Farmo M.
L’hégémonie occidentale sur le monde court depuis le 15ème siècle, elle a été au fil des siècles, tour à tour portugaise, espagnole, française, anglaise, brièvement allemande. Elle est étasunienne en fin de parcours. Elle est au total, vieille de six (6) siècles. Elle n’est à l’abri ni de la sénilité ni de la sénescence, elle tend vers le déclin. Aucun pouvoir, aucune puissance ne possèdent la faculté de régner ad vitam aeternam, c’est ce que montre l’histoire des Empires en général, c’est ce que montre en particulier l’histoire de la succession des leaderships au sein de l’hégémonie occidentale.
Etats-Unis symptomatiques
Les Etats-Unis d’Amérique sont tout feu tout flamme. Ils s’emballent et sévissent. Hormis en Océanie où il n’y a aucun enjeu immédiat, ils sèment la terreur sur tous les continents. En témoignent le terrorisme entretenu dans les pays du Sahel central et dans ceux du Golfe de Guinée ; les agressions contre le Venezuela, les menaces sur le Mexique, la Colombie, le Groenland et Cuba ; les pilonnages du Yémen, de la Syrie, de l’Iraq ou de l’Iran, et la guerre par procuration en Ukraine.
Les Etats-Unis font peur au reste du monde, mais les Etats-Unis ont eux-mêmes peur du reste du monde. Les Etats-Unis usent de leur arsenal de violences, d’intimidations, de menaces et d’agressions pour faire peur au reste du monde. Et si les Etats-Unis agissent ainsi, c’est parce qu’ils ont peur de perdre leur position dominante en péril. Mais dans ce jeu de la peur, les Etats-Unis sont animés par une pulsion de mort, tandis que le reste du monde est animé par une pulsion de vie.
Les Etats-Unis d’Amérique constituent aujourd’hui le dernier bastion de l’hégémonie occidentale qui, au-delà du pouvoir brutal et de la puissance infernale masque son déclin dans les éclats des déflagrations aux quatre coins du monde. Dans ses raids militaires, il faut voir ses dernières agitations. Dans ses bombardements ici et là, il faut entendre ses derniers soupirs.
Le temps de l’Europe
L’hégémonie occidentale sur le monde débute au 15ème siècle avec les explorations maritimes et les rivalités entre le Portugal et l’Espagne engagés dans la recherche d’épices, de métaux précieux et de « Terra nullius », c’est-à-dire des terres sans maîtres. Ces terres, en Afrique, en Amérique et en Océanie étaient évidemment habitées par des peuples autochtones. Mais ces peuples, surtout lorsqu’ils étaient noirs de la tête aux pieds, n’étaient pas considérés comme des hommes, mais comme des objets. Ils ne pouvaient donc être ni maîtres ni propriétaires. D’ailleurs, on leur donnera plus tard le statut de bien meuble. Ce début de règne est marqué par un acte juridique dont l’objectif était de prévenir les litiges et conflits qui pourraient survenir entre les deux royaumes. A cette fin, les deux parties signent le 7 juin 1494, en Castille (Espagne), sous la bénédiction du Pape Alexandre VI, le Traité dit de Tordesillas. Au terme dudit traité, un méridien, autrement dit une ligne imaginaire passant au large des îles du Cap-Vert, divise le monde en deux zones d’influence. Il est convenu que le Portugal exerce sa souveraineté sur les terres situées à l’est du méridien (Afrique, Brésil, route des Indes et quelques îles), et que l’Espagne exerce la sienne sur les terres situées à l’ouest de la ligne de partage (Amériques du Sud, centrale et Caraïbes).
Dès le 16ème siècle, la France, l’Angleterre et le royaume de Norvège contestent le Traité de Tordesillas, obtiennent de la papauté que les souverainetés de l’Espagne et du Portugal ne s’appliquent qu’aux terres déjà « découvertes », se lancent dans la course à la possession des terres inconnues sans maîtres, et fondent des colonies en Afrique, en Amérique, en Asie et en Océanie.
