Le Niger a abrité, du 5 au 7 octobre 2026, la 10è édition du Salon Africain de l’Invention et de l’Entreprise Innovante (SAIIT). Cette édition a été un lieu de découvertes qui a prouvé que l’Afrique possède un génie créateur. Pendant trois jours, plusieurs inventeurs venus des 17 États membres de l’Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle (OAPI) ont prouvé qu’une autre Afrique est possible : celle qui transforme ses déchets en carburant, son plastique en toiture, sa courge en industrie et capable de sauver ses patients par elle-même.
Au Niger, l’innovation s’adapte aux réalités quotidiennes. C’est la première leçon du salon. L’invention nigérienne ne cherche pas le futur, elle règle le présent.
Sur le stand de Danitech Innovation, l’inventeur présente fièrement le pèse-gaz mécanique à équilibre de forces. Fini la fraude et les incendies. Une invention 100% mécanique qui permet de contrôler et de mesurer la quantité de gaz contenue dans la bouteille. « J’ai voulu une solution qui ne tombe jamais en panne, cent pour cent mécanique, qui permet de contrôler immédiatement la quantité de gaz contenue dans la bouteille. Il permet aussi de détecter et d’alerter instantanément les fuites », a expliqué son inventeur, M. Daniel Bitoumba. L’utilisation est simple : il suffit de poser la bouteille sur le pèse-gaz. « Quand la bouteille est pleine, elle vire au vert. Quand elle n’est plus pleine, elle descend vers le jaune. Et quand il n’y a rien dedans, l’aiguille descend vers le rouge. Pas de pile, pas d’électronique ».

À quelques mètres, l’équipe Hyperflow et Hypertrac présente l’autre visage du Niger : la robotique agricole. « Nous avons le système d’irrigation intelligente qui est constitué d’une station météo, d’un système de contrôle et d’une plateforme digitale pour visualiser les données, les mesurer, les analyser et actionner intelligemment l’irrigation, en manuel ou en programmé. Il y a aussi un moteur IA qui, en fonction des données et des conditions climatiques, décide quand il faut arroser et quelle quantité d’eau apporter. Cette solution s’appelle Hyperflow », explique un membre de l’équipe.
L’entreprise propose deux autres solutions : « Hypertrac est un système de géolocalisation qui prend en charge les camions, les voitures, les tricycles, les motos et même les personnes. Nous avons des GPS mobiles qui permettent de suivre le trajet en temps réel, avec historique, analyses, alertes et notifications. Et enfin, notre troisième filiale, la première d’ailleurs, c’est Hypertrac Electronique. Nous vendons les composants électroniques nécessaires pour la réalisation des systèmes intelligents et embarqués, ainsi que des consommables informatiques ».
Au fond du pavillon, le stand le plus silencieux est aussi le plus fort : LIKITA CARE. « Nous avons fabriqué le premier moniteur de surveillance Made in Niger. Il mesure l’ECG, la SpO2, la tension, la température, la respiration, pour l’adulte, l’enfant et le nouveau-né. Surveillance continue, alarmes intelligentes, suivi de tous les lits sur un écran et sur l’application mobile du médecin. Fabrication, formation et maintenance 100% locales. Avant, on appelait l’extérieur quand ça tombait en panne. Maintenant, on répare nous-mêmes ».
Autre stand, autre odeur, celle du plastique chauffé. Le jeune inventeur nigérien Inoussa Seyni, autodidacte originaire de Dosso, transforme les déchets plastiques en carburant. Entre ses mains, le sachet qui bouchait le caniveau devient de l’essence pour la moto, gasoil pour le moulin. On ne recycle pas pour faire joli, on produit de l’énergie.
Dans l’agriculture durable, le Niger n’est pas en reste. L’entreprise S3D Niger fabrique des engrais organo-minéraux BioSAS Ferti Plus, des pesticides, des semences céréalières et maraîchères et des dérivés du neem.
Le Togo mécanise et transforme
La filière courge, restée manuelle, pénible et réservée aux femmes et aux enfants qui mettaient deux à trois semaines pour cinq kilos par jour, est devenue industrie. L’inventeur togolais, M. Guema M’Bantana, présente sa chaîne complète. « Le broyeur V2 broie et tamise en même temps, il a eu le premier prix à Bamako, en 2025. La moissonneuse automatique ramasse les fruits au sol, sépare les graines et transforme la pulpe au sol en biofertilisant. On a une version en tracteur et une version en moto-tricycle. La décortiqueuse fait 300 kilos par heure à 96%, et la prochaine fera 1 000 kilos avec tri optique à 100% », affirme-t-il.
