Les fidèles musulmans ont accueilli le 18 février dernier un invité exceptionnel pour qui ils se sont préparés spirituellement et financièrement. Depuis trois semaines, ils vivent au rythme du Ramadan. Du lever au coucher du soleil, ils jeûnent, travaillent, consomment autrement et réorganisent toute leur vie quotidienne. Entre spiritualité, organisation familiale et dépenses, le mois béni de Ramadan est devenu un enjeu économique majeur dans le pays.

Chaque année, le Ramadan qui est caractérisée par ses scintillants repas, met en lumière très souvent une réalité économique où les ménages se demènent pour rompre le jeûne avec des plats savoureux et garnis. Dans les cuisines, les arômes de divers plats traditionnels et modernes tels que le riz, les spaghettis où les spécialités locales se melent à celle de la friture de la pomme de terre, de l’igname ou de l’alloco. On y retrouve également les parfums de la marinade de viande, de poisson et de volaille ainsi que l’odeur de la pâte d’arachide qui évoque le plat traditionnel des zarma, le «kopto».
Pour retrouver ces saveurs, il suffit de faire un tour dans les quartiers. Cette diversité de saveurs est généralement accompagnée par celle des jus naturels et industriels soigneusement disposés sur la table ou la natte. Cependant, cette panoplie de plats méticuleusement préparés finit souvent dans les réfrigérateurs avant de terminer plus tard dans des poubelles surchargées. Pourtant, le gaspillage alimentaire est un acte qui va à l’encontre des valeurs prônées par l’islam, et particulièrement pendant le mois béni de Ramadan.

Dans ses explications, le Président de l’association islamique Faouziyya, Oustaz Moustapha Ahoumoudou, a précisé que le gaspillage en islam est considéré comme un péché, surtout quand il est fait de manière excessive pour impressionner. Ce mois est une invitation à développer la compassion, à cultiver l’amour de son prochain et à renforcer sa foi. « Il est rapporté que le Prophète Mohamed, paix et salut sur lui, rompait le jeûne avec des dattes et une gorgée d’eau, pas parce qu’il n’avait pas les moyens. Il prenait aussi beaucoup la courgette sauvage qu’il aimait consommer pendant le Ramadan. Il est vrai qu’un jeûneur qui passe une journée sans manger ni boire a envie de goûter à plusieurs aliments à la rupture mais il ne peut pas tout manger », a-t-il dit.
Il a insisté sur le fait qu’Allah n’est pas intéressé par l’ostentatoire, mais par la foi de son serviteur. Scientifiquement parlant, l’exagération de l’alimentation surtout pour un jeûneur est nuisible. « L’organisme a besoin que les nourritures soient diversifiées d’un moment à l’autre pour être bien équilibré mais à des portions très modeste », a-t-il affirmé.
Le comportement du jeûneur, en particulier pendant le mois de Ramadan, ne se limite pas à l’abstention de nourriture et de boisson. Il englobe aussi une attitude spirituelle et morale prescrite dans le Coran qui appelle à être très simple, avec une intention propre. « Le Ramadan se nourrit de certaines choses dont l’effort dans la diversité des adorations et dans la lecture du saint Coran. L’augmentation des aumônes aux pauvres et aux nécessiteux, l’assiduité à la prière, préserver sa langue du bavardage inutile, l’augmentation des actes d’adoration pendant les dix derniers jours de ce mois, pardonner, se repentir sincèrement et surtout s’éloigner des mauvaises pratiques », a-t-il martelé.
Oustaz Moustapha Ahoumoudou invite le jeûneur à intensifier la lecture et la mémorisation du coran. « Jeûner revient à s’éloigner de ce qu’Allah a interdit comme les mensonges, les insultes, la tricherie, la tromperie et les interdits que le jeûneur et les gens en général doivent éviter, mais encore plus pour le jeûneur », a-t-il insisté. Quand on jeûne, toutes les parties du corps humain jeûnent. C’est pourquoi, a-t-il relevé, il faut préserver les yeux ou toute autre partie du corps des choses incorrectes.
