens. Il aurait été plus sage de se comporter en un partenaire sérieux qui ne méconnaît pas, qui ne vient pas avec l’esprit de pillage qui les a toujours guidés, qui ne vient pas avec l’esprit hautain, condescendant, mesquin, vers nous pour négocier, que ce partenaire comprenne que nous sommes disposés, tant que ce n’est pas ses qualificatifs, ses critères qui le guident.
Donc, nous nous approprions nos ressources. Nous remercions et félicitons les employés de la Somaïr, puisque la Cominak a été assassinée par les mêmes Français quand ils ont pensé que l’uranium n’a plus d’apport économique suffisant, ou ils avaient choisi de ne pas investir pour réhabiliter les galeries de la Cominak. Ils l’ont purement et simplement abandonné, malgré le fait que les actionnaires qui sont d’autres nationalités aient versé l’intégralité des fonds destinés à la réhabilitation du site. Malgré ce fait, les Français ont refusé de continuer la réhabilitation du site pour nous laisser plus de 600 kilomètres de galeries en train de contaminer notre nappe phréatique. Et c’est nous que certaines organisations mettent en garde! C’est à nous que certaines organisations donnent un avertissement! C’est pour vous dire le degré d’immoralité qui caractérise les affaires internationales aujourd’hui.
Donc, il faut que les Nigériens comprennent qu’on ne vit pas dans l’opulence, mais le combat que nous menons est justement celui de permettre aux Nigériens de vivre dans l’opulence. Actuellement, pour ce qui est des préoccupations alimentaires, je crois que nous avons tourné le dos, et nous avons définitivement tourné le dos à l’aide alimentaire. Il faut que les Nigériens comprennent que d’autres Nigériens se sacrifient pour qu’on atteigne ses objectifs. C’est le cas des Forces de Défense et de Sécurité, c’est le cas des employés, comme je l’ai dit de la Somaïr, qui produisent cet uranium. Et c’est le cas des Nigériens conscients, résilients, qui savent que le combat ne fait que commencer. Le combat est au début, parce que les défis sont énormes. Ceux qui pensent que ce qu’on n’a pas pu obtenir avec ou à travers le dialogue, c’est à travers un chapelet de grèves qu’ils peuvent l’obtenir, c’est leur jugement. Mais, ce n’est pas un jugement que je partage, et ce n’est pas un jugement que les Nigériens partagent.
Quand nous étions arrivés, au niveau de l’éducation et de l’enseignement supérieur, nous avions trouvé des arriérés de 2021, 2022 et 2023. Au niveau de l’éducation, les contractuels de l’éducation ou de la santé, nous avions trouvé des arriérés. Nous étions soumis à un embargo sauvage, où nos propres fonds ont été irrégulièrement et illégalement confisqués, parce qu’il y a des laquais prêts à répercuter les ordres du seigneur Macron. Nous avons malgré tout été imaginatifs. Nous pris des décisions pour que tout développement se fasse à travers nos ressources endogènes, puisque les ressources exogènes ne sont plus ou n’étaient plus à notre portée. Même les ressources endogènes qui étaient dans un circuit que nous ne contrôlons pas, ont été mises hors de notre portée. Malgré tout, nous avons réussi, au moment où je parle, à ramener ces arriérés là, à peut-être fin 2025. Que ce soit les étudiants, je le comprends, qui ont besoin des bourses pour survivre, que ce soit les enseignants, qui ont également des familles à charge, mais qu’ils comprennent, nous sommes 27 millions.
Sur les 27 millions, il y a moins de 200 000 qui ont un salaire mensuel. Les 27 millions, c’est à travers l’investissement que l’État fait qu’ils sentent que l’État existe, qu’ils sentent que l’État est là pour leur faciliter la vie. Donc, que les autres également qui ont ce privilège de se prévaloir d’un salaire à la fin de chaque mois comprennent que ce sont des sacrifices énormes qui sont consentis pour réduire les arriérés et essayer d’être réguliers. Au moment où je vous parle, les contractuels ont un reliquat de 2,6 milliards pour le paiement de décembre et les bourses, je crois, c’est 444 millions pour décembre. Donc, nous sommes conscients, nous suivons, mais qu’ils comprennent que c’est le moment de sacrifice. De la même façon que nous nous sommes évertués à réduire les mois d’arriérés qu’ils avaient à notre arrivée et sous embargo, ce n’est pas avec plaisir que nous accusons des retards. Qu’ils comprennent que des militaires, des FDS, accusaient également des mois d’arriérés, pourtant ils se sacrifiaient pour ce même pays, ils mouraient pour ce même pays. Qu’est-ce qui fait ça ? C’est la conviction que si nous ne faisons pas le combat, personne ne le fera à notre place. Et qui dit combat, dit sacrifice. C’est la lutte. La lutte, ce n’est pas dans un salon qu’elle se mène. Elle est matérielle, elle est physique, elle est morale. Il faut que les gens comprennent ceci pour que tout ce qui arrive en retard ne soit pas pris comme un défi, comme une manifestation de mauvaise foi, mais comme un fait circonstanciel, comme fait conjoncturel.
Monsieur le Président, en ce moment difficile pour tous, vous venez de le dire, beaucoup de nos compatriotes pensent qu’il faut revoir le train de vie de l’État pour faire les économies nécessaires en vue de s’adapter à la situation conjoncturelle. On parle notamment du parc auto de l’État, des multiples cérémonies financées par l’administration et de certaines missions à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Comment votre gouvernement appréhende cette situation, monsieur le Président ?
Pour répondre à votre question, je vais caricaturer. Vous savez, ou vous avez une connaissance sur la mythologie gréco-romaine. Les dieux Zeus, Apollon, Héra, les nymphes de montagne telles que la mère d’Achille, Thétis, ou Écho. Un jour Écho a commis l’imprudence de s’immiscer dans l’affaire d’un couple. C’est le couple du dieu Zeus et sa femme Héra. Alors, Écho, cette nymphe, a diverti Héra, l’épouse de Zeus. Et pendant ce temps, Zeus a triché dans une relation extra-conjugale. Quand Héra a découvert le jeu trouble qu’Écho a joué, elle l’a maudite en lui lançant un sort comme quoi, toute sa vie, elle ne pourra construire une phrase d’elle-même. Elle passera le restant de sa vie à répéter les derniers mots de la phrase d’autrui. Et c’est ce qui fait ce phénomène acoustique qu’on appelle Écho. Si vous êtes dans des régions montagneuses, quand vous criez, vous entendez la répercussion. C’est ça le sort d’Écho. Écho ne fait que répéter ce que les autres disent. Et même répéter, ce n’est pas l’intégralité, c’est les derniers mots de ce que les autres disent.
Suivez ce que je veux dire. Vous parlez de train de vie. Est-ce que nous avons un train de vie ? Face à tous nos défis, face à tous les engagements, est-ce que nous avons un train de vie ? Nous avons un train de survie. Et c’est ça que je veux que les Nigériens comprennent. Nous n’avons pas de train de vie. Si les gens sont habitués à répéter, il faut répéter intelligemment et non répéter comme Écho. Depuis que nous sommes arrivés, quelles sont les premières mesures que nous avions prises ? D’abord pour le Conseil national pour la Sauvegarde de la Patrie, les Nigériens peuvent approcher le SG du Ministère des Finances que nous avions trouvé. Le premier jour où nous l’avions reçu, il nous a rappelé les indemnités qui sont dévolues en pareille circonstance aux membres du Conseil. Nous lui avons dit que nous sommes conscients que notre intervention est basée sur une prise de conscience, pas une volonté de pillage. Une prise de conscience pour mettre fin au pillage des maigres ressources nationales. Nous allons nous contenter chacun de son salaire et de ses indemnités en fonction de ses responsabilités initiales. Parce que nous étions tous, chacun à un poste de responsabilité.
