M. Rabiou Sama
Monsieur le préfet, veuillez présenter à nos concitoyens le département de Doungass dont vous avez la lourde tâche de conduire aux destinées depuis quelques semaines.
Je remercie beaucoup l’ONEP d’avoir pensé à venir vers nous, ici à Doungass, un jeune département de la région de Zinder situé à près de 165km de Zinder au sud, et à près de 1 120km de Niamey. Nous sommes heureux de vous voir venir pour vous imprégner de la réalité du terrain que nous, administrateurs et populations, vivons au quotidien. Doungass fut un poste administratif érigé en département en 2014 avec une superficie de 3 122km2. C’est une entité frontalière du Nigeria sur 110km. Vous comprenez par-là l’immensité du département qui est constitué de 4 communes : Doungass, Dogo-Dogo Mallaoua et Gouchi, et deux groupements peulhs (Baraguini et Dan Gouchi) regroupant 476 villages et tribus, avec une population estimée à 570 000 habitants. Cette population est composée de Peulhs (65%), de Hausas, de Kanouris, deTouaregs, essentiellement.
Quelles sont les principales activités socioéconomiques dans le département et quelles sont les potentialités?
Connaissant la composition de sa population et la position géographique, on peut aisément comprendre que les principales activités de celle-ci, ce sont les activités primaires. C’est l’agriculture, c’est l’élevage, c’est le commerce, c’est la pêche, c’est les cultures irriguées et le maraichage. Ce département a une chance inouïe. Nous avons de l’eau de surface et de sous–sol abondante, avec des nappes phréatiques très proches. En venant ici à Doungass, sûrement que vous avez suivi la voie principale. Si vous avez pris les voies secondaires, vous auriez dû voir l’ampleur de l’eau de surface un peu partout. Il y a de nombreuses mares et beaucoup de bas-fonds dont les nappes sont peu profondes. Doungass est situé dans une zone de vallée, et c’est vraiment une grande chance, une opportunité pour les populations de la zone et dispose d’un important potentiel agricole qui doit être mieux exploité et davantage mis en valeur. Il est exploité déjà, certes. Mais, ce n’est pas à 100%. L’une des priorités des autorités actuelles, c’est la souveraineté alimentaire. Et Doungass est une zone qui a de l’eau et de l’espace. C’est indéniable. Le département fait 3 122km2 et dispose de 269 000 hectares de terres cultivables. Environ 95% de cet espace est exploité, notamment en cultures pluviales. Mais ce qui est important à retenir, c’est que les terres sont exploitables en saison des pluies comme en saison sèche grâce au potentiel hydrique.
Alors, quel est le potentiel irrigable du département ?
Comme je l’ai dit, le potentiel est effectivement énorme. La commune de Doungass regorge de 111 sites de cultures maraichères ; la commune de Gouchi en a 73. En ce qui concerne les espaces cultivables, la commune de Doungass a 1 740ha dont 594 effectivement mis en valeur. Quant à la commune de Gouchi, elle dispose d’un potentiel de 4 097 ha dont 1 445ha cultivés. On voit qu’il y a un potentiel inexploité très important qui ne demande qu’à être mis en valeur. Mais, nous sommes confiants qu’avec la prise de conscience, sur la base des orientations des autorités, de la nouvelle dynamique, les gens ont commencé à comprendre.
Est-ce qu’il y a des initiatives locales dans ce sens ?
En effet oui. Il y a la grande irrigation. A Gouchi, il y a des installations très importantes. Il va sans dire que les promoteurs ont besoin de plus d’accompagnement. L’Etat fait de son mieux. Mais je pense qu’on doit faire au-delà. Au-delà, parce que si on appuie ces producteurs, avec un peu d’encadrement, de soutien en intrants, c’est sûr que cela va booster davantage la production. Déjà, des efforts sont faits. L’Etat est en train d’amener une quantité importante d’engrais à un prix abordable de 10 000F CFA. Si cela continue, dans peu de temps, on peut atteindre l’objectif des autorités, celui de la souveraineté alimentaire. En tout ici, dans cette zone, le potentiel est là. On doit continuer à appuyer les producteurs qui produisent presque tout : le chou, la laitue, le poivron, la canne à sucre, la pomme de terre, le maïs, le manioc, la courge, la pastèque, le gombo. Et maintenant, il y a le riz qui est produit, contrairement à l’idée reçue. Mieux, nous avions visité Gouchi, il y a quelques jours. Et nous avons trouvé qu’ils produisent du poisson en quantité. C’est donc de très belles initiatives à appuyer, à dynamiser et à encadrer, surtout pour un bon rendement.
