LEKO Mamane Bachir
Profitant des tout premiers jours du premier mois de ma retraite, j’ai choisi de déposer mon baluchon sur le sol natal, pour renouer avec la vie rurale en guise de séjour préparatoire. Ce dernier a duré quasiment un mois dans une ambiance parentale et fraternelle frisant la festivité en des occasions. Les habitants résidents m’ont favorablement accueilli et adopté au delà de toute espérance, assurant petits déjeuners, déjeuners et dîners durant tout le séjour comme si j’étais un pur étranger. Et, comble de joie, à la fin de mon séjour, des cadeaux en vivres et volailles m’ont débordé m’obligeant à laisser une grande partie sur place. Quelle joie immense aux souvenirs inoubliables chez soi, pour s’opposer à l’adage qui affirme qu’on n’est jamais roi chez soi ?!!! J’en ai été un pour ce bout de temps.
De mémoire, je n’ai jamais résidé plus d’une semaine dans mon village depuis mon admission au baccalauréat, durant les 40 dernières années ou je me rendais une fois tous les 2 ans. Mais j’y suis attaché de cœur et d’esprit avec ses habitants et ses institutions à ma manière. Et, les résidents ne l’ont pas oublié. Ils l’ont prouvé de la plus belle manière qu’il soit. Je leur exprime ici toute ma gratitude et ma sincère reconnaissance, en toute humilité.

L’aspect qui aura autrement marqué mon séjour est la magistrale transformation de la zone, en quelques années, par l’important effort de régénération de l’écho système où diverses espèces d’arbres ont majestueusement verdoyé le couvert jadis sablonneux, ce qui a certainement contribué à la prolifération des éleveurs transhumants. Et, de là, la seule déconvenue ayant tiré vers le bas la joie de mon séjour. La situation d’inconfort que les éleveurs (transhumants), d’un autre genre, venus d’un pays voisin ont créée, au vue et au su des villageois exacerbés mais apeurés et des gouvernants locaux visiblement débordés. La situation choquante que constaterait tout visiteur (non résident) est la coupe abusive des arbres. Même si la pratique est ancienne, elle comporte des éléments nouveaux que sont ses étendues, sa méthode, ses moments choisis et plus surprenant encore certains lieux, par audace ou pure provocation déguisée.
En dehors de la menace sur l’environnement que cause cette nouvelle forme de coupe abusive des arbres, toute nature confondue, la situation peut constituer une source de tension entre ces visiteurs capricieux et les résidents.
Traditionnellement, la pratique de la coupe des arbres se faisait sur une catégorie d’espèces arbres dont les feuilles sont comestibles par les animaux et loin des agglomérations (villages). Mais aujourd’hui, ces éleveurs descendent de la brousse pour les alentours des villages et procéder à la coupe des arbres souvent indistinctement. La cause aurait été juste si la coupe se limitait aux arbres que pouvaient se nourrir le bétail. Loin s’en faut, ils coupent à volonté n’importe quel type d’arbre. Pire, la coupe intervient souvent sans le bétail, donc pas pour nourrir le bétail, mais à dessein, pour nuire et attirer les animaux des locaux qu’ils n’hésitent pas à emporter, s’en approprier et se diriger vers d’autres localités, souvent lointaines, avant le lever du jour car les moments privilégiés de leurs activités néfastes sont la tombée de nuit au delà de minuit. Des exemples sont légion.
Mais le plus curieux des cas, et c’est là la nouveauté, ces éleveurs n’épargnent pas les arbres dans des maisons d’habitation et dans des écoles, comme l’illustrent des images. Et c’est à ce stade qu’il faut saluer la retenue des villageois bien qu’il eut des cas d’altercations avec mort d’homme commises par ces éleveurs dans le village suite aux protestations des propriétaires des champs voulant protéger les arbres qu’ils ont entretenus des années durant car c’est aussi une source de revenu pour les cultivateurs.
Le paradoxe que les villageois ne comprennent pas est l’attitude des agents de l’État en charge de la protection de l’environnement. Selon leurs avis et l’étendue dévastée, les autorités semblent tolérer les activités quasi criminelles des éleveurs venus d’autres contrées mais n’hésitent pas à verbaliser les cultivateurs qui oseraient couper des arbres qu’ils ont épargnés et entretenus dans leurs propres champs pour des besoins ultérieurs.
Au service de l’Environnement du département, tout semble mis en œuvre pour atténuer le phénomène mais la vaste étendue du territoire à couvrir ne laisse aucun doute sur les moyens matériels et humains à déployer.
La récente attaque terroriste à l’aéroport Diori Hamani (juste après minuit) m’a mis la puce à l’oreille pour me rappeler la méthode de ces éleveurs. C’est alors pour attirer l’attention de l’État qu’aucun indice n’est si petit quand il s’agit de la nuisance à l’ordre établi, donc à la sécurité.
Même si les textes actuels n’interdisent pas ces activités aux éleveurs, un périmètre de sécurité (une certaine distance des habitations) doit leur être indiqué pour amoindrir les risques de conflits, si latents. La situation ainsi décrite mérite une autre méthode d’approche pour rassurer les paysans en les impliquant dans le signalement de toute situation d’inconfort général et de nuisance collective vu que ces éleveurs viennent d’autres contrées, hors du territoire national selon le récit des résidents.
Sans mesures particulières face à la situation, les conséquences pernicieuses qu’elle pourrait générer peuvent être nombreuses et variées. On peut sommairement citer à titre d’exemple :
– risque de conflit intercommunautaire sachant que les éleveurs viennent d’autres contrées ;
– perte de certaines activités pour les populations locales. Déjà à ce stade, les parcs d’animaux à domicile sont réduits car il n’est plus possible de laisser les animaux se nourrir en brousse de peur de les perdre à jamais. Donc, un budget circonstancié est obligatoire pour l’entretien du bétail resté attaché sous bonne garde dans les concessions;
– dans les villages, les animaux jouent le rôle de banque pour le paysan, après les récoltes et, ne pas en avoir est synonyme de pauvreté absolue ;
– si rien n’est fait pour décourager ces acteurs d’un genre nouveau qui volent les petits ruminants, ils passeront certainement aux gros ruminants que sont les bœufs de traction des charrettes, véritables sources de revenus pour les propriétaires en assurant le transport de marchandises et autres biens utilitaires.

D’autre part, au plan général, il est aisément remarquable un regain d’activités économiques sur l’ensemble de la zone même si elles demeurent informelles. Il serait en partie l’œuvre de la jeunesse en quête de bien être vers des horizons pourvoyeurs d’emplois dans les zones d’extraction de minerais divers du pays et de la sous région. Dans le chef-lieu de la commune, les preuves sont portées par de nouveaux et imposants bâtiments modernes, un agrandissement fulgurant des agglomérations de la commune et une prolifération des moyens de transport, notamment les engins à deux roues et les tricycles. Cependant, sur ces derniers, il y a lieu de relever une incongruité sur la taxe (si c’en est une) perçue sans preuve de paiement (quittance) par des personnes non assermentées mais à coté de la police, en compensation à l’absence de documents réglementaires de circulation que sont la vignette et l’assurance. Il est perçu la somme de deux cent (200) francs par jour sur les milliers de motos et tricycles en circulation. Question : comment en l’absence de quittance ces ressources peuvent se retrouver dans les caisses du trésor public ? En cette ère de refondation où chaque citoyen est appelé à prouver sa citoyenneté par un geste aussi symbolique soit-il, cette ressource doit être budgétisée et la pratique encadrée, partout où elle est en cours.
LEKO Mamane Bachir, Ancien cadre du ministère des Affaires Etrangères
