samedi 24 octobre 2026

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Le Panafricanisme comme vecteur du développement de l’Afrique

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Avant toute entrée en matière, il conviendrait de savoir qu’une nation quelle qu’elle fût, ne s’est jamais construite avec du pain béni et de l’eau bénite ; avec du sentimentalisme, avec du laxisme, avec du favoritisme, avec népotisme, avec de l’ethno-régionalisme et avec du gâtisme. Une nation véritable se construit dans la douleur, dans les difficultés, dans la souffrance, dans la peine, dans les sacrifices.

De par le monde, les exemples de nations qui s’étaient construites après avoir venu à bout de moult difficultés sont légion. C’est donc une vérité de la Palice ; c’est-à-dire c’est une vérité incontestable, de savoir que pour parvenir à son ‘’chemin de Damas’’, il faut avoir connu au préalable son ‘’chemin de croix’’. La construction d’une nation se faisant donc dans la douleur, dans la peine, dans les difficultés, dans la souffrance, par les sacrifices véritables, doit avoir nécessairement comme levains indispensables : l’Unité Nationale véritable, le Patriotisme, le Nationalisme, et le Civisme.

Cette introduction étant faite, entrons de plain-pied dans ce que c’est le Panafricanisme. Historiquement parlant, faisons savoir que le Panafricanisme originel était né aux Etats Unis d’Amérique. Il avait été « une invention » magnifique du Docteur : Williams Edward Burghat Du Bois. Celui-ci est un Américain noir ; il était le premier Noir à être Docteur en Philosophie, après qu’il eût passé par les Universités de Fisk à Nashville, de Harvard à New-York et de Berlin en Allemagne.

Le Panafricanisme avait été dès l’origine, une idéologie, un mouvement intellectuel, culturel, politique, supranational, de lutte. Il avait été créé pour l’émancipation et l’épanouissement de tous les Noirs de la Planète-terre où qu’ils fussent trouvés. Le Panafricanisme de façon terre à terre, n’est plus ni moins qu’un principe de vie qui a pour vocation de voir tous les Noirs du monde entier s’unir pour s’affranchir de l’esclavage et de la colonisation. Et cela afin de parvenir à une vie meilleure, comme les autres races de la planète-terre.

A son début en 1906, l’une des toutes premières missions du Panafricanisme, c’était d’abord de faire acquérir à tous les Afro-américains, leurs droits civiques, en tant que Citoyens américains à part entière. C’était ensuite de contribuer à la décolonisation de tout le continent noir.

Par la suite, c’est-à-dire dans les années 1950 à 1960, avec l’accession progressive des colonies européennes d’Afrique à l’indépendance politique nominale, Il eut comme principaux objectifs assignés au Panafricanisme : de renforcer l’unité tous azimuts des nouveaux Etats africains et de favoriser la solidarité entre tous les Etats africains nouveaux, en vue de susciter un développement véritable et harmonieux desdits Etats.

Né aux Etats Unis d’Amérique, le Panafricanisme évolua pour atteindre les Caraïbes. En effet, le Docteur Williams Edward Burghat Du Bois, allait avoir des émules. Il eut des Afro-américains comme : le Jamaïcain Marcus Garvey, comme le Haïtien Price Mars et comme l’Antillais Georges Padmore, qui reprirent admirablement le flambeau du Panafricanisme dans leurs pays respectifs. Ces émules du Docteur Williams Edward Burghat Du Bois, firent du Panafricanisme, un véritable mouvement pragmatique de lutte, pour la restauration de la dignité de l’homme noir où qu’il existât dans quelques coins du globe terrestre où il se fût trouvé.

Après ces trois premiers émules du Docteur Williams Burghat Du Bois, s’ajoutèrent d’autres émules comme : Edward Wilmot Blyden ; Alénor Firmin ; Bénito Sylvain ; Joël Augustus Rogers.

Le Docteur Williams Edward Burghat Du Bois, ses premiers et deuxièmes émules cités plus haut, militèrent ardemment afin que l’homme noir, partout où il se fût trouvé, fût considéré comme un être humain à part entière, au même titre que les autres êtres humains de la planète-terre. D’ailleurs avec la fondation de l’Etat du Libéria, nombreux furent parmi eux, ceux qui firent écho manifestement d’un retour progressif vers la Mère-Patrie d’Afrique, afin de se soustraire des humiliations, des frustrations, des exactions, multiples et variées.

