Dr Soumana Alphazazi, médecin pneumologue
La tuberculose est une maladie infectieuse. Elle constitue un véritable problème de santé publique au Niger, avec une incidence de 74 pour 100 000 habitants en 2023. Trop souvent, les enfants en sont les victimes silencieuses dans un contexte sanitaire en pleine mutation. L’enquête smart 2020 a fait ressortir une prévalence nationale moyenne de la malnutrition chronique chez les enfants au Niger de 45,1%, et celle de la malnutrition aiguë de 12,7% ; ce qui augmente la vulnérabilité des enfants à développer cette maladie. Les difficultés de diagnostic, le manque d’outils adaptés et les défis d’accès aux soins rendent leur prise en charge complexe.
La tuberculose est due à un germe, une bactérie appelée bacile de koch. Elle se transmet le plus souvent par voie aérienne. « Dans 80% c’est dans l’air, attaquant souvent les poumons, et 15 à 20% à travers l’alimentation. Il s’agit du lait non pasteurisé ou de la viande d’un animal atteint de la tuberculose mal cuite. Les signes (symptômes) sont surtout la toux chronique de plus de deux semaines, amaigrissement, la fatigue générale, les sueurs nocturnes, et le manque d’appétit. La tuberculose pédiatrique a les mêmes symptômes que la tuberculose chez les adultes. Chez l’enfant, surtout les plus petits, il faut toujours rechercher ‘’la notion de comptage’’, de toujours rechercher dans l’entourage quelqu’un qui l’a contaminé. Parce que la tuberculose de l’enfant, et surtout les petits-enfants, ce sont des tuberculoses qui proviennent d’un membre ou proche de la famille. Chez l’enfant, la tuberculose peut entrainer le retard scolaire, la fatigabilité, et la malnutrition. Elle peut être la cause ou la conséquence de la tuberculose chez l’enfant. Chez tout enfant malnutri, il faut systématiquement rechercher la tuberculose », explique Dr Soumana Alphazazi, médecin pneumologue.

Au Niger, poursuit-t-il, le diagnostic de la tuberculose se fait de façon générale, avec des centres de dépistage et de traitement mis en place à travers le pays. « Nous avons actuellement 333 centres de dépistage et de traitement de la tuberculose qui sont répartis sur l’ensemble des régions du pays. Si ce sont des adultes, c’est l’examen de crachat qui se fait à travers les microscopes, ou la machine Ginexpert. Chez l’enfant, c’est très difficile, surtout si c’est un petit enfant. Auparavant, c’est un tubage gastrique, c’est-à-dire qu’on met un tuyau dans la gorge de l’enfant pour aspirer le crachat, ce qui est traumatisant. Maintenant, c’est à travers les selles. Il y a également le diagnostic à travers la radio pulmonaire ou des autres organes, parce que ça attaque tous les organes sauf les cheveux et les ongles. Généralement, chez l’enfant, en dehors de la tuberculose pulmonaire, on recherche la tuberculose de la colonne vertébrale, c’est ça qui fait que les enfants sont déformés, et des ganglions qui fistulisent surtout au niveau du cou », a-t-il fait savoir.
La prise en charge de la tuberculose pédiatrique
La prise en charge de la tuberculose se fait par des médicaments antituberculeux qui agissent sur le bacille de koch. Pour l’enfant, ce sont des comprimés dispersibles, dissolvables et qui ont un goût orangé. L’enfant n’aura pas du mal à les prendre. « C’est une association de plusieurs médicaments. Généralement, on fait une association de quatre médicaments pour les deux premiers mois du traitement, et après on fait le contrôle. Si la personne commence à se guérir, on réduit le traitement à deux médicaments. Tout dépend du traitement. Si la tuberculose n’est pas trop compliquée, on lui fait le traitement à quatre mois. Pour les cas compliqués, c’est de 6 à 12 mois de traitement. Parmi les antibiotiques, il y’a la rifampicine, l’isoniazide, le pyrazinamide et l’éthambutol », précise le praticien.
