Situé dans la partie septentrionale du Niger, au pied du versant ouest du Mont Tamgak, à 160 km au nord-est de la ville d’Arlit et à 330 km d’Agadez, chef-lieu de la région, Iférouane a abrité du 5 au 7 décembre 2025, le Festival de l’Aïr. Un événement emblématique qui met en lumière la culture du terroir à travers des animations traditionnelles et des échanges culturels. C’est aussi une occasion pour les Nigériens de se rassembler, de partager leur culture et de renforcer les liens sociaux. Cet événement attire plus de 20 000 festivaliers, contribuant ainsi à l’économie locale. Il constitue une plateforme d’expression artistique. Un espace de préservation du patrimoine, un lieu de dialogue et un moteur de développement touristique. Il rappelle avec force que la culture est un facteur de paix, un ciment de cohésion sociale et un levier de développement durable.

Le Festival de l’Aïr est un événement qui est né dans les années 2001 grâce à une initiative du ministère du Tourisme de l’époque, en collaboration avec les Agences touristiques, telles que celle de M. Vittorio Gioni d’origine italienne installé à Iférouane depuis 1971 et qui intervient dans l’hôtellerie, l’organisation des voyages sahariens. En effet, l’idée est venue de Vittorio qui a remarqué que l’Aïr possède un potentiel en matière de Tourisme, il juge nécessaire de faire la proposition au Ministère en charge du Tourisme en vue de mettre cet atout en valeur et que la population profite de ces merveilles. C’est ainsi qu’il a soumis l’idée au Ministère du Tourisme, qui a approuvé la proposition en apportant quelques modifications. La toute première édition a pu se tenir en 2001 sous l’impulsion de Rhissa Ag Boula, ministre du Tourisme de l’époque.
L’Aïr et le Ténéré sont des sites particulièrement intéressants d’un point de vue touristique. Il y a assez de circuits, assez de potentialités touristiques, avec le paysage, le Ténéré, le Sahara, qui est aussi un excellent outil phare en matière de tourisme au Niger, explique M. Adouma Alghoubass de Timia, l’un des pionniers du Festival de l’Aïr. C’est également un lieu de découverte des merveilles de la zone telles que : les oasis de l’Aïr, les oasis du Kawar, les déserts du Ténéré, les gravures rupestres et des sites archéologiques qui sont d’une très grande valeur.

A l’époque, il y avait la réserve naturelle de l’Aïr et du Ténéré inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis les années 1991. Ce site recèle d’importantes ressources naturelles, culturelles, archéologiques, etc. « Les communautés touarègues sont un peuple qui dispose de traditions et une culture assez riches, diversifiées que tout le monde a besoin de découvrir. Nous accueillons environ 8 000 visiteurs par an à destination d’Agadez, du Sahara nigérien et des oasis. En ce temps-là, le Festival de l’Aïr qui est un événement à vendre à l’international n’existait pas. Mais avec l’aide de Vittorio Giono et du Ministère en charge du Tourisme, cette idée a été matérialisée pour développer le tourisme et valoriser la culture », se réjoui-t-il. L’idée était donc de permettre surtout aux touristes de découvrir la richesse de l’Aïr, c’est pourquoi les toutes premières éditions coïncidaient toujours avec la période de Noël, vers fin décembre.
Un lieu de découverte et de retrouvailles
Et les touristes viennent par centaines, par milliers pour participer à ce festival. À la fin du festival, ils vont pour une expédition d’une semaine dans le désert du Ténéré, d’autres mettent 14 jours ou même plus à visiter et à contempler ces réserves naturelles qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Ce festival rassemble au-delà des touristes, les populations, des communes de l’Aïr. « Il y a eu en même temps la mise en place d’un comité intercommunal qui s’occupait de l’organisation du festival avec un budget pas très important, pas trop colossal. Les gens se retrouvent pour la promotion de la culture de la population de l’Aïr. Jusqu’à ce que le festival ait pris une autre tournure, un autre engouement. Depuis lors cet événement est organisé de façon régulière et a connu peu de pauses. Ce qui fait qu’aujourd’hui, nous sommes à la 17è édition. A un moment le festival était devenu une fête tournante, il a été organisé à Gharous, à Timia, à Aderbissanat. Mais après, il a été décidé de le maintenir à Iferouane », explique M. Adouma Alghoubass.
Une vitrine de la diversité culturelle de l’Aïr
Les populations de l’Aïr, les invités et les amateurs de culture apprécient trois jours durant, autant d’œuvres culturelles qui sont présentées à travers les différentes animations, chants, danses, harnachements d’animaux (chameaux, ânes) ; concours de beauté ; poèmes ; proverbes communément appelés ‘’kichiwai’’ en tamasheq et kirari en hausa, En effet, dès ces premières heures, le Festival de l’Aïr a été pensé pour servir de vitrine de la culture de l’Aïr et de capter le dividende lié au tourisme qui connaissait à l’époque sa grande expansion. Ces différentes compétitions se déroulent dans un fair-play digne de l’événement. Parmi les traditions phares, il y a l’Imzag, un instrument de musique qui appartient aux communautés touarègues qui est joué à Ohoggar (Algérie), dans les régions de Tombuctou (au Mali), et dans l’Aïr et l’Azawak, au Niger. C’est une tradition transfrontalière qui est commune aux populations touarègues. Il a été classé comme patrimoine mondial.

