Le chef du service régional des sports de Dosso, M. Seyni Adamou Siddo, lors de la 46è édition
Par définition, la cohésion sociale est la capacité d’une société à assurer le bien-être de tous ses membres en renforçant les liens sociaux, en réduisant les disparités et en favorisant l’intégration et la participation de chacun, y compris des plus vulnérables, autour de valeurs communes pour un vivre-ensemble harmonieux et stable. La lutte traditionnelle est un sport qui a la capacité de renforcer les liens communautaires en rassemblant jeunes et moins jeunes autour de valeurs partagées. Elle est un facteur de solidarité et de cohésion sociale. Nous avons rencontré plusieurs acteurs de la lutte traditionnelle, qui ont exprimé le besoin de raffermir les liens sociaux à travers cette grande messe de la tradition.
Comme le dit l’adage haoussa « Kokowa wasa ce », la lutte traditionnelle reste avant tout un jeu. Au-delà de la victoire ou de la défaite, l’essentiel demeure la cohésion sociale. Il arrive que certains acteurs ou supporters expriment leur mécontentement, parfois de manière peu convenable, mais l’aspect primordial à retenir reste la dimension sociale de cette discipline ancestrale. Kokowa repose sur l’équité, le respect, l’autonomie, la participation et un fort sentiment d’appartenance, permettant de surmonter les différences pour une société unie et solidaire
M. Seyni Adamou Siddo, ceinture noire 5è dan en judo et chef du service régional des sports de Dosso, a déclaré que cette pratique va au-delà du sport pour devenir un puissant facteur de cohésion nationale et culturelle. Par ces rencontres annuelles, dit-il, la lutte traditionnelle crée un espace où jeunes de régions diverses se rencontrent, sans distinction d’origine ou d’ethnie, favorisant la paix et créant des amitiés durables. Il a souligné que la lutte traditionnelle repose sur quatre facteurs essentiels, l’économique, le culturel, le sportif et surtout le social. Selon lui, l’objectif majeur reste incontestablement le renforcement de la cohésion sociale, une valeur chère et fortement recherchée par les autorités du Niger.
Dans cette dynamique de refondation, a-t-il précisé, la région de Dosso place la paix et l’unité au-dessus de toute autre considération. La victoire est certes importante, dit-il, mais elle ne saurait être plus précieuse que la cohésion sociale. Il a rappelé que les autorités investissent énormément dans la promotion de la culture et dans l’organisation de la lutte traditionnelle, précisément pour favoriser le vivre-ensemble.

« Nous avons huit régions réunies à chaque édition, nous devons nous unir. C’est vraiment le moment. Vous avez vu le brassage et l’ambiance lors de la 46è édition. On ne peut pas empêcher les spectateurs de crier ou d’exprimer leurs émotions. C’est normal, cela fait partie de la fougue de la compétition et c’est même une bonne chose », a-t-il expliqué.
Pour M. Seyni Adamou Siddo, chacun doit savoir dépasser ses émotions, éviter les procès d’intention et retenir que, quelle que soit la région gagnante, c’est le Niger qui gagne. Il a également salué les efforts du ministre de la Jeunesse et des Sports, M. Sidi Mohamed Almamoud, ainsi que l’ensemble de son staff pour la réussite de cette 46è édition marquant le cinquantenaire de la lutte traditionnelle. « Nous devons tout faire pour rester unis et solidaires. La cohésion doit passer avant la victoire finale. C’est un message que tout responsable doit porter », a-t-il ajouté.
Il a par ailleurs précisé que la région de Dosso s’était rendue à Tahoua avec l’ambition de récupérer le sabre perdu lors de la précédente édition de Kokowa, et que l’équipe s’est battue jusqu’au bout dans un esprit de fair-play. « Dans ce genre de compétition, il y a la technique, la force, le mystique et bien d’autres paramètres. Mais au-delà de tout, nous prônons toujours la cohésion, car c’est l’aspect social qui prime ici », a-t-il déclaré.

Profitant de cette occasion, M. Seyni Adamou Siddo a félicité le ministre en charge des Sports pour ses efforts, sa modestie, son sens du devoir et sa disponibilité tout au long de la grande messe sportive. Il a également lancé un message à l’ensemble de la population nigérienne, en particulier celle de Dosso, les appelant à l’hospitalité, à la compréhension, à la patience et à la promotion de la cohésion sociale avant toute autre considération. « Tout le monde a compris que la lutte est un jeu. Nous avons reçu de nombreux messages de soutien. Le rendez-vous est désormais pris pour Zinder », a-t-il conclu.
Par ailleurs, il convient de noter que le tenant du titre, Abba Ibrahim, dès le lendemain de sa chute, a publié un message sur les réseaux sociaux, un message appelant à l’unité nationale et à la cohésion sociale, où il a indiqué que sa défaite n’était rien de grave et relevait de la volonté divine. « Chers fans, c’est Dieu qui m’a donné le sabre et il l’a repris. Je suis désolé que les choses se soient passées ainsi. Ne vous découragez pas, c’est la volonté de Dieu », a-t-il fait savoir.
Son mentor, Yacouba Adamou, ainsi que son entraîneur, Barmou Lalé, ont suivi le même élan en appelant la population à l’apaisement et à l’unité. Yacouba Adamou a remercié Dieu pour le sacre de son poulain à Dosso dans la paix et le calme, tout en rappelant que, même si l’objectif à Tahoua était de conserver le sabre, la chute du champion dès la deuxième journée relevait également de la volonté divine.
« Quand mon petit est tombé, j’ai eu très mal, mais après la douleur est passée et je me suis résigné en pensant à la cohésion. En regardant son combat, il partait favori, mais malheureusement il a été renversé. Il reviendra plus fort, car les défaites forgent », a-t-il expliqué, avant d’ajouter que quel que soit le vainqueur, il reste Nigérien, et donc c’est le Niger qui gagne.
Quant à l’entraîneur de la région de Niamey, M. Barmou Lalé, il a déclaré qu’après l’élimination précoce de la région détentrice du sabre, la déception était grande. Toutefois, une fois la douleur passée, l’appel à la cohésion sociale a primé sur tout autre sentiment. « Nous avons amené le sabre à Tahoua et nous l’avons perdu, mais c’est la volonté de Dieu. Nous nous préparons déjà pour la 47è édition à Zinder. J’appelle simplement la population de Niamey à continuer les prières, le soutien et surtout à préserver la cohésion sociale », a-t-il conclu.
Assad Hamadou (ONEP)