Monsieur le préfet, parlez-nous de l’introduction de nouvelles cultures.
En fait, avec le nouveau label, c’est la politique de l’Etat qui détermine tout. Un moment, on disait qu’on ne peut pas produire du riz ici et même un peu partout à travers le pays. C’est ce que les gens pensaient. Mais une prise de conscience, les citoyens ont compris que le schéma inculqué ne tient plus. Aujourd’hui, ce narratif est battu en brèche. Le riz peut bel et bien être produit. Dans cette zone, la production est extrêmement importante à Gouchi et dépasse même l’espérance des populations. Il y a tout un engouement qui s’est déclenché, une dynamique nouvelle qui doit être pérennisée et que l’Etat doit accompagner avec les moyens nécessaires, notamment en encadrement et en appui en engrais et autres intrants.
Quel rôle joue aujourd’hui l’agriculture dans la lutte contre le chômage et l’exode des jeunes ?
Je n’ai pas de statistiques fiables sur cette question. Mais, on observe que les jeunes de cette zone comprennent de plus en plus l’importance du retour à la terre. Ils sont en train de sortir du cliché, d’abandonner le complexe et ont compris que la terre cache la richesse et elle donne quand on la travaille. Ces jeunes s’organisent petit à petit et partent vers la terre. Ils ont un revenu de plus en plus conséquent. Et du fait qu’ils ont un revenu, on peut estimer que ça peut avoir un effet et un impact positif sur l’exode et le manque d’emploi. Maintenant, il faut que l’Etat appuie ces jeunes-là, ne serait-ce qu’à travers la formation, l’encadrement et les kits de travail car, quelques fois, même s’il y a la terre, si les moyens minimaux manquent, il leur sera difficile d’agir.
Le département est enclavé, quel est l’impact de cette situation sur la vie socioéconomique des populations ?
Effectivement, malgré le fait d’être au centre du pays, Doungass a cette particularité d’être un peu difficile d’accès. Il est à 163km de Zinder. A première vue, c’est juste une courte distance. Mais croyez-moi, pour y arriver, c’est un véritable parcours de combattant. Heureusement, l’Etat envisage de construire une route à partir de village de Kwana, sur la RN1. Cette route passera par Ouacha, Doungass jusqu’à la frontière du Nigéria. Nous fondons beaucoup espoir sur ce projet car, une fois concrétisée, cette voie va soulager les populations de la zone et va, par voie de conséquence, booster l’économie et le développement de la région en général. Pour le moment, l’une des problématiques pour la population, c’est la question des routes, des voies d’écoulement de leurs produits. Nous étions à Gouchi récemment. Cette commune est à 80km, mais il n’y a pas de voie. Il faut faire des tours et des détours sur des pistes inondées car, ces derniers temps, les eaux des nappes, qui sont parfois à 1m, sont en train de remonter, rendant plus difficiles les mouvements. Il n’y a vraiment pas de voie. Or, pour pouvoir bien accompagner les agriculteurs, il faut ces voies et pour pouvoir écouler leurs productions, il faut aussi ces voies, ne serait-ce que celles latéritiques. Il y a tout de même des initiatives locales pour écouler leurs marchandises en les acheminant vers les marchés environnants et les villes. Disons qu’il y a la mobilité des populations. Nous souhaitons vivement que ces voies secondaires voient le jour pour aider les vaillants producteurs. Nous lançons ce cri, cet appel de la population à l’Etat pour que des projets voient le jour dans le sens de relier les différentes communes au chef-lieu du département.
En pareille période, l’une des plus grandes craintes des populations, c’est le conflit agriculteurs-éleveurs. Qu’est-ce que vous, en tant qu’autorité administrative, entreprenez pour prévenir la survenue de certains incidents qui sont parfois tragiques ?
En effet, il faut le dire, c’est des questions que nous gérons tous les jours. J’ai dit que 65% de la population est peulh et leur activité, c’est l’élevage. Nous mettons plus en avant la sensibilisation des deux protagonistes pour prévenir les conflits entre agriculteurs et éleveurs. Pas plus tard que ce matin, et c’est tous les jours d’ailleurs, on sensibilise les chefs de groupement, chefs de village, les chefs de canton et leurs représentants. On crée les conditions pour qu’il y ait échanges, dialogue. Nous avons mis en place un dispositif d’information. Dès que la situation se pose, nous sommes alertés et nous réagissons vite à travers les forces de défense et de sécurité. Dieu merci, on n’a pas de difficultés majeures, mais c’est des choses qu’on gère tous les jours.
Réalisé par Zabeirou Moussa
