M. Issoufou Ballé Ousseini
Monsieur le Directeur, quel bilan faites-vous de l’année 2025-2026 dans le domaine de l’Enseignement et de la Formation Techniques et Professionnels dans la région d’Agadez ?
Au terme de l’année scolaire 2025-2026, nous pouvons dresser un bilan globalement satisfaisant pour la région d’Agadez. Cette appréciation repose notamment sur les résultats obtenus aux différents examens de l’année 2026. Ainsi, la région a enregistré un taux de réussite de 76 % au Certificat de Qualification Professionnelle (CQP), 83 % au Certificat d’Aptitude Professionnelle (CAP), 84 % au Brevet d’Études Professionnelles (BEP), 100 % au Baccalauréat professionnel Hôtellerie-Tourisme et 79,61 % au Baccalauréat professionnel Agricole. Ces résultats constituent une source de satisfaction et traduisent les efforts consentis par l’ensemble des acteurs du sous-secteur, notamment le Ministère, les autorités régionales, l’administration scolaire, les formateurs et enseignants, les apprenants ainsi que les parents d’élèves, les partenaires sociaux du secteur.
Ces résultats sont-ils également liés aux investissements consentis en faveur du sous-secteur ? Quels sont les principaux appuis dont la région a bénéficié ?
Effectivement, ces résultats sont le fruit des efforts conjugués de l’ensemble des acteurs, mais aussi des différents investissements et appuis dont ont bénéficié nos établissements et centres de formation. Au cours de la période considérée, plusieurs lots de matière d’œuvre ont été mis à la disposition des structures de formation. Il s’agit notamment d’un lot destiné au CFPT, au LPHT et au LPA, financé sur le Budget national, ainsi que d’un autre lot destiné au CQP, au CAP et au BEP, session 2026, également sur financement du Budget national.
Les sept CET de la région d’Agadez ont également bénéficié d’un lot de matière d’œuvre sur financement du FSCE, tandis que les douze CFM de la région ont reçu un appui en matière d’œuvre grâce au financement de l’UNICEF. Toujours avec l’appui de l’UNICEF, la réhabilitation de 500 tables-bancs destinées aux centres de la commune d’Agadez est en cours.
A ces appuis s’ajoutent les interventions de partenaires tels que, PROEMPLOI, le FCSE, HED TAMAT et COOPI, notamment dans le renforcement des compétences des formateurs et des apprentis ainsi que dans l’accompagnement à l’insertion des jeunes. Sur le plan des infrastructures, la Direction régionale a bénéficié d’une réhabilitation. Deux ateliers ont également été construits au CET de Tchirozérine sur financement du Budget national. Trois blocs de latrines à deux cabines ont par ailleurs été réalisés grâce au financement de l’ONG Samaritan’s Purse, en plus de la construction de salles de cours.
Malgré ces avancées, le sous-secteur fait face à plusieurs contraintes. Quels sont aujourd’hui les défis auxquels vous êtes confrontés ?
Les défis restent nombreux et concernent essentiellement les infrastructures, les ressources humaines, les équipements pédagogiques et l’insertion professionnelle des jeunes. Nous sommes notamment confrontés à une insuffisance des infrastructures scolaires, particulièrement en salles de classe et en ateliers. La Direction régionale et les Inspections départementales ne disposent pas non plus d’infrastructures propres et adaptées.
La question des ressources humaines constitue également une préoccupation. Nous constatons une insuffisance, voire une absence de formateurs dans certaines spécialités, notamment en plomberie, en anglais, en mathématiques, en dessin technique et en production végétale dans certains établissements. À cela s’ajoute la vétusté de certains équipements pédagogiques, alors que nous devons assurer une meilleure adéquation entre les formations dispensées et les besoins du marché du travail.
Le chômage des sortants demeure également un défi important. De même, le suivi et l’encadrement pédagogiques dans les zones éloignées restent difficiles à assurer en raison de l’insuffisance des moyens humains et financiers. Il est donc nécessaire de renforcer les infrastructures et les équipements, mais aussi de développer les dispositifs d’orientation, d’accompagnement, d’entrepreneuriat et d’accès aux stages au profit des apprenants et des sortants.
Justement, l’employabilité des jeunes constitue aujourd’hui une préoccupation majeure. Quelles dispositions envisagez-vous pour rapprocher davantage les établissements de formation du monde de l’entreprise ?
La question de l’employabilité des jeunes requiert toute notre attention. Notre priorité est de créer les conditions permettant une meilleure insertion des sortants. Pour cela, nous devons faire évoluer nos filières et les contenus de formation afin qu’ils correspondent davantage aux besoins du marché du travail et de l’économie locale. Il faut également veiller à ce que les sortants de nos centres bénéficient d’une formation de qualité et soient accompagnés dans leur parcours d’insertion. Nous envisageons, à cet effet, de développer davantage les partenariats publics et privés, notamment à travers la création de cellules d’insertion au sein des établissements et centres de formation.