Au niveau du stand de l’entreprise Togo Viande, il n’y a pas de machine, il y a une odeur : celle des épices qui grésillent. Derrière un petit comptoir, Mohamed de l’entreprise « Togo Viande » fait goûter les visiteurs. « Nous sommes une entreprise togolaise qui accompagne les éleveurs locaux, puis nous rachetons le bœuf et la volaille que nous transformons en saucisses de bœuf et de volaille en y ajoutant des épices de chez nous. C’est pourquoi, le goût est plus relevé et différent des saucisses importées ». Togo Viande représente l’exemple de PME qui transforme la ressource locale au lieu de l’exporter.
Le Burkina invente autrement
Le Burkina Faso est venu avec deux réponses vitales. Dr Nevier Karim, entomologiste à l’INERA, présente son piège contre la mouche des fruits, Mango Protect. « Elle fait pourrir mangues, agrumes et concombres. J’ai conçu un appât alimentaire à base de protéines qui l’attire dans des bocaux dont elle ne ressort plus. Sans pesticide. Certifié agriculture biologique par ECOCERT, homologué par le Comité Sahélien des Pesticides et protégé à l’OAPI, il permet une marge bénéficiaire de 161% et une augmentation de 4 tonnes à l’hectare ».

Dans une autre allée, M. Raymond de la société SOTHYM, montre l’incinérateur de déchets biomédicaux fabriqué au Burkina Faso. « En une heure, notre incinérateur semi-automatique transforme 20 kg de déchets biomédicaux contaminés en cendres non contaminées. Très basse consommation, 2 kW/h, il fonctionne en électrique et en solaire, en ville comme en brousse ».
Mali, le thé malien, automatisé
La Startup Mandé Tech a inventé le Mandé Barrada, la première machine automatique capable de préparer et servir le thé malien. L’idée de sa fabrication est venue en observant les ‘’grins’’, ces espaces de socialisation à Bamako où on passe des heures autour du thé. L’appareil est léger, transposable, sur le principe d’une machine à café mais adapté au thé malien et au besoin de chaque amateur. Elle a été présentée au Salon des entrepreneurs de la Confédération des Etats du Sahel (AES).
Le Cameroun soigne et filtre
Le Cameroun est venu avec deux réponses santé. D’abord, le phytomédicament anti-anémie du Dr Ferdinand Kouoh, PhD et MBA, enseignant-chercheur à l’Université de Yaoundé I, spécialiste des phytomédicaments. « J’ai travaillé sur une plante locale identifiée à l’Herbier National. J’ai eu deux étudiants. La première, une étudiante centrafricaine, a fait un extrait anti-anémie comparé au Ranferon-12. On a montré qu’en 3 jours, on a les mêmes scores que lui fait en 5 jours. On est ensuite passé à la forme sirop et aux gélules. L’anémie est une problématique mondiale. En Afrique subsaharienne, ce n’est pas 2 personnes sur 10, c’est 6 sur 10 qui souffrent de l’anémie. C’est une solution locale, à coût concurrentiel, avec nos plantes médicinales ».
Ensuite, le biofiltre alcalin BEV 21 673 de Jean-Baptiste, ingénieur et promoteur de la PME Bio Watasa. « C’est un dispositif à base de matériaux locaux, avec un système de pré-rafraîchissement, un système de rafraîchissement et une bougie filtrante au charbon actif de 0,5 micron. Ça filtre l’eau du forage, du puits, du robinet ou de la rivière, enlève les bactéries, les impuretés, les odeurs et les mauvais goûts. Le système rafraîchit aussi l’eau naturellement. C’est autonome, sans énergie ». Le biofiltre coûte 25 000 Francs avec un volume de 16 litres.
Le Sénégal, le Tchad et la Centrafrique : l’innovation de proximité
Le Sénégal apporte une solution de pointe pour les aviculteurs avec Mohamed Sy, ingénieur en électromécanique. C’est le premier banc de vaccination par nébulisation au monde. On pose 150 poussins, on asperge le vaccin sur le nez, les yeux et la bouche en trois secondes, avec 95% d’efficacité, soit 180 000 poussins par heure. Breveté partout et déjà commercialisé ».
