Le ministre Mamadou Saidou (au centre), présidant les travaux aux côtés des officiels et experts du programme ‘‘Sahel on Sahel’’
Le ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation Technologique, Pr Mamadou Saidou, a présidé, le lundi 12 janvier 2026 au centre WASCAL, la cérémonie d’ouverture des travaux de la rencontre internationale de l’anthropologie visuelle collaborative. Cette rencontre organisée dans le cadre du programme ‘’Sahel on Sahel’’ offre un espace de partage, d’écoute et de création où se croisent savoir, images et récits de vie. Les participants vont échanger sur des thématiques en lien avec l’ethnographie, l’épistémologie, l’écriture, l’anthropologie, l’éthique et l’analyse.
Dans son discours d’ouverture, le ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation Technologique a souligné que l’anthropologie visuelle, en tant que champ de recherche et de production de savoir, offre des outils innovants et puissants pour analyser, documenter et comprendre les réalités. À travers l’image et le son, elle permet de rendre visibles des expériences sociales souvent marginalisées, de valoriser les savoirs locaux et de renouveler les approches méthodologiques en sciences sociales.
« Je me réjouis particulièrement de constater que cette discipline, dont le Niger est historiquement l’un des berceaux, à travers l’œuvre pionnière de Jean Rouch, connaît aujourd’hui un renouveau institutionnel et académique, notamment avec la création du master d’anthropologie visuelle et la mise en place progressive d’un centre dédié », s’est réjoui le ministre en charge de l’Enseignement Supérieur.
Pour le ministre, la structuration de cette rencontre autour des formations académiques, des partages d’expériences doctorales et d’un festival de films ethnographiques illustre l’articulation entre recherche, pédagogie et diffusion des savoirs vers le grand public. Elle contribue à rapprocher l’université de la société et à renforcer l’impact social de la recherche.
Le recteur de l’Université Abdou Moumouni, Pr Moussa Barazé, a, pour sa part, déclaré que l’anthropologie visuelle est une discipline qui place l’image au cœur de l’enquête sur l’humain. Elle mobilise la photographie, le film, l’archive visuelle et les formes numériques pour documenter, analyser et restituer les pratiques culturelles, les mémoires collectives et les transformations sociales. L’image, selon lui, devient un outil d’analyse, un moyen d’interprétation et un vecteur d’émotion qui complète et enrichit le discours scientifique. Elle permet en effet, d’atteindre des dimensions réelles que les mots seuls peinent parfois à saisir.
« Placer les images au service de la science, c’est reconnaître que la connaissance se construit aussi par le sensible. Elles rendent visibles des réalités souvent invisibles et créent des ponts entre chercheurs, communautés et décideurs. Soutenir l’anthropologie visuelle, c’est donc investir dans une science plus complète, plus accessible et plus humaine. Le centre de l’anthropologie visuelle a besoin d’un accompagnement soutenu, du soutien institutionnel, des ressources matérielles, opportunités de diffusion et partenariat international », a-t-il dit.
Pr Moussa Barazé a par ailleurs lancé un appel aux universités, aux institutions nationales et aux partenaires internationaux pour qu’ils considèrent le centre d’anthropologie visuelle comme un partenaire stratégique pour faire de Niamey un pont d’excellence pour l’anthropologie visuelle.

Abondant dans le même sens, le coordonnateur pays de Sahel on Sahel, Pr Amadou Oumarou, a déclaré que, malgré le développement des techniques audiovisuelles, la place de l’anthropologie visuelle reste modeste dans les études africanistes. Les films ethnographiques et documentaires sont des outils précieux pour la recherche, mais leur diffusion, leur reconnaissance académique et leur intégration dans les débats scientifiques restent encore un défi.
D’après lui, les enjeux actuels de l’anthropologie visuelle au Sahel portent sur la déconstruction des représentations héritées, la réflexion méthodologique sur la production et l’usage des images, la prise en compte des transformations politiques et sécuritaires, ainsi que la reconnaissance et la diffusion des productions audiovisuelles dans le champ académique. « Bien que notre pays soit historiquement reconnu comme le berceau de l’anthropologie visuelle à travers les travaux fondateurs de Jean Rouch, il est encore en phase de structuration sur le plan institutionnel et académique de cette discipline. Cela s’explique en partie par l’évolution progressive de ses cadres de formation : le département de sociologie et d’anthropologie qui en assure aujourd’hui le portage académique, a été créé en 1982, et le master en anthropologie visuelle en 2022 », a-t-il affirmé.
Ce projet a permis la mise à disposition d’équipements essentiels à la formation et à la recherche en anthropologie visuelle, notamment cinq caméras professionnelles, quatre ordinateurs dédiés au montage audiovisuel, ainsi qu’un dispositif de subvention au profit des étudiants inscrits, leur offrant les moyens nécessaires à la réalisation de leurs travaux pratiques.
Fatiyatou Inoussa (ONEP)