Depuis que nous étions arrivés, dites-moi une seule commande de parc automobile que nous avons faite, si ce n’est au profit des Forces de Défense et de Sécurité. Nous savions que ce n’était pas la pratique. Mais, les régimes qui se sont succédé commandaient annuellement des centaines de véhicules. Je dis bien annuellement. Qu’on nous dise les centaines de véhicules que nous avons commandés pour l’administration ou toute autre structure en dehors, comme je l’ai dit, des Forces de Défense et de Sécurité. Mieux, nous avions instruit que tous les contrats de louage soient suspendus, annulés même.
Nous avons instruit pour que tous les conseillers, près de 7 000 conseillers soient remerciés. Si vous prenez la Présidence de la République, la Primature, l’Assemblée de l’époque, c’est près de 7 000 conseillers et à la charge des ressources nationales. Nous avions suspendu tout ça. À l’état actuel, vous mettez tous nos conseillers, ils ne font pas 200, là où nous avons annulé 7 000. Les différents directeurs, allez-y vous renseigner : nous avions trouvé des directeurs généraux avec des salaires de 6, 7, 9 millions de francs CFA par mois. J’ai pris une ordonnance pour que ça soit revu au strict minimum. Celui qui peut servir son pays le serve. Celui qui pense qu’il ne peut pas servir le pays avec ce montant, il y a des milliers de Nigériens aptes à occuper sa place.
Mieux, pour ne pas aller loin, en 2022, la Présidence de la République avait un budget de plus de 220 milliards de FCFA. Allez-y comparez avec le budget de la Présidence de ces trois dernières années. Nous sommes actuellement, je dirais, dans les deux dernières années puisque 2023, c’est une loi budgétaire que nous avions déjà trouvée. Donc 2024-2025 et maintenant avec la loi budgétaire de 2026. Allez-y, vérifiez. Nous sommes à 60 milliards de FCFA pour le budget de la Présidence de la République du Niger. Un budget qui était, rien qu’en 2022, de 224 milliards de FCFA, de 164 milliards de FCFA en 2023 ; comme je l’ai dit, c’est une loi que nous avions trouvée et qui était descendue à environ 90 milliards en 2025, pour encore continuer à descendre à 60 milliards de FCFA en 2026.
Nous sommes conscients de ce que nous faisons et que les ‘’échos’’ qui pullulent arrêtent de se conduire en Echo. La loi des finances est disponible. Allez-y voir quels sont les crédits qui sont alloués aux différentes structures, institutions, ministères et autres dans la loi des finances de 2026. Le plus grand montant, tenez-vous, est réservé à l’éducation nationale. Même pas la défense, c’est l’éducation nationale. Ensuite vient la défense nationale, le ministère de l’Intérieur, le ministère de l’Equipement, le ministère de l’Agriculture, le ministère de l’Enseignement Supérieur. Ce sont ces structures qui bénéficient de la plus grande partie des prévisions budgétaires.
Le ministère de l’Éducation Nationale et le ministère de la Défense font plus de quatre fois le budget de la Présidence de la République. Allez-y voir, avant notre arrivée, quel était le rapport entre la Présidence et ses différents ministères. Donc, que les gens cessent de répéter sans vérifier. Malheureusement, on a des champions dans ce domaine parce que même la loi des finances, avant qu’elle ne sorte, j’ai vu des points de presse conduits par des experts internationaux dont on ne voit le fait ou le produit de l’expertise qu’à travers les causeries des fadas ou la médisance. Que les Nigériens apprennent à ne pas se laisser embobiner, qu’ils apprennent à lire quand la loi des finances est adoptée, qu’ils s’approprient cette loi des finances, qu’ils l’étudient et qu’ils voient les propositions qui sont faites et de quelle réalité tiennent compte ces propositions.
Donc je ne me reconnais pas, aucune institution, aucun gouvernement ne se reconnaît dans un train de vie. Allez-y voir les salaires des ministres. Je ne veux pas les dévoiler puisque nos échos portent loin. Allez-y voir les salaires de nos conseillers pour la refondation. Vous comprendrez que c’est une misère. Même si certains, d’ailleurs j’ai vu même parmi les conseillers, sont sortis pour penser qu’ils étaient gâtés. Nous ne sommes pas dans la démagogie, nous sommes dans la réalité. Nous ne sommes pas dans le virtuel, nous sommes dans le pragmatisme et nous sommes conscients des responsabilités qui nous incombent. De notre arrivée à aujourd’hui, nous n’avons commandé aucun véhicule de luxe pour faire plaisir à un président d’institution ou à un ministre. Tout ce que nous avons fait s’inscrit dans le strict minimum pour permettre à nos Forces de Défense et de Sécurité de mener le combat terrestre et aérien dans de meilleures conditions. Et même ça difficilement, parce que l’environnement global, mondial, est difficile non pas pour le Niger seul, mais pour tous les pays du monde. Donc, voilà la réponse que je porte à ‘’échos’’, que ce soit écho avec O tout simplement, ou bien échos avec S. Que les Nigériens sachent être sourds face à ces oiseaux de mauvais augure.
Monsieur le Président, beaucoup s’interrogent sur la nomination de certains responsables qui se sont illustrés par leur mauvaise gestion ou leur comportement clanique et même opposé à la fondation, c’est ce qui se dit couramment. Et dans le même ordre d’idées, nous avons assisté à une certaine instabilité des postes du ministre du Pétrole et du directeur général des douanes, des secteurs en lien avec l’argent et le monde des affaires. Alors question, qu’en est-il véritablement ? Est-ce que c’est difficile de trouver de bonnes personnes pour assumer certains postes de responsabilité au Niger, monsieur le Président ?
Vous voyez, ce que je viens de déplorer réapparaît également dans cette question parce que vous dites le jour et la nuit, vous dites une chose et son contraire : nous nommons des gens qui ne méritent pas d’être nommés et nous les dégommons. C’est ça, synthétiquement. Mais, si les gens ne répètent pas, sans analyser eux-mêmes, ce qu’ils disent, est-ce que c’est une question qui doit revenir aujourd’hui sur la table ? Puisque j’ai déjà parlé du processus de nomination. Pour nommer, nous demandons des CV, des CV des Nigériens. Ce ne sont pas des CV des Français comme ça se faisait à l’époque. D’ailleurs, jusqu’à une époque récente, des Français étaient dans les ministères, dans les postes des Forces de Défense et de Sécurité. Donc, nous demandons des CV des Nigériens en fonction des postes à occuper. Les Nigériens transmettent, je dis bien les Nigériens transmettent, je le dis et je le répète, des CV qui sont soumis à la loupe de la Gendarmerie Nationale, à la loupe de la sécurité d’État, à la loupe de la police judiciaire.
C’est le résultat de ces trois structures qui nous permet d’avoir une synthèse sur la capacité intellectuelle et morale du candidat à occuper le poste vacant. Une fois cette étape franchie, nous prenons l’acte pour nommer le meilleur candidat, en tout cas face aux trois synthèses que nous recevons. Ce n’est pas quelque chose que je me réfugie dans le bureau pour prendre, non. C’est un acte collégial. Nous nommons et nous observons, car nous avons appris que la confiance n’exclut pas le contrôle. Nous sommes militaires et nous restons militaires. Nous ne laissons aucune place au tâtonnement. Nous ne laissons aucune place au hasard. Nous ne laissons aucune place à un sentiment personnel. Nous nommons, nous surveillons. Et en matière de surveillance, je crois que les Nigériens peuvent me croire que nous avons cette capacité de surveiller. Même pas ce qui se passe à l’intérieur du pays, mais même à l’extérieur de notre pays. Et, c’est ce qui nous permet, Dieu merci, de tenir. Nous surveillons l’exécution puisque chacun a un cahier de charge. Chacun a des tâches spécifiques. Chacun a des objectifs à atteindre.