Le ‘‘tendé’’ ou l’art vedette du terroir
Tout comme l’Imzag, le ‘’tendé’’ est aussi une tradition phare des communautés touaregs. C’est un instrument de musique, c’est une fête, il a ses propres particularités, ses propres chansons et ses propres pas de danse. Il y a plusieurs types de ‘’tendé’’ par exemple : le ‘’tendé dansé’’ qui est un spectacle qui réunit des chanteuses, les danseurs, un batteur. Il a ses propres chansons et ses propres cadences, ses propres danses, ses propres techniques de danse. Les chansons sont de plusieurs ordres : les chansons d’amour, des chansons qui vantent les hommes, la gloire, l’honneur, certaines vertus que l’on peut reconnaître à des hommes valeureux, à l’exemple, des guerriers, des leaders, des hommes qui ont joué un rôle historique important au sein de la communauté. Il y a également le ‘’tendé chameaux’’, là, ce sont les dromadaires, les chameliers qui décrivent des cercles tout autour des femmes qui chantent. C’est un ‘’tendé’’ qui est spécialement réservé aux dromadaires, les cadences des dromadaires. Ces deux ‘’tendé’’ sont festif. Ils permettent de célébrer des événements tels que : la naissance, un premier baptême ; le mariage et autres événements à caractère festifs, bref des manifestations de réjouissance. Un autre ‘tendé’’ qui est peu connu des nigériens, c’est le ‘’tendé N’goumattan’’ qui est thérapeutique (le tendé d’exorcisme). « La population nomade croit, par rapport à la communauté musulmane, à l’existence de génies. Un homme peut être possédé par les génies, il peut tomber malade d’une maladie psychologique, mentale. Pour ces gens, il n’y a pas un remède particulier que de lui organiser un ‘’tendé N’goumattan’’ qu’on appelle les ‘‘kélosophes’’ de génie. Pour pouvoir le débarrasser de ces génies, on organise un tendé N’goumattan. C’est aussi un tendé qui a son propre style, ses propres chansons, sa propre cadence et sa propre manière d’être exécutée. S’il y a une musique qui est très diversifiée au sein de la communauté touaregue, c’est le ‘’tendé’’ », a fait savoir M. Adouma. Cependant, une nécessité de travailler sur le ‘’tendé’’, ses chansons ainsi que sa façon d’être organisé, s’impose pour pouvoir l’inscrire au patrimoine culturel de l’UNESCO. « Et c’est le rôle des Ministères en charge du Tourisme et celui de la Culture, des chercheurs dans le domaine du patrimoine culturel. C’est un assurément produit phare et ces traditions peuvent être valorisées. Surtout par la reprise des activités touristiques, l’organisation des spectacles au niveau international, l’appui aux industries culturelles », insiste-t-il.