Si certains d’entre ces premiers panafricanistes purent réaliser leur rêve de retour vers la Mère-Patrie, comme le Docteur Williams Edward Burghat Du Bois ; qui retourna au Ghana pour y vivre et mourir, certains d’entre eux n’eurent pas cette sacrée chance. Ils furent l’objet d’assassinat comme ce fut le cas de Marcus Garvey, assassiné par des Blancs racistes.

Pour concrétiser leur idéologie du Panafricanisme intégral, les chantres de ce mouvement supra national de lutte pour l’émancipation de tous les Noirs de la planète-terre, organisèrent une série de Congrès internationaux. Ainsi, il eut les Congrès suivants : celui de Paris en 1918 ; ceux de Londres de 1921 et 1923 ; celui de New York de 1927 et enfin celui de Manchester en Grande Bretagne en 1945. C’était d’ailleurs à ce Congrès de Manchester que les premiers africains en l’occurrence : le Docteur Kwamé N’krumah du Ghana, et Jomo Kenyatta du Kenya, participèrent.

Outre la tenue des différents Congrès, les chantres du Panafricanisme n’eurent de cesse de mener une série d’actions pour mettre en exergue « le Mal noir » ; pour dénoncer les iniquités manifestes dont les Noirs étaient victimes de la part des Blancs racistes. Mais ils n’eurent de cesse de dénoncer de manière virulente, les méfaits du colonialisme partout dans le monde. Ils réclamèrent ainsi à cor et à cri, l’indépendance politique des pays colonisés.

Le premier africain de souche qui milita fortement pour l’expansion et l’adoption du Panafricanisme intégral fut le Docteur Kwamé N’Krumah, premier Président du Ghana indépendant. Après la cascade des indépendances africaines tombées en 1960 ; lors de la tenue de la Conférence constitutive de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) le 25 mai 1963 à Addis Abeba, il profita de cette instance pour faire un plaidoyer magnifique, pour le Panafricanisme intégral.

Le Docteur Kwamé N’Krumah proposa une intégration plus poussée que celle de la Charte de l’OUA avait proposé. Dans son enthousiasme manifeste, le Docteur Kwamé N’Krumah, réclama séance tenante, la constitution d’un Gouvernement continental africain unique pour toute l’Afrique. Il sollicita ardemment la création d’un marché commun africain. Enfin le Docteur Kwamé N’Krumah, milita presque férocement pour la mise en place, séance tenante d’un certain nombre de structures intégratrices purement africaines relatives à la Défense Nationale, à la Monnaie Commune, à la Planification Commune pour le développement des Etats africains.

Obnubilé par sa passion véritable du Panafricanisme intégral, le Docteur Kwamé N’Krumah, croyait que son plaidoyer somme toute assez important, allait emporter l’adhésion de tous ; c’est-à-dire de ses pairs Chefs d’Etat présents à la réunion constitutive de l’OUA à Addis Abeba, allaient lui emboiter le pas.

Malheureusement pour le Docteur Kwamé N’Krumah, pour la plupart des Chefs d’Etat assistant à la rencontre d’Addis Abeba encore inféodés à l’Occident, il n’avait fait que brasser de l’air ; c’est-à-dire qu’il n’avait que pour parler pour rien. Les plus opposants au Panafricanisme intégral allaient être : l’Ivoirien Félix Houphouët Boigny et le Sénégalais : Léopold Sédar Senghor. Ces deux anciens suppôts du colonialisme occidental, s’employèrent à détruire les idées lumineuses du Docteur Kwamé N’Krumah pour une Afrique unie et solidaire. A Addis Abeba alors, le 25 mai 1963, l’idée du Panafricanisme intégral ne fut pas retenue ; parce que combattue avec virulence par les vassaux de l’Occident.

Pour autant, à la rencontre d’Addis Abeba, il eut des Chefs d’Etat africains qui furent solidaires des idées lumineuses du Docteur Kwamé N’Krumah. Ceux-ci eurent pour noms : Ahmed Sékou Touré de la Guinée Conakry, Modibo Keita du Mali et Julius Nyerere de Tanzanie.

Plus-tard, il eut d’autres Chefs d’Etat panafricanistes intransigeants comme : Marien N’Gouabi de la Centrafrique, Mathieu Kérékou du Bénin, John Jerry Rawlings du Ghana, Thomas Sankara du Burkina Faso.