Quand nous constatons que les objectifs à atteindre ne sont pas atteints, ou au pire, ils sont déviés, nous agissons. Mais nous n’agissons pas par sentiments, c’est ce que j’ai dit, nous agissons en âme et conscience, en étant et en restant convaincus que Allah (SWA) est le seul juge. Il est le juge de nos actions et il est juge des actions que notre responsabilité nous confère. Nous ne tergiverserons pas à démettre tout celui ou celle qui ne répond pas ou qui ne satisfait pas aux conditions, malgré le passage à travers le filtre, aux objectifs qu’on lui a fixés. Nous suivons l’exécution des missions de chaque responsable et, ce, quel que soit le poste de responsabilité conféré aux Nigériens ou à la personne. Donc, il n’y a pas de nomination par sympathie, il n’y a pas de démission dictatoriale, il n’y a pas de sentiments opposés, regroupés. Il y a juste une analyse froide guidée par le pragmatisme et le résultat. Voilà la réponse à ‘’échos’’, une fois de plus, pour comprendre que rien n’est laissé au hasard.
Monsieur le Président, permettez-moi d’insister un peu parce que, pour le cas du ministre du Pétrole, ça fait quand même le troisième ministre du pétrole qu’on a. Au niveau de la douane, c’est presque pareil, c’est le troisième DG. Qu’est-ce qui se passe ?
Quand on nomme un DG des douanes et qu’on découvre qu’il a dévié de la mission principale, de l’objectif et de l’effet recherché, nous sommes des militaires, je vous dis. Nous n’agissons pas par sentiments. Les douaniers font partie des Forces de Défense et de Sécurité. Mais ce n’est pas une robe pour leur assurer l’impunité. Rester dans la ligne droite de la sauvegarde de l’intérêt national, pas de l’intérêt du président de la République, pas de l’intérêt de tel ou tel ministre, pas de la défense de l’intérêt de tel ou tel groupe ou de telle ou telle personne, Non. L’intérêt national !
Quand on voit que la mission qu’on vous a confiée n’est pas respectée, celle de défendre les intérêts du Niger, soyez sûr qu’il y a des milliers de Nigériens en attente et nous ne lésinerons pas sur les moyens pour essayer chaque Nigérien et le mettre devant ses responsabilités. C’est un crédit de confiance qui conduit à la nomination à travers un filtre et c’est le retrait de cette confiance qui conduit à la démission. Donc, on peut changer 50 ministres du pétrole, 50 directeurs généraux des douanes s’il le faut, nous le ferons. Ça n’a rien de personnel, ça n’a rien de sentimental, c’est le pragmatisme, c’est le résultat dans le seul et unique intérêt national. Voilà ce que je répète malgré votre insistance.
C’est l’intérêt national qui guide nos actions, ce n’est pas le sentiment, ce n’est pas la familiarité. Celui qui croit qu’il aura la couverture de la familiarité, du sentiment ou de l’appartenance au corps n’a rien compris de notre détermination, n’a rien compris de la réappropriation que nous sommes en train de faire de nos ressources naturelles, n’a rien compris de la ligne qui nous a conduits à reprendre en main notre défense, notre sécurité et voir aujourd’hui ce que nous avons, c’est-à-dire la liberté d’action. Un moment était connu au Niger où les FDS ne décidaient pas. C’était la même situation au Mali et au Burkina Faso. Nous avons décidé de prendre notre destin en main ; nous avons choisi de nous réapproprier notre destin pour notre dignité, pour notre souveraineté. Nous ne lésinerons sur aucun moyen pour y parvenir. Ça n’a rien de personnel. Voilà !
Monsieur le Président, après votre vision pour le Niger, vous avez adopté en conseil des ministres votre Programme de la Refondation de la République 2025-2029. Que faut-il retenir de cette approche ?
Nous sommes des militaires. Dans l’armée, il y a un niveau où c’est la conception. La conception, c’est les grandes lignes qui sont tracées. Ensuite, un autre niveau qui est purement tactique, c’est ce qu’on appelle l’ordre d’opération. Cet ordre d’opération est séquencé en plusieurs parties. Vous prenez l’environnement, vous prenez la menace à laquelle vous faites face, vous prenez votre mission, vous prenez la population dans laquelle vous allez conduire votre mission, vous prenez le personnel et les moyens dont vous disposez pour conduire cette mission et vous prenez ce qu’on appelle les amis et les voisins, c’est-à-dire les autres forces de défense et de sécurité éventuellement qui vont évoluer dans votre zone d’opération.
Quand vous faites cette première synthèse, vous fixez ce qu’on appelle un effet majeur. Un effet majeur, pour parler en termes civils, c’est un objectif essentiel qui va conduire tout le reste de l’articulation que vous allez faire. Une fois que vous avez défini votre effet majeur, vous allez maintenant faire ce que nous appelons l’articulation avec les unités subordonnées auxquelles vous confiez des missions. Et chaque unité subordonnée qui reçoit une mission est également dotée des moyens pour exécuter cette mission spécifique. Enfin, vous faites ce qu’on appelle les instructions de coordination. Ces instructions de coordination permettent de prendre en compte les autres corps, notamment la santé, les transmissions, le soutien logistique, tout. Et c’est en ce temps que vous pouvez dire que vous êtes intellectuellement prêt pour maintenant passer à la phase pratique.
C’est la même organisation qu’il faut rapporter. Malheureusement, les gens ont tendance à croire que les militaires, c’est des bidasses, c’est des porteurs de rangers, mais ils n’ont rien compris. Toutes les grandes avancées ont été faites à travers l’organisation militaire, quel que soit le domaine concerné. Que ce soit dans le domaine scientifique de façon globale, de la médecine, de l’armement, qu’il soit nucléaire ou autre, que ce soit dans l’organisation, c’est l’organisation militaire qui a été habillée en civil, comme ce que vous portez, pour gérer, pour ceux qui sont conscients. C’est l’organisation militaire qui a été adaptée au civil, je ne dirais pas civilisée parce que les gens auront la mauvaise idée d’interpréter, donc qui a été adaptée pour faire ce que nous faisons dans le milieu civil.
Donc, la vision qui est basée sur quatre axes, c’est une vision qui trace quatre grandes lignes, mais ces grandes lignes là sont destinées à tout le monde. Je pense que lorsque nous allons suivre cette vision, voilà là où notre pays peut aller, voilà ce que ça peut produire comme effet positif au profit de l’ensemble des Nigériens.
Donc au reçu de ces grandes lignes, qui sont ce qu’on appelle les quatre axes, il faut bien sûr répercuter, comme on le fait dans l’armée, aux échelons subordonnés qui sont articulés. Ici, c’est les grands collaborateurs, dans l’armée c’est un autre terme, c’est une terminologie militaire. Les collaborateurs, ce sont les institutions, ce sont les ministères, le gouvernement, ce sont les directions, ce sont les entreprises, ce sont les citoyens lambda. Il faut dire à chacun voilà ce que vous devez faire et c’est là où ça rejoint un peu l’esprit de la mobilisation générale : voilà ce que vous allez faire, voilà comment vous allez le faire et voilà les moyens que vous devez utiliser pour le faire. C’est ça qui conduit à la réarticulation aux échelons collaborateurs pour permettre de faire ce que vous venez de dire, de la vision passée au Programme de la Refondation 2024-2029. Ce n’est rien d’autre que ça. Que chaque structure comprenne la mission qu’elle a reçue et l’exécute parce qu’elle est dotée des moyens, bien sûr que je ne dirais pas abondants, mais qui lui permettent d’exécuter la mission pour un seul objectif : le bien-être des Nigériens, l’intérêt national. Dans cette démarche, comme je l’ai dit, je le répète, s’il y a un maillon de la chaîne qui ne peut pas supporter la tension, nous le remplacerons avant que la chaîne ne casse. Il faut que les Nigériens comprennent ça. C’est ça l’esprit du programme de la refondation qui découle de la grande vision, les quatre axes de la vision pour un Niger meilleur.