Entre les 17ème et 19ème siècle, de nouvelles puissances européennes émergent, les empires ibériques (Portugal et Espagne) perdent du terrain. Par le contrôle des mers, par la puissance militaire, par le commerce et l’industrie, la Grande Bretagne, la France, les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie, l’Italie, la Belgique, la Suède et l’empire ottoman, se hissent aux premiers rangs européens et participent en majorité à l’expansion coloniale de par le monde.
A la fin du 19ème siècle, le rapport de forces entre pays européens conduit à une redistribution des cartes, les nouveaux maîtres du monde s’affirment sur la scène internationale. Comme au 15ème siècle, la prévention des conflits exige une délimitation des zones d’influence.
Ruée sur l’Afrique
En ce qui concerne le continent africain, une conférence est organisée à Berlin, à l’initiative du chancelier Otto von Bismarck. La conférence dite de Berlin, du Congo, de l’Afrique de l’Ouest ou de l’Afrique centrale se tient du 15 novembre 1884 au 26 février 1885, en présence de quatorze pays : Allemagne, Autriche-Hongrie, Belgique, Danemark, Empire ottoman, Espagne, Etats-Unis, France, Italie, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni, Russie et Suède-Norvège. Le traité signé le 26 février 1885 établit la liberté de navigation sur les fleuves Niger et Congo et la liberté de commerce dans le bassin du Congo, elle fixe les règles d’occupation, de colonisation et donc du partage de l’Afrique.
L’Angleterre et la France sortent du partage de l’Afrique avec le plus grand nombre de colonies. L’Allemagne se contente de la Namibie, du Cameroun, du Togo, du Rwanda, du Burundi et du Tanganyika. L’Espagne jette son dévolu sur Ceuta, Melilla, le Sahara occidental et la Guinée Equatoriale. L’Italie s’accapare de la Libye, de l’Erythrée et de la Somalie. L’Angola, le Mozambique, la Guinée-Bissau et le Cap-Vert deviennent des possessions du Portugal, et le Congo revient à la Belgique.
L’Amérique et la fin de règne
Au 20ème siècle, par deux fois, au début et au milieu du siècle, les rivalités européennes font subir au monde les atrocités de la guerre. La première guerre mondiale oppose la Triple-Entente (Angleterre, France, Russie et leurs alliés), à la Triple-Alliance (Allemagne, Autriche-Hongrie, Italie et leurs alliés). La défaite du second bloc entraîne une reconfiguration de la géopolitique européenne. Le Traité de Versailles mettant fin à la guerre enlève à l’Allemagne ses colonies africaines, et l’oblige à la réparation, et à la démilitarisation. Les empires austro-hongrois, russe et ottoman déclinent ; un redécoupage territorial voit l’émergence de nouvelles nations (Pologne, Yougoslavie, pays baltes, etc.). L’Europe sort affaiblie de la guerre 14-18, son économie et sa démographie sont en déclin.
La Société des Nations (SDN) avait été créée en 1919, pour garantir la paix et la sécurité en Europe. Elle en fut incapable, puisque deux décennies plus tard, en 1939, l’Europe entraîna le monde dans la deuxième guerre mondiale jusqu’en 1945. A nouveau, deux blocs s’affrontent : les puissances de l’Axe (Allemagne nazie, Italie fasciste, l’empire du Japon, Hongrie, Roumanie, Bulgarie, etc.) et celles de l’Alliance (Angleterre, Union Soviétique, Etats-Unis, France, Chine, Canada, Nouvelle-Zélande, Australie, etc.).
En 1945, les deux grands pays de l’Axe signent les actes de capitulation : l’Allemagne le 7 mai, le Japon le 2 septembre. En février 1945 déjà, la victoire de l’Alliance était hors de doute. Les vainqueurs : l’Angleterre, mais surtout l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques, et les Etats-Unis d’Amérique, se réunissent du 4 au 11 février à Yalta (Crimée) pour décider du sort du monde de l’après-guerre.