Indépendamment de ces Hommes d’Etat qui militèrent fortement pour faire valoir le Panafricanisme intégral, il eut des artistes noirs célèbres comme Bob Rasta Marley, Alpha Blondy, Jiken fakoly, qui n’eurent de cesse de militer ouvertement à travers leurs chansons pour faire valoir le Panafricanisme intégral.

Confédération des Etats du Sahel : volonté de parvenir au Panafricanisme intégral

De nos jours, avec les tentatives de recolonisation du continent noir par l’Occident, le Panafricanisme intégral dans certains pays d’Afrique au Sud du Sahara est plus que d’actualité. En 2024, la création de la Confédération des Etats du Sahel en avait été un exemple patent de volonté de vouloir parvenir au Panafricanisme intégral. Ce que peut-être, les gens ne savent pas, c’est que l’AES est une sacrée chance pour l’Afrique en général et pour le Sahel en particulier. Ce que aussi les gens doivent savoir, ce n’est qu’à travers des difficultés « monstres » que l’homme parvient à se tirer d’affaire et à se réaliser. Il faut savoir s’y faire.

Cela va sans dire, l’AES est née au forceps ; c’est-à-dire est née, en raison d’un certain nombre de difficultés auxquelles les trois pays la constituant, font face. Pour qu’elle pût devenir une réalité concrète et durable, Il faut au premier chef, que les dirigeants politique de l’AES croient fermement à leur noble ambition. Il faut que les peuples de l’AES, accompagnent patriotiquement leurs dirigeants politiques pour la réalisation de ladite noble ambition. Seulement, il y a des conditions indispensables, pour que l’AES pût devenir une réalité concrète émerveillant les plus sceptiques du reste de l’Afrique, qui ne voient qu’en l’AES, tout simplement un effet de mode passager.

Les conditions indispensables de réalisation des nobles objectifs poursuivis par l’AES, pourraient être listées comme suit :

*La promotion au sein des organes dirigeants de l’AES, des cadres techniques ferrés à la glace, c’est-à-dire de cadres techniques compétents, capables de contribuer positivement à la réalisation des nobles objectifs de l’AES. Il faut sans ménagement, écarter des organes dirigeants de l’AES, les cadres techniques incompétents. Et Dieu seul sait qu’il y en a qui sont d’une incompétence notoire.

*Il faut localement au niveau de chaque pays de l’AES, créer une Organisation Nationale de jeunesse laquelle pourrait servir de fer de lance pour la réalisation des activités concrètes de l’Espace AES.

*Il faut concevoir impérativement des projets de développement réellement bancables, supportables par les trois pays de l’AES, lesquels seraient matérialisés concrètement et lesquels vont contribuer au développement réel de chacun des pays de l’espace AES.

*Il faut qu’au niveau de chaque pays de l’espace AES, selon les ressources naturelles disponibles, mettre en place des unités industrielles, des unités agro-pastorales, des unités agro-forestières, des unités commerciales, des unités énergétiques, susceptibles de favoriser le développement et par conséquent de résorber le chômage des jeunes.

*Il faut au niveau de chaque pays de l’espace AES qu’un comité de réflexion d’intellectuels pût être mis en place. Et cela afin de voir ce comité d’intellectuels faire aux dirigeants politiques de l’espace AES, des propositions de développement véritable, capables de faire avancer sur le plan socio-économique les trois pays de l’espace AES.

C’est vrai, la théorie dit-on est facile alors même que la pratique est difficile. Mais ce que nous proposons est bel et bien réalisable. Il suffirait que la volonté politique prévalut et qu’elle fût accompagnée de la volonté populaire. Voilà pourquoi, au tout début de cet article, nous avons parlé de douleur, de peine, de souffrances, de sacrifices, de difficultés, pour qu’une nation véritable, en tout cas, digne de ce nom, pût se réaliser concrètement et positivement.

Pour boucler cet article, il nous est loisible de faire appel à Ahmed Sékou Touré qui a dit en toute conscience : « L’Afrique est notre maison à tous ; nous serons tous ses maçons ».

Aphorisme grandiose à méditer sérieusement, afin de se retrousser les manches pour la bataille véritable du développement national.

 

Par Elhadj Moumouni Mahamane Sani

Inspecteur de l’Enseignement du Premier

Degré à la retraite à Niamey. Cel : 96.88.25.38.