Monsieur le Président, la dissolution des syndicats du secteur de la justice a laissé entrevoir des réformes imminentes qui allaient rapidement changer les choses. Ensuite, le 12 décembre 2025, lors de la rentrée judiciaire, vous avez lancé un message fort relativement à votre vision de la justice et placé tous les acteurs devant leurs responsabilités, notamment les magistrats. Où en sommes-nous à ce jour et quelles sont les perspectives dans ce secteur important de notre vie ?
La justice ne peut pas être malade. Elle n’est pas matérielle, donc comment est-ce qu’elle peut être malade ? Ce sont les acteurs qui sont chargés de conduire cette justice qui sont malades, ce n’est pas la justice. Nous avons des textes qui ont été plusieurs fois, comme je l’ai dit, toilettés. Même si c’est la peau qu’on enlève, tant que le mental ne change pas, tant qu’on aura des malades au sein de notre appareil juridique et judiciaire, nous aurons à observer des comportements déviants. Mais, le plus important ce n’est pas ces comportements-là. C’est nous, notre réaction face à ces comportements. Et ça, c’est de la responsabilité de tous les Nigériens. Nous sommes sortis de la phase de ‘’Tchin hantchi’’, corruption, clanisme. Vous occupez un poste, vous rendez la justice aux Nigériens. Vous êtes malade, vous êtes incapable de rendre la justice aux Nigériens, on vous remplace. Surtout que le choix ne doit pas être la mer à boire. Nous avons combien de magistrats ? Mais peut-être aussi, c’est ça le drame. Quant à la possibilité de choisir, vous vous rappelez les cours au collège où on met des boules colorées, donc la probabilité. Donc, quant à la capacité d’avoir une gamme grande de probabilités et réduite, on ne fait que recycler. Mais on recycle au mieux.
Donc, je ne vais pas rentrer dans les détails, la justice n’est pas malade, ce sont les acteurs de la justice qui sont malades et, je le dis parce que je le sais. Et, je le sais parce que j’étais amené à prendre des actions par rapport à certains acteurs. Donc, tant que nous fermerons les yeux, tant que les Nigériens vont croire que le magistrat est au-dessus de la loi, les acteurs de la justice sont au-dessus de la loi, les membres du gouvernement ou autres sont au-dessus de la loi, nous n’irons nulle part. Le problème, ce ne sont pas nos textes, ce sont nos acteurs chargés de mettre en application ces textes. Allez-y voir les surnoms qui sont attribués à certains magistrats, vous comprendrez l’ampleur de la tâche.
Aujourd’hui, ici au Niger, Monsieur le président ?
Non, des noms avec lesquels on les a trouvés. Je n’ai pas besoin de le dire : donc des noms avec lesquels on les a trouvés parce qu’ils se distinguaient particulièrement par ces proportions et ces propensions. C’est ça que nous devons combattre, tous ensemble. Nous avons eu des faits divers. Vous vous rappelez un magistrat qui avait eu maille à partir avec un concurrent chez une copine et qui parle d’outrage à magistrat. C’est des comportements comme ça qui avaient cours et que nous avons choisi d’éradiquer. Un magistrat, parce qu’il à une copine en partage avec un compatriote, pense qu’il peut prendre son véhicule et l’écraser. C’est ces types de comportement qui gangrènent la justice et c’est à ces types de comportement que nous devons faire face, non pas seulement les décideurs.
Mais l’ensemble des Nigériens doivent les rejeter, sinon on ne pourra jamais circonscrire ou éradiquer ces dérives. Il faut que les gens comprennent que le temps est révolu. Il n’y a pas d’outrage à magistrat en dehors du palais de justice. Il n’y a pas d’outrage à magistrat, chez une copine. Ça, c’est fini. Si ça se passait, ça ne doit plus se passer. Il n’y a pas de perception. Nous sommes pragmatiques, nous sommes dans la réalité. La justice doit être pragmatique et être dans la réalité. Nous comprenons que les difficultés concernent tous les domaines, mais les acteurs aussi doivent comprendre que les difficultés concernent tous les domaines. Chacun serre la ceinture sans couper le bassin, mais il faut que chacun serre la ceinture.
Monsieur le Président, votre tournée a ravivé le sentiment patriotique et renforcé l’unité nationale, c’est indiscutable. Quel message avez-vous à l’endroit de ceux qui tentent de mettre à mal notre vivre-ensemble et à l’endroit de tous les Nigériens ?
À l’endroit de tous les Nigériens, ce que je dois leur dire, c’est que nous sommes un peuple. Le Niger est un peuple. À l’endroit des autres, nous n’avons pas le temps pour eux. Le Niger, ou les limites récentes de 60 ou de 58, quand il a été dit que c’est une République, ne reflète pas ce que c’est le Niger, ne reflète pas ce que sont les Nigériens. Depuis le paléolithique, il y a 2,6 millions à 3,3 millions d’années, le Sahara du Niger était occupé. Il y a des traces humaines, des traces de vie dans le paléolithique inférieur.
Des peuples africains étaient dans le Sahara et l’Aïr nigérien. Au néolithique, ça s’est encore accru, il y a entre 9 000 à 10 000 années, où des traces de pratiques agricoles ont été retrouvées après des fouilles, où des peintures rupestres ont montré qu’au Niger, ce qui est aujourd’hui cette République du Niger, on a dompté le cheval, la vache et, par la suite, tous les animaux domestiques que vous connaissez. Ils ont laissé les traces sur les peintures rupestres.
On a découvert dans des vallées qui étaient les lits des fleuves, qu’il y avait des vies organisées, les populations avaient des outils comme des armes, le harpon, les flèches, les poteries, des bracelets en bronze, en cuivre, sur le territoire national. Il y a 10 000 ans de cela. Le Niger n’est pas un petit pays. Il y a 10 000 ans, allez-y voir en France, il n’y avait pas d’organisation sociale. La première organisation en France remonte à 481. Moi, je vous parle de 10 000 ans. Donc, le Niger n’est pas un petit pays. Le Niger a été et est la porte d’entrée vers tout l’intérieur de l’Ouest africain. Ce n’est pas moi qui le dis, ce sont des éléments historiques, scientifiques. Des forêts d’arbres silicifiés ont été découvertes au Niger.
Donc, nous sommes un peuple ancien. Nous devons, chaque fois que nous posons un acte, comprendre que nous sommes un peuple ancien. Nous ne sommes pas n’importe qui, et n’importe qui ne peut pas nous piétiner. C’est un incident de parcours qui a permis que cette colonisation ait lieu, mais qu’on considère que c’est un incident de parcours, et qu’on tourne la page. Et c’est ce que nous faisons. Le Niger, c’est le pays des royaumes et des empires.
Vous prenez le Kanem-Bornou, 784 – 1900. C’est l’un des plus longs règnes connus au monde, en dehors du règne égyptien de l’Afrique également. Puisque nous avons un groupe, les Mazoumaouas, qui ont donné un pharaon à l’Égypte. Le Kanem-Bornou, c’est depuis 784. Donc, il y a eu d’autres qui ont eu le mérite de créer quelque chose, de consolider. Mais il est une référence, parce que c’est le premier à avoir organisé le Kanem-Bornou à travers une organisation sociale musulmane, qui a fait son pèlerinage, qui est revenu et qui a introduit l’Islam comme religion d’État.