Aussi, face aux défis du modernisme surtout en cette ère du numérique, il n’y a pas une société qui est capable de résister. Ça induit des changements majeurs au sein de la communauté africaine, en occurrence les jeunes qui perdent aujourd’hui les repères. Ils accordent de plus en plus d’importance à la culture occidentale au détriment de leur propre culture, symbole même de leur identité. « La seule manière de promouvoir ces traditions, c’est de faire en sorte que les jeunes soient appuyés, leurs industries culturelles, leurs initiatives soient soutenues pour que ce patrimoine soit valorisé, afin que la communauté en tire profit. Ce n’est pas seulement la tradition nigérienne, c’est toutes les traditions africaines qui sont aujourd’hui menacées, alors qu’elles méritent d’être sauvegardées », précise Adouma.
Un véritable levier de promotion de l’artisanat …
Le Festival de l’Aïr c’est aussi une occasion pour les artisans de réaliser un bon chiffre d’affaires. A cet effet, plusieurs stands ont été confectionnés et mis à la disposition de ces derniers afin de leur permettre de mener à bien leurs activités. C’est le cas des artisans de Gougaram dont la délégation est conduite par son président Ahmoudou Aggalher qui a exposé son savoir-faire artisanal : le sac pour le thé, les calebasses, les tasses en bois communément appelées ‘’akouchi’’ utilisées par les touarègs pour mettre la nourriture ; les louches en bois ; les mortiers et pilons en bois ; le chameau confectionné à l’aide du bois ; des portefeuilles ; des couteaux ; des porteclés, des pierres précieuses et bien d’autres produits. « Nous sommes venus pour non seulement exposer notre savoir-faire, faire découvrir au public notre patrimoine mais aussi vendre nos produits. Et la particularité de cette 17è édition est que nos artisans sont plus déterminés à faire de ce secteur un véritable levier de la promotion de l’artisanat », confie le président des artisans de Gougaram. Les artisans de la ville d’Agadez se sont aussi fortement mobilisés en apportant les bijoux ; les tenues touarègues, les tissus légers teintés par des femmes artisanes.
… et de divers produits locaux
Les femmes transformatrices ont apporté pour leur part plusieurs produits transformés localement comme : la farine de mil, celle du blé, des épices, des produits traditionnels pour le traitement de certaines maladies, l’encens, parfum pour femme plus connu sous le nom de ‘’Humra’’.

De leur côté, les maraichers, dans leur démarche patriotique pour l’accompagnement de la souveraineté alimentaire, ont offert une vitrine des produits frais et bio ainsi que des agrumes. Dès la veille du lancement du festival, ils étaient nombreux à décharger leurs marchandises sur le site Mohamed Aitock. Des véhicules gros porteurs en provenance de Timia déchargeaient les marchandises sur le site. Ces maraîchers dont la plupart sont de la commune rurale de Timia sont venus présenter et vendre leurs produits composés essentiellement des agrumes tels que : les dattes, l’orange, la pamplemousse, les grenadines, les mandarines, des tangelos, de l’ananas et du raisin. Des fruits qui étaient autrefois importés des pays du Maghreb. Outre les fruits, ses maraîchers ont également exposé sur leurs étalages des légumineuses comme l’oignon, la pomme de terre, l’ail, des épices. Les graines de Nigelle plus connu sous l’appellation de ‘’Habbatu Saouda ‘’ et cultivé dans la région d’Agadez ont été exposées par les maraîchers, démontrant ainsi leur pleine implication dans l’autosuffisance alimentaire. Cependant, le produit qui a le plus attiré l’attention du public c’est bien la taille des citrouilles présentées à cette foire. Grosses, bien rondes et d’un orange vif, a vue d’œil elles semblent peser plus de 15 kilogrammes. « Notre commune rurale de Timia est bien connue pour ses agrumes doux et sucrés, appréciés par la population nigérienne. Chaque édition est une occasion pour nous d’exposer nos produits pour le grand bonheur des consommateurs. Cette année aussi, nous n’avons pas dérogé à la règle et nous avons amené une importante quantité de produits pour faire plaisir à nos hôtes », souligne Hamid Ibrahim, président de l’Union des coopératives de la commune rurale de Timia.
Aïchatou H. Wakasso (ONEP)