Selon le coordonnateur national de la lutte contre la tuberculose, la méthode de prévention se fait de manière simple. « Tout nouveau-né doit être vacciné contre la tuberculose (BCG). Il protège les enfants contre les formes graves de tuberculose, la méningite et la miliaire tuberculeuse qui sont des formes mortelles de tuberculose chez l’enfant. En dehors de cette vaccination, au niveau du programme, pour tout cas de tuberculose, on part chercher dans la famille afin d’arrêter la chaîne de transmission. On donne des bavettes aux patients pour ne pas diffuser le germe dans l’air, et aux agents de santé pour se protéger contre les germes circulants », indique le médecin pneumologue.

S’agissant des défis, déplore-t-il, les financements sont en train d’être réduits. « C’est vrai, l’État est en train de faire beaucoup d’efforts pour pouvoir aider le programme à lutter contre cette situation. Néanmoins, si toutefois on a la possibilité d’avoir des financements des autres partenaires, ou même localement avec des bonnes volontés qui peuvent aider pour lutter contre la tuberculose, ce serait une bonne chose. Parce que personne n’est épargné, c’est un germe qui est dans l’air. On est dans les bus, dans les restaurants, lors des mariages ou foyandi, on est dans toutes les formes de rassemblement qui peuvent exposer les gens à la tuberculose. Tout le monde est concerné par la maladie. Par conséquent, si tout le monde s’y met, avec le financement de la lutte, on peut faire beaucoup de choses », a laissé entendre Dr Soumana.
Au niveau du programme, poursuit-t-il, sur 19 000 cas attendus de tuberculose par an, le programme a diagnostiqué et mis sous traitement 16 331 cas en 2024. « Nous avons guéri à peu près 88% de ces gens qu’on a mis sous traitement. Mais maintenant, les 3 000 cas qui restent, si on a des financements supplémentaires, peut-être qu’on peut les atteindre. Parce que les moyens nous manquent pour aller faire plus de diagnostics. Surtout aller investiguer chez les cas, chez les gens qui ont fait la tuberculose, pour voir s’il n’y a pas d’autres cas. Parce que c’est à ce prix seulement qu’on peut arrêter la chaîne de transmission. D’ici peu, on peut même finir avec la tuberculose au Niger », dit-il.
Parlant des solutions, souligne le pneumologue, la tuberculose n’est pas seulement un problème au niveau de la santé, mais plutôt un problème multisectoriel. « Pour lutter contre la tuberculose, il faut lutter contre la pauvreté, la faim, et certaines maladies, telles que le diabète, le VIH, l’alcoolisme ou l’abus des drogues. Il faut également lutter contre certains comportements tels que le tabagisme ou la chicha. Ce sont des facteurs de risque de la tuberculose au Niger. Nous seuls, au niveau du programme, nous ne pouvons pas finir avec la tuberculose. Il faut un changement de comportement. La tuberculose touche dans la majorité des cas les jeunes actifs. Ce qui veut dire que l’avenir de la jeunesse est compromis. Il faut également une bonne sensibilisation de la population pour que les jeunes comprennent que la tuberculose n’est pas un sort, c’est une maladie qui se traite … Il faut qu’il y ait des financements innovants pour la lutte contre la tuberculose. Il ne faut pas qu’on dépende de l’extérieur. Si la lutte contre la tuberculose dépend en grande partie de l’extérieur, avec le nouveau système mondial, on risquerait de se retrouver sans financement », a-t-il relevé.
Le Niger a, d’après lui, une longue expérience dans la prise en charge de cette maladie à travers le programme national de lutte contre la tuberculose. « Nous avons créé toutes les conditions pour que les gens puissent être pris en charge, diagnostiqués rapidement et traités au niveau de nos 333 centres. Je souhaite que la population se rende dans nos centres à la vue du moindre symptôme, comme par exemple une toux de plus de deux semaines », a lancé le coordonnateur.
Notons qu’au Niger, Il y a deux types de tuberculose. Il s’agit de la tuberculose sensible et la tuberculose multirésistante. « Cette année, nous avons à peu près 60 cas de tuberculose multirésistante. Heureusement, on a le traitement pour cette forme de tuberculose. Les 333 centres de dépistage et de traitement, c’est pour la tuberculose sensible, et 4 centres sont dédiés à la tuberculose multirésistante, à savoir les centre de Niamey, Zinder, Maradi et Tahoua », a expliqué le médecin pneumologue Soumana Alphazazi.
Farida. A. Ibrahim (ONEP)