Après lui, il y a Dounama dit Ballami. Mais son vrai nom, c’est Dounama, fils de Salma Bikorou. Il a regné entre 1221-1259. Vous voyez ça dans les manuels scolaires. On l’appelait Dounama Diballami. Là également, c’est quelqu’un qui a donné sa grandeur au Kanem-Bornou, qui a conquis des territoires pour les ajouter au Kanem-Bornou, parce que le Kanem-Bornou, initialement, était localisé au Kanem, donc la partie nord-est du lac Tchad. Ensuite, ça a englobé la partie sud et sud-ouest du lac Tchad, pour faire le Bornou qui est resté jusqu’à aujourd’hui en partie.
Après Dounama, il y a eu d’autres, tels que Ali Gazi, 1471-1506. Il y a eu Idriss, qu’on appelait habituellement Idriss Alaoma, mais qui s’appelait Idriss bin Ali bin Idriss, celui-là même qui a conquis jusqu’au nord du Niger pour libérer la voie qui va vers la Tripolitaine. Idriss Alaoma a régné, de 1572 à 1603. Je vous le dis, parce que c’est des chefs, et que les Nigériens doivent connaître et savoir qu’ils ne viennent pas du néant, de nulle part. Les Nigériens doivent savoir qu’ils ont un passé glorieux, et c’est ce passé-là qui doit être leur boussole. Le Bornou était un empire où il y avait un sultan. Donc depuis le temps de Houmaï, c’était un sultan. Donc en 1067, le Bornou englobait jusqu’ici, de l’est à l’ouest du Niger. Oui, le Bornou englobait ce pays-là. Donc déjà il y a une unité qui est là.
Après le Bornou, vous descendez un peu, vous avez ce qu’on appelle le Mangari. Le Mangari, c’est la limite du Mounio jusqu’au Tchad. Mais le nom ancien du Mangari, c’est Kasar Gurbe qui veut dire en haoussa, ‘’la terre des cuvettes’’, où il y a beaucoup de palmiers, il y a de l’eau, et où on faisait des activités agricoles. C’étaient les Mandara qui étaient dans cette zone. Les Mandara, c’est un sous-groupe du grand groupe qu’on appelle So ou Sao. Il y avait quatre grands groupes: les Bade, les Kotoko, les Dagara et les Gama gama. Mais il y a d’autres sous-groupes tels que les N’gezam. Donc le Mangari aussi était un royaume, si on peut le dire. Parce qu’à partir de N’gagaru, c’est une ville située au sud-ouest de Sheri qui est un village qui existe jusqu’ici. Donc, c’est là-bas que Maine-Soroa a pris sa naissance. Les N’gagaru sont venus à Maine-Soroa.
Et les premiers Digaji, parce que c’était un Digaji, s’appelle Kafugu et il est fils d’Adam Lafiami. En 1800, il a été intronisé Lawan par le sultan Maï Dounama. Après lui, ce sont les enfants qui ont pris la relève. Il y a Nafetser, il y a Lafia, il y a Abdou et, jusqu’au plus récent, Limam. Quand je dis récent, c’est historiquement.
Avant Limam, il y avait un autre qui était Kaigama. Et lui, il a été nommé par Tanimoune, Amadou Tanimoune de Zinder. Amadou Tanimoune Kourandaga ou bien Amadou Tanimoune Naroumji. Il s’appelle précisement Kaigama Abdou Konlonmi. C’est le seul qui a été nommé Kaigama. Sinon, tous les autres, c’est des Lawans. Ensuite, le dernier qui est N’kazel ou Kazelma.
À l’intérieur du Mangari, il y a ce qu’on appelle le Kazel. Le Kazel, c’est quand vous prenez de la Komadougou, vous repartez vers N’guingmi, jusqu’au Tal. Donc, c’est à l’intérieur du Mangari.
Après, vous arrivez au Mounio. Tout ça, c’est des royaumes qui ont existé au Niger. Le Mounio était une principauté, certes, coiffée par le Bornou, mais c’était une principauté également qui était un royaume de l’époque. Quand Dagalma a fondé le Mounio, il venait du Hadeja. Je ne sais pas si vous connaissez Hadeja. Actuellement, c’est au Nigeria. A l’est de Hadeja, il y a une zone qu’on appelait Go-Garam. C’était une zone de N’guezem, le petit groupe de Gama gama que j’avais évoqué tantôt. C’est lui qui est venu pour fonder le Mounio, on pense que l’action a eu lieu vers les années 1400-1500. Il a eu des successeurs. Le premier successeur, c’était un chef Mandara qui a été bousculé par ses citoyens et qui s’est réfugié à Kazergamu. Puisque la capitale a été de N’indimi, qui était au Kanem, de l’autre côté. La capitale a été transférée à Kazergamu. Avant d’arriver à Kazergamu, vous avez la capitale à côté de l’actuelle N’guinguimi, Garu mélé.
Donc il a quitté, sous la pression de ses sujets, pour se réfugier à Kazergamu. Il s’appelait Saeimi. Il se trouvait que Dagalma, celui qui a fondé Munouyo, faisait face à une rébellion parce qu’il y a des gens qui faisaient des incursions pour piller. Il est parti vers le sultan du Bornou de l’époque, pour demander un soutien et le sultan du Bornou a mis Saeimi avec ses troupes pour l’accompagner et mater les infiltrations, les missions de razzia, qui s’exerçaient sur ces populations.
Quand il est arrivé, ils ont maté les pillards, mais Saeimi est resté et il a repris le règne. Et c’est de là que le Mounio va continuer à prospérer. Saeimi aura une descendance. Le dernier était Ibrahim, fils de Adji Gawormi, celui qui avait réunifié le Mounio. Puisque je vous ai dit, qu’à un certain moment, chaque prince avait sa capitale. On avait jusqu’à sept capitales. C’est Ibrahim, fils de Adji Gawormi, qui a réunifié le Munouyo.
Et quand il est décédé en 1835, c’est son fils Kosso qui lui a succédé. Lui-même qui va décéder en 1854, à Kangaria, en revenant d’une expédition. Une expédition que le sultan du Bornou, de l’époque, lui avait confiée. Et c’était au temps de Sher Lamine, qu’on appelle Mohamed Al Kanemi.
Après le Mounio, vous avez le Sossabaki. À l’origine, ce n’était pas Sossabaki. Puisque c’était des Kutumbawa qui étaient là-bas. Donc ils avaient leur première capitale, qu’on appelle Ganoua. Ganoua remontait à 894, donc au 9ᵉ siècle. Il y a Mohamed Nafarko qui a été envoyé en mission à partir du Kanem au Bornou. Quand il est arrivé à Ganoua, il a trouvé trois princes qui avaient quitté le Kanem-Bornou. D’autres disent qu’ils avaient fui. Il y avait Boné, Dundurusu et Darnako. Ils étaient à Ganoua où le chef était Ganda Ganda. Je ne sais pas, la prononciation peut ne pas être correcte. Mais c’est ça le nom du chef.