La guerre était terminée, mais l’Europe était détruite, ruinée. Le plan Marshall l’aide à se relever et à se reconstruire. Partout, hors de l’Europe un vent de liberté et d’indépendance souffle : les empires coloniaux européens s’effondrent. L’Europe divisée en deux blocs, séparée par le rideau de fer, est placée sous influence américaine à l’Ouest, sous influence soviétique à l’Est. C’en était fait de la toute-puissance de l’Europe impériale. Dans le camp occidental, les grandes puissances d’antan sont reléguées au second plan, les Etats-Unis prennent le leadership, l’Europe devient leur vassale.
Les 25 et 26 juin 1945, la Conférence de San Francisco (USA), met en place, pour remplacer la vieille Société des Nations (SDN), une nouvelle organisation chargée de maintenir la paix dans le monde. La création de l’Organisation des Nations Unies (ONU) n’empêchera pas la guerre froide.
De 1947 à 1991, le monde divisé en deux blocs opposés participe à l’affrontement idéologique, économique et militaire entre les deux superpuissances : les Etats-Unis capitalistes menant les pays de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), et l’URSS, conduisant les pays du Pacte de Varsovie. La guerre froide se termine avec l’effondrement de l’URSS et le triomphe du capitalisme.
A partir des années 90, le monde devient unipolaire, un seul pays, les Etats-Unis, domine le monde sur les plans économique, culturel et militaire. Pendant la dernière décennie du 20ème siècle, et dans ce quart du 21ème siècle, les Etats-Unis se comportent en maîtres du monde. C’est que, après la domination du monde par la composante européenne de l’Occident, les Etats-Unis qui en sont le prolongement américain, ont hérité et porté à son summum l’hégémonie de l’Occident global. Les Etats-Unis sont à l’apogée de leur puissance, mais ils ne peuvent l’emporter sur le reste du monde. Les empires naissent, croissent, se désagrègent et meurent
Le déclin de l’hégémonie occidentale participe de la marche de l’Histoire, et nombre de facteurs contribuent à son accélération parmi ceux-ci : l’émergence de nouvelles puissances la Chine, la Russie, l’Inde, la Turquie, l’Iran, la Corée, les BRICS, et il faut bien le dire, l’arrogance de l’Administration Trump. Il convient ici de faire une mention spéciale à l’AES (Alliance des Etats du Sahel), porte-étendard de l’Afrique qui a porté un coup dur à l’hégémonie euro-américaine et qui montre au reste du continent le chemin de l’indépendance et de la souveraineté.
L’Occident sait que l’heure du déclin a sonné. Il le dit par la bouche de Macron : « Nous vivons tous ensemble ce monde et vous le connaissez mieux que moi, mais l’ordre international est bousculé de manière inédite, mais surtout avec, si je puis dire, un grand bouleversement qui se fait sans doute pour la première fois dans notre histoire à peu près dans tous les domaines, avec une magnitude profondément historique. C’est d’abord une transformation, une recomposition géopolitique et stratégique. Nous sommes sans doute en train de vivre la fin de l’hégémonie occidentale sur le monde. Nous nous étions habitués à un ordre international qui depuis le 18ème siècle reposait sur une hégémonie occidentale, vraisemblablement française au 18ème siècle, par l’inspiration des Lumières ; sans doute britannique au 19ème siècle grâce à la révolution industrielle et raisonnablement américaine au 20ème siècle grâce aux 2 grands conflits et à la domination économique et politique de cette puissance. Les choses changent » .
L’Occident ne peut échapper à son destin. Les Etats-Unis ne peuvent. La multipolarité est l’avenir du monde. Jamais les conditions historiques n’ont été aussi favorables à l’émergence de l’Afrique.
Alea jacta est !
Farmo M.
