Allocution du Président de la République du Niger lue par son Directeur de Cabinet, à la conférence virtuelle de DFC et Atlantic Council USA sur Investir dans l’avenir de l’Afrique : «La marginalisation de l’Afrique dans l’économie mondiale, tire donc à sa fin (…) Je fonde l’espoir que les investisseurs Américains sauront saisir ces opportunités», déclare SE. Issoufou Mahamadou.

Discours
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Mesdames et Messieurs,

 

Permettez-moi de remercier la Société de Financement du Développement International et en particulier son Président, Directeur Général MR Adam Boehler pour m’avoir associé, en tant qu’invité spécial, à cette conférence virtuelle sur le thème « Investir dans l’Avenir de l’Afrique » ;

Mes remerciements vont également à Mr Frederick Kempe Président, Directeur Général d’Atlantic Council, coorganisateur de cette conférence.  Le champion de la Zone de Libre Echange Continentale Africaine que je suis ne peut qu’être heureux de participer à cette conférence et d’évoquer les bonnes perspectives et les opportunités d’investissement offertes aux investisseurs Américains par le continent Africain.

 

Mesdames, Messieurs,

Le 24 Octobre 2019 s’est tenu à Sotchi le sommet de coopération Russie-Afrique.Il intervient quelques jours après la tenue le 24 Aout 2019 du sommet Japon-Afrique et la tenue le 17 Aout 2019 du sommet Chine-Afrique ainsi que la tenue deux ans auparavant du sommet Europe-Afrique du 29 novembre 2017. A chacune de ces rencontres les opportunités d’investissement et de financement en Afrique étaient au centre des discussions.

En 2017, pour la 1ere fois, le montant des investissements directs étrangers, évalué à 63 milliards de dollars, a dépassé le montant des aides publiques au développement, estimé à 61 milliards de dollars. Si toutes ces nations montrent un intérêt particulier pour les investissements dans les pays Africains, c’est qu’elles ont pris conscience du fait que l’Afrique est le continent d’avenir. En effet, la plupart des pays africains ont connu une croissance économique soutenue au cours des 15 dernières années, avec des taux de croissance annuelle dépassant parfois les 5%. De plus l’Afrique recèle d’importantes ressources en matières premières, qu’elles soient d’origine agricole ou minérale et un potentiel énorme de croissance économique et de développement. Elle dispose de plus de 60% des terres arables non encore exploitées au niveau mondial.

Le sous-sol du continent est un véritable scandale géologique de par la diversité et les quantités de minéraux disponibles.

Le potentiel d’énergie hydraulique est considérable ; le site congolais d’Inga à lui seul présente un potentiel d’énergie hydraulique non exploité de 40 000 MW, capacité suffisante pour couvrir les besoins de plusieurs pays du continent et à moindre coût.

L’Afrique dispose d’une population en pleine croissance estimée aujourd’hui à 1,2 milliards d’âmes et pouvant atteindre 2,5 milliards en 2050.Cette population se caractérise par sa jeunesse d’où un énorme potentiel de main d’œuvre et de consommateurs.

 

Mesdames, Messieurs,

Ce potentiel de croissance reste fragile s’il ne s’inscrit pas dans un cadre de planification stratégique. Les pays Africains regroupés au sein de l’Union Africaine, en ont pris conscience et se sont engagés à mettre en œuvre, pour l’horizon 2063, centenaire de la création de l’organisation de l’Unité Africaine, ancêtre de l’union africaine actuelle, la vision d’une « Afrique intégrée, prospère et pacifique, dirigée par ses propres citoyens, et représentant une force dynamique sur la scène internationale ».  Cette vision a été traduite dans l’Agenda 2063 et dans ses programmes et plans d’action, constituant un cadre stratégique avec des objectifs ambitieux de croissance et de développement et d’intégration du continent.

 

Ces Programmes et plans couvrent tous les secteurs d’activité économique et sont répliqués au niveau des blocs régionaux, les huit communautés économiques régionales, dans le cadre desquelles se réalisent un processus d’harmonisation et d’intégration politique, économique et monétaire. Les principaux programmes et plans d’action sectoriels sont les suivant :

– le Plan d’action pour le développement industriel accéléré de l’Afrique (AIDA),

– le programme de développement des infrastructures en Afrique (PIDA),

– le programme détaillé de développement de l’Agriculture en Afrique (PDDAA) ;

– la Vision Minière Africaine (VMA) ;

– le plan d’action pour l’intensification du commerce intra-africain (BIAT) dont une des composantes est le projet de zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

 

Mesdames, Messieurs,

Le projet de la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) est l’un des projets les plus emblématiques et considérés comme prioritaires dans la marche vers l’intégration du continent et dont l’Union Africaine a demandé l’accélération de la mise en œuvre. C’est dans ce cadre que j’ai été désigné en 2017, par mes collègues chefs d’Etats et de Gouvernement de l’Union Africaine, champion de ce projet qui consiste à éliminer tous les obstacles tarifaires et non tarifaires qui limitent les échanges entre les 55 Etats Africains, créant ainsi la plus grande zone de libre-échange du monde. A l’issue d’un processus accéléré de négociation, l’Accord portant création de la zone de libre-échange continentale Africaine a été signé en Mars 2018 et entré en vigueur en Mai 2019.

