Ibrahim Adamou Louché
L’artisanat nigérien joue un rôle essentiel dans l’économie locale. Son importance va au-delà de la préservation des traditions car il contribue de manière significative au PIB. Cependant, malgré son poids économique, le potentiel de l’artisanat demeure encore largement sous exploité. Cette situation limite non seulement les retombées économiques du secteur, mais freine également sa contribution à la croissance nationale. Pour que l’artisanat contribue véritablement à l’essor économique du pays et nourrisse ses acteurs, M. Ibrahim Adamou Louché, spécialiste des questions de développement durable, propose des approches.
Pour promouvoir l’artisanat local et renforcer son impact sur l’économie nationale, M. Ibrahim Adamou Louché, économiste et consultant, spécialiste des questions de développement durable, de gouvernance publique et d’économie politique, propose trois pistes qui méritent une attention particulière. La première, a-t-il expliqué, consiste à encourager les concitoyens à intégrer les produits artisanaux dans leur quotidien. « Trop souvent perçus comme des objets décoratifs ou symboliques, les produits artisanaux devraient retrouver toute leur place dans la vie courante, dans la décoration des maisons, la fabrication des ustensiles domestiques, les accessoires vestimentaires ou même dans la conception de mobilier. En privilégiant ces produits, les consommateurs contribuent directement à dynamiser un pan essentiel de notre économie. Chaque panier tressé, chaque poterie, chaque bijou ou tissu traditionnel acheté, permet à un artisan de vivre dignement de son métier », a-t-il dit. M. Ibrahim Adamou Louché d’ajouter que ce geste citoyen a aussi une portée écologique parce qu’en consommant local, « nous réduisons notre dépendance aux produits importés à grande échelle et transportés sur de longues distances. Cela se traduit par une empreinte carbone moindre et une meilleure valorisation des ressources locales ».
De plus, soutient le spécialiste, cette consommation locale favorise la préservation d’un patrimoine immatériel précieux. « L’artisanat est porteur d’histoires, de symboles et de savoir-faire transmis de génération en génération. Le soutenir, c’est contribuer à maintenir vivante une identité culturelle qui constitue l’un des atouts majeurs du Niger. Dans un monde globalisé où les produits standardisés dominent, nos créations artisanales offrent non seulement une touche d’authenticité, mais présentent aussi des avantages économiques et écologiques, en réduisant la dépendance aux importations et en valorisant les ressources locales », a-t-il estimé.
A ce niveau, il faut ajouter que le gouvernement a récemment pris dans ce sens, lors du Conseil des ministre du mercredi 22 Octobre 2025, un projet d’ordonnance portant institution de quotas d’enlèvement à l’importation des produits similaires aux produits fabriqués ou produits sur le territoire national. Il s’agit d’un mécanisme de régulation commerciale visant à protéger la production nationale, tout en garantissant un approvisionnement suffisant du marché intérieur.
L’autre piste, d’après l’économiste, repose sur la création d’une banque dédiée au financement du secteur artisanal. « Les institutions financières classiques jugent souvent le secteur trop risqué, en raison de son caractère informel et de l’absence de garanties suffisantes. Pourtant, un artisan bien formé et bien équipé peut être un acteur économique rentable », a-t-il affirmé. Ainsi, la mise en place d’une banque spécialisée va permettre de soutenir la modernisation des outils de production. Mais aussi d’accompagner la formation des artisans et de faciliter leur accès au crédit, encore trop limité aujourd’hui. Cela, a-t-il justifié, va également permettre de répondre aux besoins spécifiques du secteur en proposant des solutions adaptées : microcrédits, prêts à taux préférentiels, dispositifs de garantie, ou encore programmes d’accompagnement à la modernisation des outils de production.
Mais au-delà du simple financement, pour l’économiste, cette institution pourrait offrir des formations sur la gestion d’entreprise, la comptabilité simplifiée, ou encore la transformation numérique en accompagnant les artisans vers la formalisation et la professionnalisation. Elle contribuerait à renforcer leur compétitivité et leur intégration dans l’économie nationale. « A terme, cela permettrait de transformer les petits ateliers familiaux en véritables micro entreprises créatrices de richesse et d’emplois durables, tout en assurant une meilleure traçabilité et une fiscalité plus équitable », a appuyé le spécialiste des questions de développement durable.
Outre cela, M. Ibrahim Adamou Louché a proposé de stimuler l’exportation des produits artisanaux. « Le Niger dispose d’un potentiel considérable dans ce domaine. Nos produits, qu’il s’agisse de bijoux touaregs, de cuir travaillés, de tissus faits à la main ou de poteries traditionnelles, ont tout pour séduire les marchés internationaux, en particulier ceux en quête d’authenticité et de production éthique. La diaspora nigérienne, très attachée à ses racines culturelles, représente également un marché stratégique à mobiliser », a-t-il dit.
Cependant, pour que cette ambition devienne réalité, il est indispensable de structurer la filière exportatrice. Cela, a-t-il expliqué, suppose d’améliorer la qualité des produits, renforcer la normalisation, moderniser la représentation et développer une véritable stratégie de communication. « Les artisans doivent être accompagnés pour mieux comprendre les exigences des marchés extérieurs. Les plateformes numérisées offrent également une opportunité unique pour rendre les produits nigériens visibles à l’échelle mondiale. Participer à des salons internationaux, créer des boutiques en ligne ou collaborer avec des distributeurs éthiques à l’étranger peut considérablement accroître la visibilité et la rentabilité du secteur », a-t-il ajouté.
Ainsi, pour le spécialiste des questions de développement durable, ces trois leviers combinés peuvent faire de l’artisanat un véritable moteur de croissance inclusive et durable. Ils constituent une approche globale et cohérente pour transformer l’artisanat en un véritable moteur de développement économique.
Rahila Tagou (ONEP)
