M. Bounia Yahaya, Directeur Général de la Protection des Végétaux : « A la DGPV, nous nous penchons de plus en plus sur la gestion intégrée des ennemis des cultures en associant l’utilisation de la lutte biologique et les autres alternatives de lutte»

Invite de sahel dimanche
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La Direction générale de la protection des végétaux (DGPV) est un service rattaché au ministère de l’agriculture dont la mission principale est de protéger, au nom de l’Etat, les cultures sur l’ensemble du territoire. En cette période d’hivernage couplé aux effets du changement climatique, la DGPV est sur tous les fronts pour combattre les ennemis des cultures, avant qu’ils ne s’attaquent aux récoltes des cultivateurs. Pris entre la rareté des financements en faveur des produits chimiques et la nécessité de mener des recherches sur des solutions innovantes, équilibre ses interventions en soutien à la productivité agricole et à la protection des végétaux.

 

Monsieur le Directeur, cette année, on a assisté à d’importantes invasions des criquets dans certaines parties du contient, notamment en Afrique de l’Est et même en Inde. Est-ce qu’il y a des risques que cela arrive dans la région du sahel et au Niger en particulier.

Nous suivons cette situation de très près car la menace pour les pays du sahel aussi existe. Mais pour cette question précise, vous voudriez bien vous adresser au Centre National de Lutte Antiacridienne (CNLA) qui a pour mission la gestion spécifique de ce fléau.

 

A l’étape actuelle de la campagne agricole d’hivernage, est-ce qu’il y a des menaces qui ont été signalées ou détectées par vos services ? Si oui, dans quelles zones du pays ?

Actuellement, on assiste à une persistance d’attaques de sautériaux sur le mil dans les régions de Diffa et Zinder, des attaques d’insectes floricoles sur le mil dans les régions de Maradi, Tahoua, Dosso et la Communauté Urbaine de Niamey, des attaques de criocères et cicadelles sur le mil et le sorgho dans les départements de Takiéta et Aderbisnat.

On observe aussi une pression de chenilles défoliatrices sur le mil, le maïs, le niébé et le sésame dans les régions de Diffa, Dosso, Maradi, Zinder et dans la Communauté Urbaine de Niamey, ainsi que des infestations de pucerons et punaises sur le niébé dans les régions de Diffa, Tahoua et Zinder et des manifestations d’oiseaux granivores dans le département de Abala, dans la région de Tahoua. La dernière activité recensée des ennemis des cultures à l’heure actuelle est la présence de la chenille mineuse de l’épi de mil dans les régions de Tahoua, Tillabéry, Maradi, Diffa, et Zinder.

 

Comment reconnaître les menaces sur les cultures ? Quelle attitude adopter et quelle est la procédure à suivre par les producteurs dans ce cas ?

 

Les producteurs sont les premiers à faire les déclarations d’attaques aux brigadiers phytosanitaires les plus proches qui vérifient ensuite cette présence et décident de l’opportunité de traiter ou pas. C’est lorsque les capacités du brigadier sont dépassées que le Chef de District Agricole ou le responsable communal de la zone organise un chantier de traitement sous sa supervision. C’est seulement quand l’ampleur des infestations dépasse las capacités des agents à la base que les niveaux départemental et régional viennent en appui avec des moyens plus importants. Enfin, le niveau central vient en appui aux régions en cas de traitement de grande envergure.

 

Il se trouve, Monsieur le Directeur, que le secteur de Protection des Végétaux est mal connu par nos concitoyens. A quoi consiste la mission de la DPV ?

La Direction générale de la protection des végétaux (DGPV) est créée par loi N°2015-35 du 26 mai 2015 qui abroge l’ordonnance N°96-008 du 21 mars relative à la protection des végétaux et donne obligation à l’Etat de protéger les cultures sur l’ensemble du territoire national. Les missions assignées à la DGPV dans cette loi sont la protection des végétaux et des produits végétaux par la prévention et la lutte contre les organismes nuisibles dans le respect de l’environnement, la promotion de la protection intégrée des cultures contre les déprédateurs pour un développement durable des productions nationales, la mise en œuvre d’une politique nationale de gestion des pesticides, notamment le contrôle de l’importation, de la fabrication, de l’homologation, du suivi post-homologation, de l’utilisation, du stockage et de l’élimination des produits dans le souci du respect de la santé humaine, animale et de l’environnement, et enfin la promotion de la qualité sanitaire des végétaux et des produits végétaux à l’exportation.

 

Quel est le maillage territorial de votre direction et quelles sont ses grandes orientations à l’heure actuelle ?

Pour mener à bien sa mission, la Direction générale de la protection des végétaux est organisée en quatre (4) Directions centrales chargées entre autres de concevoir et superviser les interventions phytosanitaires  sur l’étendue du territoire national, de huit (8) Services régionaux de protection des végétaux (SRPV) qui sont chargés de la mise en œuvre de la politique de protection des végétaux à l’échelle régionale, et des Services Départementaux (APV) qui sont chargés de l’exécution des interventions phytosanitaires au moyen des appareils autoportés et un réseau de Brigadiers Phytosanitaires pour des traitements localisés. Nous nous appuyons sur le dispositif d’encadrement de base de notre Ministère de tutelle, à  savoir les Chefs de Districts Agricoles (CDA) pour assurer l’organisation, le suivi et l’évaluation des traitements phytosanitaires effectués.