Quand Mohamed Nafarko était arrivé pour les ramener, ils ont fait un compromis. Ils ont dit qu’ils vont lui donner le commandement de Ganoua et expulser Ganda Ganda. Et c’est ce qui fut fait. Mohamed Nafarko a accepté et Ganda Ganda est parti pour fonder Kano, l’actuel Kano que vous entendez les gens tergiverser. C’est Ganda Ganda qui est parti pour fonder Kano. Il a quitté Ganoua et Mohamed Nafarko. Après lui, selon les gens, il y a eu plus de 50 qui se sont succédé jusqu’à Abdoulaye Dambagira. C’est lui, en 1624, qui va reprendre, jusque là ce n’était pas le Sossabaki, l’organisation de ce royaume-là jusqu’en 1672, où il va décéder. Son fils Mohamed Oubansaraki va lui succéder et régner de 1672 à 1703. C’est au cours du règne de Mohamadou Oubansaraki que cette zone ou ce royaume va prendre le nom de Sossabaki. Parce que c’est au cours d’une guerre ou d’une bataille qu’il a été blessé légèrement à la bouche. Donc il y a un de ses compagnons qui lui a dit : Sarki Sossabakinka qui veut dire littéralement ‘’essuyer les traces du sang’’. C’est de là que le nom Sossabaki est sorti. Et c’est comme ça que le Sossabaki est resté puissant.
Il y a toute une succession de chefs. Jusqu’à la division avec Fatah qui est intervenue en 1767, où le Sossabaki sera divisé en trois. Vous avez le Sossabaki de Miriah. Vous avez le Sossabaki de Ouacha et le Sossabaki de Takkei. Takkei qui va finir à Dungas. Actuellement, c’est la chefferie qui était initialement à Takkei avec Danbarara. C’est lui qui était à Takkei et ce sont ses successeurs Mayaki qui vont ramener ça à Dungas et c’est resté à Dungas jusqu’à aujourd’hui.
Après, vous avez le Damagaram. Le Damagaram, c’est Malan Mena Kadé, un étudiant en théologie qui avait quitté le Bornou pour venir auprès d’un groupe qu’on appelait les Koyom. Ce groupe n’a d’activité que la religion. C’est un groupe dans la communauté qui s’occupe de la religion. Et ils étaient à Belbelek. Le cheickh Abdoulaye était leur chef. En 1689, il y a eu une répétition d’actions de pillage.
Belbelek était abandonné. Belbelek se trouve à côté de Deroua aujourd’hui même, 70 kilomètres à l’est de Gouré. Ceux qui connaissent la zone savent. Donc Belbelek, c’était la capitale. Elle était abandonnée parce qu’elle était pillée. L’élève en théologie, Malan Mena Kadé, qu’on appelle Yunus, a quitté pour aller à Damagaram, l’actuel Damagaram Takaya, pour continuer sa scolarité. Parce que là-bas, comme il est Dagara, il a trouvé les membres de la famille Dagara. Il était là-bas quand, quelques années plus tard, la même ville a été confrontée aux mêmes menaces. Il a quitté pour venir 50 kilomètres plus au sud, fonder la ville qu’on appelle Guéza. Et je crois qu’elle existe jusqu’à aujourd’hui. C’est un personnage pieux qui a fait beaucoup de miracles. Allez-y à Zinder, vous allez voir.
Donc c’est lui qui est à l’origine du Damagaram. À l’époque, c’était cinq villages. Il y avait Guéza, Gorgori, Dan Kezu, Ganesku, et Bada Kara. Ce n’était même pas Zinder, il n’était pas encore dans la balance. Donc après lui, c’est son fils qu’on appelle Baba. Baba, fils de Yunus, ou bien Baba, fils de Malan Mena Kade.
Après Baba, c’est un de ses fils qui va prendre, qu’on appelle Tanimoune Babami. Il faut remarquer que Tanimoune Babami, ça veut dire Tanimoune, fils de Baba. Comme je l’ai dit, Dounama Diballemi, Dounama, fils de Diballi. C’est à peu près la même chose. C’est pour vous dire que c’était la même culture. Donc, quand Tanimoune Babami a pris le pouvoir, il a régné une dizaine d’années.
Ensuite, ce sont ses enfants qui vont lui succéder. Assafa, qui était chef jusqu’en 1782, malheureusement, il est mort dans un combat au cours d’une bataille, une incursion des Imakiten, qui étaient venus pour piller. Il est remplacé par Agaza, qui est son successeur. Ensuite, un autre qu’on appelle Malan Babu Tsaba. Ainsi de suite, jusqu’à Souleymane Dan Chintouma. C’est lui qui, pour la première fois, ramena la capitale à Zinder, ville fondée par un chasseur nommé Silimane Dan Chintouma, en fit de nouveau le centre du pouvoir. À partir de là, l’histoire se poursuivit jusqu’à Amadou Tanimoune Kourandaga. Mais avant ce dernier, il y eut un autre fils de Silimane Dan Chintouma, appelé lui aussi Silimane, ou Zoubdajini, chef puissant qui mena de nombreuses conquêtes. Vint ensuite Tanimoun Dan silimane. Sous son autorité, le Damagaram était capable de mobiliser six mille (6 000) fantassins armés de fusils. Il s’agissait bien entendu, de fusils à répétition et non d’armes automatiques comme aujourd’hui, mais leur nombre attestait déjà une grande puissance militaire. Il pouvait également disposer de soixante-dix (70) canons, ceux-là mêmes que la mission Joalland-Mené pilla à Zinder lorsqu’elle les découvrit, alors qu’ils constituaient une technologie maîtrisée par les Nigériens. Ces soixante-dix (70) canons témoignaient de cette capacité, puisqu’en soutien au sultan du Bormou, près de deux cents (200) fusils et vingt (20) canons lui furent offerts. Cela montre que le Niger n’est pas un espace sans importance. L’histoire se poursuit ainsi.
Si l’on se tourne vers Katsina, bien avant son avènement il y a plus de quatre mille (4 000) ans, existait Kassar Mazoumi, que l’on appelait alors ainsi. Ce fut un peuple ancien, ayant vécu dans cette région et dont serait issu un pharaon.
En Égypte, le terme Mazoumi aurait subi une déformation conduisant à les qualifier de païens. Mais qui ne l’était pas alors ? Tous l’étaient, puisqu’aucune autre religion n’existait encore. L’islam en effet, ne commence à être daté qu’à partir de 622. Ceux qui vivaient quatre mille ans auparavant relevaient nécessairement d’autres croyances. Les Mazoumis occupèrent donc cette zone et, par métissage, donnèrent naissance à un groupe appelé les Durbawa dont subsiste aujourd’hui la trace avec Yan Durbi à la cour de Maradi.
Les Durbawa se succédèrent à travers plusieurs dynasties : les Kumayo, les Rambas, les Batretré, les Koro, Djimnata et Yankdeni. La dernière dynastie des Durbawa fut celle de Sanaw ou Jebdayaki. C’est sous son règne que Mohamed Kouraou, un Wangara, prit le pouvoir en 1368, événement qui marque la naissance du Katsina tel qu’on le connaît aujourd’hui. On estime que le nom de Katsina viendrait de Katsé, celui qui entreprit de fortifier la capitale. Katsina ne correspond pas à Maradi, c’est la ville demeurée aujourd’hui au Nigeria, tandis que l’essentiel de l’ancien territoire se trouve au Niger. De Katsina jusqu’au Damergou, tout relevait alors de cet ensemble. Ainsi s’explique l’évolution du Katsina, dirigé par de nombreux chefs qu’il serait trop long d’énumérer ici.
Quant au Gobir, il connut une évolution différente. Il ne s’agit pas ici des Gobirawa actuels, mais de la souche ancienne, la souche noire qui se trouvait dans l’Aïr il y a plus de trois mille (3 000) ans. Leur capitale était Tinchaman dans l’Abzin, raison pour laquelle on appelait cette région Chimankol. Tinchaman se situait entre Aoudéras et Agadez, et c’est là qu’ils vivaient à cette époque reculée. J’évoque bien la souche originelle, non les apports ultérieurs. Par la suite, eurent lieu divers mouvements : les Giptawa ou Gipti, venus d’Égypte, puis un autre peuple arrivé de régions plus lointaines. Comme souvent en Afrique, certains cherchent à se référer à l’Arabie saoudite, mais je n’entrerai pas dans ces considérations et m’en tiendrai à une approche pragmatique.
