Himadou Amadou
Les réseaux sociaux ont profondément transformé l’espace public. Chaque citoyen peut prétendre commenter l’actualité, diffuser une vidéo ou exprimer une opinion en temps réel. La diffusion rapide de contenus non vérifiés, rumeurs, accusations, injures et diffamation peut fragiliser la cohésion sociale, surtout dans un contexte marqué par des défis sécuritaires et de guerre médiatique tous azimuts contre les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES).
Et pourtant, l’espace numérique n’est pas un espace sans loi. Des textes de loi répriment la cybercriminalité dans notre pays, y compris la diffamation et la diffusion de fausses informations. Abstenez vous de répliquer lorsque vous en êtes victimes. Des captures d’écran, enregistrements ou transcriptions peuvent servir de preuves devant la justice.
La responsabilité ne concerne pas seulement les auteurs de contenus. Les administrateurs de groupes WhatsApp, en tant que gestionnaires d’espaces d’échanges, ont également un devoir de vigilance. Tolérer la circulation répétée de contenus manifestement illicites peut engager leur responsabilité morale, voire juridique.
Face donc aux dérives numériques, certains États ont opté pour des restrictions temporaires d’accès aux réseaux sociaux, comme récemment au Gabon, ou appliquent un contrôle strict de l’information, comme en Chine ou en Arabie saoudite par la restriction, le blocage ou le filtrage des adresses IP et HTTPS des plateformes(WhatsApp, TikTok, Facebook, X…).
A Maghreb, le Maroc a renforcé l’encadrement juridique des contenus numériques et la coopération avec les plateformes, tandis que l’Algérie a durci sa législation contre la désinformation et les atteintes à l’ordre public en ligne. Ces mesures montrent que la régulation du numérique est devenue un enjeu stratégique, dont les réponses varient selon les contextes et les pays.
D’autres privilégient des approches plus équilibrées : éducation aux médias et lutte renforcée contre la désinformation au Sénégal, communication publique réactive au Rwanda.
Au Niger, l’enjeu n’est ni la censure ni le silence. Il s’agit de distinguer clairement les statuts des acteurs de l’information, de renforcer les médias crédibles, de responsabiliser les producteurs de contenus et de développer l’éducation à la citoyenneté numérique.
Pour mieux contrer les dérives, il est important d’identifier clairement les acteurs de l’information en ligne. Les diffuseurs de contenus, blogueurs, créateurs de pages publiques, administrateurs de groupes WhatsApp ou de chaînes doivent être répertoriés et connaître leurs obligations légales.
Cette approche permet de responsabiliser chacun, de faciliter le suivi des contenus problématiques et complète les autres mesures préventives, comme l’éducation aux médias et la coopération avec les plateformes numériques, tout en évitant des restrictions générales qui pénaliseraient l’ensemble des utilisateurs.
C’est à ce prix que les réseaux sociaux pourront devenir un outil de débat constructif, de stabilité et de développement dans notre pays.
Himadou Amadou Spécialiste en Communication
