Les membres de la mission visitant la pharmacie du District Sanitaire de Maradi
Sous le soleil bienveillant de décembre, les salles de classe se remplissent de cahiers neufs et les centres de santé retrouvent des étagères pleines. Au village rural de Gaworo (situé à 75 km du chef-lieu de la région) comme au cœur urbain de Maradi ville, une mission conjointe de la Banque mondiale et de l’État du Niger a parcouru cette région emblématique du 18 au 21 décembre 2025. Elle est allée à la rencontre de ceux pour qui les réformes publiques prennent enfin un visage concret. Il s’agit notamment des élèves, enseignants, agents de santé et mères de famille. Sur le terrain, le Programme de Gestion du Secteur Public pour la Résilience et la Prestation de Services (PGRP) révèle des changements palpables, là où l’accès à l’éducation et aux soins était autrefois incertain. Ce fut une véritable immersion au cœur des bénéficiaires finaux où les politiques publiques prennent corps.
Mis en œuvre sous la coordination du Ministère des Finances et de l’Économie, le PGRP est financé à hauteur de 191,5 millions de dollars US sur une durée de six ans. Son ambition est de renforcer la gestion des finances publiques et des ressources humaines afin d’améliorer durablement l’accès aux services sociaux de base, notamment l’éducation et la santé, dans les zones les plus vulnérables.

À Maradi, les résultats observés sur le terrain confirment les données de l’évaluation à mi-parcours. Comme le souligne Zodi Abouzeidi, responsable suivi-évaluation du PGRP, la satisfaction est réelle. La cohérence entre les indicateurs chiffrés et la réalité vécue par les populations sont manifestés. Pour lui, la phase finale du programme devra consolider ces acquis en mettant un accent particulier sur les écoles, les CSI et les ressources humaines.
À l’école primaire Mijin Hawa, dans l’arrondissement communal III de Maradi, la cour est animée par les voix de 756 élèves, dont 400 filles. Les salles de classe, sobres mais fonctionnelles, témoignent d’un changement progressif. Les tables-bancs sont occupées, les élèves disposent de fournitures scolaires et les enseignants affichent un regain de motivation. Les responsables de l’établissement saluent la réception régulière de fournitures scolaires et, surtout, les avancées notables dans la gestion de carrière des enseignants. Les témoignages recueillis convergent dans les domaines tels que les avancements automatiques, régularisation salariale, affectations transparentes, désormais effectuées sans intervention extérieure.
Dans les écoles Maradaoua 1 et 2, le constat est similaire. Plusieurs enseignantes récemment affectées décrivent une procédure fluide et équitable. Madame Ibrahim Nana Fatouma, après 14 années de service à l’inspection de Sarkin Yamma, a exprimé sa satisfaction face au respect strict des procédures administratives, sans difficulté, ni favoritisme. « Nous avons constaté un grand changement depuis la mise en œuvre du programme au niveau de notre inspection », s’est-elle réjouie.
À la Direction régionale de l’éducation nationale, le directeur régional, Harouna Amadou dresse un bilan chiffré éloquent. Les commissions d’affectation se tiennent désormais avec régularité, tandis que la dotation en fournitures scolaires ne cesse d’augmenter, passant de 390 tonnes en 2023-2024, à 530 tonnes en 2024-2025 et 541 tonnes prévues pour 2025-2026. À cela s’ajoute la réception de 1 837 manuels scolaires de CI et CP, redistribués dans les établissements de la région, renforçant les conditions d’apprentissage dès le cycle fondamental.
À Gaworo, un CSI au cœur de la résilience rurale
La mission s’est ensuite rendue dans le village de Gaworo, situé dans la commune rurale de Tchadoua, à 75 kilomètres de Maradi, où le Centre de Santé Intégré constitue un véritable pilier pour la communauté. Le CSI de Gaworo fait d’ailleurs figure de modèle. Selon Maman Abdoulaye, chef du centre, aucune rupture de médicaments ni de vaccins n’a été enregistrée depuis 2023. Les commandes, passées tous les deux mois sur la base de la consommation moyenne, assurent une continuité des soins, y compris en période de forte affluence.
Le centre couvre huit villages, parfois situés à 7 ou 10 kilomètres, et s’appuie sur 32 relais communautaires. Ces acteurs de proximité jouent un rôle central dans la sensibilisation, l’identification des femmes enceintes et leur orientation vers les services de santé. Chaque mois, environ 40 femmes enceintes bénéficient d’un suivi complet des consultations prénatales (CPN4). Sur l’année, 626 accouchements assistés ont été enregistrés, tous réalisés par un personnel qualifié.
Dans la salle d’attente, Mme Salamatou Hassane, 27 ans, mère de deux enfants, confie qu’elle vient régulièrement au CSI. « Depuis que j’ai remarqué qu’il y a des médicaments plus qu’avant, je n’hésite plus à fréquenter le centre de santé de notre village. Par le passé, il ne disposait pas de produits, aujourd’hui, Dieu merci, tout est disponible », a-t-elle déclaré. C’est un témoignage simple, mais révélateur de la confiance retrouvée entre les populations et le système de santé.

Au CSI Place du chef de canton, en plein cœur de Maradi, Madame Oumar Hadjia Adama confirme l’amélioration spectaculaire de la disponibilité des médicaments essentiels. Les ruptures récurrentes observées entre 2022 et 2023 ont totalement disparu en 2024 grâce à une gestion rigoureuse des stocks fondée sur le seuil d’alerte. La stratégie communautaire « Ma Relais, Ma Vie » a transformé la fréquentation des consultations prénatales ; de 60 à 70 femmes par mois, le nombre est passé à près de 160 femmes par mois, soit une progression de plus de 120%. Les séances de sensibilisation sur les risques obstétricaux et la préparation à l’accouchement ont profondément modifié les comportements.
Des indicateurs sanitaires en nette amélioration
Dans le District Sanitaire de Maradi qui dessert plus de 435 000 habitants, les chiffres confirment la tendance. Le taux de rupture de médicaments est passé de 0,79 % à 0,29 %, soit une baisse de plus de 63 % attribuée à la subvention de l’État et à la réduction de 50 % des tarifs des médicaments en 2024. Selon le médecin-chef, Dr Fatouma Hamidou, hormis le BCG en rupture au niveau national pendant environ trois mois, les vaccins et médicaments essentiels -amoxicilline, paracétamol, artésunate injectable et ocytocine- sont disponibles. « Les structures sanitaires disposent désormais de la quasi-totalité des médicaments essentiels, notamment l’amoxicilline (formes injectable, comprimée et suspension buvable pour les enfants de 0 à 5 ans), le paracétamol, l’ibuprofène, la dexaméthasone, l’ocytocine, ainsi que des antibiotiques et antipaludiques tels que l’artésunate injectable », a-t-elle expliqué, avant d’ajouter qu’à un coût moyen de 800 FCFA par consultation, l’accès aux soins s’est considérablement amélioré.
Composée de l’équipe de coordination du PGRP, de représentants des Ministères de la Santé, de l’Éducation nationale, la mission avait pour objectif d’écouter, d’observer et de documenter les changements concrets. À Maradi, des salles de classe animées aux CSI fréquentés, le PGRP apparaît comme un levier structurant de l’action publique. Dans un contexte de vulnérabilité persistante, le programme continue d’accompagner l’État nigérien vers une amélioration tangible et durable des services publics, avec des cibles déjà atteintes en santé et des perspectives prometteuses pour les années à venir.
Seini Seydou Zakaria Envoyé spécial