Dans une région comme Agadez, qui est notamment une zone minière, il est important d’amener les entreprises à accueillir davantage les apprenants. Nous devons également associer les entreprises et les sociétés de la place aux autorités régionales afin de développer des partenariats dans les domaines de la formation, des stages et du recrutement. Cette démarche passe par plusieurs actions : moderniser les équipements, adapter les filières aux secteurs porteurs, développer l’entrepreneuriat, renforcer les ressources consacrées au sous-secteur et recruter des formateurs en nombre et en qualité suffisants.
Il est également nécessaire d’identifier et de cartographier les entreprises et organisations professionnelles, de redynamiser périodiquement le cadre de concertation, de développer l’alternance et les stages et de mettre en place des conventions de partenariat. Nous souhaitons également encourager les entreprises à contribuer à l’équipement des centres, organiser chaque année un forum « Formation-Emploi » et mettre en place un dispositif de suivi des sortants.
En résumé, notre stratégie repose sur cinq axes : la concertation, la formation, l’immersion, les ressources et l’insertion.
La région d’Agadez dispose d’importantes potentialités économiques. Comment l’EFTP peut-il contribuer à leur valorisation ?
Agadez dispose effectivement de plusieurs atouts que nous devons davantage valoriser à travers la formation professionnelle. Dans les domaines de l’agriculture et de l’élevage, il existe des possibilités importantes de développer des formations liées notamment à la transformation agroalimentaire. Les ressources minières constituent également une opportunité majeure. Nous devons adapter nos formations aux métiers de l’industrie extractive afin de mieux répondre aux besoins de ce secteur. Le potentiel en matière de solaire et d’énergies renouvelables peut également être valorisé à travers le renforcement des formations pratiques en photovoltaïque et en maintenance. L’artisanat, qui constitue un secteur important dans la région, offre aussi des possibilités de modernisation et de valorisation des savoir-faire traditionnels. Le tourisme représente une autre opportunité. Il est nécessaire de former les jeunes aux différents métiers du tourisme et de contribuer à la valorisation du patrimoine de la région. Enfin, la jeunesse et la disponibilité de la main-d’œuvre constituent un atout important. Nous devons donc développer des formations diplômantes et qualifiantes, pratiques et davantage orientées vers l’insertion, notamment dans le domaine de l’interprétariat.
Le Ministère de l’Enseignement et de la Formation Techniques et Professionnels entend faire de ce sous-secteur un levier important de la Refondation. Comment cette vision se traduit-elle concrètement dans la région d’Agadez ?
La vision du ministre vise à faire de l’Enseignement et de la Formation Professionnels et Techniques un important levier du développement économique et social du Niger. Au niveau de la région d’Agadez, cette dynamique se traduit notamment par l’implication du gouverneur de la région dans la coordination le plaidoyer et l’accompagnement en termes de conseils, et l’appui formelle des administrateurs délégués dans le financement des Centres de Formation aux Métiers (CFM), ainsi que par la participation des jeunes au Salon de l’innovation.
Il s’agit également de mobiliser les cadres du Ministère autour des priorités stratégiques afin de faire de l’EFTP un véritable outil de développement. L’objectif est de permettre aux sortants de valoriser les compétences acquises dans les différentes filières et de développer des initiatives correspondant aux besoins du marché du travail. Cette orientation s’inscrit notamment dans la dynamique issue de la réunion des cadres tenue à Maradi.
Pour terminer, quelles sont les principales perspectives que vous envisagez pour améliorer la qualité de la formation et renforcer l’employabilité des jeunes ?
Pour les prochaines années, notre principal défi est de faire évoluer notre système de formation vers une meilleure prise en compte des besoins du marché du travail. Il s’agit de renforcer continuellement les compétences des formateurs en fonction de l’évolution des besoins et surtout de passer d’une logique d’offre de formation à une logique de demande de compétences. Autrement dit, il faut former davantage en fonction des besoins réels du marché du travail et de l’économie locale. Pour la région d’Agadez, plusieurs perspectives sont envisagées.
Il s’agit notamment de la construction des locaux de la Direction Régionale de l’EFTP et des Inspections, de la construction du LPA, avec ses ateliers, salles de classe, internat et cuisine, ainsi que de la création d’un CFPT à Arlit et d’un lycée professionnel à Agadez. Nous souhaitons également renforcer le recrutement des formateurs, doter les apprenants et les formateurs en référentiels de formation et guides pédagogiques, et poursuivre le renforcement des compétences des enseignants et formateurs.
L’opérationnalisation de l’internat du LPHT, notamment à travers la mise en service de la cuisine, des réfectoires des filles et des garçons, de l’adduction d’eau et de l’infirmerie, constitue également une perspective importante. À cela s’ajoutent l’autonomisation des centres et la création d’une plateforme d’information et de sensibilisation sur l’Enseignement et la Formation Professionnels et Techniques.
Notre ambition est donc de disposer d’un dispositif de formation davantage connecté aux réalités économiques de la région, capable de répondre aux besoins en compétences et d’offrir aux jeunes de meilleures possibilités d’insertion professionnelle. C’est à cette condition que l’EFTP pourra pleinement jouer son rôle de levier du développement économique et social de la région d’Agadez.
Interview réalisée par Ali Maman, ONEP-Agadez