Un troisième groupe arriva avec Tawa. Après leur installation, ils s’établirent à Rafin Bilma, site que l’on identifie aujourd’hui à Bilma. On y trouve la vallée de Bilma ainsi que les hauteurs de Bilma, où se situe, à Simundur, un sphinx semblable à celui que l’on voit en Égypte. C’est là qu’ils s’implantèrent avant de progresser vers l’Abzin. À cette époque, Assodé existait déjà comme ville ancienne, plurimillénaire. Assodé cessa toutefois d’exercer toute influence à partir de 1741. Telle est l’histoire. Nous sommes donc un peuple ancien. Lorsque les Gobirawa arrivèrent, ils se trouvaient à Chimankol, dans cette région avec Tinchaman pour capitale entre Aoudéras et Agadez, comme il a été dit.
Ils sont partis avec Tawa. Ils étaient venus à Birnin Lalé dans le Kornaka. Birnin Lalé comme on le dit, ce n’est pas le Henné ; Birnin Lalé est la cité de la félicité. Voilà donc cette cité de la félicité, où Tawa est décédée. Jusqu’à aujourd’hui, il existe un village appelé Kushewa ; la tombe de Tawa s’y trouve toujours. Elle est décédée en ce lieu. C’est cela, le Gobir.
Lorsqu’ils arrivèrent au Bornou, ils y séjournèrent d’abord deux cent cinquante (250) ans. Ils parvinrent ensuite dans l’Aïr où ils restèrent également deux cent cinquante (250) ans. Arrivés une première fois au Kornaka à Birnin Lalé, ils y demeurèrent quatre-vingts (80) ans. Puis, ils repartirent à Chimankol dans la même capitale, Tinchaman où, ils passèrent encore deux cent cinquante (250) ans. Ce n’est qu’à leur retour qu’ils s’installèrent définitivement dans cette région à partir de laquelle ils commencèrent à faire rayonner le Gobir vers l’intérieur de l’actuel Nigeria ; le Zamfara puis l’Ader ensuite le Konni, le Dendi et le Kébi.
Telle est aussi l’histoire du Gobir. Nous ne sommes donc pas venus du néant ; nous avons même connu un passé glorieux. Lorsque vous allez à Konni, il s’agit toujours de la même migration issue de la souche Gobirawa. Le premier chef s’appelait Wari.
Wari était le fils de Manto. Manto était le frère de Tawa, la reine du Gobir dont j’ai parlé. C’est donc le fils de Manto, Wari, qui fut le premier chef de Konni. Après lui, durant plusieurs siècles, certains disent que plus de trois cents chefs se sont succédé, seuls quelques noms ont été retenus, car la mémoire collective suppléait à l’absence d’écrits.
On a ainsi retenu Abdelkader qui demeura à Nadaber, village situé à vingt (20) kilomètres au nord-est de Konni, et qui, je crois, existe encore aujourd’hui. Après Abdelkader vint Bana ; après Bana, Mamane Damka, puis Alou, Bouzou, jusqu’à Koraou. Ce dernier mourut en 1791. Enfin vint Mouhamadou, le dernier qui fit face à la mission Voulet-Chanoine. Voilà ce qu’est le Konni. D’un autre côté, vous avez l’Arewa. Il faut le dire pour que les Nigériens comprennent. Nous ne sommes pas rien et nous ne venons pas de rien. L’Arewa, avant de porter ce nom, s’appelait Azana. Là encore, il existe une mauvaise compréhension. C’était le peuple Azana, un peuple qui nous englobait tous.
Nous avons rayonné dans l’Abzine, dans ce qui est aujourd’hui le Kébi, dans l’actuel Zamfara, où se trouvait même leur capitale, Koutourou comme on l’appelait. Nous avons également rayonné dans la région qui est aujourd’hui l’Arewa, puis jusqu’au Kourfaye. C’étaient les Azana. Les Azana vécurent ainsi jusqu’à l’arrivée de l’enfant qu’on appelait le prince Ari, fils de Kulumbu. Ari était envoyé comme messager pour Gao, l’Empire Songhoi. Certains situent cet événement vers 1500, d’autres un peu plus tôt. Quoi qu’il en soit, il s’arrêta à Bagagi, où il épousa une fille du lieu. Il eut un enfant qui reçut le nom d’Akazama, car il le laissa là-bas.
Devenu grand, Akazama partit à la recherche de son père au Bornou. Lorsqu’il arriva, Ari était déjà mort, mais son grand-père Kulumbu était encore en vie. Celui-ci lui dit : « Tu seras désormais le représentant du Bornou là où tu es, Akazama ». C’est ainsi qu’apparut le premier chef de ce qui allait devenir le groupe Arewa, ceux qui portèrent les cicatrices. Auparavant, il n’y avait pas de cicatrices, car c’étaient des Azana en tout cas, pas les deux balafres allant de la commissure des lèvres jusqu’aux oreilles. Cela n’existait pas. Le premier à les porter fut Akazama. C’est à ce moment-là que le peuple Maouri prit naissance et forma un royaume puissant qui rayonna sous l’autorité de ses chefs. Akazama épousa Mantu, une fille de Bagagi. Il se déplaça ensuite vers Toullou où il s’établit. Ils eurent un enfant, Salma. Salma eut à son tour plusieurs enfants, dont Kada, Koli et Gagara qui devinrent également des chefs dans la chronologie à l’exception de Gagara, lequel s’en alla après des différends avec son frère aîné Kada.
Il va quitter les siens pour aller s’installer dans un village de Kurfayawa qu’on appelait Nassarawa. J’ignore si Nassarawa existe encore ou non, mais c’est là que Gagara ira s’établir. C’était un village occupé par des Azana Kurfayawa. Par la suite, d’autres le rejoindront, tels que les Maïnassara, les Alborka, les Mohamed, les Bashuashua, ainsi que l’autre, le Babban Loma qui est bien connu. Ensuite viennent Barba, puis Kabrin Kabran et tous les autres : Tamo puis Dabakoy. Telle en est la succession. Cela pour montrer qu’il ne s’agit pas de peu de choses : on descend vers l’Ader.
L’Ader ne s’appelait pas encore l’Ader. Son premier nom, issu d’un ancien peuple Azana, était le Darey. On l’appela Darey jusqu’en 1674, date à laquelle Agabba, fils de Mohamed Al Mubarak, lui-même fils de Yousuf, vint conquérir le Darey. Il y eut tout un enchaînement d’événements qui y conduisit. Car, auparavant, ce que je n’ai pas encore précisé, tant le Darey que l’Abzine payaient l’impôt au Kébi. De l’Abzine, on partait avec du sable et de l’eau pour les apporter comme impôt au Kébi, au Kanta du Kébi. Ainsi, après plusieurs tentatives menées par Abassi, qui devait occuper le Darey mais échoua, Agabba demanda à son père, Mohamed Al Mubarak, l’autorisation d’aller lui-même conquérir le Darey.
C’est alors qu’en 1674, il vint, battit le Serkin Darey à Tassek et le tua. Le Serkin Kébi, le Kanta nommé Souleymane, venu en renfort, fut défait ; lors de la traversée d’une rivière appelée la mare de Koydo, il se noya. C’est à partir de cet événement que fut donné le nom d’Ader. Et c’est également à partir de 1674 que la capitale fut installée à Birnin-Ader entre Gorom et Tarwada, non loin de Tamaské. Là fut établie la première capitale de l’Ader, avec Agaba comme premier Serkin Ader.