Hausse des prix de certains produits pendant le mois béni de Ramadan
Au Niger, le Ramadan est synonyme de cherté. Les grossistes, détaillants et vendeurs ambulants en profitent pour hausser les prix des produits de forte consommation. Malgré les instructions des autorités visant à rendre les produits accessibles à la population, force est de constater que beaucoup se plaignent de la cherté subite de certains produits. En effet, dès les premiers jours de jeûne, le sac de 25 kg d’oignon qui se vendait encore recemment à 6 000 FCFA a grimpé soudainement à 12 000 FCFA, la pomme de terre dont le kilogramme se vendait à 400 FCFA seulement quelques jours avant le mois béni des musulmans est vendue à 500 FCFA le kilogramme. La datte, elle, est passée de 600 FCFA à 750 FCFA.

« Je ne comprends pas cette flambée brusque, pourtant la semaine avant le ramadan, j’ai payé 10 kg de pomme de terre en raison de 400 FCFA le kilo, aujourd’hui, pour le début du jeûne, on m’a vendu le kilo à 500 FCFA. Pourquoi cette différence de 100 F à quelques jours seulement pourtant c’est le même stock », se demandait Mme Issoufou Fatouma venue faire ses achats au petit marché. Au marché dolé, le sac de citron se négociait à 30 000 FCFA et la tasse à 2 500 FCFA au début du mois de Ramadan, a expliqué M. Ismaël, vendeur de son état qui évolue dans la commercialisation de ce dernier depuis plus de 2 ans. Sur les marchés, il est difficile de se procurer du gingembre en dessous de 250 FCFA en raison de la hausse exponentielle du prix de ce produit fortement utilisé dans la préparation des jus naturels pour rompre le jeûne. Seuls des légumes frais comme la tomate, le piment, le poivron et l’oignon vert restent disponibles et accessibles, la saison étant propice à la récolte des produits maraîchers.
Le ramadan, un mois favorable aux échanges commerciaux
Comme à l’accoutumée, à l’approche ou pendant le Ramadan, les fidèles musulmanes prennent d’assaut les marchés de vente et de confection de hijabs pour accomplir dans les normes ce rituel sacré. Du matin au soir, les femmes et les jeunes filles défilent devant les boutiques à la recherche du tissu idéal. Le marché Tagabati de Niamey retrouve une animation particulière en ce mois béni. Cette période marque ainsi un temps fort pour les commerçants spécialisés dans la vente de tissus, de hijabs et la couture.
Plus qu’un simple phénomène commercial, cette dynamique traduit l’importance spirituelle, sociale et économique du Ramadan au sein de la communauté nigérienne. Le hijab, symbole de pudeur, de foi et d’identité religieuse pour de nombreuses femmes musulmanes figure parmi les articles les plus recherchés. Sur les étals soigneusement organisés, les commerçants exposent une large palette de tissus aux couleurs variées, aux textures légères et aux motifs séduisants. Certains modèles sont déjà cousus et prêts à être portés, tandis que d’autres sont proposés au mètre pour une confection sur mesure. Cette diversité permet à chaque cliente de trouver un style correspondant à ses goûts, à son budget et à ses besoins spécifiques pour le mois sacré.
M. Souleymane, vendeur de hijabs reconnu pour ses prix modérés, explique que le Ramadan transforme complètement l’ambiance du marché. Selon lui, l’activité commerciale prend une dimension particulière à cette période. Dans les allées du marché, les femmes constituent en effet l’essentiel de la clientèle. Certaines viennent seules, d’autres accompagnées de leurs filles, de leurs sœurs ou de leurs amies. Elles prennent le temps d’examiner les tissus, de comparer les couleurs, de toucher les matières et de discuter longuement sur les prix avec les vendeurs. Cette scène, devenue presque un rituel à l’approche du Ramadan, témoigne de l’importance accordée à la préparation vestimentaire durant cette période.