Le Tchad invente Cryptocook pour alléger la peine des femmes. « C’est un cuiseur à induction magnétique alimenté par un seul panneau solaire. Vous pouvez toucher le fond de la marmite pendant la cuisson. Trois heures d’autonomie sur batterie la nuit ».

La Centrafrique a apporté la preuve du principe du chimiste français Antoine Lavoisier, selon lequel « rien ne se perd, rien ne se créé, tout se transforme ». D’abord les balais recyclés : le plastique qui polluait Bangui est transformé en balais et brosses durables par l’entreprise Formotech du jeune Mohamed. Ensuite, Fane Farida Faouzi, biochimiste, avec ses cosmétiques à base de plantes. « Je nourris la peau comme on se nourrit. J’ai créé des savons 100% naturels à base de karité pour les peaux sèches, moringa antiseptique, zeste d’orange vitamine C, spiruline antifongique, curcuma, charbon actif, riz éclaircissant, et des shampoings anti-casse ».
Connectivité et sécurité, le Gabon et la Guinée Equatoriale projettent le futur dans le présent
Fernand Aliwa Ambouroue de MELFER Télécom et Technologie explique : « On a inventé un système intelligent mutualisé 100% sans fil, longue portée, basé sur une architecture cellulaire distribuée. Comme Netflix, on sépare l’identité du client de l’équipement. Un seul abonnement donne des droits à plusieurs profils logiques. Une seule cellule sert tout un quartier ». Cette société propose une nouvelle architecture systémique qui déplace l’intelligence du service de l’équipement terminal vers le centre du réseau. Pour garantir la viabilité de cette architecture mutualisée, l’entreprise a conçu un moteur d’orchestration centrale. « L’intelligence de notre système est algorithmique, réactive et déterministe », a souligné M. Ferdinand Aliwa.

Et Lucas N’dong fait découvrir la serrure intelligente. Ce jeune Equato-guinéen a inventé un prototype de serrure de porte intelligente qui remplace la clé normale. Son invention permet ainsi d’ouvrir la serrure par clé USB unique fournie avec la porte, par code personnel, et par appel téléphonique grâce à un emplacement carte SIM intégrée.
La Mauritanie et l’innovation circulaire
L’inventeur de la société Habidem, M. Omar Wélé, présente le système Écotherme. « Nous sommes dans l’innovation circulaire, la construction des bâtiments à partir des déchets plastiques qu’on transforme en isolants de toiture appelés système Écotherme. Il permet de refroidir et d’isoler le toit, car 30 à 40% de la chaleur passent par le toit. Cela permet d’économiser l’énergie et d’assurer le confort thermique dans les bâtiments et les écoles. Toutes les écoles du Sahel sont confrontées à la chaleur, on ne peut pas climatiser tous les bâtiments. On règle à la fois le problème des déchets et celui de la chaleur, et on crée une industrie à la place des hourdis en béton qui alourdissent les toits et s’effondrent ».
La Guinée Bissau propose une machine à décortiquer la noix de cajou
La machine présentée par M. Dominique est une petite unité semi-automatique qui casse la coque de la noix de cajou sans briser le noyau. Elle remplace le travail manuel très pénible et dangereux à cause de l’huile caustique de la coque.
Dix-sept pays, dix-sept façons de dire la même chose : l’Afrique ne manque pas de génie créateur. Elle avait juste besoin d’un salon pour le montrer. En trois jours à Niamey, le continent a cessé de demander la permission d’inventer. Il l’a fait, sans poudre magique, sans levée de fonds à millions, mais avec ce qu’il a sous la main. La 10é édition du Salon Africain de l’Invention et de l’Entreprise Innovante a fermé ses portes. L’Afrique qui fabrique, elle, vient de les ouvrir. Du pèse-gaz au biofiltre camerounais, de l’incinérateur Burkinabé à la serrure intelligente, le SAIIT 2026 aura tenu sa promesse : montrer que la propriété intellectuelle africaine n’est plus une idée à protéger, mais une richesse à exploiter.
Rahila Tagou (ONEP)