Après lui, son fils Mohamed Damo lui succéda. Après Mohamed Damo, ce fut son frère, appelé Baba. Ensuite, le fils même de Mohamed Damo, Al Mustafa, monta sur le trône. Puis survint l’éclatement sous Yacouba qui transféra pour la première fois la capitale à Illela, l’Illela d’aujourd’hui. C’est Yacouba qui opéra ce transfert. On appelait alors cet ensemble le Folokom. L’Ader était divisé en trois parties : le Folokom, l’Ader Doutchi et l’Ader oriental.
Le Folokom s’étendait de Mogor jusqu’à Konni. On nommait ainsi cet espace. L’Ader Doutchi couvrait la bande située entre Tamaské et Tahoua. Quant à l’Ader oriental, il comprenait notamment Bouza et Keita. À la tête de chaque compartiment, se trouvait un Lissawane. Lorsque Mohamed l’autre, Agaba vint, il était accompagné de Lissawane. Voilà ce qu’était l’Ader. Avant de porter ce nom, il s’appelait le Darey, et c’étaient déjà des royaumes puissants.
Ensuite, l’on descend vers Dosso, même si cette entité est un peu plus récente ; mais l’histoire est analogue. Dosso procède de la grande migration partie du Dirma, entre Toumbouctou et Djenné, qui se dirigea vers Gao dans les années 1490. Gao fut atteint avec Adjersé, car son père Sambo n’y parvint pas : il mourut à Tilibamba. Le chef de la migration venue du Dirma entre Toumbouctou et Djenné s’appelait Alpha Oumarou. Après lui vint Ibrahim ; après Ibrahim, Tougagou lui succéda ; après Tougagou, un autre nommé Djarmalé ; puis Dawalé enfin Sambo.
Sambo, père d’Adjersé, mourut donc à Tilibamba, et ce fut Adjersé qui mena la migration jusqu’à Gao, où ils furent même considérés comme des corps d’armée intégrés à l’armée de Askia. Lorsqu’ils attaquaient le Borgou, un corps d’armée Zarma les accompagnait. Lorsqu’ils partirent en 1515 pour envahir Agadez ou plutôt rappeler Agadez, déjà l’Abzine de leur souveraineté, Agadez se trouvait sous la coupe du Bornou. Là encore, un corps Zarma était présent. Voilà ce qu’est le Niger.
Malibero n’est pas né à Adramboukane. Lorsque certains affirment que c’est lui qui aurait levé une sorte de Daba, cela est inexact. Il est né à Saptaka. Saptaka se situe ici, entre l’Anzourou et ce qui est devenu aujourd’hui le Zarmaganda, car à l’époque le Zarmaganda n’existait pas. C’est donc là que naquit Saptaka Malibero. Son père s’appelait Mané, surnommé Ramou. Il avait un frère appelé Molomboti. Il était le fils de Tatou, lequel était lui-même fils d’Adjersé.
Adjersé est celui qui a conduit leur mouvement jusqu’à Gao au décès de leur père, et c’est encore lui qui mènera la migration jusqu’à la sortie de KorKandi. Ensuite, Adjersé poursuivra jusqu’à une ville appelée Douskoudji. À partir de Douskoudji, c’est Tatou, le fils, qui prendra en charge la migration jusqu’à Adramboukane. Voilà pour la migration.
À partir d’Adramboukane, Molomboti, le frère de Mané et les autres y naîtront tous. Dodiya se situe en quelque sorte à mi-chemin entre le mouvement et la mer, qui est toujours là ; c’est en ce lieu qu’ils verront le jour. Mané quittera ensuite cet endroit pour venir à Saptaka. C’est lui que l’on appelait aussi Ramou qui donnera naissance à Mali, Mali Gamandougouza. Mali Gamandougouza sera le père de Boukari Kolombi ou Boukari Loloboutchi. Tel est le fils de Mali Gamandougouza. Ainsi s’explique Dosso, pour boucler la boucle avec le Songhoy.
Le Songhoy, cependant, voit certains de ses membres refuser leur passé. Le Songhoy n’était pas établi là où il se trouve aujourd’hui. Autrefois, il se situait en amont non pas seulement vers Tillabéri, mais jusqu’à Gao. Le mot même de « Songhoy » ne commence à être employé qu’en 1510. Vous entendez parler du Tariq Elfatar ; c’est Mohamed Kati qui utilisera ce terme pour la première fois. Il en va de même pour l’Aïr. Le nom « Aïr » apparaît en 1526 avec Léon l’Africain, de son vrai nom Hassan Al-Wazal, un Marocain considéré comme un pionnier de la diplomatie. Revenant d’un pèlerinage lui qui avait fait des études de théologie, il fut capturé sur le chemin du retour par les chevaliers de Saint-Jean.
Un certain Pedro de Bobadilla le prit en otage. Bobadilla étant une ville espagnole, Hassan Al-Wazal adopta ensuite le nom de son maître, car celui-ci l’offrit au pape Léon de Médicis. C’est ainsi qu’il devint Léon l’Africain, bien qu’il fût présenté captif au pape. Hassan Al-Wazal et Léon l’Africain ne sont qu’une seule et même personne, voyageur infatigable ayant parcouru de nombreux pays à l’occasion de grands événements. Vous pouvez consulter sa biographie en recherchant Hassan Al-Wazal ou Léon l’Africain. C’est lui qui mentionna pour la première fois l’Aïr. Auparavant, on parlait de l’Abzine, en 1526, puisqu’il s’était rendu jusqu’à l’Abzi.
Ainsi, le Songhoy trouve ses origines entre notre Dendi actuel vers Gaya et le Kébi, puis jusqu’au Zamfara et au Sokoto. Tout cet ensemble constituait l’ancien Kébi, berceau même du premier Tchanga. Cette histoire doit inspirer la fierté du passé. On a parfois voulu rattacher le Songhoy à un individu quelconque venu du Yémen, mais de quel Yémen parle-t-on ?
Le Songhoy est attesté dès 664, pour ceux qui proposent la datation la plus ancienne, ou vers 690. Mais, avant 690, où était le Songhoy ? Il se trouvait déjà dans l’actuel Kébi, entre le Dendi du Niger et le Kébi du Nigéria, là résidait la souche du Songhoy.
Pour preuve, Sonni Aliber, l’un des plus grands chefs reconnus, est né à Biro, localité qui sera plus tard rebaptisée Walata. Elle se situe de l’autre côté de Gaya, à l’intérieur de l’actuel Bénin. Ce n’est pas lui qui quitta Farou, mais sa mère : à la suite d’une mutinerie contre le roi de l’époque, durement réprimée, ils prirent la fuite et se réfugièrent à Biro, futur Walata. C’est là que naquit Sonni Aliber, probablement vers les années 1420.
Devenu un valeureux guerrier, il retourna à Farou, alors capitale, et s’enrôla dans l’armée royale. Parvenu à maturité, après avoir fait ses preuves, il décida de rejoindre son père et la famille paternelle déjà installée à Gao. C’est ainsi que Sonni Aliber se rendit à Gao, où il prit le pouvoir en 1464 avant de mourir le 23 octobre 1492. Il revenait d’une expédition chez les Mossi, territoire correspondant aujourd’hui à l’intérieur du Burkina, ce qui n’était pas la même configuration à l’époque évoquée. Il mourut en cours de route avant d’atteindre Gao.
Le Songhoy a donc des origines bien établies. Voyez Koukia ou Gounguia, voyez Ansongo : autant de noms de villes qui existaient déjà dans ce qui correspond aujourd’hui au Kébi. À la frontière vers le Sokoto et le Zamfara aujourd’hui. Ce sont ces mêmes villes-là que l’on a rebaptisées. (A suivre)
Script : ONEP
A suivre