Les tissus proposés proviennent en grande partie du Nigeria voisin, connu pour la richesse et la qualité de ses textiles. Adamou Ibrahim, jeune couturier, confirme cette origine. Occupé à confectionner de jolies robes et des hijabs élégants, il affirme exercer cette activité depuis plusieurs années. Pour lui, la période avant le Ramadan et le mois béni lui-même constituent la saison la plus dynamique de son travail. « C’est à ce moment que le marché devient vraiment animé. Les femmes anticipent leurs besoins en hijabs pour le mois de jeûne et les prières nocturnes. Elles veulent être bien habillées, tout en restant sobres et élégantes », précise-t-il.
Selon ce couturier, les prix restent accessibles afin de permettre au plus grand nombre de s’habiller décemment. Les tissus sont vendus entre 1 000 et 1 500 FCFA le mètre, selon la qualité et le modèle choisi. Parmi les variétés les plus demandées figurent le crêpe et le magnan mata, proposés à 1 250 FCFA le mètre, les tissus fleuris et le « Maradi kolliya », disponibles à partir de 1 000 FCFA. « Nous offrons même la confection du hijab gratuitement à celles qui achètent leurs tissus chez nous », ajoute-t-il avec un sourire aux lèvres.
Les tarifs des couturiers restent également raisonnables. La confection d’une robe varie généralement entre 5 000 et 6 000 FCFA, tandis qu’un ensemble jupe accompagné d’un hijab coûte entre 7 000 et 8 000 FCFA. Cette politique de prix vise à rendre ces tenues accessibles à toutes les bourses. « Les femmes adorent les tenues en tissu léger parce qu’elles sont adaptées à la chaleur. Elles permettent de prier et de se déplacer sans inconfort », souligne Adamou Ibrahim. Il reconnaît toutefois que commercer avec les femmes demande de la patience et une bonne organisation. « Il faut parfois gérer la foule. Mais nous savons que c’est un mois spécial. Nous faisons tout pour accueillir chaque cliente avec respect et compréhension », note-t-il.
Au-delà de l’achat de tissus, la confection sur mesure occupe une place centrale dans l’activité du marché. De nombreuses clientes préfèrent confier directement la couture aux vendeurs afin d’obtenir un modèle personnalisé correspondant à leurs attentes. Cette proximité entre commerçants et clientes renforce la relation de confiance et contribue à la fidélisation de la clientèle. Mme Rakia Halidou, cliente voilée et habituée du marché Tagabati, affirme privilégier la confection sur place pour mieux choisir ses modèles. « Chaque année, à l’approche du Ramadan, je viens faire coudre des tenues adaptées à la prière, ainsi que de jolies robes pour aller au travail sans gêne. Avant, il fallait beaucoup d’argent pour acheter un beau hijab. Aujourd’hui, avec 3 500 FCFA ou 5 000 FCFA, on peut trouver quelque chose de très joli et confortable », explique-t-elle.
Mme Hadiza Abdoulaye, une commerçante engagée depuis plus de trois ans dans la vente des prêts-à-porter adaptés au mois de jeûne. « Mes articles sont à un prix abordable. Ce sont des tissus soigneusement choisis pour rendre unique chaque modèle et satisfaire mes clients. Le complet est vendu à 10 000 FCFA, mais tout dépend du modèle et de la qualité du tissu », souligne-t-elle. Pour Aïssata Moussa, une autre habituée du marché Tagabati, le hijab occupe une place particulière durant le mois sacré chez la femme. « Pendant le Ramadan, nous faisons davantage attention à notre manière de nous habiller. Le hijab est très important pour moi, surtout pour aller à la mosquée ou recevoir des invités à la maison », confie-t-elle. Selon elle, le marché offre aujourd’hui plus de choix qu’auparavant, aussi bien en matière de styles que de prix, ce qui facilite l’accès à des tenues convenables pour toutes.
Pour certaines clientes, l’achat d’un hijab à cette période ne se limite pas à un simple renouvellement vestimentaire. Il s’agit aussi d’un symbole de renouveau spirituel. Le Ramadan étant un mois de purification, de prières et de rapprochement avec Dieu, porter un nouveau hijab peut représenter un engagement personnel vers plus de piété et de modestie.
Fatiyatou Inoussa et Hafissatou Mounkaila (stagiaire)