 

Le facteur climat devient de plus en plus imprévisible dans notre zone sahélienne avec des cycles récurrents de sècheresse et d’inondations. Quel est l’impact de ces aléas climatiques sur la protection des végétaux au Niger ?

Les changements climatiques constituent effectivement une menace supplémentaire pour la production agricole et son environnement. Ils sont aussi l’une des causes de la résurgence et de la prolifération des ravageurs. Ils créent aussi de nouvelles conditions biologiques aux ennemis des cultures qui favorisent leur prolifération jusqu’à un seuil de nuisibilité pour les cultures et l’apparition  de nouvelles zones d’infestation parasitaire.

De ce fait, les impacts des changements climatiques sur les ennemis des cultures  sont étroitement liés à l’augmentation ou à la baisse de la température, de l’humidité et du vent. La fluctuation de ces éléments entraine le changement du comportement alimentaire et la prolifération des ravageurs. La conséquence de ces changements, en plus des ravageurs locaux, a entrainé l’arrivée de certains ravageurs invasifs au Niger comme la chenille mineuse de la tomate (Tutaabsoluta)  en 2012, qui attaque toutes les solanacées (tomate, pomme de terre, aubergine, piment) et dont l’infestation est observée dans toutes les régions du Niger, à l’exception de Diffa, et la chenille légionnaire d’automne (Spodopterafrugiperda) inféodée au maïs en 2016, qui attaque toutes les graminées et son infestation a été notée dans toutes les régions. Les dégâts de cette chenille sont actuellement observés sur le sorgho et de manière isolée sur le mil. On note aussi l’arrivée sur notre sol de la mouche de fruit de mangue (Bactrocerainvadens), détectée dans les régions de Tillabéri, Niamey, Dosso, Tahoua et Maradi, ainsi que celle de la mouche de fruit (Drosophila uzuki) inféodée aux agrumes dans la région d’Agadez.

En somme, le facteur climat joue un rôle prépondérant dans les infestations des ennemis de cultures. A l’avenir,  la production agricole dépendra de la mesure avec laquelle le système de défense des cultures pourra innover et gérer les infestations des ravageurs dans le contexte du changement climatique qui entraine plus d’imprévisibilité et de variabilité.

 

Avec plus de 2/3 du territoire occupé par le désert, la protection des végétaux fait partie des priorités des autorités. Quelles sont les recherches menées par la DGPV et les résultats innovants et adaptés à notre pays auxquels elle a abouti ?

Au sein de la DGPV, nous avons une direction qui s’occupe de la recherche appliquée en matière de gestion des ennemis de cultures. Cette recherche est menée à la fois en laboratoire et sur le terrain. Parmi les résultats innovants adaptés à nos réalités, on peut citer la production en masse de Habrobracon hebetor, un parasitoïde utilisé dans la lutte contre la chenille mineuse de l’épi du mil. De la phase expérimentale, nous sommes aujourd’hui à la mise à l’échelle de cette technologie. Les techniques utilisées au laboratoire sont en train d’être transférées au niveau des producteurs pour que ces derniers s’approprient de la technologie et contribuer à la défense des cultures de leurs terroirs. Cette technique est en train d’être expérimentée sur les cultures maraîchères dans la lutte contre la noctuelle et la mineuse de la tomate ainsi que dans la lutte contre la chenille du Moringaoleafera.

Il y a aussi la promotion des bios pesticides dans la lutte contre les ravageurs des cultures par l’utilisation des extraits aqueux des plantes (neem, tabac, piment, ail, etc.) dans la lutte contre les ravageurs des cultures.  L’utilisation de ces bios pesticides éviterait l’utilisation abusive des pesticides. Et enfin, nous avons la pulvérisation de Metarhiziumacridum dans la lutte contre les acridiens. Ce mycopesticide agit par épizootie et empêche la prolifération des acridiens dans leurs aires de multiplication.

 

Quelles sont les actions entreprises pour faire de la DGPV une direction performante et résiliente ?

Nous observons de plus en plus une rareté des ressources pour soutenir la lutte chimique au moyen des pesticides, malgré que les interventions de la Direction générale de la protection des végétaux respectent les mesures de sauvegardes environnementales en utilisant des pesticides homologués, en respectant les paramètres de traitement, en formant les acteurs, en respectant les zones tampon, etc.

C’est  tenant compte de ces aspects qu’à la DGPV, nous nous penchons de plus en plus sur la gestion intégrée des ennemis des cultures en associant l’utilisation de la lutte biologique et les autres alternatives de lutte. La DGPV développe aussi des actions de partenariat dans ce domaine avec d’autres institutions de recherche telles que l’INRAN, l’AGRHYMET, les Universités, etc.

 

 

Réalisée par Souleymane Yahaya(onep)