La première phase de ce projet porte sur la libéralisation du commerce des marchandises et des services et sur le règlement des différends. Cette première phase a été officiellement lancée le 7 juillet 2019 à Niamey. Les transactions commerciales dans le cadre de la ZLECAf débuteront en Janvier 2021. La deuxième phase de la ZLECAf concerne les investissements, la concurrence et la propriété intellectuelle. Elle est en cours de négociation. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) s’étendra ainsi sur un marché en pleine croissance doté dès le départ de 1,2 milliard de consommateurs, représentant un produit intérieur brut (PIB) de 2 500 milliards de dollars.

Pour s’attaquer aux obstacles qui entravent la circulation des biens et des services, il est absolument nécessaire de développer les investissements dans des réseaux transfrontaliers de transport, d’énergie, d’eau et des NTIC. Le projet de développement des infrastructures dont les 51 programmes ont vocation à parfaire l’interconnexion, l’intégration et la transformation du continent africain, constitue une étape importante dans cette direction et une grande opportunité d’investissement. L’accélération de la transformation économique du continent à travers la création de la Zone de libre-échange continentale et la mise en œuvre des autres programmes de l’Agenda 2063 s’accompagnera nécessairement du développement d’un marché financier Africain et de l’accès accru de l’Afrique au marché financier mondial, une autre opportunité d’investissement.

 

Mesdames, Messieurs,

Il va sans dire que l’avenir de l’Afrique dépend de la manière dont le continent abordera le problème de la gouvernance économique et politique, réglera les conflits civils et s’emploiera à approfondir les réformes économiques et sociales nécessaires. Ces chantiers sont au centre des préoccupations des leaders politiques africains qui savent que pour attirer les investisseurs certains défis doivent être au préalable, relevés : la sécurité et la stabilité, la mise en place des institutions démocratiques fortes capables d’assumer les choix stratégiques du continent, la mobilisation des ressources internes et externes, la poursuite des réformes et des politiques macroéconomiques efficaces et adaptées au cadre stratégique défini.

Concernant la sécurité, l’Union Africaine dispose des mécanismes de prévention et de gestion des conflits allant de l’alerte, à la mobilisation des forces en attente, en passant par la médiation. C’est la mise en œuvre de ce mécanisme qui a permis de régler la crise soudanaise au Sud comme au Nord. De même un effort intense de solidarité est en cours dans le cadre de la lutte contre le terrorisme comme le démontre la mobilisation d’un fonds de 1 milliard de dollars par les pays de la CEDEAO pour la lutte contre le terrorisme dans le Sahel et le bassin du lac Tchad ainsi que l’envoi prochain, par l’Union Africaine, d’une force de 3000 hommes en appui aux pays du G5 Sahel.

 

Le renforcement des institutions démocratiques fait partie des priorités des programmes mis en œuvre par les différents gouvernements. L’accession au pouvoir par les urnes est devenue désormais la règle, les fichiers électoraux biométriques se généralisent ainsi que la limitation du nombre de mandats présidentiels. C’est ainsi qu’étant bientôt au terme de mon deuxième mandat je ne puis me présenter à la prochaine élection présidentielle du 27 Décembre 2020. En ce qui concerne la mobilisation des ressources, au-delà de la mobilisation des financements externes, les pays africains mettent l’accent sur la mobilisation des ressources domestiques notamment l’épargne locale et les ressources fiscales dont le seuil de prélèvement doit tendre progressivement vers l’objectif de 24% du PIB défini par la CNUCED.

Pour ce qui est des réformes et des politiques macroéconomiques, le cadre stratégique défini au niveau continental est dupliqué et adapté au niveau régional et au niveau des Etats, tant en ce qui concerne les visions stratégiques que les programmes sectoriels. Par ailleurs les pays africains font d’énormes efforts pour améliorer le climat des affaires. Des pays comme le Niger ont fait des bons significatifs sur le classement « doing business » de la banque mondiale et améliorent leur rang d’année en année. Plusieurs réformes novatrices sont introduites dont les lois sur les PPP (Partenariat Public Privé), la réforme des codes des investissements, etc. Ce sont toutes ces performances, ces potentiels, ces réformes engagées qui justifient l’engouement de certaines nations pour investir en Afrique et renforcer leur coopération avec les pays Africains et qui font dire aux experts en prévision économique que «la marginalisation de l’Afrique dans l’économie mondiale, tire donc à sa fin».

 

Je fonde l’espoir que les investisseurs Américains sauront saisir ces opportunités.

Du reste en Septembre 2021 se tiendra, à Kigali au Rwanda, la deuxième foire commerciale intra-africaine co-organisée par l’Union Africaine, la Banque Africaine d’import-export et le Gouvernement du Rwanda, j’exprime le souhait d’une participation massive des investisseurs Américains à cet important évènement continental.

 

Mesdames, Messieurs,

L’émergence de l’Afrique pourrait bénéficier de la réforme nécessaire de la gouvernance politique et économique mondiale post COVID 19. La gouvernance actuelle a montré ses limites. Le choc sanitaire et économique provoqué par la COVID 19 nous interpelle pour la mise en place d’un nouveau paradigme. Ce nouveau paradigme doit nous permettre de lutter plus efficacement contre la pauvreté et les inégalités en renforçant la solidarité, la justice, égalité et l’équité dans le contexte d’un monde globalisé, sachant que l’Afrique a encore besoin d’une attention toute particulière dans un certain nombre de domaines afin d’atteindre les objectifs de développement durable (ODD).  Je voudrais, pour conclure mon propos, réaffirmer que les gouvernements Africains sont impatients de travailler avec les investisseurs Américains et en leur nom je vous invite à saisir les opportunités offertes par la ZLECAf.

 

Je vous remercie.